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30/12/2008

Chronique de l'âne 11- Quand les bourricots se mêlent d'élections

 

 

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Découpage électoral ou canular ?

ou comment passer de 5 à 4 circonscriptions.

 

 

 

Comme chacun  sait,  le département de la Manche est un véritable terrain de jeu pour la droite, aujourd’hui plus que jamais. Seule l’agglomération cherbourgeoise échappe à cette fatalité rurale. Jusqu’ici nos campagnes ont été livrées aux vétérinaires,  il ne faut donc pas s’étonner qu’on s’y adonne au charcutage électoral. La proposition UMP d’un découpage méridien n’est peut-être qu’un ballon d’essai mais si elle devait se confirmer on pourrait y voir une nouvelle preuve du peu de cas que font les politiciens de droite de l’intelligence des territoires, de leur unité culturelle et de leur diversité économique.

 

Dans la circonscription de Valognes on n’a jamais vu le soi-disant « vieux lion » aux avants postes pour soutenir le pays de Cotentin, pas plus d’ailleurs que pour encourager les intercommunalités, ou pour faire avancer le désenclavement routier. Le Val de Saire, dont le corps électoral est le plus à droite qui soit, s’est vu doté de trois kilomètres  de voie nouvelle en trente ans ! Ce qui explique que les semi-remorques de choux-fleurs se perdent aujourd’hui dans les chemins vicinaux.   Les cadres de l’UMP ont l’air de découvrir présentement les vertus de la coopération communale, malheureusement l’aménagement du territoire suppose un minimum de prospective et de planification, deux notions que la droite renvoie à l’archaïsme politique !

 

Les socialistes ont toujours soutenu le rapprochement de l’agglomération cherbourgeoise et de son arrière pays. Notre port est le débouché naturel de notre petite région sur l’Europe et sur le monde. C’est aussi sans conteste la capitale géographique du Cotentin qui offre à nos citoyens toutes les ressources d’une grande ville et qui préside au fonctionnement harmonieux du réseau de bourgs et de villages qui tisse l’unité du pays. Tout ce qui contribuerait à désagréger cette subtile organisation serait une atteinte à son développement économique, social ou culturel. 

Si tant est qu’on nous demande notre avis nous sommes fermement décidés à manifester notre opposition à ce projet tellement absurde qu’on se demande si ce n’est pas le canular de l’année 2009. Si ce n'est pas le cas nous présentons nos meilleurs vœux aux militants de l'UMP 50, empêtrés dans une nouvelle querelle interne à leur parti. 

(texte proposé à la Presse de la Manche, l'excellent journal qui a pris l'initiative de lancer la polémique dans son numéro du 27/12/2008!)

 

 

19/12/2008

Chronique du Moyne 6- La descente aux enfers

 

 

 

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Hamon fut transporté dans un fourgon blindé.... 

 

Le jeune homme fut repêché sans ménagements par Mal-Oeil qui le harponna comme un crapois. Il fut ligoté et bâillonné, puis jeté dans la cale, presque mort. Dès son retour à terre il fut conduit au château,  entravé sur le  cheval de trait mené par le grand valet. On l’enferma dans le souterrain de la grande tour,  sous bonne garde, comme dans une prison . Giron ne décolorait pas. Il déversa sa folle agitation sur le malheureux abbé Cresté, lui intimant de se rendre immédiatement à la forteresse du Mont Saint Michel pour organiser un enfermement définitif de son fils.

 

A cette époque, le Mont était une place forte,  secouée par les soubresauts de la guerre de Cent Ans et par les luttes incessantes  avec les bandes armées qui débarquaient  sur nos côtes après avoir traversé le Channel. Elle était commandée par douze chanoines qui étaient de redoutables guerriers. Leur chef Raoul de Turstin était un abbé sévère et brutal se croyant investi de  la mission divine. Son devoir était de combattre et d’extirper  toutes les dérives païennes qui pouvaient mettre en danger la Sainte Eglise. Il restait profondément inspiré par l’Inquisition dont les méthodes étaient testées et rodées  depuis des siècles . Il avait  en horreur les Alchimistes et les tenants de la Cabbale.

 

Le grand Exorciste Turstin écouta avec attention les explications doucereuses de l’Abbé Cresté.  Le cas du jeune Giron, révolté contre sa famille et contre l’église,  était exactement de ceux qu’il fallait traiter avec sévérité. Il décida sur le champ de livrer bataille au Malin logé dans le corps du malheureux Hamon. Il recommanda qu’on lui envoie sans délai le criminel,  les yeux bandés, le visage  dissimulé par une cagoule et solidement garrotté dans un chariot blindé.

