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25/11/2007

L'abbé de Fontaine-Daniel, baron de Réville

L’abbaye de Fontaine-Daniel : une vieille histoire

 

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C’était à l’époque féodale, celle des grands seigneurs qui vivaient dans des châteaux  et qui dominaient l’ordre social. En échange de leur protection, ils exigeaient des paysans toutes sortes de corvées et de taxes  qui ne laissaient pas grand chose pour vivre, au petit peuple des manants et des rustres. A la fin du XII° siècle, le duché  de Normandie vivait ses derniers beaux jours après la mort de Richard Cœur de Lion (1199) remplacé par Jean Sans Terre,  réfugié en Angleterre après que tous ses biens furent confisqués par le Roi de France, Philippe Auguste (1204). La Couronne de France était enfin venue à bout du dernier Plantagenêt avec l’aide des seigneurs bretons et poitevins.

C’est peut-être en reconnaissance de ses services que Juhel III seigneur de Mayenne s’est trouvé en possession d’un fief à Réville avec des terres et des moulins. Quoiqu’il en soit en 1206, lorsqu’il crée une abbaye au voisinage de son château de Mayenne, à la Fontaine-Daniel,  il fait venir quelques moines cisterciens et leur  donne des forêts, des champs et des rivières dans cette belle région du Bas-Maine et en  prime leur offre la baronnie de Réville, dont les terres fieffées s’étendaient également sur les communes d’Anneville, de Gatteville et de Tocqueville. La charte fut confirmée par Philippe Auguste en 1207. L’abbé de Fontaine Daniel était devenu légitimement le baron de Réville.

A cette époque,  qui était celle des croisades et de la religion , les grands seigneurs créaient des abbayes par dévotion et pour le salut de leur âme. Mais c’était  aussi un moyen bien pratique pour encadrer les pauvres serfs attelés aux travaux de défrichage, d’assèchement des marais et de mise en labour des meilleures terres. Les seigneurs partageaient les produits de l’exploitation avec les moines, dont la vie était vouée à Dieu et à la charité. Parmi ceux là,  les bénédictins (soumis à la règle de Saint Benoît) étaient réputés pour leur habileté, en particulier ceux de l’abbaye de Cluny à Citeaux connue comme la meilleure école. Les moines de Fontaine Daniel qui furent plus d’une vingtaine firent de leurs possessions mayennaises un grand domaine qui se maintint jusqu’à la Révolution. Ils gardèrent leur fiel révillais jusqu’au XVI° siècle mais en 1601 Jean de Longaunay en devint propriétaire par échange avec sa seigneurie de Franqueville  près d’Orbec.   Le domaine fut finalement vendu   à la Famille Mangon pour constituer une partie du domaine du Houguet.

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 L'abbaye de Fontaine-Daniel aujourd'hui

 

Par les chartes conservées de l’abbaye, on connaît assez bien ce domaine  de Réville. Il s’agit d’un manoir appelé la Baronnie dont on a gardé le nom aujourd’hui au Mont Ferré. Ce manoir était accompagné d’un Prieuré où priaient et travaillaient une petite équipe de deux ou trois moines, bénédictins comme il se doit. Le domaine propre était limité à une douzaine de vergées de terre mais les terres fieffées étaient beaucoup plus importantes. Elles étaient divisées en vingt-quatre vavassories (fermes) et vingt quatre bordages (métairies). Le Bordage, qui est aujourd’hui un village sis non loin du presbytère de la Pernelle garde leur souvenir. Les vavasseurs, étaient des fermiers qui payaient un terme pour les terres concédées. Ils avaient en outre la  charge de l’entretien des chemins, du curage des fossés, de la police des eaux et du transport des blés, et des bois de construction et de chauffage. Les bordiers étaient des métayers chargés des basses besognes comme le curage des étangs et des latrines appartenant aux moines, l’entretien de leur jardin, la cueillette des pommes, la fanaison, la moisson, le transport des fourrages et tous les travaux nécessaires au manoir. A ces corvées venaient s’ajouter les rentes, redevances, services et droits seigneuriaux les plus divers. A titre d’exemples on trouve qu’un nommé « Ferrecoq, à la place de Jean, fils de Fèvre le vieux, doit huit fers à cheval avec leurs clous » et que cet autre est chargé « de tenir en état le pignon du moulin longeant le chemin… »

Les revenus de l’abbaye de Fontaine Daniel tenaient cependant moins à son emprise foncière qu’aux profits que lui assuraient ses quatre moulins dont deux à vent (à Réville et Gatteville) et deux à eau, (à Tocqueville et Anneville ) et ses quatre colombiers. La Baronnie avait également le droit de gravage et de pêcherie, de Landemer à l’embouchure de Saire. Elle prélevait une taxe « de quatre deniers sur chacune nef, navire ou batel qui entrait et posait au havre de Réville, s’il n’était du dit lieu ». Elle  possédait enfin un mystérieux marais Galichar que tout le monde aujourd’hui semble avoir oublié. D’après les historiens les aménagements côtiers dont on retrouve les traces sur les photographies aériennes, à l’image des noes  débouchant sur nos plages aujourd’hui,  constituaient des pêcheries, des viviers et des salines,(sur le modèle de l’étang de Gattemare à Gatteville). On retrouve aisément la trace de ces biens dans la toponymie actuelle, le Prieuré, la Saline, Landemer, le Vivier…

Les  produits de la mer et le sel étaient en effet indispensables aux moines de la Fontaine-Daniel. Habituellement les seigneurs se déplaçaient dans leurs possessions pour en consommer sur place les produits de saison. C’était impossible dans le cas des religieux qui vivaient cloîtrés. Il faut donc imaginer qu’une ou deux fois par an, surtout avant les temps de Carême, un convoi de charrettes chargées de tonneaux de poissons fumés et salés,  tirées par des chevaux ou des bœufs, empruntait les  chemins rudimentaires qui reliaient Réville à la Fontaine Daniel. La salle des cacaudières  des caves de l’abbaye, demeurées intactes,  servait au stockage de ces caques de harengs ou autres poissons.

