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26/02/2012

Du Panthéon au Fouquet's

 

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Le 21 mai 1981 François Mitterrand  est allé s’incliner sur les tombes de Victor Schoelcher, de Jean Jaurès et de Jean Moulin. Par cette cérémonie filmée et passée en boucle afin que nul n’en ignore,  le Président nouvellement élu reliait clairement son futur septennat aux grands hommes de la nation et aux idées phares qui ont honoré notre République. On peut contester certains aspects de la politique mitterrandienne, en particulier lors de son second mandat, mais on ne peut lui nier sa constante dignité et une forme de grandeur, allant dans le droit fil de l’épopée gaullienne, quoiqu’en aient pensé les gens de gauche de l’époque. Le Président Miterrand était un homme de culture, ce qui le mettait à l'abri des contre sens ridicules qu'on connaît aujourd'hui.

 

En 2007 Nicolas Sarkozy ne s’est posé aucune  question sur son triomphe personnel. Il ne se trouvait redevable à personne de sa victoire, en tout cas pas aux grands hommes de notre histoire. Ceux là sont morts et enterrés et ne pèsent rien dans sa panoplie du pouvoir. Sa victoire,  il la devait à ses  puissants soutiens et à ses amis proches. Il a choisi de les remercier de la manière la plus vulgaire qui soit en leur offrant le casse-croûte, pas dans un temple de la gastronomie française ou un lieu historique qui aurait pu conférer une dignité particulière à la cérémonie, non, dans la brasserie de son copain Desseigne  (groupe Lucien Barrière), le Fouquet’s des Champs Elysées . Le choix d’un vulgaire bistrot élitiste à la mode pour gens friqués en a tout de suite dit long sur le degré de conscience historique du nouvel élu. La liste des invités, triés sur le volet,  étalait sans ambiguité l’esprit de la petite sauterie : des milliardaires,  industriels ou hommes d’affaires mélangés à des hommes de presse, du showbiz et du sport : Dassault et Hallyday, Bolloré et Clavier . La note dominante était la richesse dans toute sa vulgarité. On n'y trouvait pas  d’intellectuels, pas de grands artistes ou de créateurs, uniquement des success stories. Quoiqu’ils en pensent aujourd’hui,  Fillon et Raffarin y étaient et ont ouvertement traîné la République dans ce pince fesse mondain .

 

La couleur du sarkozysme était dès ce soir là clairement affichée pour qui voulait la voir et elle ne fut jamais démentie. L’ère du bling-bling était lancée, pour laquelle il fallut inventer le mot. Pour en rajouter une couche,  les photos de vacances sur le yacht de Bolloré firent quelques jours plus tard, le tour des rédactions. Ce qu’on ne savait pas c’est que le nouveau Président fut saisi ce soir là par un vague à l’âme incroyable. Non pas qu’il ait ressenti une émotion particulière devant l’ampleur de la tâche, la gravité de la fonction, ou l’écrasante responsabilité qui lui tombaient sur les épaules, pas du tout, Sarkozy ne pouvait jouir totalement de son triomphe parce qu’il était complètement préoccupé par ses affaires intimes, ses peines de cœur, l’infidélité de Cécilia qui n’avait pas donné de nouvelles de la journée. Il s’était le matin convaincu  que sa victoire allait lui rendre sa belle, hélas, il devait se rendre à l’évidence, Cécilia n’assisterait pas à sa parade et ne deviendrait jamais l’épouse bling-bling qu’il souhaitait.

 

L’aveu de son erreur sur France 2 aujourd’hui, nous a paru contraint et vraiment difficile à déglutir. Comment en serait-il autrement ? La folie politique du Fouquet’s n’est pas anecdotique, elle est consubstantielle de l’esprit Sarkozy. Il est l’homme des beaux quartiers qui n’a jamais douté un seul instant d’être le meilleur dans le meilleur des mondes et qu’il suffisait à son ambition politique de promettre de partager ça avec les autres citoyens. Enrichir les pauvres en les faisant travailler ne peut mener qu’au paradis pour chacun et au progrès pour tous. Il est ainsi le concepteur d’un programme politique sommaire qui a l’avantage de s’ouvrir à toutes les opportunités et toutes les démagogies pour peu qu’elles lui permettent de garder le pouvoir. Ce qui nous explique le spectacle effarant de sa campagne cette semaine.

