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30/04/2009

Actuelles 10- L'indispensable chaos universitaire

 

 

L'économie a, d'une certaine manière, dévoré la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l'indifférence à la compréhension et à l'intelligibilité des phénomènes. Or, même si c'est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse. Nous avons besoin d'elle pour nous aider à comprendre notre monde. Si l'université n'est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander par des comités de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives.
MARCEL GAUCHET, historien et philosophe

 

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La connaissance du monde est une toile immense tissée par l’intelligence des hommes depuis le début d’Homo sapiens. C’est une fresque en constante expansion composée en bibliothèques de rouleaux et feuillets, replis, diverticules, renvois et réseaux en toiles d’araignée. Dès sa naissance, à moins que ce ne soit plus tôt encore, le bébé d’homme entreprend d’acquérir des lambeaux plus ou moins consistants de cette tapisserie.  L’entendement de cet ouvrage véritablement cosmique exige une énergie chaque jour renouvelée et dure toute la vie, sans qu’on puisse jamais y trouver une fin.

 

 

L’école, le collège, les lycées et les universités sont des institutions construites par nos sociétés démocratiques pour offrir au plus grand nombre, sinon à tous des méthodes et des voies d’accès pour déchiffrer ce grand œuvre de la découverte du monde. Chacun sait aujourd’hui que la connaissance est l’atout essentiel pour accomplir son destin d’homme et exprimer avec succès son potentiel personnel. Toute négligence dans le cursus d’apprentissage de nos jeunes est une sorte de crime contre l’humanité, ce qui confère aux maîtres et aux professeurs une singulière responsabilité. Dans cet itinéraire laborieux et compliqué, je sais par expérience que l’Université occupe une place centrale, indispensable, fondamentale.

 

Je n’ignore pas que nos élites qui visent à s’assurer un statut social prééminent, préfèrent les Grandes Ecoles,  destinées aux classes d’élection. Celles-ci sont en effet conçues pour leur apporter les recettes scientifiques, techniques et philosophiques qui constituent le socle de l’éducation d’un honnête homme, non contestataire et intégré socialement. C’est en somme la formation classique indispensable pour se  hisser au sommet de la pyramide sociale. Avec les Grandes Ecoles la connaissance est une sorte de domaine conforme mais sélectif,  voulu comme la base de puissance, de richesse  et de pouvoir.

 

L’Université est bien différente. Elle doit aux mandarins qui l’ont longtemps gouvernée, d’être encore en partie consacrée à la science pour la science. Les ambitions de nos professeurs n’ont jamais été, ou si peu,  matérielles, mais toujours jalousement intellectuelles. L’Université est donc un amphithéâtre ouvert à tous, où s’exprime la libre parole, sous le seul contrôle de la vérité démontrée et acceptée par la communauté des enseignants chercheurs. Ainsi conçue la connaissance n’est pas un pouvoir, mais une richesse qu’on partage avec le plus grand nombre. La science est un bien démocratique qui n’a pas d’autre valeur que philosophique et humaine.

 

Mais cette Université est victime de son succès. On ne supporte plus de maintenir ouverts des foyers d’agitation à la rentabilité incertaine. Voilà plusieurs années déjà qu’on veut transformer ce haut lieu de l’humanisme en brocante intellectuelle, dans laquelle les savoirs sont achetés, vendus, employés, salariés. On a fait les IUT et les licences professionnelles et toutes sortes de grandes écoles au rabais préparant nos populations laborieuses aux prouesses du CAC 40. C’est dans l’air du temps libéral,  entiché d’efficacité économique et de matérialisme bling-bling,  d’accentuer encore la pression pour une marchandisation accrue du savoir et de la recherche. C’est  l’esprit qui inspire la réforme en cours.