 

 

Dès son arrivée, sans qu’on lui parle aucunement, Hamon fut exposé plusieurs jours dans la sombre et glaciale chapelle installée dans les souterrains du Mont. Autour de lui les moines rassemblés se relayaient pour chanter des cantiques grégoriens  en répandant des nuages d’encens. De temps à autre on agitait brusquement de lourdes chaînes en frappant sur des enclumes avec d’énormes marteaux, dans l’espoir d’écraser les esprits diaboliques  logés dans l’âme du pénitent.

Après sept jours et une dernière bénédiction, toujours sans qu’on lui adressât une parole,  on enferma le prisonnier dans un cachot. Hamon fut mis aux fers,



sanglant et presque mort. La porte fut murée, laissant seulement une étroite ouverture par laquelle son gardien,  un frère portier au mufle bestial, lui passait un peu de nourriture, pourvu qu’il en décidât ainsi. La plupart du temps la brute se contentait de grommeler des insultes et des menaces. Face à ses souffrances le jeune Hamon s’était raidi dans une volonté de totale résistance. Il ne sentait ni la faim ni le froid. Il était devenu un bloc de haine complètement replié sur l’image poignante de sa bien aimée, revoyant sans cesse le moment où elle lâchait prise pour se laisser sombrer dans la mer en furie. Les jours et les semaines passaient sans que le temps n’émoussât son inflexible volonté.

 

 

Des mois plus tard on ouvrit enfin son cachot,  on lui enleva sa cagoule et on lui permit de voir à nouveau la lumière du jour.  Mais  on ne laissa aucun répit au prisonnier. Il fut traité comme une bête, à genoux sur des épines, complètement nu, dans le froid, les immondices et les rats. On venait souvent le chercher pour le soumettre à la question. On lui appliquait les supplices des  bras de fer et des jambes de force. On le suspendait par les pieds, on lui faisait ingurgiter des dizaines de litres d’eau, on lui brûlait la peau du dos. Toutes ces tortures devaient  faire sortir le malin qui s’était sournoisement emparé de l’âme du jeune homme. Dans l’esprit du Grand Inquisiteur Turstin, ces terribles traitements n’étaient pas destinés au jeune Hamon mais au Diable lui même qui avait élu domicile dans l’enveloppe charnelle du malheureux.

 

 

Sous peine de mourir de faim et de froid, Hamon devait se  plier à toutes les injonctions de ses geôliers, qui avaient reçu des instructions implacables et cruelles. Le prisonnier devait demeurer à genoux et réciter en permanence des pater et des ave, même pendant son sommeil. On lui donnait seulement un quignon de pain et une gamelle d’eau de temps en temps. Le jeune homme maigrit à l’extrême et ses  yeux hagards devinrent plus vides que ceux d’un mort. Ses lèvres marmonnaient machinalement des prières sans jamais s’arrêter, car c’est à ce prix qu’il recevait le bout de pain qui devait le maintenir en vie.

 

 

Malgré tout cela, au dedans de lui, le pénitent était soutenu par une force immense qui appelait à la revanche et à la vengeance. A aucun instant il ne perdit l’espoir de sortir de cet enfer  pour faire payer à son père le meurtre barbare de la jeune fille terrorisée,  emportée par les flots sombres et glacés. Pour l’heure il buvait docilement le calice de l’horreur jusqu’à la lie.

 

 


Après deux longues années, le jeune homme comprit qu’on ne relâcherait ces incroyables sévices que s’il donnait les signes d’un affaiblissement de la présence démoniaque. Il accepta les mauvais traitements avec une docilité accrue, implorant lui même qu’on le punisse et qu’on inflige aux forces du mal les coups ultimes qui leur feraient lâcher prise. Il priait avec ostentation, réclamant à grands cris le fouet et le silice. Il se prosternait devant ses gardiens impassibles,  en s’accusant de tous les maux, proclamant qu’il n’était qu’une bête maléfique qu’on devait traiter sans aucun égard. Malgré la haine qui l’étouffait Hamon  s’appliquait à donner le change et à faire illusion.