 

Dire  aujourd’hui qu’il s’est trompé, c’est pour Sarkozy la chute brutale dans le trou du souffleur, l’explosion de la marionnette . Il n’a pas de politique de rechange, il ne connaît qu’un principe, celui des rapports de force, tout autre moteur politique lui est étranger. J’ai déjà dit que ses ressources intellectuelles et morales étaient  désespérément nulles et que son agitation multiple ne pouvait plus lui être d’aucun secours. En 2007 les Français ont commis une monstrueuse faute de casting qui a conduit à l'abaissement de la République et de la France. Je ne peux pas croire qu’ils remettent ça en 2012.

17/02/2012

Portrait d'un nain assis à terre

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VELASQUEZ, vers 1645, Portrait d'un nain assis à terre


Je sais que je vais faire de la peine à mes amis de droite qui ont mis tous leurs espoirs entre les mains d’un Président  sensé répondre à  leurs aspirations. En 2007, ces électeurs demandaient à Sarkozy de leur épargner en priorité un gouvernement de gauche et de les rassurer sur leur avenir , l’intégrité de leurs biens, et le bon déroulement de leurs affaires. Les politiciens de l’UMP qui ont eu l’habileté de se faire passer pour des réformateurs,  ont œuvré autant qu’ils le pouvaient  à alléger les charges fiscales et à  consolider le statut social de leurs mandants. Au nom de la liberté d’entreprendre et de la responsabilité individuelle,  ils ont cherché à diminuer les contraintes de la solidarité pour faciliter le jeu des entreprises et des  affaires, tout en réduisant le fardeau de l’Etat, considéré comme une dépense excessive. [Aujourd’hui même le Président Clinton qui sait de quoi il parle, leur apporte un démenti : nos sociétés modernes ont besoin d’un Etat fort, écrit-il.]

 

Quoiqu’il en soit, quand un parti politique obtient la faveur de la majorité  des électeurs, il est tout à fait légitime qu’il applique son programme et personne ne saurait lui reprocher. Sarkozy et ses amis en ont-ils trop fait ? Toujours est-il que certains patrons ont d’eux même réclamé plus d’impôts et que la petite Parisot à jugés exorbitants les salaires de PDG du CAC. Elle avait d’ailleurs promis de réguler cela ! j’apprends aujourd’hui, qu’ils ont encore augmenté en 2011 ! et pas d’un peu. Au même moment  l’hôpital et l’école crient misère et les chômeurs encore bien davantage. Raffarin ce matin se dit « offusqué » Quel constat d’impuissance pour la majorité actuelle !

 

Que Sarkozy soit de droite, élu par des gens de droite  est dans l’ordre des choses démocratiques. La particularité de Sarkozy est d’avoir proclamé dans la foulée qu’il serait un Président décomplexé. Nous avons pu croire à ce moment là, qu’il se voulait d’une modernité engageante. Nous allions avoir  enfin un Président gouvernant  à droite sans s’en cacher. C’était plutôt une surprise car la droite traditionnelle nous a plutôt habitués à des manières  honteuses et sournoises. A l’image de Thatcher et Reagan, Sarko se réclamait  du pur libéralisme capitaliste, rompant ouvertement avec les régulations étatiques et les organisations sociales paralysantes. Nous allions avoir une France forte (déjà) de propriétaires et d’entrepreneurs. C’était indispensable pour remporter la bataille de la mondialisation.  Le  projet  emprunté aux anglo-saxons, était dynamique, cohérent et…à la mode.  Il promettait qu’il suffisait de travailler plus pour gagner plus. La confiance allait revenir, cadeaux fiscaux à l’appui.

