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15.05.2007

Fin de campagne

Fin de campagne

Militant socialiste je devrais être déçu par le résultat des élections présidentielles. Ce n’est pas le cas, j’y vois plutôt des raisons d’espérer. D’abord la campagne et l’élection ont été claires,  avec des enjeux déterminés. Sarkosi a revendiqué sa place dans une  droite décomplexée et assumée. La violence de son projet laisse de ce fait un espace aux gens de gauche,  qui vont avoir toute latitude pour définir le contre-projet d’une société meilleure. Ce n’était pas le cas en 2002.

 

Ensuite Ségolène avec un sourire d’espérance a clairement et sereinement entériné sa défaite mais elle a également  assuré aux militants qu’elle ne les laisserait pas tomber. Elle l’a dit , elle le tente, elle est prête à se mesurer aux difficultés de la réorganisation de notre parti. Elle va livrer bataille. Ce qui n’était pas le cas avec le retrait sinistre  de Jospin devant les ruines et les dégâts causés par son cuisant échec.

 

Enfin Ségolène a fait bouger les lignes du parti. Celui-ci fonctionne depuis des années comme un syndicat d’autodéfense. Ségolène a inventé la démocratie participative et les jurys citoyens. Les notables et les élus du parti ne pourront plus croire que les militants sont des godillots bons à distribuer des tracts et  à coller des affiches. Ils ne pourront  plus leur mentir, ni leur dissimuler, ni faire des arrangements sur des coins de table en feignant d’écouter des diatribes convenues à la tribune. Certes nous sommes un parti de grognards fidèles à nos convictions mais hélas ces convictions n’attirent plus personne, ni les jeunes, ni les femmes, ni les plus actifs, ni les plus brillants. Notre parti est aujourd’hui  dans  l’incapacité de se renouveler.

 

Mais par dessus tout, la vraie raison d’espérer c’est que le vote Ségolène a été majoritaire chez les jeunes et chez les citadins. L’avenir est donc au Parti Socialiste si il veut bien se saisir de cette chance et si les militants en place cessent  d’avoir peur des courants d’air. Peur des nouveaux arrivés, peur des idées nouvelles, peur des réalités, peur des analyses dérangeantes, peur des contraintes économiques. Il faut qu’ils cessent de croire qu’on peut gagner plus sans travailler plus. Ils doivent se convaincre que la solidarité a un coût, que la santé a un coût, que l’environnement a un coût…que seule une société en mouvement peu assumer. Nous avons besoin de mouvement, d’imagination, de créativité. On dirait que les forces vives ont fini par nous quitter. Il faut qu’elles reviennent et avec eux les poètes et les écrivains, les philosophes, les humaniste de tout poil et tous les grands utopistes.

 

Alors bien sûr j’en ai gros sur le cœur,  que Sarkosi qui n’a aucune vergogne et pour qui tous les moyens sont bons pour gagner, puisse se réclamer devant des milliers de personnes, de Jaurès et de Blum. Je l’ai ressenti comme une insulte personnelle qui prouve que ce monsieur trop pressé ne respecte pas les convictions intimes des gens. C’est aussi  un indice qui peut nous faire craindre d’autres avanies, d’autres vilainies, et pour finir une dégradation du lien social.

 

Attendons cependant que ce Président, si peu Président, se sépare de la jet-set et des pipoles, attendons qu’il redescende de son yacht,  emblème du capitalisme outrancier, attendons qu’il cesse de faire le malin pour plaire aux femmes, il va peut-être nous mitonner  une bonne surprise avec un gouvernement d’ouverture. Védrine ministre des relations étrangères ? je rêve. Mais comme on dit chez moi « les tchins n’font pas des câts » et nous allons plus sûrement vers des déconvenues sévères. Il vaut mieux que les thuriféraires de la droite dure profitent de ce mince répit pour étaler dans les journaux et à la télévision, leur satisfaction et leurs espoirs de revanche. Les retours de flamme peuvent être prompts à embraser les jeunes (et les toujours jeunes) de France qui n’ont pas abdiqué toute dignité, ni abandonné tout rêve de progrès social.

 

Pour cela nous devons nous préparer, communiquer nos peurs et échanger nos propositions. Il ne tient qu’à nous d’œuvrer pour que notre parti transforme son régiment de vieux tirailleurs en une horde de fous inventifs. Daniel Dubost      

 

samedi 12 mai 2007

 

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