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22.02.2008

Arrêtons le massacre !

J'ai dit qu'au cours de cette campagne électorale, j'ai parcouru avec Dominique les routes départementales chères à Jean Yann et surtout les chemins vicinaux (en passant : vicinal est un bien joli mot descendant de voisinal,comme on disait autrefois). Le bocage du Val de Saire est une splendeur, même en hiver quand les arbres sont  dénudés, même en l'absence cruelle des ormes, détruits par la graphiose, même sous la pluie quand l'eau ruisselle à travers les prés pour rejoindre la Saire. Une rivière où paraît-il, les saumons reviennent.On ne dira jamais assez la douceur et l'harmonie qui émanent des vieilles maisons, chaumières de journalier enfouies sous la verdure ou fermes-manoirs dont les tours narguent l'histoire.

a13d272f9608594673b05e141b87fb3a.jpgJ'aime bien rêver et croire que tout cela, qui a survécu aux siècles d'un passé somme toute paisible, est éternel,  et hors d'atteinte de l'inconscience des hommes. Cette naïveté est stupide. La plupart des chemins creux ont disparu, les barrières de fer ont remplacé celles de bois, la broyeuse réduit en mauvais fragments les noisetiers et les aubépines, et les roues énormes des tracteurs font le reste. A la récolte les remorques de maïs d'ensilage transforment notre bocage  en vulgaires champs de betterave des plaines picardes. C'est encore pire en terres à légumes : il n'y a plus de haies, seulement des poireaux et de la boue. Mais plus triste encore,  nos fermes sont abandonnées. Les vieux cultivateurs aujourd'hui en retraite, souvent démunis,  ne peuvent plus entretenir les bâtiments. Parfois la désolation s'impose dans un hameau. Pour achever le spectacle,beaucoup d'endroits se sèment de pavillons jaunes ou roses ou blancs, achevant par leur bête insistance de déconsidérer nos vieux villages .

Mieux encore on voit des cabanons monter à l'assaut de nos dunes et de nos plages en toute quiétude,  et des lotissements envahir les zones humides avec la bénédiction de l'administration. Ici on met des balustres et plus loin des terrasses, quand ce n'est pas des chalets savoyards ou des pavillons de banlieue. Les entrées de ville se mettent ressembler à toutes les autres entrées de ville, avec des pompes à essence, des hypermarchés et des panneaux publicitaires. Quand je pense qu'il suffirait de faire des maisons qui se regardent au lieu de maisons qui s'agressent ou qui se tournent le dos. Je devais faire une conférence à l'UIT sur la beauté des paysages du Cotentin et leur conservation. Je vais faire une diatribe sur leur massacre.

35d0492538d084b384cf9eed0aa9702e.jpgEt pendant ce temps là les écologistes se battent contre le nucléaire ou les OGM ! Parfois on s'intéresse aux abeilles ou aux oiseaux, mais jamais à l'environnement rural, on voit bien que l'écologie est une invention de citadin. L'urbanisation de nos campagnes en est au degré zéro de la réflexion et de l'imagination. Les mêmes qui se disent  défenseurs de la nature, saccagent nos bords de mer ou nos champs en cloutant nos paysages de verrues enduites à la chaux aux couleurs charentaises ou andalouses.Vous l'avez compris j'ai vidé mon sac. Il faut bien que les agriculteurs travaillent et que les gens se logent. Proposer des solutions pour trouver des terrains à bâtir pas trop chers, bien orientés, bien disposés, faciles d'accès, et pas trop loin des écoles est de la responsabilité des politiques. Dans mes projets de candidat, il y a la proposition d'un schéma communautaire d'urbanisation. Justement pour tenter de retourner cette évolution qui dessert tout le monde.

21.02.2008

Le chant du pays

On a parfois des moments de lucidité, je veux dire par là que de temps en temps, des idées plutôt vagues qui vous trottent dans la tête se rangent spontanément dans un ordre intelligible. C'est un moment passionnant où on a l'impression d'avoir fait une trouvaille, d'avoir bâti une explication qui éclaire progressivement et ordonne tout un pan du réel. C'est un moment passionnant pour un chercheur, ou plus simplement  pour un curieux, qui voit d'un coup les éléments de ses analyses prendre forme, à la manière des images faites de points de couleur qui subitement vous donnent à voir un bateau ou un visage... 63349723fb062f549e5f434dfb62dd40.jpg

J'ai compris que je pouvais apporter quelque chose à cette région que j'aime tant. Je l'aime comme un géographe qui en comprend les ressorts d'activité, je l'aime comme un historien qui ne peut s'empêcher de lire et relire G. de Gouberville, je l'aime comme un naturaliste qui  connaît les mystères de ses prairies et de ses rocailles, je l'aime comme navigateur jamais tant heureux qu'en fixant la ligne d'horizon à l'heure ou le soleil émerge de la mer bleue (ou verte, ou grise), je l'aime comme un fils reconnaissant, plein de respect pour les ancêtres rangés sagement autour de l'église (ou parfois exilés un peu plus loin faute de place), je l'aime comme comme un père qui voudrait bien y voir heureux ses enfants et ses petits enfants.60de5c57c7048a0499934dd1327e57be.jpg

Il ne suffit pas d'aimer un pays, il faut aimer ses habitants. Et j'ai cette chance de me sentir aussi proche du marin pêcheur qui  brave en poète l'impécuniosité et le danger, que de l'homme de la terre qui ne connaît que le labeur patient et accumulé.Ce sont eux qui ont modelé le visage du pays,  et  aujourd'hui alors qu'ils ne sont plus très nombreux, nous sommes les fils de leurs folies et de leurs acharnements. Lequel d'entre nous n'a pas un clos ou un bateau dans sa mémoire ? Cinquante ans après je garde un souvenir ému de Maurice Caens et d'Eugène Burnel, les deux derniers pêcheurs professionnels de Maltot. Ils m'ont appris, ils m'ont fait rêver. Grâce à eux je suis devenu un amoureux de la mer et des voyages.

Et ceux de la terre alors ? j'ai déjà parlé de mon grand père dans ce blog, mais un autre homme a compté, c'est Léon Quilbé,  furieusement attaché à ses clos, qui se relevait la nuit pour entendre ses carottes pousser...Mes entêtements viennent de là.1dddffae02f747f787bc12208705f4b9.jpg133f700771e2735d8ebe8a25edf78af7.jpg

Alors mon pays est à la fois mon père et mon enfant et je veux pour lui la santé et le bonheur, comme on dit au jour de l'An. Je ne veux pas que la mer se vide, je ne veux pas que les clos deviennent stériles, je ne veux pas que les maisons prennent l'arrogance des parvenus, je ne veux pas que le Val de Saire ne soit plus qu' une réserve de retraités attendant patiemment la fin. Je ne veux pas que ce pays devienne le jouet du futur, un futur qui s'appelle mondialisation et financiarisation, qui s'appelle matérialisme et égoïsme, qui s'appelle banalisation et perte de liberté...

Dans beaucoup de circonstances j'aurais sans doute pu en rester à l'incantatoire et au voeu pieux. Il se trouve que quelques années de militantisme ponctuées de longues joutes oratoires avec les incroyants et les traîtres à leur propre cause assorties de la conjonction inattendue d'éléments favorables,  m'ont précipité dans le bain du réel et de l'action. Et voilà pourquoi je me trouve aujourd'hui à rédiger des tracts et des professions de foi. C'est un exercice difficile qui consiste à mêler la passion et l'objectivité. Honnêtement,  je crois que je suis plus doué pour les déclarations d'amour....