 

Hélas les fameuses sub-primes ont tout arrêté, car elles étaient la réplique sismique inattendue de ce genre de politique.  La crise financière, c’est à dire la ruine des banques provoquée par leur activité spéculative,  ne pouvait que nourrir un peu plus la récession et le chômage. Baptisée crise du siècle, la plus grave depuis 29, que les tenants du système ont essayé de nous décrire comme un châtiment divin,  cette crise n’était que la énième, peut-être un plus forte, des bulles spéculatives aux quelles nous a habitués le capitalisme mondial. Pour se dédouaner de sa bévue, que même beaucoup de ses amis « démocrates sociaux » n’avaient pas prévue, Sarkozy a du se désolidariser au plus vite des banquiers désignés comme boucs émissaires,   au milieu du scandale financier dont personne ne voulait endosser la paternité.

 

Opportuniste et rapide, soucieux de sauver sa majorité, Sarko a enfourché illico le cheval de l’anti-finance et  de la mise au pas des spéculateurs. Courant  au plus pressé,  il donne à Toulon , un discours que Mélanchon pouvait signer. Il s’agissait d’un tête à queue pour la frime, pour noyer le poisson, en attendant des jours meilleurs. Mais pendant ce temps là,  la dette d’Etat grandit comme un nuage d’orage, à mesure que la croissance s’étiole. Une fois de plus le petit Président va se faire prendre à revers.  Il est saisi à la gorge par les dettes publiques.  Ses contorsions européennes aux côtés de Madame Bismark, n’y changeront rien. Trop peu, trop lent  dit DSK, autre naufragé. Un Chef d’Etat doit savoir que gouverner c’est prévoir or,  Sarko n’a jamais su anticiper . C’est difficile ? Personne n’a jamais dit que c’était facile de gouverner un pays moderne, encore y faut-il beaucoup d’humilité et de circonspection, ce dont est totalement dépourvu notre Président .

 

J’en conclus tout naturellement que Sarkozy est un homme politique plutôt nul, et vraiment nul sur le plan de la pensée et de la philosophie. Il évolue dans un système conceptuel qui n’a rien à voir avec la compréhension des grands enjeux de notre monde et de notre temps. Il a une vision caricaturale et irrespectueuse de notre société, de son histoire, de ses structures sociales et des forces politiques ou économiques réelles qui sont à l’œuvre dans notre pays. Il en est réduit à toujours chercher son inspiration chez nos voisins, américains, britanniques et maintenant allemands ! Comment en serait-il autrement ? Cet homme,  tout juste avocat d’affaires n’est qu’un Berlusconi en plus agité et un peu moins vulgaire, Il est fasciné par l’argent, par les femmes et surtout par le pouvoir, mais  pas par la Princesse de Clèves comme il l’a confié publiquement. Devant un tableau de maître il est d’abord interloqué par son prix ! Sarkozy n’a donc pour réfléchir que son sens des rapports de force et sa volonté de dominer, de gagner et d’être le chef.  Evidemment, il ne peut rameuter dans ces conditions de  véritables intellectuels autour de lui. Il exige  des militants, des gourous et des communicants, à sa mesure idéologique.

 

Ainsi quand Sarko nous a parlé d’une droite décomplexée, ce n’était pas dans le sens d’une politique ouvertement expliquée et assumée, mais dans un esprit beaucoup plus banal qui voulait signifier qu’il n’aurait aucun complexe à faire l’étalage de son pouvoir : « Je suis élu, je suis le chef et je vais vous le montrer. Maintenant je fais partie des grands de la terre, j’ai un avion, une belle femme, et des montres hors de prix. Je suis à tu et à toi avec les grands de ce monde et je leur tape sur l’épaule. La meilleure démonstration de ma puissance c’est que je peux être à New York aujourd’hui,  et à Pékin demain» En réalité notre Président, se conduit comme une sorte d’enfant gâté, émerveillé par les fastes du pouvoir. D’ailleurs en nommant son ami d’enfance Hortefeux  ministre, il lui a conseillé : « Profites en bien, surtout dans les premiers jours, c’est à ce moment là que tu jouis le plus de la sensation de puissance » . Sarkozy n’est qu’un garnement saisi par la débauche, sans l’ombre d’un scrupule et  tout à son ivresse. Il y a pléthore autour de lui de courtisans cireurs de godasses pour lui confirmer que ce  faisant il est un homme extraordinairement beau et merveilleux.