 

 

D’autres années passèrent et on lui laissa enfin, petit à petit, quelque répit. Un matin qu’il était d’humeur joviale, Turstin décida par une ultime cérémonie de mettre un terme à ces longues épreuves de solitude et de souffrance.  Entouré de tous ses Chanoines, le Prieur descendit dans les caves voûtées du sous sol. On fit tinter les cloches et on chanta longtemps en chœur,  en agitant des sonnettes et en répandant de l’encens. Un frère convers sortit le malheureux de son cachot et le traîna, attaché comme un chien jusqu’au lieu de la cérémonie. Le pauvre pénitent , complètement ébloui par la lueur des cierges pouvait à peine se tenir debout . On l’aspergea d’eau bénite et on fit des signes de croix sur son corps étendu. Au cours de l’exorcisme, les chants montèrent d’intensité et  chaque Chanoine vint frapper l’homme à terre avec un redoutable fouet, car c’est le Diable qu’on voulait chasser.

 

 

Le lendemain on laissa Hamon  libre d’aller et venir . Dès lors le rescapé s’employa à simuler sa guérison affirmant qu’il était enfin libéré du Malin. Il usa de toutes les manières convenables du dévot en  n’élevant jamais la voix. Le dos voûté et les orbites creuses,  il ne regardait jamais les Chanoines dans les yeux. Il priait ostensiblement comme un Saint Homme et jouait sans cesse au bon Apôtre. Une nuit il réveilla à grands cris son gardien, jurant que Saint Michel Archange, le patron du Mont qui avait si bien terrassé le Démon, lui était apparu et lui avait parlé en ces termes  : « Heureux sont les suppliciés de Satan car ils renaîtront  innocents comme les angelots du premier jour»

 


Sans trop savoir ce que ça voulait dire le Chapître trouva dans cette intervention du Saint Esprit l’explication de la docilité dont faisait preuve leur prisonnier et l’annonce de leur propre victoire sur les forces du Mal. On consentit dès lors à moins de rigueur. On relâcha un peu ses liens et on autorisa le prisonnier à sortir enfin des cachots .

 

 

Hamon découvrit avec éblouissement qu’il était dans une Abbaye entourée de tous côtés par l’immensité marine. Il loua le destin qui lui permettait de voir enfin l’horizon lointain et merveilleux à demi noyé dans les brumes nacrées de l’océan.  Il y voyait le visage torturé de la pêcheuse de moules coulant à pic dans les flots furieux. Pendant ces instants le prisonnier retrouvait toute son énergie, sa détermination et sa haine. Il se gardait bien d’en montrer la moindre étincelle et se contentait de rabattre un peu plus son capuchon pour se mettre à genoux et manifester son humilité de la manière la plus théâtrale qu’il pouvait.

 

 

On chargea Hamon des tâches les plus subalternes, comme de vider les  latrines et de nettoyer  les écuries.  Il montra une grande application et une totale humilité dans son travail. Quand sa tâche était terminée il sarclait et entretenait les jardins suspendus de l’Abbaye.  Il retrouva sa passion pour les arbres et les fleurs et il transforma les lieux en une sorte de Paradis qui émerveillait les moines. Il recueillait les oiseaux de passage et les faisait chanter dans sa main. Sous prétexte d’apprendre le nom des plantes il obtint d’accéder à la bibliothèque. Il y passa tout son temps libre sans presque manger ni boire. Il volait des bouts de chandelle et passait ses nuits à déchiffrer les vieux grimoires. Il s’intéressa à l’alchimie, à la magie, à la sorcellerie.

 

 

Et là, il ne  cesse de consulter les livres tenus secrets pour revisiter les évènements les plus mystérieux de notre passé. Il découvrit les clés théosophiques de  La Cabale. Il apprit à communiquer avec les esprits surnaturels et à  manipuler les personnes de son entourage. Il se livrait à des lectures à haute voix et il fit des prédictions qui s’avérèrent exactes. On lui reconnut peu à peu des pouvoirs occultes. Il finit par convaincre les autres moines et en particulier le sévère Turstin de sa science et de sa supériorité. Il devint ainsi un exorciste réputé et un théologien qu’on écoutait.

 

En réalité le Moyne sous les traits admirables d’un homme sage et accompli, s’était transformé en un disciple docile et pervers  des forces sataniques. Sa duplicité allait être la cause des plus grands drames, comme nous allons le voir par la suite.


