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30/04/2010

Il y a plus de mille ans !

masquedo2WEB.jpgIl y a mille ans ou à peu près, c'était en 997, peu de temps après l'assassinat de Guillaume Longue Epée, le fils de Rollon, et avant que son héritier Richard qui n'avait qu'une dizaine d'années, soit en âge de gouverner par lui même.


On était aux approches de l'an Mil et les barons vikings s'essayaient avec succès à la consolidation d'un véritable Etat en Normandie. Sans doute à cause des habitudes de liberté des galvaudeurs des mers danois, les paysans avaient résisté, jusque là, à l'emprise des Seigneurs et des Clercs. Ailleurs en France, les serfs étaient condamnés  à nourrir en parasites leurs protecteurs,  lesquels étaient lourdement armés du sabre et du goupillon.


Les paysans du Cotentin et d'ailleurs,  en Normandie,  décidèrent qu'ils étaient :


"hommes comme ils sont,

des membres avons comme ils ont,

et tout autant grand coeur avons,

et tout autant souffrir pouvons " (Jean Mabire)


Ils envoyèrent des délégués auprès du Duc Richard,  qui n'était encore qu'un enfant. Les paysans voulaient exploiter librement les forêts et les étangs, avoir des moulins et des fours,  et cuire le pain sans payer des taxes  à des protecteurs dont ils redoutaient le pire.


L'affaire était d'importance. Raoul,  le tuteur de Richard n'hésita pas une seconde. Il se saisit des délégués, leur fit trancher les pieds et les mains et les renvoya chez eux,  pour convaincre leurs mandants qu'il valait mieux en rester là. On entrait pour plusieurs siècles, en plein racket institutionnel. Guillaume de Jumièges qui raconte cette histoire,  disposait à la fois du goupillon et du porte-plume. Il trouvait lui aussi que les rustres exagéraient.


En ce jour de premier mai, où se déroulent les jolis défilés à banderoles écarlates, n'oublions pas ces obscurs martyrs des éternelles révoltes. Ils  avaient déjà la liberté ancrée au coeur, cette vertu cardinale de la dignité humaine. La liberté est un combat toujours recommencé car en face,  on retrouve toujours l'autre moitié du masque, noire de sang séché. Comme si l'homme ne pouvait se passer de ce double visage, rouge et noir, cruel et tendre, ange et démon. Sachant cela, il faut toujours marcher le poing levé.


Depuis mon adolescence j'ai une devise : "Quand tu vois un chef  sors  ton pistolet", ta kalache comme ils disent aujourd'hui.

27/04/2010

Tous à cheval !

Les cendres d'Islande ont bloqué les avions en Europe en pleine période de vacances. Pour le coup on a estimé à 150 ou 200 urbainII.gifmille le nombre de français envolés pour de lointaines destinations. Tous ces gens ont été condamnés à passer plusieurs jours dans les endroits du globe les plus laids qui soient, je veux parler des aéroports. Ces lieux de transit , anonymes et tous pareils,  ne sont que des dédales de béton, de verre et de parkings remplis de "bagnoles". Est-ce un symptôme de vieillissement ? j'excècre ces espaces encombrés, en mouvement brownien, peuplés de zombies stressés, traînant après eux des montagnes de valises. Il n'y a que les entrées des grandes villes avec leurs hypermarchés et leur parade mortelle d'enseignes publicitaires, leurs ronds-points et leurs batteries de feux tricolores,  pour rivaliser avec ces enfers débiles...


