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06/06/2008

Chroniques de l'âne 8 - Les trois maladies du PS

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Mon bourricot s’est fait un grand ami avec Monsieur D., un  ancien agriculteur presque octogénaire mais toujours alerte,  qui parle à l’oreille des ânes et des chevaux. L’âge de Monsieur D. fait qu’il a connu la traction hippomobile et qu’il en a gardé le rythme et l’heureuse placidité. Tonnerre malgré la fougue de la jeunesse est sensible au charmes simples des gestes chaque jour répétés. Le résultat en est la manifestation d’un attelage réconfortant de complicité et d’efficacité. En les voyant je me disais qu’on aimerait bien trouver au Parti Socialiste une seule paire d’amis comme celle là qui tire dans la même direction. J’ai cherché et je n’ai trouvé que des gens isolés qui vont dans tous les sens : le leur. Je me suis dit que notre parti était momentanément souffrant, bien malade même. Je pourrais croire qu’il s’agit de maladies infantiles contre lesquelles on peut aisément se vacciner, comme la rougeole ou la coqueluche, malheureusement ça me paraît plutôt être des affections dues à la satiété consommatrice et à la sénilité idéologique.

 

Le premier des maux, dont on observe en ce moment  l’explosion épidémique, est l’individualisme. Comment pourrait-il en être autrement ? C’est une banalité de dire que le socialisme est né dans les corons et les cours d’usine. Les démunis se tournent spontanément vers l’entraide et la solidarité. A contrario, en s’enrichissant, les hommes commencent à croire qu’ils peuvent se passer des autres et qu’ils doivent leur bien-être à leurs qualités personnelles avant tout. Les laissés pour compte l’ont bien cherché, pensent-ils,  qui sont des fainéants ou des alcooliques. Les socialistes,  même s’ils sont conscients  que l’organisation sociale est à la base de tout, n’échappent pas à ce sentiment. Ceux des grandes écoles et des familles aisées, ou bien simplement ceux qu’on appelle les bobos de Paris ou de province, ceux qui se sont habitués au succès et au pouvoir et habitent les beaux quartiers, finissent par s’imprégner de la conviction qu’ils sont les plus méritants dans cette société. Ils ne sont plus au service du parti mais ils se servent du parti pour faire carrière. Leur conduite est alors marquée du sceau de l’individualisme, que Sarkozy contribue à banaliser comme l’alfa et l’oméga des moteurs de notre société, sous le regard complaisant des médias.

Ils oublient,  ces socialistes de la haute ce qu’ils doivent aux militants, au parti, à l’action collective. Une nouvelle fois j’appelle les camarades à cesser d’être des cireurs de pompe, à faire valoir l’esprit d’équipe et à exercer  leur pouvoir critique, indispensables à la co-responsabilité.

 

La deuxième maladie s’étend par imprégnation, elle se nomme l’écologisme. Aujourd’hui, les gens sont enfin convaincus que la protection de la planète et  le respect des ressources naturelles sont  les seules voies qui nous fassent accéder à un équilibre durable et permettent aux humains de se maintenir comme l’espèce biologique dominante. Pour y  parvenir nous sommes condamnés à toujours plus d’imagination et de créativité. Nous devons adopter une hiérarchie des risques. Seuls des énergumènes farfelus imaginent qu’on puisse retourner vivre dans les cavernes.

Il faut bien comprendre que l’équilibre durable que nous appelons de nos vœux ne se fera pas sans le progrès scientifique et sans la sophistication de nos moyens d’existence. L’hostilité maladive au nucléaire et plus récemment aux OGM n’est pas une volonté  d’améliorer notre environnement, c’est seulement l’expression d’une peur de l’inconnu. Cette ignorance est habilement exploitée par quelques esprits simples mais médiatiques, qui ne s’embarrassent pas de leurs évidentes contradictions. Sous la conduite du gardien de chèvres moustachu et pittoresque, ces politiciens  entraînent le pays vers le bas.