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06/12/2008

Chronique du Moyne 5- La mort de l'être cher

Mélisse se laissa emporter par le courant
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Hamon  savait qu’à l’heure du flot,  le père de Mélisse était à ses filets devant Dranguet. Il se dirigea rapidement vers la chaumière et  frappa à l’huis de la petite maison pour  réveiller son amoureuse. Il dut étouffer de sa main le  cri de surprise de la jeune fille. Il était là, en chair et en os, plutôt intimidé par sa belle,  assise à demi nue sur le bord de sa couche. La gêne ne dura qu’un court instant , enfouie sous une embrassade  passionnée.  Mélisse qui n’y croyait plus, passé le moment de surprise, ne put retenir des sanglots de bonheur. Elle fut émue jusqu’aux larmes de retrouver son ami amaigri par sa captivité et épuisé par sa fuite.

 

 

 

Elle le caressait et le cajolait. Tous les deux s’attendrirent et ne purent retenir leur émotion et leur désir. A ce moment le temps s’arrêta pour les deux jeunes gens. Ils oublièrent le ciel et la terre, le Château et l’Archevêque, les supplices et le bûcher. Ils s’enlacèrent et se serrèrent tendrement, plus de vêtements, plus de dangers, rien ne compta que leur désir et leur amour. Ils devinrent amants avec toute la fougue et toute l’ardeur de leur jeunesse. Ravis et comblés ils demeurèrent un long moment à rêver alors qu’apparaissaient les premières lueurs de l’aube.

 

 

Mais tout d’un coup, la hantise les prit  du danger qui les menaçait de toutes parts.

 

Juste à ce moment ils entendirent les aboiements de la meute du Château. Giron avait été prévenu de la fuite de son fils et suivait sa trace avec ses hommes et ses chiens. Pour rien au monde Hamon et Mélisse n’accepteraient d’être à nouveau séparés. Ils décidèrent de fuir sans plus réfléchir. lls s’emparèrent de l’embarcation légère d’un voisin et établirent à la hâte une misérable voile. Le vent de suroît les entraîna rapidement vers le large. Mais les gens du Château eurent le temps d’apercevoir la barque qui tanguait maladroitement dans les rafales du vent devenu violent. Giron n’hésita pas un seul instant et embarqua avec ses hommes dans le plus puissant navire du mouillage. Les voiles furent rapidement hissées et la poursuite immédiatement lancée.

 




Passionnés et bouleversés les jeunes gens forcèrent leur barque, qui faisait des embardées et se remplissait à chaque vague qui les assaillait. Mélisse barrait le canot d’une main ferme et commandait les manœuvres à Hamon, inexpérimenté et effrayé. Ils entendaient derrière eux les clameurs et la voix puissante de Giron qui donnait des ordres à ses gens. Jamais je ne me laisserai prendre par ces brutes cria Mélisse . Je préfère couler à pic plutôt que d’être torturée et brûlée vive par les bourreaux ecclésiastiques. Hardi ! Hâle plus fort sur cette voile, et vide cette eau qui nous envahit. Encore un petit moment et nous allons nous fondre dans la grisaille de l’aube. Ils ne pourront plus nous voir et nous serons sauvés !.

 

Mais sous la contrainte,  le  pauvre mât fléchit et la voile se déchira. Un paquet de mer plus fort que les autres remplit la barque qui disparut sous l’écume. Mélisse fut bousculée par le choc et la barre lui échappa pendant qu’elle se cramponnait à la lisse. Hamon voulut venir à son secours et acheva de déséquilibrer la petite embarcation. Dans un dernier creux   la coquille de noix fut retournée. Les deux jeunes gens furent précipités dans  les flots sombres et froids. Hamon retint la jeune fille en s’agrippant à  la coque renversée. Les deux jeunes gens étaient à la merci de leurs cruels poursuivants.

 

Déjà on entendait la voix terrible du Sire de Giron. Attrapez les , attrapez les !  criait-il à ses gens. Le navire fonçait sur les naufragés et son équipage s’excitait déjà,  brandissant des cordes et des crocs.  Mélisse était épouvantée par la brutalité de ces hommes. Pour rien au monde elle n’accepterait de  tomber dans leurs mains. Prise de panique, elle  se dégagea de la prise de son amant et se laissa emporter par le courant. Sous les yeux des hommes de Giron, triomphants et ricanants, la pauvre jeune fille disparut en quelques minutes. Malgré les recherches dans les jours qui suivirent dans la mer et sur les grèves proches du drame  , on ne la retrouva jamais.

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