 

Avec l’annonce de sa candidature, l’heure de vérité sonne enfin et nous allons assister à la chronique d’une débacle annoncée.  Incrédule,  notre Président de comédie a du concéder que le  petit socialiste souriant et simple lui résistait,  sans forfanterie, ni cinéma. FH est pourtant un homme normal, plutôt modeste et besogneux, qui n’a aucune légitimité pour gouverner et  qui ne lui arrive pas à la cheville. Sarko s’était persuadé qu’il n’allait faire qu’une bouchée de ce candidat pour lequel il n’avait que mépris. A peine apparu,  FH est fusillé, crucifié, vilipendé, ridiculisé.  Sarko commande immédiatement un feu nourri d’insultes et d’amalgames. Il organise une cellule de riposte. Il faut  écrabouiller ce petit socialiste boule de gomme,  insignifiant. Le Général Sarko mitraille et fait mitrailler, sans en avoir l’air, dans le dos, incognito ou même du haut de sa tribune présidentielle. Il envoie en bande ses ministres mués en  fusilleurs et perroquets déblatérer,  pour mieux diminuer, rabattre, déconsidérer. Il dirige  une vraie  partie de paint ball aux couleurs vulgaires et criardes. Patatras, rien n’y fait, voilà que les cartouches sont mouillées et que les pétards font long feu, quand ils n’explosent pas à la figure de l’envoyeur. François Hollande est imperturbable et ne rentre dans aucune polémique.  Les sondages lui profitent toujours . Il garde son sang froid, ne cille pas et répond magistralement, à son heure,  au meeting du Bourget. Après celle des primaires, François Hollande a remporté sa deuxième bataille pour la Présidence.

 

Le clan Sarko s’énerve. On fait toujours le coq, on se vante, mais le doute s’insinue. On va devoir  utiliser de nouvelles munitions. On fait dire que des obus de gros calibre, des skuds surprises,  sont  en réserve dans les soutes, un par jour, et on va voir ce qu’on va voir. Gare au petit modeste hypocrite et arrogant   !  Sarko va bientôt décider de rentrer en campagne ! il ne va pas tarder à se déclarer, il va se déclarer, il se déclare ! retenez le ! sinon il va faire un malheur ! La pantomime prend fin le soir du 15 février. Le Président candidat devient le Candidat président. Mais n’est pas Zorro qui veut  dans la vraie vie, et pour le moment, je vois dans les médias que la séquence se teinte de ridicule avec des arguments de bric et de broc. Tout un galimatias mêlant les ouvrières Lejaby sauvées par Bernard Arnault, une augmentation de TVA,  , un PDG d’EDF aux ordres qui rachète du photovoltaïque (tant mieux au passage pour les prolos du coin),  et pour finir des appels aux croisés et aux référendums orchestrés par un gourou, ex du FN. Tout ça pour finir piteusement dans une obscure fromagerie du Dauphiné !

 

Cette exceptionnelle  tragicomédie sans queue ni tête, se joue devant quarante millions d’électeurs dont chacun d’entre eux peut comprendre les vantardises, les contradictions et les à-peu-près . Je pense également qu’ils se disent que tout cela n’est pas  de mise, quand on est  au chômage ou qu’on a une maison à payer, des enfants à élever ou des vieux à soigner. Leur seule  consolation c’est qu’on sent la fin et qu’on arrive au dénouement. Comme au théâtre,  tout va finir par s’expliquer. Chacun va reprendre sa vraie place, le héros va être acclamé et le traître reconduit à la sortie sous les huées. Pour ma part, fidèle à mon intuition, je pressens que la cote de Sarkozy va s’effondrer définitivement et que le petit Président aura du mal à s’en remettre. Le dernier acte d’une pièce ratée se déroule sous nos yeux ébahis, sans génie,  ni honneur, ni grandeur. Notre histoire contemporaine aura bien du mal à lui trouver quelque mérite mais elle  pourra titrer : Sarkozy une Présidence inutile.