En décembre 1095, mon héros Thibaud d'Ysamberville quitte le Val de Saire sur son meilleur cheval, avec son écuyer Anselme. Avec d'autres, Godefroi de Carteret, Michel d'Anneville, Raoul des Moustiers de Cosqueville...etc, il est adoubé chevalier à Coutances. Quelques jours plus tard, il rejoint son chef de guerre Robert Courteheuse, duc de Normandie et fils aîné de Guillaume le Conquérant, à Bayeux. En mars, ils sont à l'abbaye de Vézelay, en juin à Lyon et à Brindisi en août où ils retrouvent un autre Normand, le comte de Sicile, petit fils de Tancrède de Hauteville. En avril 1097, ils sont à Byzance, puis ils livrent bataille à Nicée et à Dorylée en Turquie, font le siège d'Antioche qui tombe en juin 1098. Après un repos bien mérité, ils repartent en campagne et chassent les sarrasins et les juifs de Jérusalem, qui sont méticuleusement massacrés en juillet 1099.


Imaginez ce garçon de vingt ans qui ne connaissait au départ que la baie de Jonville et quelques mots de latin, qui parcourt 3000 km sur son destrier, mange à la fortune du pot et dort à la belle étoile. Seule son appartenance au groupe armé a pu le sauver, car les vivres et l'eau manquaient très souvent. In fine, c'était le plus fort et le mieux armé qui survivait. Ce n'était certes pas les volcans islandais qui pouvaient l'arrêter. La croisade prêchée par le Pape Urbain II était un viatique propre à soulever des montagnes. Aux cris de Dieu le veut ! on partait libérer le Saint Sépulcre.


Il y a quelque chose de pathétique à entendre se plaindre nos touristes devant les micros compatissants des journalistes. Du coup l'Etat est sommé de les prendre en charge et de rembourser les frais de cette immobilisation imprévue. J'aimerais bien entendre Green Peace et les autres protester contre ce gaspillage éhonté de pétrole et de ressources, par ces mouvements incessants de voyageurs qui vont de l'autre côté du monde aussi facilement qu'ils traversent la rue d'en face.

 

Ah oui, j'aime les voyages... mais quand ils deviennent de simples produits de consommation vendus à coup de promotions niaises, je préfère chevaucher avec l'intraitable Thibaud d'Ysamberville. Quand bien même ces croisés vivaient dans la plus complète utopie sanguinaire, ils tiraient leur noblesse d'une quête spirituelle. Face à ces gars là, nous sommes des veaux, comme le ronchonnait notre illustre Général.

 


22/04/2010

Une histoire ancienne

 

 

Lors de la première croisade les armées chrétiennes arrivèrent devant Antioche en octobre 1097. C'était une villeAntioche2_WEB.jpg considérable entourée de murailles et défendue par plus de 400 tours. Le siège promettait d'être long. Comme les assaillants manquaient de vivres, le 31 décembre  Bohémond de Sicile et Robert de Flandre remontèrent la vallée de l'Oronte pour ravitailler les troupes en pillant les villages et les bourgs, Robert Courteheuse étant en couverture. C'est à ce moment qu'un fort parti commandé par le Prince de Damas vint les attaquer. La bataille fut rude et les Francs furent victorieux, mais ils durent revenir à Antioche les mains vides.


Bohémond comprit alors que les chefs Turcs et Arabes étaient trop bien renseignés par les espions qui avaient infiltré les campements. Il décida de se débarrasser d'eux. Il fit quérir plusieurs dizaines de sarrasins prisonniers dans les geôles et les fit sacrifier et préparer par la compagnie des bouchers  pour les cuire à la broche comme des moutons. Il les fit rôtir en grande pompe, en faisant savoir partout que plutôt que de souffrir de la faim, les croisés avaient décidé de manger les espions et les traîtres, qu'ils soient Turcs, Arméniens ou Syriaques. On vit alors s'enfuir tous ceux qui étaient à la solde des ennemis. Ils  racontèrent avec épouvante que les assaillants « étaient plus durs que pierre et que fers et passaient en cruauté les ours et les lions ».