La peur du changement est perceptible  dans les classes moyennes (employés, enseignants) qui ne manquent de rien mais ont peur de tout. Ils veulent le beurre (le confort, la belle vie) et l’argent du beurre (la sécurité absolue,  au nom du fameux principe de précaution).   La tentation est grande chez certains d’entre nous de se placer dans le registre de la compassion et de la protection. On a vu Ségolène y succomber en recrutant B. Rebelle. Nous ne devons pas accepter au niveau politique que le Parti devienne  le refuge des peurs et des contradictions véhiculées par les écolos et nous devons expliquer pourquoi.

Nous devons être le parti de la justice sociale et de la solidarité. Pour avoir vécu longtemps dans un pays sous développé, je sais que la croissance économique est nécessaire (mais pas suffisante) pour corriger les injustices terribles de la faim, de la maladie et de l’ignorance. Nous devons demeurer des humanistes qui  militent  pour l’épanouissement de tous les hommes et de toutes les femmes de ce monde. Nous ne devons pas être une assurance tous risques contre le progrès.

 

Le troisième fléau est celui du gauchisme. A notre gauche on entend des propositions radicales. Il faut faire table rase du passé. Les colères d’aujourd’hui  annoncent  les lendemains qui chantent. Si le Parti Socialiste perd les élections c’est qu’il n’est pas assez à gauche. Ceux qui ne sont pas d’accord sont des traîtres. Malheureusement ces militants de la Révolution rebaptisés anti-libéraux pour les besoins de la cause, sont comme les Verts,  incapables de résoudre leurs contradictions.  Il suffit de considérer l’émiettement des groupuscules de l’extrême gauche et la sénescence du PC.  Il n’empêche que les esprits de gauche sont durablement déformés par l’espoir entretenu que la grève générale illimitée peut nous conduire à la société idéale. On a vu jusqu’où  peut mener ce genre d’aberration. La dictature d’un parti d’avant garde nous conduit tout droit aux monstruosités du stalinisme ou de maoïsme. Qu’on ne se fasse pas d’illusions,  il y a un  Pol Pot  dans chacun d’entre nous. On ne m’ôtera pas de l’idée que chaque fois que l’esprit politique abandonne le sentiment de la complexité pour se livrer à des slogans et à  des simplifications élémentaires,  l’action est vouée à l’échec à plus ou moins court terme. Les petits malins qui se livrent à cet exercice pour gagner des voix (le parti se gagne à gauche…) vont à l’encontre des intérêts du parti et se livrent   à la démagogie alors que c’est la pédagogie qui devrait être la règle. Au nom de cette radicalité on exploite les craintes que suscite l’Europe et la mondialisation qui taraudent des millions de français. Or justement,  la Communauté est la seule garantie possible dans les rapports de force mondiaux qui se préparent.

 

 

Le développement humain est passé par toutes les étapes du  progrès social, de la fin de l’esclavage  et du servage à l’extinction du fait colonial,  la fin du travail des  enfants et  à la libération des femmes. Les étapes de cette évolution inscrite dans la longue durée dépendent pour beaucoup de la politique menée dans chaque pays. En France aujourd’hui, notre parti se doit de conquérir le pouvoir pour redonner une dignité au travail salarié durement altérée par la rapacité du capitalisme financier. Il est aussi de notre devoir de renforcer la solidarité face à la maladie et au handicap. Enfin nous avons l’ardente obligation d’aider les pays pauvres et de concourir via l’Europe,  à la paix dans le monde. Notre succès dépend pour beaucoup de l’exactitude de nos diagnostics et  de la pertinence de nos propositions. Il dépend  aussi de l’émergence d’un grand leader qui mettra ses qualités de rassembleur au service de nos idées et  saura éviter les pièges qui nous sont ainsi tendus.

 

Ainsi vont les méditations inspirées par le spectacle insolite d’un homme de grande simplicité qui est capable de faire d’un animal à l’état brut un âne plutôt intelligent. Cet homme nous rappelle que la force tranquille peut domestiquer la nature tout en la respectant  et sans qu’il soit nécessaire d’élever la voix. On voudrait bien que nos généraux socialistes reviennent à cette simplicité.