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30/05/2009

Le 7 juin je vais voter socialiste

Le 7 juin, j’aurai toutes les raisons de passer le harnais à mon âne et d’aller rêver sur la plage de Landemer, à compter les mouettes et les fous. Et pourtant je chercherai comme d’habitude ma carte d’électeur dans les tiroirs et je me rendrai à la mairie pour mettre dans l’urne le bulletin du PS. Un bulletin qui ne me ravit pas. Notre tête de liste G. Pargneaux n’a pour moi aucun charisme et ressemble trop à un arrivage de cooptation du à Martine Aubry ; quand aux suivants on se demande bien comment ils sont arrivés là, en tout cas pas grâce au vote des militants qu’on a pris à cette occasion pour des ballots.

 

L’histoire récente m’a rendu particulièrement méfiant, les champions du non à l’Europe viennent tout d’un coup réclamer nos suffrages, alors qu’il n’y a pas si longtemps ils vouaient aux gémonies une Europe libérale qui nous menait à la dérégulation et au chômage. Et pourtant le traité constitutionnel qu’ils ont refusé pourrait devenir leur principal outil politique en cas de succès de la gauche. Comprenne qui pourra. De toute façon je préfère une Europe de droite à pas d'Europe du tout.

 

Malgré tout ça je suis sûr que le camp de la gauche a raison et qu’il demeure celui du progrès humain. Bien entendu tout cela ne va pas comme sur un long fleuve tranquille. Mais si je regarde par dessus mon épaule, moi qui suis né sur la ligne Maginot et qui suis devenu par la même occasion orphelin de guerre, moi qui ai connu tous les déchirements de la décolonisation et qui ai eu tout le temps d’en constater les plaies effroyables, je me persuade que la gauche a été pour l’essentiel du bon côté et qu’elle reste ma famille. La seule qui peut me donner l’audace à long terme d’être un homme libre et de vivre pour la paix, l'intelligence, la culture et la création.

 

Le 7 juin mon bulletin une fois de plus portera le poing et la rose. Je laisse aux esprits forts le soin de rigoler.

 

15/05/2009

Chronique de l'âne 14- Le Cotentin malade de la peste sur France 3

Tonnerre 7_WEB.jpgCe matin Tonnerre de la Fosse paraissait irrité et agité. Au lieu de paître paisiblement la belle herbe tendre de ce mois de mai, je l’ai trouvé à la barrière, la crinière en bataille et donnant du sabot dans la clôture. Je lui ai adressé quelques remontrances en faisant valoir que c’était dimanche et que probablement des parisiennes élégantes s’arrêteraient pour les salutations d’usage et remarqueraient son humeur désobligeante.

« De là à écrire à la SPA pour souligner ton attitude inquiétante, il n’y a qu’un pas, lui dis-je. Et je ferai bientôt les frais d’une enquête en suspicion de mauvais traitements ! »

 

Loin de l’amadouer, mes propos achevèrent de tourmenter l’animal, qui, si je puis dire, monta sur ses grands chevaux. On m’a raconté l’épisode de Thalassa de ce vendredi, brailla-t-il, c’est un véritable scandale ! Ce Georges Pernoud qui n’est rien pour moi, a jeté la suspicion sur mes pâturages avec une audace incroyable. Il a répandu  l’opprobre nucléaire sur tout le Cotentin avec une hypocrisie inouïe, sans en avoir l’air, avec un art consommé de la calomnie, que seuls les journalistes dénaturés peuvent manier. Et maintenant je suis soupçonné d’avoir la peste, nous avons tous la peste. Peux tu seulement me dire comment je vais trouver une ânesse de compagnie pour faire ma vie dans ce comté rural ?

 

« Mon ami, lui dis-je, je comprends ta colère. Au vrai, tu n’es pas tout seul dans cette pandémie atomique. En quelques dizaines de minutes de télévision, les homards des pêcheurs sont devenus invendables et les pommes de terre de nos agriculteurs ont pris une saveur suspecte. Le lait des Maîtres Laitiers va devoir plus que jamais, masquer son éventuelle origine haguaise et les huîtres de Saint Vaast vont être contraintes de se refaire une santé dans les Charentes. Pense également aux hôteliers, aux restaurateurs et à toute l’économie du tourisme. Toute la région, filmée sous une lumière froide entre la Norvège enneigée et les installations sinistres de Sellafield,  a été présentée comme une sorte de friche industrielle à l’atmosphère menaçante pas très loin du cinéma d’horreur et de science fiction. »

 vache WEB.jpg

« Face à cette peste, rien n’a filtré qui soit positif, pas même la technicité d’Areva pourtant choisie par contrat l’an dernier, par Sellafield elle-même, pour maîtriser les risques de la déconstruction. Pas un mot d’éloges n’a été entendu pour nos produits gastronomiques, rien pour nos plages aux perles granitiques, rien pour nos côtes mille fois historiques, rien pour notre bocage toujours luxuriant, rien non plus pour nos hommes,  téméraires navigateurs ou artistes du monde. Même pas une incidente cher Tonnerre, sur les fameux ânes du Cotentin, cette race devenue célèbre aux côtés de nos sexi et plantureuses triolettes, posant sur les cartes postales entre un pommier tout fleuri  et une affable vache normande, à la mamelle généreuse. »

 

C’était à mon tour de taper du pied et de perdre mon calme.

 

« Quand on ignore la table des gourmets et la peinture de François Millet  ou de Signac, pour pérorer devant la France entière au pied d’une église dont on est incapable de restituer la grandeur poétique, on ne peut-être qu’un goujat sans culture. Je te le dis cher Tonnerre, Pernoud est devenu un potentat imbu de lui-même et sûr de lui, seulement préoccupé de faire payer à ses hôtes,  les complaisances qu’ils sont fiers de lui avoir refusées ! »

 

Enfin calmé l’animal hocha gravement la tête, et j’ai pu lire dans son regard doux la perplexité qu’il nourrissait face à l’espèce humaine. J’ai pensé à cet instant que le monde des ânes me convenait mieux que celui des médias corrompus. Pour conclure, avec une dignité qu’on n’attend pas d’un jeune quetton, Tonnerre me tourna le dos sans beaucoup d’entrain et s’éloigna en broutant les petites fleurs mauves des trèfles des près qui peignent  une jolie tapisserie face au gris bleuté de la mer . Comme chaque matin la scène était inondée de soleil et juste troublée par un doux Zéphyr.

 

Copie de IMG_3635 (2).JPG