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24.04.2007

Pié de palo

Le « cappitaine » François Le Clerc

 

dit Jambe de bois de Réville

 

 

 

François Le Clerc fut la plus grande gloire maritime de notre commune. Cinquante ans après Christophe Colomb, en plein XVI° siècle, François Le Clerc naviguait sur l’Atlantique, des Canaries au Brésil, des Caraïbes à la Floride. Sous François 1er et Henri II il fut pour le royaume de France un des plus grands défenseurs de l’influence maritime française, contre les Espagnols et contre les Portugais qui dominaient les mers à cette époque.

 

 

On ignore sa date de naissance exacte (1510-1515 ?) et on peut supposer qu’il a vu le jour au Mont es Clercs (le Mont Eclair de certaines cartes). Il nous a laissé La Crasvillerie ,  un des plus beaux manoirs du Val de Saire. Grâce au Journal de Gilles de Gouberville dont il fut le contemporain et l’ami, on a quelques notations sur sa vie au Val de Saire. Mais c’est surtout par les archives espagnoles et portugaises qu’on connaît ses faits d’armes. A cette époque la concurrence était rude pour le commerce des épices des Indes orientales et de l’or d’Amérique. Les conflits se résolvaient dans une extraordinaire et cruelle violence. La capture et le piratage des navires étaient la règle.

 

 

Il faut rappeler qu’en 1550,  les marins normands étaient au cœur de l’épopée maritime. A Dieppe, Jean Ango un  riche et flamboyant armateur finançait des armadas de navires armés au commerce et à la guerre. Il recrutait des capitaines audacieux et il entretenait à grands frais des cartographes et des pilotes disputés aux Portugais. Ces traversées exigeaient une science nautique que seuls possédaient quelques navigateurs passionnés et instruits. André Thévet (1503-1592) historiographe du roi Henri II et un des grands géographes de l’époque rappelle qu’il a navigué avec F. Le Clerc dont il dit qu’il « qu’il est homme vaillant et accort en la marine ».

 

 

Avec Thévet, notre cappitaine était forcément au courant des derniers acquis de la science cartographique et nautique. Il était d’ailleurs officier royal ayant la charge des défenses côtières du Val de Saire et en particulier de Tatihou. Mais il avait également le commandement d’un ou plusieurs navires dont la Fécampoise avec lequel il participa à la prise de Serq en 1549.

 

 

C’est en 1551 qu’il est anobli par Henri II. Celui-ci  le remercie dans une lettre royale, notant au passage qu’il est « toujours des premiers à l’abordage, [.et..] grandement mutilé de ses membres et un de ses bras fortement endommagé ». A partir de cette date, François Le Clerc marche avec un pilon et sera connu comme Jambe de Bois. En 1552 il est à Madère, en 1553 aux Antilles et aux Canaries, à la tête d’une flottille de six vaisseaux en compagnie de deux lieutenants, Robert Blondel et Jacques de Sores, lequel 15 ans plus tard, se retrouva vice amiral de la flotte de Guyenne (Atlantique) et un des principaux lieutenants de Coligny.

 

 

Gaspard de Coligny avait été élevé au grade d’Amiral de France par Henri II et commandait la marine sur les côtes de la Manche. Il fut comme on le sait, un des chefs les plus influents de la Réforme. Il ne faut donc pas s’étonner que ses principaux lieutenants aient été d’ardents calvinistes. Le 29 mars 1555 François Le Clerc reçoit l’Amiral dans son manoir de la Crasvillerie à Réville, au cours d’une inspection des défenses de la côte.

 

 

Comme beaucoup de « cappitaines » de la marine, Le Clerc s’engagea quelques années plus tard dans la querelle entre ligueurs catholiques et protestants, qui connut des événements dramatiques dans notre région. Les gains fabuleux des pillages dans les Caraïbes ou des captures de galions espagnols, flamands et portugais servirent certainement à financer les armées protestantes.

 

 

Les conflits religieux vont accaparer les dernières années du Cappitaine, en 1562,  il renforce les rangs protestants au cours du siège du Château de Valognes, confisquant à leur profit l’artillerie de Tatihou. Mais il va plus loin : une année plus tard, il « collabore » avec les anglais qui occupaient Le Havre. A la tête de sept cents hommes et d’une douzaine de navires il va mener la lutte contre le roi « très catholique » d’Espagne Philippe II,  et contre la marine bretonne. Il trouvera la mort dans des circonstances non élucidées au mois d’août 1563.

 

 

François Le Clerc était un homme hors du commun, menant sa vie loin des cours princières et des honneurs. Il demeura toute sa vie simple et généreux. Il était très pieux comme l’étaient les gens de cette époque. Malgré tous ses mérites et toutes les batailles qu’il a livrées il est vite tombé dans l’oubli à cause de son appartenance à l’Eglise  Réformée. Ces querelles oubliées,  nous pouvons être fiers aujourd’hui de compter dans notre passé un tel marin connu et cité dans tous les ouvrages se rapportant à l’histoire maritime de la Renaissance. Et si nous les Révillais, on se cotisait pour lui offrir une plaque rappelant son souvenir ?

 

Daniel Dubost

 

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