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05/01/2011

De la chasse à la baleine à la pêche aux vignots

 

 

baleine.jpgSi on en croit nos historiens, du temps de Guillaume le Conquérant on pêchait la baleine dans la baie de Jonville. Les « craspois » comme on les appelait à l’époque désignaient tout un ensemble d’animaux allant du marsouin à la baleine de grande taille. On a des descriptions qui identifient ces cétacés par les panaches d’eau rejetés par les évents et par les dimensions de la queue et de la langue. Le Cartulaire de l’Abbaye de Montebourg renferme deux textes du début du XII° qui attestent l’existence d’une pêche organisée. Le premier est une donation collective des baleiniers (appelés waumanni) de la Saire qui accorde aux moines les nageoires de la queue des animaux, le second mentionne non seulement les baleiniers de la Saire, mais aussi ceux de Saint-Vaast, de la Hougue, de Lestre, de Quinéville et  de Saint-Marcouf.

 

Ces documents nous prouvent que nos côtes abritaient des sociétés de pêche à la baleine organisées et qui possédaient une personnalité juridique. Différentes sources nous apprennent également que la capture des animaux se faisait à la côte avec des filets en chanvre arrimés  avec des  gros cordages. On rabattait les cétacés avec des barques pour les faire échouer à la côte ou se prendre dans les filets. On les tuait ensuite avec des harpons à trois pointes. Il s’agissait en réalité d’une chasse « à hue et à cry » dans des sites privilégiés et probablement aménagés. Par ailleurs il existait une réglementation précise sur les « craspois » venus à l’échouage (à varech), dont on retrouve souvent les traces dans des contestations procédurières. En règle générale les gros animaux étaient réservés aux seigneurs du lieu d’échouage, voire tout bonnement au duc qui pouvait offrir ce privilège aux monastères et aux abbayes.

 

On peut donc considérer qu’il y a mille ans des troupeaux de baleines fréquentaient nos côtes et faisaient l’objet d’une exploitation réglementée, car l’huile et la chair étaient particulièrement recherchées. Peut-être reverrons- nous ces animaux après que les réglementations restrictives de la pêche contemporaine auront produit leurs effets. Cela laisse à penser que comme les cétacés, beaucoup d’espèces nobles ou moins nobles, doivent être protégées de notre voracité pour empêcher leur destruction.

 

Il y a cinquante ans, jeune étudiant je me souviens d’avoir fait un herbier d’algues, dont l’estran sur nos côtes était riche. Aujourd’hui, je sais que ma vue a baissé, mais aussi que je ne trouve plus cette diversité. Je vois dans les mares et les chenaux des cailloux retournés et du sable bouleversé par les fourches et autres objets. Plus de crabes verts, plus de satrouilles (poulpes), plus d’hippocampes…Le simple piétinement détruit les larves et les formes juvéniles. Imaginez que dans votre jardin, à chaque grande marée, une dizaine de cueilleurs viennent à la hâte et sans précaution couper les choux et arracher les carottes, que vous restera-t-il en fin de compte ? un champ de ruines. Nos basses iau, si fréquentées et si courues, qui voient affluer de plus en plus d’amateurs, sont en réalité des jeux de massacre. Aujourd’hui il nous reste quelques bigorneaux, que nous appelons vignots ou brelins et que nos enfants ne savent même plus reconnaître ; mais jusqu’à quand ?.

 

Dans ce carnage, certains pécheurs professionnels ne sont pas en reste. Il n'y a qu'à voir les "perches" de plusieurs tonnes qui traînent les chaluts de fond. On connaît les "perques" de nos églises qui portent les crucifixions à l'entrée du choeur, eh bien les perques de nos chalutiers sont elles aussi de véritables crucifixions pour les fonds marins ; si j'étais matelot j'aimerais mieux me couper la main que de tirer cet attirail !


Comme c'est la période des voeux, j'en prononcerais bien un,  en patois celui-là : arrêtons de dévignoter (dérailler) et pensons bien que les fonds de la mer sont comme des prairies. A les saccager de la sorte, il ne restera bientôt plus que des montagnes de boues et des plages de sables et de cailloux complétement désertes.

 

Pour la Pêche à la Baleine, voir J. Prevert et surtout Prof. L. Musset dans Heimdal, n°14, 1974

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