Après ces évènements une délégation vint en secret  informer Bohémond qu'un Arménien apostat, fabricant de cuirasses, un certain Firouz qui commandait la tour des Deux Sœurs, se proposait de lui remettre les clés de sa défense. Bohémond sans rien dire aux autres Barons constitua un commando emmené par Thibaud d'Ysamberville originaire du Val de Saire. Le Normand Sicilien fit croire aux hommes qu'ils partaient piller de nuit un village en amont, mais après deux heures de marche, ils firent demi tour. Ils se rendirent en silence au pied de la tour des Deux Sœurs où les attendait Firouz le félon. Ils entrèrent à cent dans l'enceinte et répandirent la terreur. Les Turcs mal réveillés croyant leur cause définitivement perdue, s'enfuirent, laissant la casbah principale sans défense. A l'aube les gonfanons de Bohémond de Sicile flottaient sur les murailles. Antioche était enfin aux mains des croisés.


La peur doit changer de camp répètent nos ministres chargés du désordre public depuis plusieurs années déjà. J'ai encore en tête une séquence où le ministre Sarkozy humiliait publiquement un directeur de la police qui n'était pas là disait-il pour jouer au foot avec les délinquants. Les rodomontades continuent sans qu'on voie nulle part une amélioration de ce côté là. Il faudrait demander des idées au Baron Bohémond de Sicile. Dans le genre répressif, je ne crois pas qu'on puisse faire mieux. Le problème c'est que ça nous renvoie mille ans en arrière.

 

 

17/04/2010

Mourir pour mourir, je préfère mourir vieux

 

mortibus_WEB.jpg

Et je ne suis pas le seul : il suffit de voir tous ces sexagénaires s'ébaudir dans les salons d'aéroport ou sur les plages tropicales, entre deux palmiers complaisants. Je ne partage pas ces plaisirs futiles de l'hédonisme primaire car je trouve que c'est dans la tête qu'on se fabrique les plus beaux voyages, c'est bien plus beau, c'est moins fatiguant et on ne risque pas d'attraper bêtement le choléra.


Assuré du pain quotidien, d'un vrai  toit et de la chaleur d'un  bon feu (nonobstant le réchauffement climatique), qui sont les luxes indispensables aux personnes âgées en bonne santé approximative, on peut concevoir le vieillissement, non pas comme un naufrage, mais comme l' ascension de l'ultime montagne.


Malgré mes rhumatismes et mon souffle court je ne m'imagine  pas dans une descente qui ne pourrait mener à terme que six pieds sous terre. J'ai plutôt conscience de gravir doucement, un à un, les degrés d'une valeur qui m'est chère, celle de la liberté. L'escalier de cette tour là, qui est la mère de toutes les dignités, est interminable. A chaque palier on laisse derrière soi toutes les chaînes. Close la dépendance du patron, close l'urgence de l'éducation des enfants, closes les amours égoïstes et désajustées, closes mêmes,  les peurs du lendemain et de la mort.


Je comprends le désespoir et la douleur qu'engendre la mort des hommes et des femmes encore jeunes. Un sentiment d'inachevé. Une réelle injustice . Une sorte de gaspillage des ressources génétiques et sociologiques du groupe. Je n'en finis pas de m'apitoyer sur la mort de mon père à trente deux ans et de m'affliger de celle de mes amis éteints trop tôt. Ils auraient pu faire tant de choses en restant en vie. Rimbaud, Mozart, combien d'autres ?


Je vois  bien que la vraie raison du sourire béat du vieillard est la satisfaction du destin accompli, que nul accident ne peut plus interrompre. Quand le regard s'estompe et que la petite musique de la vie s'assourdit dans des artères qui se referment, le vieil homme (ou femme) devenu sage enfin, peut lâcher la rampe et faire un signe de la main à ceux qui restent. Cependant «si  rien n'est plus sûr  que la mort,  rien n'est moins certain que l'heure d'ycelle... »



En attendant, avec l'esprit plus libre que jamais, il n'y a pas de meilleure place pour profiter de la vie. Esprit libre, esprit fort. Les hommes libres sont des héros. Si vous avez bien suivi mon raisonnement, il s'en suit que vieillir est un acte héroïque. Alors si vous croisez un ancêtre au pas hésitant et au regard vague, saluez le gentiment, il a vaincu pour de bon toutes les peurs du monde.