Les vilains, nos ancêtres,  n‘étaient pas conviés à de telles agapes, mais ils ont contribué pendant plus de cinq siècles  à l’enrichissement de l’Abbaye de la Fontaine-Daniel et de ses moines. A la Révolution l’abbatiale qu’on connaît par des gravures fut détruite. Elle était aussi grande que la cathédrale du Mans. Au XIX° siècle les bâtiments restant, vendus comme biens nationaux (1796),  furent reconvertis en une très belle entreprise de tissage (1806) qui a fait sa notoriété par les toiles de Mayenne,  toujours fabriquées de nos jours. La Fontaine Daniel  sise sur le territoire de la commune de St Georges Buttavent est maintenant plus connue pour ses toiles que pour son abbaye.

Pour me faire une idée de cette fameuse institution, je me suis rendu sur place. Il reste aujourd’hui un site superbe avec retenue d’eau et moulin, des bâtiments et un cloître qui se trouvent dans l’enceinte de la manufacture. La  porterie grandiose actuellement utilisée en étable et greniers à foin mériterait d’être mieux mise en valeur. Pour un Révillais cette visite est aussi un beau voyage dans l’histoire de notre commune .

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Autre vue de l'abbaye aujourd'hui 

PS/ Le fief de la Baronnie était probablement le plus important de Réville, mais il faut se souvenir que l’église Saint Martin appartenait à l’abbaye de Troarn, qu’il existait également une commanderie de Templiers et plusieurs domaines appartenant aux seigneurs du lieu, celui du Château, de Cabourg, de Glatigny, de Karetot, de Maletot…Ce pourrait être le sujet d’une  prochaine chronique.

15:40 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer

LA LOI DU PLUS FORT

Sarkosy m’inquiète. Il m’inquiète plus que n’importe quel politicien. En voyant notre Président se coltiner avec un pêcheur breton comme un videur de boite de nuit, je n’éprouve que méfiance et scepticisme. En observant sa familiarité avec les grévistes et sa façon de se précipiter dès que ça chauffe quelque part, je ne ressens que malaise et inquiétude. Ce Président est incapable de prendre le recul et la distance nécessaires pour donner à ses décisions la dignité d’une politique au service de la collectivité et de la nation. Il me semble que l’intérêt général exige plus de solennité et de hauteur de vue. Je crois avoir une explication. Cet homme, anormalement excité met toute sa passion à la défense, non d’une société, mais des individus. Comme si la somme des intérêts particuliers constituait l’intérêt général. En réalité Sarkosy applique la vision qu’il a depuis toujours de notre société. Il a une conception darwinienne des individus et des groupes sociaux. Les plus forts sont les meilleurs et on doit les favoriser pour entraîner le progrès de tout et de tous.

Les slogans de sa campagne qui se sont imposés aux électeurs comme une évidence sont d’une pauvreté démagogique affligeante. Travailler plus pour gagner plus : qui pourrait oser prétendre le contraire ? Les gens simples ont compris qu’il s’agissait de stigmatiser les fainéants et les parasites et de les envoyer ou en prison ou au turbin. Ce qui évite de s’interroger sur les raisons qui privent d’emploi toute une catégorie de la population : handicap, maladie, marginalisation, chômage. Ces accidents là menacent pourtant chacun d’entre nous au détour de l’existence. A bien l’examiner ce mot d’ordre contient en germe tout un programme de destruction de la solidarité et du lien social. C’est une forme édulcorée d’un autre aphorisme populaire : que le plus fort l’emporte !

 Je l’ai dit et je ferai ce que j’ai dit. Autre axiome simpliste qui ravit le populaire. Les politiciens ont tellement l’habitude d’oublier leurs promesses. On voit bien qu’au nom de l’efficacité on peut engager n’importe quoi. La réforme des régimes spéciaux de retraite est un symbole destiné à contenter les gens de droite et à provoquer les militants de gauche. Après avoir donné des gages fiscaux aux riches porteurs d’un patriotisme douteux, il est plutôt maladroit d’en appeler au sens de l’équité pour crier haro sur les cheminots. Puisque cette réforme s’impose, le gouvernement aurait pu prendre le temps de négocier avec les syndicats une harmonisation générale en réexaminant la question de la pénibilité des différents secteurs d’activité.

Je l’ai dit, je le ferai….Sarkosi fait coup double : il donne satisfaction à ses amis et il dresse les salariés les uns contre les autres. Les deux slogans du nouveau président sont d’une grande indigence humaniste mais d’une efficacité antisociale absolue. Ils sont au service des plus forts et propagent ouvertement une philosophie individualiste qui proclame que le meilleur gagne et que les autres doivent s’aligner. Cette politique est clairement validée par le sceau de l’efficacité et de la démagogie.

Pour nous socialistes qui nous nous battons pour l’amélioration de la solidarité sociale en faisant appel à l’intelligence des gens, ce sont nos principes fondamentaux qui sont bafoués. En se ralliant à Sarkosy les soi-disant socialistes ont du même coup trahi leur parti, sa doctrine et sa philosophie.