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24/03/2008

Toto reçoit une lettre de la Côte des Iles...

Jusqu'à présent le facteur, qui est un excellent jeune homme, ne s'était pas soucié de mettre Toto au rang de ses abonnés. Les temps changent, j'ai reçu hier à son intention une missive de Claude Bastian, mon ami, qui semble plutôt interloqué par les manoeuvres électorales de sa région. Je crois bien que ce sont des histoires tout à fait dignes de nos amis les bourricots.

Asinus asinum fricat

De Nestor, ministre* sur la Côte des Isles à Toto, son confrère du Val de Saire

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Mon cher Toto

Je suis comme toi un bel âne du Cotentin une croix de Saint André bien marquée sur le dos. De mon pré la vue embrasse toute la Côte des Havres, du Cap de Carteret à Agon-Coutainville. Sous mes sabots, Barneville-Carteret, d’où le vent d’Ouest m’a apporté une histoire. Je n’en ai pas cru mes oreilles, mais je vais quand même te la raconter.

Un jour, le Maire de Barneville-Carteret fit venir ses plus proches conseillers. Le poids des ans, leur dit-il, se fait sentir et il ne faut pas compter sur moi pour vous conduire aux prochaines élections. Tous se récrièrent : ne vois tu pas qu’un dangereux concurrent s’apprête à prendre ta place ?  Sera –t-il prêt à nous garder aux mêmes responsabilités ?  Je n’en sais rien, dit le Maire, mais j’ai un bon ami qui le ferait si vous le lui demandiez. Il faudrait donc que cet ami soit élu dirent ils, mais est il au moins connu des électeurs ? Pas encore, hélas, dit le Maire mais vous pouvez toujours le prendre sur votre liste.

 

Les proches conseillers se retirèrent et se réunirent en petit comité. Comme à l’accoutumée l’avis du Maire était sibyllin, mais le plus subtil d’entre eux en donna la clé : Si nous voulons faire élire cet inconnu comme premier magistrat, aucun d’entre nous ne peut se présenter comme tête de liste. Il nous faut donc trouver hors de notre petit cercle une personnalité populaire et peu versée en politique pour la placer à la tête de notre liste. Au besoin, nous demanderons au Maire de nous aider à convaincre cette personne, évidemment sans lui révéler notre but final. Quand nous aurons la majorité au conseil municipal, il sera toujours temps de nous en débarrasser sous l’un ou l’autre prétexte.

Ce qui fut dit fut fait. On trouva un brave homme fraîchement retraité et honorablement connu comme gestionnaire. Il rassembla sur son nom beaucoup plus de voix que le « dangereux » opposant, qui se dégonfla comme une baudruche, et sa liste gagna les élections d’une courte majorité au conseil. Et juste avant l’élection du maire, les proches conseillers réélus grâce à lui convainquirent les autres colistiers qu’il était décidément impossible de travailler avec lui. Bien évidemment, c’est l’ami du maire qu’ils firent élire à une écrasante majorité, pour se partager ensuite les postes qu’ils voulaient garder à tout prix.

Le nouveau maire est juriste de profession. C’est sans doute une lumière en Code, mais fort économe de son éloquence, se bornant à rappeler dans son discours d’investiture son amitié depuis l’enfance avec l’ancien Maire et son espoir d’être digne de lui succéder.

Quand deux orateurs de la Rome antique se congratulaient un peu trop, les citoyens disaient

Asinus asinum fricat : l’âne frotte l’âne. A cette époque on avait plus de considération pour les citoyens que pour les ânes.

Heureusement pour nous, mon cher Toto, ce n’est plus le cas aujourd’hui

 

* Il faut être inculte comme un Parisien pour ne pas savoir qu’en Cotentin le titre de ministre est réservé à nos congénères.

 

(Posté par Claude Bastian)

 

 

 

 

 

 

10/03/2008

Chroniques de l'âne 4- Et les autres candidats ?

 

Depuis quelques jours, je marmonne dans mon coin de blog en mettant égoïstement en avant mes propres turpitudes et celles de mon bourricot, alors  que je n’ai pas dit un mot de mes valeureux concurrents. Et pourtant ils sont bien plus connus que moi et pas du tout novices dans l’art et les artifices du politicien local.

Je ne m’attarderai pas  sur la mystérieuse candidate au poulet déplumé dont l’affiche est presque aussi laide que son programme. Tout à l’autre bout de l’éventail je ne peux en revanche qu’applaudir le courageux camarade du PC, tout en lui rappelant que les lendemains qui chantent de l’antilibéralisme sont loin des rêves les plus fous de nos concitoyens du Val de Saire.

 

On pourrait aussi passer vite sur l’élégant Monsieur de Paris venant au secours des bouseux, comme son statut de fonctionnaire de la mairie de Paris (et ses RTT)  l’y autorisent. Mains croisées, l’homme et sa suppléante ont une attitude très catholique propre à rassurer nos paroissiens que des évènements récents ont profondément meurtris.

A tout prendre je préfère la charmante candidate du Modem qui forme un couple très moderne avec son jeune suppléant, bien dans la ligne de François Bayrou. Malheureusement je n’arrive toujours pas à bien comprendre cette ligne  d’entre deux, qui mène au Triangle des Bermudes politique. Depuis l’école primaire j’ai appris qu’entre la thèse et l’antithèse, il n’existait rien qui vaille. Dialectique exige.

 Restent  les deux frères ennemis de Quettehou et de Saint Vaast. L’un jeune, l’autre pas ; l’un soutenu par JF Legrand, l’autre pas ; l’un déjà maire et futur maire, l’autre plus. L’un peu imaginatif et l’autre pas davantage. L’un aux dents assez longues malgré un  programme un peu court, l’autre autoproclamé sérieux notaire, qui jure avec onction de garantir notre avenir contre les incertitudes du changement.

En réalité, tous les deux se préparent  à reprendre la guerre des chefs qui a si bien réussi par le passé. Clochemerle est toujours vivant et anime encore dans nos villages son cortège d’amusantes et ridicules figurines. Nonobstant, ils brandissent imperturbablement le drapeau blanc de l’entente cordiale tout en fourbissant les armes fatales qui leur assureront,  croient-ils, le leadership du canton.

Comme je lui faisais part de mes réflexions ce matin,  mon âne est entré dans une rage ostentatoire. « Les autres candidats devraient avoir honte de se présenter contre toi qui as tant de qualités, disait-il. Et je ne parle pas de ta suppléante dont la grâce souriante remporte tous les suffrages. Vraiment, a-t-il poursuivi, quand on commande à un ministre tel que moi, on mérite bien tous les suffrages, sans qu’il en manque aucun.

Comme je me rengorgeais de satisfaction, j’ai aperçu dans son œil gauche, car le droit m’était caché, une lueur de fourberie qui gâchait ces propos flatteurs et nous menait droit à la flagornerie. Je suis sûr qu’il  en voulait seulement au quignon de pain qui est sa récompense habituelle. Il n’est pas du tout certain que dans l’isoloir il voterait pour moi,  cet animal. Par précaution je lui ai confisqué sa carte d’électeur.