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31/03/2012

Orange mécanique à l'orientale

 

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Salvador Dali , Enfant géopolitique observant la naissance

d'un monde nouveau


Evidemment ce n’est pas du cinéma et je plains les malheureux parents qui ont du vivre la mort brutale et injuste de leurs enfants, petits et grands. Il reste malgré tout que la photo du jeune tueur diffusée sur tous les écrans qui nous le présente avec son rire insouciant et son regard conquérant,  m’a fait penser à un remake du film de Kubrick, au début duquel Alex et sa bande se livrent aux pires exactions avec délectation. Malheureusement les djihadistes ont une conception du redressement des consciences bien différente de celle de Burgess. Le salut pour ces « fous de Dieu » est dans l’assassinat des mécréants et des infidèles qui vous ouvre toutes grandes les portes du Paradis. Il n’est pas dans l’interdit du mal, il est au contraire dans le permis de tuer. Le meurtre halal en quelque sorte.

 

J’ai pu voir les images et les dialogues enregistrés par Mohamed Sifaoui lors d’une infiltration dans un groupe de ces illuminés. Ces types se promènent dans nos rues comme dans un zoo et sont arrivés à se convaincre que leur ignorance de la vraie religion faisait de nos citoyens  des impies dégoûtants méritant cent fois le mépris et la mort. On peut sans doute faire la part de la provocation et de l’outrance militantes, mais on reste quand même interloqué devant tant de violence. On se trouve en pleine légende moyenâgeuse, celle du Vieux de la Montagne qui promet le Paradis (à grand renfort de haschich) aux  Assassins qu’il envoie à ses ennemis pour leur faire la peau. Des tueurs à gages bénis et rétribués par Allah en quelque sorte. La version moderne est celle de Ben Laden qui a réédité le coup avec El Quaida. Cette organisation sectaire de fanatiques a connu son  apothéose, si on peut dire le 11 septembre 2001. Sous son commandement charismatique,  Ben Laden a réussi avec El Quaida à se parer d’une modernité emblématique en réalisant l’impensable pour des cerveaux normaux, détruire les Twin Towers avec des avions de ligne !

 

Ce qui n’était qu’un fantasme de détraqué a causé deux guerres et des centaines de milliers de morts. Le fond de la chose est toujours le même, celui du vieux fou de la montagne qui dicte une loi obscurantiste et  mystérieuse à des jeunes désertés par le sens commun. Aujourd’hui le Vieux de la Montagne a connu la fin que l’on sait, peu glorieuse dans une villa miteuse du Pakistan. Mais El Quaida est devenue une marque célèbre, comme les pâtes Lustucru ou les pruneaux d’Agen. Le succès prestigieux de l’ordinateur et du web démultiplie les formes de communication et de propagande et tout un chacun peut accéder à la franchise du djihad sous la marque Al Quaida. C’est ce qu’a fait le tueur de Toulouse dans sa dérive psychotique.

 

Toute tentative de contrôle ou de défense de la société « normale » ne fait que persuader  les exaltés qu’ils ont raison et que nous sommes dans une guerre fondamentale pour leur identité, leur foi, leur vie. Dans un tel conflit construit de toutes pièces dans ces cerveaux  « mécaniques », tuer n’est pas un acte contre nature, c’est au contraire un devoir sacré. A ceci près qu’il n’y a aucun courage à exécuter les impies si on ne désire pas soi-même sacrifier sa propre vie pour se rapprocher de Dieu et entrer au Paradis. Le suicide est interdit en Islam, mais il devient licite quand on se sacrifie pour le Djihad. Comprenne qui pourra.

 

Nous sommes en quelque sorte dans une folie ordinaire qui trouve ses obsessions dans le Coran et la Charia. Nous ne pouvons pas la considérer comme le fondement d’une guerre de civilisations qui n’aurait aucun sens. Nous devons cependant nous défendre de cette psychose sanguinaire, qui plonge ses racines dans une des trois religions du Livre, qui fait marcher une partie du monde d’aujourd’hui. Ces racines sont vénéneuses, insupportables, elles portent tort à tous les croyants de l’Islam. Dans notre pays où vivent plusieurs millions de musulmans, cela devient un devoir pour eux d’extirper les foyers toxiques et dangereux. Ce sont eux qui sont le mieux à même de lutter contre ce fléau.  Il est temps qu’ils s’y mettent ouvertement, courageusement, définitivement, sauf à encourir de plus en plus les procès d’amalgame et de détestation généralisée. Les religions doivent servir à élever l’homme, pas à le rabaisser.

 

PS/ Une fois de plus le Président actuel instrumentalise les questions de sécurité dans ses manipulations électorales de dernière chance. Sarkozy nous aura  tout infligé pour rabaisser le débat politique, en appliquant la tactique de la terre brûlée. « Après moi le déluge ! » pourvu que je gagne.

