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24.04.2007
On naît toujours quelquepart
Quand Gilles de Gouberville restait au pays, il enfourchait son petit Mathurin vif et rapide, et il trottait, son laquais Lajoie à sa suite, bon pied bon œil. De son fief de Mesnil au Val il se rendait à Gouberville pour réclamer ses fermages, à Valognes porter ses eaux à son médecin, à Cherbourg s’attabler chez Robine de la Mer, à Barfleur pour plaider, à Saint Pierre pour affaire avec son filleul, le pirate Raffoville. Chaque jour ou presque, tôt le matin ou tard le soir, le Sire sillonnait le Val de Saire et ses abords. A cette époque on avait le temps de vivre le pays, on connaissait les raccourcis à travers les bois et les champs, on coursait un lièvre, on s’arrêtait pour boire un coup de cidre au pressoir d’une ferme amie et sans mettre pied à terre on échangeait des nouvelles des voisins par dessus la haie des closets. Celui là est paralysé par la goutte, cette autre est grosse de mon cousin, et hier pour dire vêpres, le vicaire était merveilleusement ivre. Le soir on rentrait céans et on y trouvait attablés d’autres amis parcourant également le pays, qui cherchaient une vache égarée ou apportaient au manoir un pâté de venaison. On banquetait et on racontait des histoires. Même l’intrépide Simmoney, le frère naturel si bien aimé, qui chassait à la Haye de Digosville s’était enfui en entendant la Chasse à Helquin ! autant dire une compagnie de goubelins. On peut dire qu’on connaissait bien le pays, mais aussi revers de la médaille, qu’on ne connaissait que lui.
Quand on changeait de contrée c’était une autre histoire. Un événement Un vrai voyage. On ne partait jamais seul. On avait laissé les jours d’avant se reposer la haquenée blanche, qui marchait l’amble. On préparait l’itinéraire pour passer au bon moment le gué des Veys et faire halte à l’hostellerie pour la repue des hommes et des chevaux.. Gilles se rendait à Russy en Bessin visiter son oncle à héritage le vieux et riche curé, ou à Caen consulter les hommes de loi, ou à Rouen soigner sa vérole. Changement de pays, changement d’habitudes, de nourriture, de paysages. Un changement de pays , c’était un grand voyage. Les pays existaient pour la simple raison qu’ils portaient un nom, comme une ville ou un fleuve. Aujourd’hui on voyage tout autant, mais presque toujours de ville en ville, ou plutôt de zone urbaine à zone urbaine. On voyage beaucoup de gare en gare, ces tristes bâtisses qu’on dirait aujourd’hui abandonnées et qui se ressemblent toutes. Alors on glisse sa carte bleue dans la billetterie automatique de la gare de Valognes et on s’endort en traversant les marais de Carentan. Les plus téméraires s’installent au volant de leur cheval de fer. Seul souci : emprunter l’itinéraire le plus rapide et éviter les bouchons. Les moins conditionnés essaient de ne pas voir les panneaux publicitaires et les temples déprimants de la consommation que sont les hypermarchés, nouvelles cathédrales trônant au centre d’ échangeurs et de parkings terrifiants. Le pays de nos ancêtres aurait-il disparu sous les voies ferrées, les autoroutes et les lignes à haute tension ? De San Francisco à Tokyo ou Francfort c’est le même décor ou presque. Avec le cinéma et la télévision on n’a même plus de sentiment d’étrangeté en guettant des images de l’autre bout du monde. Si vous en avez le loisir et si vous êtes fatigué de ce monde si monotone et si peu humain vous pouvez choisir de rester chez vous, mais alors c’est le monde qui vient à vous et vous submerge par ses étranges lucarnes, ses téléphones portables et les électrons voyageurs d’Internet... . Et pourtant... On peut être citoyen du monde et se sentir un misérable et microscopique grain de poussière sur notre planète. Il faut alors se pelotonner dans sa niche écologique. Tous les êtres vivants ont leur niche, leur terreau. Beaucoup n’en peuvent sortir sous peine de mort. Nous en faisons le pari : plus la mondialisation banalise le monde, plus le retour aux relations humaines de proximité se fera sentir. Le Web n’offre qu’un monde virtuel . Nous avons besoin du regard des autres, de leurs rires et de leurs chants, nous avons besoin des herbes et des oiseaux petits ou grands, nous avons besoin d’un horizon familier, de la terre et de la mer. Tout cela nous ne le trouvons qu’au Pays qui est la niche des hommes quand ils y sont nés, et on naît toujours quelque part dit la chanson, mais aussi de tous ceux qui auraient aimé y naître et qui voudraient bien y mourir.