 

Je sais gré aux universitaires d’aujourd’hui de protester contre cette fausse autonomie qui remet le pouvoir à des Présidents dont on sait qu’ils auront la tentation du succès économique et de l’efficacité matérielle au détriment de l’universalité de la science. Les candidats aux besognes d’autorité sont loin d’être des purs esprits, fussent-ils appelés Professeurs. Je me doute que ce ne sont pas les meilleurs qui décideront des vocations des laboratoires et de la distribution des moyens. Le Conseil d’Administration formellement maître des orientations de la recherche et des enseignements pourrait bien être berné au quotidien. Pour des raisons voisines les Professeurs de médecine refusent de passer la main aux Directeurs de leurs hôpitaux publics.

 

La seule disposition favorable à l’explosion créatrice est l’autonomie et la liberté des chercheurs. Toute caporalisation ne peut que nuire à la libre invention et à la libre expression. Je comprends que les personnages imbus des méthodes de gestion du moderne management considèrent comme inadmissible et coûteuse la pagaille  intellectuelle. A ceux là j’ose dire qu’aucune armée au monde n’est capable de maîtriser le chaos scientifique. Il faut faire confiance à la géniale imprévoyance des enseignants chercheurs, tous uniques, tous différents et tous rebelles à l’ordre établi : ils ne sont rien d’autre que les explorateurs de notre avenir.

11/04/2009

Actuelles 9 - Sequestrer les patrons

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Séquestrer les Patrons (Photo de Slate.fr)

 

 

 

 

J’en connais des patrons, plutôt des modestes que des messieurs. Je suis tranquille, aucun de ceux là ne sera mis aux fers dans son bureau. Les salariés sont comme vous et moi, pas fous ni sanguinaires. Ils ont du respect et parfois de la vénération pour leur usine et ceux qui l’ont imaginée et créée. Le pain de leurs enfants et le toit de leur maison en dépendent.

 

Je n’en dirais pas autant des têtes d’œuf qui ne savent que ce qu’ils ont appris à l’école des riches.  On les a  persuadés dés tout petit qu’ils sont les meilleurs et que le reste n’est que chienlit. Un vieil ami respecté et patron important proclamait : « Si tu veux couler une boite, donne la à un polytechnicien ».

 

C’est tout le résultat de notre méritocratie républicaine qui a coupé notre pays en deux. D’un côté les élites qui se reproduisent entre elles avec une étonnante consanguinité et de l’autre ceux qui sont les variables d’ajustement du casino capitaliste mondialisé, c’est à dire  la masse des citoyens.

 

A ce niveau de décalage social,  être retenu deux ou trois nuits dans son bureau n’est qu’un moindre avatar. Ces messieurs  ont même droit à du café et à des sandwichs. Ils pourront dès le lendemain rejoindre leur belle villa, dans les beaux quartiers avec leur belle auto et toucher leurs gros salaires avec des bonus et autres menues friandises. Pas de quoi fouetter un chat. Une nuit à la brigade financière est infiniment plus redoutable.

 

D’ailleurs après pareille aventure, je suis certain que les plus intelligents d’entre eux auront renouvelé leur vocabulaire, complété leurs analyses sociales et douté de leur droit divin.

 

09/04/2009

Actuelles 8 - L'honneur de la gauche

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On a l’habitude de dire qu’on ne fait pas de la politique avec des bons sentiments, ce qui justifie la mauvaise foi, les mensonges et la calomnie, tous ingrédients habituels du combat politique.

 

Depuis Sarkozy nous sommes abreuvés avec méthode, mais jusqu'à l'écoeurement, des arguments tordus d'une bouillie syncrétique qui mélange les symboles, renverse les valeurs et détourne de leur objet les hommes et les faits. Avec le  seul but  de grimper dans les sondages (merci Opinionway).

 

Et ce matin, voilà que la femme la plus dénigrée et la plus insultée de notre République, persiste et signe, en demandant pardon aux Africains pour les conneries de notre Président. Les réactions des porte-flingue vont jusqu’au délire : cette hystérique ridiculise et humilie notre pays, et elle pousse la complaisance jusqu'à s'habiller d’un boubou comme une femme de ménage .

 

Pour ma modeste part, j'ai contribué 25 ans à relever de ses ruines un pays sortant de la plus vantée de nos colonisations et j’ai eu souvent envie de demander pardon, pardon aux enfants couverts de mouches, pardon aux fellahs illettrés, et pardon aux  vaches trop maigres ou aux forêts détruites. Aujourd’hui je me sens vengé et consolé .