10/02/2012

Les civilisations, la guerre et les enfants

 

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 Guernica (1937)


On va m’accuser de faire du pathos à bon compte, car tout ce qui touche les enfants émeut le citoyen ordinaire. Il n’empêche qu’en voyant hier des petites filles de Homs s’enfuir de leur maison par crainte des obus, j’ai eu un coup d’émotion qui ne me lâche plus depuis. Ce n’était pas tant de voir fuir les enfants mais d’observer  parmi eux des adultes paniqués qui couraient s’abriter, sans se préoccuper des petits. Personne pour leur donner la main, pour les pousser devant, pour les protéger de la terreur, pour les rassurer en leur offrant un peu de calme. Cette scène de guerre m’a rappelé celles que j’ai vécues en 1944, au milieu des fusillades, sauf que sous la mitraille ma mère s’était couchée sur moi pour faire bouclier. J’ai revu en pensée la photo de la petite vietnamienne fuyant nue les bombes américaines, j’ai revu aussi les images du garçon palestinien tué dans les bras de son père. Ce sont des photos symboliques qui soulignent avec puissance les déraillements des hommes englués dans leurs systèmes politiques et leur folie meurtrière.

 

La séquence sur le drame des enfants syriens pris dans une guerre civile imposée par leurs propres chefs n’a duré à la télé que quelques instants. Les infos enchaînaient sur la phrase de Guéant remettant au premier plan la guerre (le choc) des civilisations. Cette phrase inepte aurait sans nul doute du s’écraser dans le silence honteux de ceux à qui elle était destinée. Il n’en a rien été. Ceux de nos compatriotes qui ne sont pas de pur sang gallo-romain et pas seulement eux,  heureusement, se sont sentis agressés, stigmatisés. La réponse du député de la Martinique a rappelé au Ministre de l’Intérieur que toutes les civilisations avaient leurs zones d’ombre et d’horreur. Malgré son sourire carnassier Guéant s’est rendu compte qu’il avait professé une énormité, et j’ai trouvé qu’à l’image sa crânerie s’est muée tout d’un coup en rire jaune, face au tumulte. En fuyant le Parlement,  Fillon pouvait cacher sa honte et son désarroi, même si il les avait dissimulées sous une bonne couche d’indignation sur jouée.

 

Quoiqu’on dise, il y a à droite, y compris dans celle qu’on a coutume de qualifier de républicaine, une bonne quantité de xénophobes, en particulier quand il s’agit des « arabes » musulmans. Ce racisme là est de bon ton, on l’évoque à mots couverts dans les salons car il est toléré entre amis de la même éducation, où  on partage une certaine connivence arabophobe, surtout  anti-maghrébine. Les gens de ma génération,  issus de l’Algérie Française, de l’OAS et de l’armée ont pendant toutes ces décennies entretenu le mythe du fellagha au couteau entre les dents, paresseux et parasite. Les milieux juifs ordinaires surtout sépharades, spontanément sionistes dans leur défense d’Israël,  déversent également une bonne dose de haine anti-arabe dans notre société. De temps en temps pour preuve, on prend sur le fait des responsables politiques qui ont toutes les difficultés ensuite,  à noyer le poisson en refusant d’assumer publiquement leurs obsessions ethno-raciales.

 

Pour avoir vécu et travaillé vingt cinq ans en Algérie, au sein de la population, par monts et par vaux, souvent seul et en toute sécurité, j’ai appris à connaître la civilisation arabo-musulmane et j’ai reçu d’elle beaucoup de vertus et de philosophie. J’ai appris des gens, pas des bourgeois ni des intellectuels,  mais des paysans et des pères de famille ordinaires,  le respect de l’autre, surtout quand il est différent de moi,  la politesse,  la patience, le sang-froid, la décence, l’endurance qui font mieux toujours que la force et la rage. J’ai toujours donné sans réserve ma  confiance à  ces êtres humains saisis par la main de Dieu, sans avoir moi-même l’ombre de la foi. En retour les gens du Coran m’ont appris le respect du croyant et de toutes les religions du livre, tout en m’acceptant comme  agnostique et laïc, ce que je ne cachais jamais. Tout ceci pour dire que des provocations du style de « notre » ministre de l’Intérieur, m’apparaissent comme des déclarations de guerre, d’une guerre psychologique qui contribue à diviser profondément notre société. Nous n’avons pas besoin de cela aujourd’hui,  alors que nous connaissons les difficultés sociales que l’on sait dans les quartiers pauvres périurbains.