Savoir reconnaître ce pays est un long travail : travail de géographe, de naturaliste, de sociologue pour les gens de science. Travail de sensibilité pour les poètes. Travail d’économie pour les entrepreneurs. Travail de poignées de main pour les politiciens. Travail de curiosité pour les touristes. Travail d’amour pour les passionnés. Le travail du cœur c’est pour tous et ça ne trompe pas. A ces aunes là on voudrait s’essayer à dire le Val de Saire. Le pays c’est de Bretteville à la Sinope, du Rabey à Gatteville, de Quettehou à Saint Pierre, en passant par St Vaast, Réville,Barfleur et Fermanville. C’est la mer et la terre, c’est la rivière de Saire et Gattemare, la baie somptueuse de Tatihou et la Hougue avec ses tours qui se répondent comme des points d’orgue, la pointe de Barfleur avec son beffroi St Nicolas comme une offrande indestructible, le raz de Gatteville et son feu en vigie. On ne finirait pas de camper le décor panoramique vu de la Pernelle, d’égrener les richesses, le manoir d’ici, le château de là, les pierres levées, les fontaines à guérir, les iris dans les prés, les choux marins, les Tadornes de Belon...On parlera de tout ça. Mais notre pays c’est encore bien plus ; les bateaux de StVast, matelots brûle- vent, capitaines intrépides et courageux armateurs ; les harnoys maraîchers de 150 Chevaux Vapeur, avec leurs belles paysannes et leurs rudes gaillards ; les huîtres de la Hougue, les tourteaux de Cosqueville, le persil de Montfarville, les carottes de Jonville ; Barfleur et sa banque, Réville et ses médecins, Saint Pierre et son horloger, Le Vast et son pain ; des entrepreneurs, des mécaniciens,des boulangers, pâtissiers, charcutiers, bouchers, épiciers, merciers, bonnetiers, quincailliers, médecins, dentistes, vétérinaires, cyclistes, sportifs, chiens et chats, anglais, horzains tentés par le charme d’ici. C’est notre pays. On peut y vivre sans en sortir pour ainsi dire. Alors il faut penser aux églises, aux mairies, aux écoles, à la D1, à la D128 et aux cimetières, aux souvenirs effacés, aux amours mortes. On parlera aussi de ça !. Notre pays c’est du granite, des plages, des prairies, des champs cultivés, des hameaux et des gens qui vivent là. Ces gens ont forcément plus de liens entre eux qu’ils n’en ont avec ceux des autres pays. Ils n’échangent pas seulement des nouvelles des morts et des vivants, ils échangent des biens et des services, des projets et des valeurs. J’aime les villages qui affichent à l’entrée pour les autos trop pressées : Pensez à nos enfants ! Les valeurs partagées sont le vrai capital d’un pays, du pays ou on vit. Un pays c’est la première collectivité après la famille petite ou grande. Les enfants du pays ce sont nos enfants, il faut leur apprendre la curiosité, la tolérance, le respect des autres, le sens de la beauté, les mystères merveilleux de la nature. Mieux que leurs aînés, il leur faut connaître leur histoire, la guerre et la paix, et surtout moins que les armes, les arts et les lettres. Angélisme ? paroles de pédagogue incorrigible ? Nous avons besoin d’utopie, en particulier celle du progrès humain, du développement humain comme on dit dans la politique mondiale. Nous essaierons d’expliquer cela. Du temps de Gilles notre sire emblématique, notre Pays était souvent menacé par nos cousins anglais, les Godons. Mais enfin c’est Guillaume le Conquérant qui semé le vent et à cette époque on a récolté beaucoup de furieuses tempêtes allant de batailles en batailles, détruisant nos maisons et nos fortifications médiévales, à Cherbourg et à Barfleur. Sans compter les ravages locaux des guerres de religion . L’histoire contemporaine nous a été beaucoup plus douce, c’est la raison pour laquelle on a conservé des belles demeures et des vieilles églises.
