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21.02.2008

Le chant du pays

On a parfois des moments de lucidité, je veux dire par là que de temps en temps, des idées plutôt vagues qui vous trottent dans la tête se rangent spontanément dans un ordre intelligible. C'est un moment passionnant où on a l'impression d'avoir fait une trouvaille, d'avoir bâti une explication qui éclaire progressivement et ordonne tout un pan du réel. C'est un moment passionnant pour un chercheur, ou plus simplement  pour un curieux, qui voit d'un coup les éléments de ses analyses prendre forme, à la manière des images faites de points de couleur qui subitement vous donnent à voir un bateau ou un visage... 63349723fb062f549e5f434dfb62dd40.jpg

J'ai compris que je pouvais apporter quelque chose à cette région que j'aime tant. Je l'aime comme un géographe qui en comprend les ressorts d'activité, je l'aime comme un historien qui ne peut s'empêcher de lire et relire G. de Gouberville, je l'aime comme un naturaliste qui  connaît les mystères de ses prairies et de ses rocailles, je l'aime comme navigateur jamais tant heureux qu'en fixant la ligne d'horizon à l'heure ou le soleil émerge de la mer bleue (ou verte, ou grise), je l'aime comme un fils reconnaissant, plein de respect pour les ancêtres rangés sagement autour de l'église (ou parfois exilés un peu plus loin faute de place), je l'aime comme comme un père qui voudrait bien y voir heureux ses enfants et ses petits enfants.60de5c57c7048a0499934dd1327e57be.jpg

Il ne suffit pas d'aimer un pays, il faut aimer ses habitants. Et j'ai cette chance de me sentir aussi proche du marin pêcheur qui  brave en poète l'impécuniosité et le danger, que de l'homme de la terre qui ne connaît que le labeur patient et accumulé.Ce sont eux qui ont modelé le visage du pays,  et  aujourd'hui alors qu'ils ne sont plus très nombreux, nous sommes les fils de leurs folies et de leurs acharnements. Lequel d'entre nous n'a pas un clos ou un bateau dans sa mémoire ? Cinquante ans après je garde un souvenir ému de Maurice Caens et d'Eugène Burnel, les deux derniers pêcheurs professionnels de Maltot. Ils m'ont appris, ils m'ont fait rêver. Grâce à eux je suis devenu un amoureux de la mer et des voyages.

Et ceux de la terre alors ? j'ai déjà parlé de mon grand père dans ce blog, mais un autre homme a compté, c'est Léon Quilbé,  furieusement attaché à ses clos, qui se relevait la nuit pour entendre ses carottes pousser...Mes entêtements viennent de là.1dddffae02f747f787bc12208705f4b9.jpg133f700771e2735d8ebe8a25edf78af7.jpg

Alors mon pays est à la fois mon père et mon enfant et je veux pour lui la santé et le bonheur, comme on dit au jour de l'An. Je ne veux pas que la mer se vide, je ne veux pas que les clos deviennent stériles, je ne veux pas que les maisons prennent l'arrogance des parvenus, je ne veux pas que le Val de Saire ne soit plus qu' une réserve de retraités attendant patiemment la fin. Je ne veux pas que ce pays devienne le jouet du futur, un futur qui s'appelle mondialisation et financiarisation, qui s'appelle matérialisme et égoïsme, qui s'appelle banalisation et perte de liberté...

Dans beaucoup de circonstances j'aurais sans doute pu en rester à l'incantatoire et au voeu pieux. Il se trouve que quelques années de militantisme ponctuées de longues joutes oratoires avec les incroyants et les traîtres à leur propre cause assorties de la conjonction inattendue d'éléments favorables,  m'ont précipité dans le bain du réel et de l'action. Et voilà pourquoi je me trouve aujourd'hui à rédiger des tracts et des professions de foi. C'est un exercice difficile qui consiste à mêler la passion et l'objectivité. Honnêtement,  je crois que je suis plus doué pour les déclarations d'amour....

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