 

Je dis donc à Guéant et au Président Sarkozy son employeur, que leur devoir n’est pas de dresser les citoyens les uns contre les autres mais au contraire de les rassembler et d’œuvrer à la compréhension mutuelle. Nos sociétés démocratiques ne valent que par leur tolérance. Tout manquement est inique et inepte. Toute attaque politique injuste conduit à des rancoeurs, des affrontements, des cristallisations d’antagonismes qui mènent aux luttes larvées et aux guerres souterraines, quand elles ne finissent pas par de la violence, du terrorisme et des guerres ouvertes. Avec ses airs de chanoine retors, Guéant devrait bien réfléchir à la responsabilité des hommes publics. Une provocation en appelle une autre et une injure ne reste jamais sans réponse. J’appelle ça de la politique de cour d’école et Dieu sait combien nos enseignants ont de difficultés pour faire cesser les violences sous les préaux.

 

C’est justement à cela que veut s’attaquer François Hollande dans son programme ambitieux pour l’école. Pour les gens modestes, l’école est la seule voie pour accéder à une vie meilleure, sauf à se constituer en gangs hors-la-loi. Réussir l’école pour tous est bien la première ambition d’une nation qui se veut civilisée. Qu’on l’entende comme on veut, la phrase de Guéant flatte les peurs de la droite la plus rétrograde et va à l’encontre de ce bel objectif. Toutes nos sociétés souffrent de la violence, et l’honneur de l’homme moderne est de lutter contre. N’oublions pas que les premiers à en pâtir sont justement nos enfants, et que c’est par notre exemple qu’ils pourront se faire à l’avenir les avocats de rapports humains pacifiés.

03/02/2012

Les dessous douteux de la germanophilie

 

Les belles allemandes

 Les belles allemandes

Lors de cette campagne présidentielle, la référence à notre voisin allemand semble servir de support idéologique à l’UMP. On vante le faible nombre de ses chômeurs et les généreux excédents de sa balance commerciale. On affirme tout bonnement que si l’Allemagne  gagne des parts de marché, c’est qu’elle vend moins cher, et que si ces produits sont moins chers c’est parce que la main d’œuvre est moins coûteuse. Les Allemands sont travailleurs et disciplinés, alors que les Français sont frondeurs et paresseux. Comment peut-on en France crouler sous la dette publique  et encore oser réclamer des droits sociaux ? demande Sarkozy, d’un air faussement marri (air connu). Il faut au contraire faire comme nos voisins : travailler plus et gagner moins . On remarquera l’infléchissement par rapport au slogan de 2007. A cette aune là, on n'a pas fini de faire suer le burnous populaire. Je caricature à peine.

 

Dans leur volonté de trop en faire Sarkozy et ses ministres forcent le trait et mélangent allègrement des mesures réelles ou supposées. Ils adorent les attribuer (souvent à tort), au socialiste Schroeder, pour faire porter le déshonneur sur les socialistes français, qui eux sont par comparaison,  considérés comme inaptes et ineptes. La  droite française au pouvoir, en panne d’imagination, a trouvé son dernier credo, son ultime recours. Elle  justifie aujourd’hui sa propre politique par celle d’Outre-Rhin. Comparaison n’est pas raison dit-on. Qu’elle soit  souvent tirée par les cheveux dans un contexte bien différent du nôtre,  peu importe ! L’objectif avoué est de désarmer la contradiction et de convaincre qu’il n’y a pas d’autre vision possible, c’est du concret affirment-ils sans rire, bofs parmi les bofs ! Les économistes s’épuisent à relever toutes les omissions, les demi mensonges, les erreurs, voire les bobards propagés par les thuriféraires germanophiles. Mais à droite on n’aime rien tant que tromper le peuple pour lequel on professe le plus souvent du mépris. A voir la condescendance avec laquelle on tolère les leaders de gauche, parfaitement illégitimes comme dit Barouin,  il serait fou d’espérer qu’on va mettre plus de formes pour s’adresser à leurs électeurs. Tromperie, enfumage, brouillage sur toutes les ondes.