 

Les hommes sans cœur, les profiteurs cyniques, les chiens couchants peuvent claironner leur concert de dépit, ils n’y pourront rien. Par je ne sais quel miracle, la Ségolène de la bravitude, la Madone de la Province, l'Allumée du Poitou a dégainé et tiré dans le mille. Enfin  la gauche qui attend depuis si longtemps une raison d’espérer, pousse un soupir d’aise. En deux phrases Ségolène a renvoyé l’entreprise sarkozyste au théâtre de guignol dont elle n’aurait jamais du sortir. La vraie politique c’est celle du cœur, pas celle des affaires.

 

 En Afrique, l’honneur de la gauche est provisoirement sauvé .

 

 

06/04/2009

Chronique de l'âne 12- En avoir ou pas

tête de totoWEB.jpgLa semaine dernière le jeudi fut une journée noire. Depuis quelque temps déjà mon bourricot prétendait m’imposer sa façon toute personnelle de voir les choses. Chacun sait que je suis très attaché à la résolution des conflits et des contradictions par un dialogue franc et direct. Malheureusement  mon âne est peu attentif aux subtilités de la parole et aux nuances du vocabulaire. Il a tendance à ponctuer ses envies avec des coups de tête dans le dos et des bourrades sournoises et pesantes. J’ai attribué ce comportement mesquin à une volonté de puissance agressive liée à un excès de testostérone. Le printemps venant, l’herbe verte, l’air marin et la force de l’âge n’ont fait que renforcer cette tentation animale de dominer ceux qui l'entourent.

 

Comme pater familias et toujours responsable de tribu, je ne pouvais pas admettre une remise en cause aussi brutale de ma bienveillante autorité. Bien qu’il m’en coûtât, je m’en suis ouvert au docteur vétérinaire pour procéder à l’ignominieuse opération qui consiste à descendre en breloques les jolies roupignolles du pauvre quetton. Ainsi fut dit, décidé et exécuté. Transformé en modeste castrat, mon âne du Cotentin voit du même coup sa lignée génétique stoppée et tous les espoirs de son père Milord de Boudosville anéantis. C’était le prix à payer pour conserver la paix sociale et éviter qu’un des membres de la famille, pas des plus fins, prenne le pouvoir et impose à tous ses caprices saugrenus.

 

On ne dira jamais assez les inconvénients de l’excès de testostérone sur le fonctionnement social de notre planète. Je serais tenté d’y attribuer la volonté de domination qui vient souvent dénaturer les rapports entre les hommes et les femmes. Quand ils ont du génie, les mâles dominants  se jettent dans l’imagination et la création et on obtient des Victor Hugo ou des Pablo Picasso dont on connaît l’extraordinaire puissance génésique. A ce compte là on se félicite d’être humain et on voit l’avenir avec un grand optimisme.

 

En revanche, lorsqu’ils  sont moins doués et que leurs compétences conceptuelles sont plus modestes, certains étalons, malgré tout dévorés par leur volonté de puissance, mettent en avant leurs gros muscles, et tous les attributs qui s’y rattachent, montres en or, belles autos, yachts improbables, villas au soleil, postes de commandement et comptes en banque en rapport. Comme mon bien aimé bourricot, leur souci principal est de se mettre à la tête du troupeau et d’installer partout l’apparence de leur suprématie. Apparaissent alors les Gengis Khan ou les Napoléon grand et petit. C’est à ces moments là que le doute s’insinue sur l’avenir de notre espèce.

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Tout bien pesé je ne saurais trop conseiller aux générations futures d’analyser avec la plus grande suspicion les déclarations d’amour des ânes politiques qui se disent décomplexés et qui promettent de mettre fin aux hypocrisies. La plupart du temps c’est une  façon de jeter aux orties les oripeaux du respect d’autrui en piétinant les platebandes des autres. Comme Tonnerre de la Fosse, fils d’Oasis de St Jores et de  Milord de Boudosville.