 

10/04/2010

La bataille des mots

la bataille des motsWEB.jpgCertains se sont émus de me voir évoquer une recette de cuisine à propos de mes digressions sur les ecclésiastiques pédophiles. Je ne crois pas que cette incongruité a altéré si peu que ce soit la gravité du sujet. Si elle a pu faire sourire certains de mes indulgents lecteurs, je m'en félicite, car le but était bien de garder, à propos de nos enfants, la tendresse amusée qui convient. On sait comment, nous les anciens, qui scrutons des horizons définitivement limités, formulons des voeux pleins d'espoirs pour ces gamins qui portent en eux toutes les facettes du futur.

 

Il est toujours possible d'être mal compris. J'aurais pu utiliser des mots de mitraille qui déchirent les soutanes et renversent les autels ; envoyer des salves au canon pour abattre les clochers et ne laisser que des ruines de la basilique Saint Pierre. Plus encore, j'aurais pu entonner les cantiques et les litanies que psalmodient les douairières à voilette dans le choeur des chapelles, et utiliser des mots qui sentent la cire et l'encens pour mieux les retourner contre l'église. Après avoir répandu le fiel et l'humeur, j'aurais alors décidé que plus rien ne devait subsister de l'ancien monde .

 

Il y a déjà très longtemps que j'essaie de corriger le tir et d'éviter les gros boulets. En ce début de printemps, j'aurais pu, pour Pâques, me contenter de mots verts et tendres, de mini-salades ou de navets nains. Mais je n'ai pas de goût pour ces nourritures de gazelles qui craignent l'embonpoint. Je préfère le plomb des mots simples et drus, de poulet rôti ou de filet de boeuf. Ces mots sans ambiguïté  servent loyalement leur cause quand ils sont bien préparés et sautés vigoureusement dans leur jus.

 

J'aime aussi y mélanger, quand je les trouve, des vieux mots qui brillent encore sous leur patine. Ils parfument les pâtés élégants de venaisons chassées des sous bois. On y trouve des champignons rares et des mots à coulisse qui passent d'un fourré à l'autre le temps d'un éclair. Il faut malgré tout se garder de l'afféterie qui va puiser dans les vieux châteaux de la littérature classique. La culture affichée n'est que de la cuistrerie et les mots oubliés sont les meilleurs quand ils réapparaissent sans crier gare !

 

Mais ce que j'aime par dessus tout ce sont les mots marins qui nous viennent de nos lointains ancêtres scandinaves. Ce sont des mots qui voyagent et qui viennent gonfler les voiles de notre frêle esquif d'écriture. Avec eux on peut naviguer d'île en île ou bien rester échoué sur le sable au gré du balancement des marées. Les mots de la mer sont des valeurs sûres, qui n'ont jamais trompé leur monde et qui font plaisir même quand il y a blessure.

 

Ainsi les mots simples qui ne craignent pas le quotidien, les vieux mots qui n'en finissent pas de faire leurs preuves et les mots du grand large qui ouvrent les horizons, sont ceux que je préfère quand je fais le marché du vocabulaire. Avec eux on peut remplir une marmite sans affectation et se lancer dans la tentative gastronomique. Mais attention, il suffit d'un rien, un poil trop de suif, ou bien un manque de sel ou d'épices et tout est raté. Ces choses là  arrivent aussi quand on choisit de la chevrotine pour tirer sur des mouches ou bien encore quand les cartouches font long feu. Au lieu d'une époustouflante matelote vous servez un brouet qu'on croirait sorti de la gondole des plats tout faits du super marché d'à côté.


De temps en temps, lorsque je manque de mots bien trempés pour fabriquer mon discours, je me dois de garder l'arme au pied. Si la confiture ne prend pas ou  si le soufflé s'effondre, la faute m'en incombe et je ne peux m'en prendre qu'à moi même. Il y a des amuse-gueules ou des chansons du coeur qui ne peuvent pas se dire avec du vieux pain de munition.