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24.04.2007
Des ancêtres barbares à Réville
Le cimetière barbare de la Pointe de la Loge Par un beau jour de 1959, le Dr Ch. Sorel de Cherbourg, au cours d’une promenade sur le rivage de Maltot, en escaladant les rochers de la pointe de La Loge, aperçut un tibia qui dépassait de l’argile ocre du talus faisant falaise. Avec l’œil du praticien il reconnut immédiatement un ossement humain et s’empressa d’avertir son ami Frédéric Scuvée, historien passionné d’histoire locale et d’archéologie. Avec l’aide de l’Université de Caen et du Professeur de Boüard, des fouilles furent décidées.
Elles durèrent sept ans et mirent à jour plus de cent cinquante sépultures avec des épées, des haches, des couteaux, des boucles de ceinture, des fibules, des bijoux, des pièces de monnaie, de rares poteries, toute une collection d’objets et de squelettes remontant au VI° et au VII° siècle. En ce temps là, Clovis est déjà mort et enterré (511) et une période troublée commence avec Childebert, Clotaire (558) et Chilpéric. En 613, Clotaire II devient le seul roi des Francs, puis son fils Dagobert lui succède et meurt en 639. C’était au temps des Mérovingiens, mais bien loin du pouvoir central et bien avant les premières incursions normandes, qui commenceront seulement en 836. Ce site est qualifié par J.A. Quellien* de plus important du Cotentin pour cette époque.
Il fallut beaucoup de patience et de méthode aux archéologues pour reconnaître dans l’enchevêtrement des tombes enfouies dans la dune, deux cimetières superposés. Le plus ancien date de 550-600 et comporte beaucoup d’incinérations partielles ou totales, alors que le plus récent n’aurait été utilisé qu’après 600, tout au cours du VII° siècle. Les incinérations sont alors remplacées par des inhumations, avec de nombreux dépôts votifs de coquillages marins (huîtres, bigorneaux, porcelaines) et terrestres ( escargots). Ces cimetières prouvent qu’à cette époque un village existait sur un site proche, probablement installé sur les bords du ruisseau (le no actuel) et en arrière de la plage de La Loge. Il était habité par des gens venus par la mer, d’origine germanique et entretenant des rapports culturels et commerciaux avec d’autres peuples des côtes de la Manche, de la mer du Nord et peut-être même de la Baltique. Sur le tard, des influences occidentales sont devenues perceptibles, en provenance de Bretagne et d’Irlande. Cette évolution serait l’indice de nouveaux arrivés et/ou l’instauration de nouvelles alliances assorties de nouveaux échanges.
Ce village a du être abandonné vers le milieu du VII° siècle, peut-être en raison de sa position trop littorale et menacée par la mer, peut-être aussi à cause de la christianisation qui aurait été à l’origine de la désaffection du site. A Gatteville, un cimetière identique a servi pour la construction de la Chapelle des Marins dont les fondations recoupent les tombes barbares, montrant bien que l’évangélisation fut postérieure à ces types de sépultures. Il faut rappeler que Saint Lô (525-565) le plus connu des évêques de Coutances et Briovère, fut impuissant à convertir le Cotentin. Il a surtout résidé à Briovère (l’actuel StLô). Il a fallu attendre la fin du VII° ou même le début du VIII° pour que des paroisses soient partout établies dans notre région.
Frédéric Scuvée qui a décrit en détail ses fouilles et ses observations dans un livre épais** note que « Le cimetière de Réville n’a été fouillé que partiellement ; nous sommes certains que plusieurs dizaines de tombes sont encore cachées sous les dunes…. Nous nous permettons de suggérer un classement provisoire de la zone non fouillée afin d’éviter des travaux ou constructions intempestifs dans le futur » Comme souvent, cet archéologue n’a pas été entendu. Pour l’instant les caravanes et les mobile homes ne semblent pas redouter les plaintes d’outre tombe de nos ancêtres barbares.
Daniel Dubost * QUELLIEN J.A. 1983. Histoire des populations du Cotentin, 197 p., éditions Montfort à Brionne. **SCUVEE F., 1973. Le cimetière barbare de Réville (Manche), 205 p., 57 fig. dans le texte, 154 photos, 8 plans sous pochette. Caen, 1973
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