 

Outre l’entretien de la confusion politique, on ne peut s’empêcher de trouver suspect l’empressement à chercher des modèles à l’étranger. On ressent une certaine gêne dans cet étalage de qualités et d’habiletés de nos cousins Germains. Il y a ce faisant, une façon de rabaisser la France qui ne me plaît pas. Je me dis qu’il n’y a pas loin de l’admiration à la soumission. Sarkozy a visiblement échoué dans sa tentative de politique ultra libérale définie en début de mandat par rapport à Bush, Reagan et Thatcher. Notez que déjà le petit Président regardait vers l’étranger. Ses cadeaux aux élites n’ont aucunement ramené la confiance ni encouragé l’emploi. Mis  échec et mat par la crise et surtout son inconséquence, il en est réduit à se raccrocher aux succès très discutables de Madame Merkel. Il a fait acte d’allégeance mais il n’a rien obtenu d’elle et c’est peut-être bien au contraire Mario Monti l’Italien, le successeur du pitre disparu,   qui va réussir là où lui,  a échoué. Il n’est pas impossible qu’après son élection Hollande à son tour remporte la mise en arrivant à convaincre l’Europe et donc Angela de mettre en œuvre de vraies mesures d’encouragement à la croissance, euro-bonds, grands projets, création monétaire.

 

Au total, l’attitude de Sarkozy vis à vis des Allemands est un peu humiliante pour les Français et ne lui a rien rapporté en retour. On comprend bien que les responsables politiques européens n’ont pas forcément l’intention, à moins de trois mois de la Présidentielle de prendre des engagements qui risquent d’être remis en question très vite. On va se contenter de textes généraux sans réelles conséquences qui vont laisser la porte ouverte à de vraies décisions prises dans quelques semaines. Il me semblé que Fillon,  tout en  défendant  comme un bon soldat la candidature de Sarko, a compris qu’il n’y avait plus rien d’autre à faire. Ce n’est pas maintenant qu’on peut changer de champion. La seule alternative est celle de Bayrou et Fillon a pris la précaution d’être très amical avec lui. Autrement dit, il fait la part du feu tout en  défendant bec et ongles son profil gaulliste séguiniste, en se gardant bien d'insulter l’avenir. Pour le reste il laisse porter comme on dit dans la marine à voile quand on en a marre du vent debout. Il entend bien réserver à Sarkozy le soin d’assumer seul ses conneries, à la grande joie des ministres rassemblés  et serviles vus à l’émission de France 2, « Des paroles et des actes », même si Nadine Morano (et quelques autres) était en train de comprendre un peu tard qu’elle ferait peut-être bien elle aussi de mettre une sourdine à ses sottises répétées partout.

 

Décidément Sarkozy est en train de nous administrer la preuve qu’il ne suffit pas de s’agiter devant les caméras pour faire une politique. Le manque de culture, l’esprit de cour d’école, la fascination pour le clinquant médiatique, les belles femmes et les richesses,  ne font heureusement pas partie du bagage indispensable à nos responsables politiques. On discerne trop bien aujourd’hui la légèreté du personnage et on se  rend  compte qu’on n'a plus devant nous qu’un Président fantoche, sans recours. Le roi est nu. Je remarque qu’il utilise depuis quelques jours le plus débile des arguments dont il dispose encore : j’ai su gagner en 2007, je gagnerai encore en 2012 ! Tous les commentateurs relèvent les pas de clerc, les allers et retours, les décisions manquées ou trop tardives, les contradictions et les à peu près, reconnus par son Premier Ministre lui-même. Pour gagner un combat politique, il faut avoir des idées et de la cohérence. Sarkozy aujourd’hui n’a plus que des rodomontades et de la poudre aux yeux à nous proposer.