« L'économie de marché | Page d'accueil | L'abbé de Fontaine-Daniel, baron de Réville »

25.11.2007

LA LOI DU PLUS FORT

Sarkosy m’inquiète. Il m’inquiète plus que n’importe quel politicien. En voyant notre Président se coltiner avec un pêcheur breton comme un videur de boite de nuit, je n’éprouve que méfiance et scepticisme. En observant sa familiarité avec les grévistes et sa façon de se précipiter dès que ça chauffe quelque part, je ne ressens que malaise et inquiétude. Ce Président est incapable de prendre le recul et la distance nécessaires pour donner à ses décisions la dignité d’une politique au service de la collectivité et de la nation. Il me semble que l’intérêt général exige plus de solennité et de hauteur de vue. Je crois avoir une explication. Cet homme, anormalement excité met toute sa passion à la défense, non d’une société, mais des individus. Comme si la somme des intérêts particuliers constituait l’intérêt général. En réalité Sarkosy applique la vision qu’il a depuis toujours de notre société. Il a une conception darwinienne des individus et des groupes sociaux. Les plus forts sont les meilleurs et on doit les favoriser pour entraîner le progrès de tout et de tous.

Les slogans de sa campagne qui se sont imposés aux électeurs comme une évidence sont d’une pauvreté démagogique affligeante. Travailler plus pour gagner plus : qui pourrait oser prétendre le contraire ? Les gens simples ont compris qu’il s’agissait de stigmatiser les fainéants et les parasites et de les envoyer ou en prison ou au turbin. Ce qui évite de s’interroger sur les raisons qui privent d’emploi toute une catégorie de la population : handicap, maladie, marginalisation, chômage. Ces accidents là menacent pourtant chacun d’entre nous au détour de l’existence. A bien l’examiner ce mot d’ordre contient en germe tout un programme de destruction de la solidarité et du lien social. C’est une forme édulcorée d’un autre aphorisme populaire : que le plus fort l’emporte !

 Je l’ai dit et je ferai ce que j’ai dit. Autre axiome simpliste qui ravit le populaire. Les politiciens ont tellement l’habitude d’oublier leurs promesses. On voit bien qu’au nom de l’efficacité on peut engager n’importe quoi. La réforme des régimes spéciaux de retraite est un symbole destiné à contenter les gens de droite et à provoquer les militants de gauche. Après avoir donné des gages fiscaux aux riches porteurs d’un patriotisme douteux, il est plutôt maladroit d’en appeler au sens de l’équité pour crier haro sur les cheminots. Puisque cette réforme s’impose, le gouvernement aurait pu prendre le temps de négocier avec les syndicats une harmonisation générale en réexaminant la question de la pénibilité des différents secteurs d’activité.

Je l’ai dit, je le ferai….Sarkosi fait coup double : il donne satisfaction à ses amis et il dresse les salariés les uns contre les autres. Les deux slogans du nouveau président sont d’une grande indigence humaniste mais d’une efficacité antisociale absolue. Ils sont au service des plus forts et propagent ouvertement une philosophie individualiste qui proclame que le meilleur gagne et que les autres doivent s’aligner. Cette politique est clairement validée par le sceau de l’efficacité et de la démagogie.

Pour nous socialistes qui nous nous battons pour l’amélioration de la solidarité sociale en faisant appel à l’intelligence des gens, ce sont nos principes fondamentaux qui sont bafoués. En se ralliant à Sarkosy les soi-disant socialistes ont du même coup trahi leur parti, sa doctrine et sa philosophie.

Les commentaires sont fermés.