Miraculeusement échappé aux bombardements intensifs de la dernière guerre, épargné par les grandes industries lourdes et les excès de l’urbanisation, notre pays présente aujourd’hui un visage apaisé que beaucoup de gens nous envient. Nous sommes mêmes les premiers en Europe à tenter de réparer les atteintes plus sournoises de l’agriculture intensive. Le Val de Saire est notre capital collectif, et notre Blog sera sa défense et son illustration pour le faire grandir et fructifier. Beau programme, non ? Pas de progrès sans richesses spirituelles mais aussi sans biens matériels. Ces biens viennent de la production agricole, marine et artisanale bien sûr mais aussi du commerce, des échanges et de l’aménagement de l’espace. Aujourd’hui la qualité de la vie est la première richesse qu’une collectivité peut partager , effaçant ainsi pour une bonne part les inégalités sociales. Les réseaux, routes, électricité, eau potable, le ramassaqg des déchets sont des richesses partagées, mais aussi les plages, les campings, les stades et les monuments. Ce sont nos biens, il faut les protéger, les améliorer. La politique s’en mêle bien sûr et donc nous dirons notre mot la dessus, sans fiel mais avec indépendance et liberté. Avec liberté et lucidité dans le respect absolu des gens. Vive la politique d’ambition collective. Ami lecteur, cd blog c’est le nôtre, c’est un lien entre nous. Ce lien ne peut réussir qu’avec ton adhésion et ta participation active. Ecris nous, un poème, un dessin, un portrait, un mot qui t’intéresse, un arbre, une colère, une passion, un fou-rire, une beauté, une angoisse, un amour. Ce sera notre moelle, ce sera le rire de la terre et de la mer, ce sera notre vie qui nulle part ne devrait être plus douce qu’au Val de Saire.
11:39 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
Beau démarrage de Blog, il va falloir tenir la distance !
Peut-être avons-nous quelques ancètres communs ?
Voir : http://dubost-genealogie.ifrance.com/dubost-genealogie/
Salutations maurice dubost
Ecrit par : mauridub | 24.04.2007
Merci pour le commentaire, le premier ! Je suis très fier parce que je ne suis pas familiarisé avec les blogs ni avec l’informatique en général, je découvre à mesure. Les Dubost sont nombreux surtout dans le Cotentin qui au XVI° pouvaient s’écrire Du Bosq (comme Du Bois). Daniel
Ecrit par : Daniel Dubost | 24.04.2007
Bonjour Daniel,
C'est le début le plus difficile... mais aussi le plus intéressant !! J'ai fêté récemment mes 72 printemps, et je me suis initié à l'informatique à 65 ans... , j'avoues que cela me passionne et me permet de conserver en bon état les " petites cellules grises " rescapées !!
J'ai pu apprendre et faire beaucoup de choses en utilisant les notices " Poche Visuel ", car toutes les étapes de recherche informatique sont accompagnées de représentation graphique de la situation de l'écran.
Cela se trouve chez : http://www.efirst.com . Pour Internet il y a un bouquin particuliérement intéressant intitulé : " Windows XP et Internet "
Mon père était d'origine normande, mais plutot du côté Eure et Calvados. Il y a beaucoup de Dubost aussi vers la Creuse et le Haute-Loire. Dans un village de la Creuse, j'ai été stupéfait de voir sur le monument aux morts de 14/18, que sur 47 victimes, il y avait 14 Dubost !!
Bonne continuation
Ecrit par : mauridub | 25.04.2007
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