24/03/2012

Battre la campagne

 

 

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Le semeur , Van Gogh, 1880


J’entends dire que les gens se désintéressent de la campagne des présidentielles, qu’ils n’y trouvent pas de réponses à leurs questions ni de solutions à leurs problèmes. Souvenons nous de 2007 quand on confrontait les candidats avec des électeurs témoins : la plupart d’entre eux abordaient la politique par la lunette étroite de leur cas personnel. L’un était handicapé,l’autre au chômage, le troisième en faillite et chacun venait témoigner à la télé comme devant un étal de supermarché pour faire ses courses. C’est une tendance lourde chez nos concitoyens dépolitisés que de  rendre le gouvernement, donc le candidat,  responsable de tous leurs avatars particuliers. L’attitude consumériste déployée jusqu’au choix politique consiste à apporter sa voix au plus offrant. Méfions nous de ces gens qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, car ils ne cherchent pas l’intérêt général, celui de leur pays , celui de l’avenir. Ils cherchent la satisfaction au plus vite de leurs propres difficultés, pas toujours exemplaires et pas vraiment significatives . La somme des intérêts particuliers ne fait pas une ambition collective.

 

L’autre brouillage est orchestré par certains candidats. « Je suis le bruit et la fureur » dit Mélanchon. Je trouve la phrase très belle et bien timbrée mais politiquement nulle. La méthode est largement appliquée par la femme Le Pen et par le candidat sortant. On adore à droite tordre le bras à la vérité pour détruire l’adversaire. Il suffit de voir Copé à l’œuvre mentant sans vergogne sur les positions de Hollande concernant le nucléaire ou le quotient familial. Dans le même temps Sarko a le culot d'accuser Hollande de mensonge, de cynisme, d’indécision, …etc. Les insultes pleuvent et comme on dit dans les réunions politiques, plus c’est gros plus ça passe. C’est le carpet bombing , repris en chœur par les journalistes aux narines palpitantes. Ces candidats indélicats raisonnent ( et résonnent) comme des grosses marmites vides qu’ils frappent très fort avec une grande louche, pour faire le plus de bruit possible, non pour être compris, mais pour être bien certains qu’on les entend partout, jusqu’au fond de la France. L’objectif est d’étouffer la voix de son adversaire et si possible de l’énerver pour lui faire perdre ses moyens.  Je sais gré à François Hollande de refuser les anathèmes et les insultes et de conserver avec le plus grand calme sa dignité et sa cohérence.

 

Le plus étrange dans tout cela est le comportement de nos stars des médias dont le principal souci est de frapper un coup à droite et un coup à gauche (enfin pas toujours,  ça dépend de la clientèle cf. Le Figaro) pour avoir un maximum d’audience des deux bords. Ils ont besoin de vendre leur copie et d’assurer la bonne fortune de la chaîne ou du journal qui les emploie. Leurs analyses sont à géométrie variable pour ne pas mécontenter leur part de marché. Les candidats peuvent donc se livrer à toutes les outrances, à tous les mensonges, à tous les amalgames sans risquer de vrais retours de flamme. Bayrou répète depuis le début qu’il ne va ni à droite, ni à gauche, à chaque intervention, mille fois, cent mille fois et il ne trouve personne pour lui dire que son programme électoral est manifestement trop court ? Sarkozy et l’UMP manient l’insulte et pilonnent François Hollande sans arrêt, et personne dans les grands media n’ ose dire : «  Basta ! ce n’est pas le débat que nous voulons !!! »

 

Le vrai populisme c’est celui qui fait du marketing politique et du bombing,  et comme par hasard ces deux termes nous viennent d’outre Atlantique. Les USA ne nous donnent pas vraiment l’exemple de la finesse dans les bagarres électorales qui se déroulent là bas à coups de millions de dollars. Sarko, dépourvu de vision à long terme, mais doué d’une capacité de réaction sans limites, seraient-elles de simple décence,  est véritablement à son aise dans ce pugilat de cours d’école. Le pari de François Hollande c’est que les badauds ébahis ne peuvent se satisfaire d’un pareil spectacle. Il est convaincu comme bien d’autres citoyens attachés à la noblesse de l’action politique que son véritable rôle est avant tout pédagogique et que sa mission est de convaincre,  sûrement pas  de flatter les instincts les moins nobles des électeurs.

 

Avez vous remarqué lors d’un accident de la route ou d’une catastrophe naturelle, comment les bof vont s’agglutiner pour jouir du spectacle ? Nous voyons la même attitude en campagne électorale, les analphabètes de la pensée comptent les coups, mesurent les litres de sang répandu, dénombrent les morts et frétillent à la vue des cadavres. Les candidats et les commentateurs qui flattent ces instincts là,  feront toujours l’objet de ma désapprobation et de  mon hostilité,  car ils préfèrent leur victoire personnelle et leur ego au progrès de la France et des Français.

 

Les enjeux électoraux n’ont rien à voir avec les joutes sportives. Dans une course de vélos c’est le plus tonique qui gagne, il est d’ailleurs souvent dopé. Les débats politiques sont plutôt affaire d’intellectuels ayant l’esprit bien charpenté et s’investissant dans une vision globale du monde. La gestion des affaires du pays sur le moyen et le long terme nécessite une conception approfondie de l’état des nations et des enjeux historiques qui président à leur destin. Sarko à une capacité aigue de réagir aux évènements mais n’a aucune idée globale. Les projets de François Hollande s’inscrivent au contraire dans une vision humaniste de la nation et des citoyens impliquant toujours en arrière plan,   une action sur la durée. A nous de choisir entre les satisfactions immédiates et gratifiantes promises aux plus dégourdis et la restauration patiente d’un ordre juste dans une société qui évolue vers le mieux vivre, pour tous les citoyens.

 

Les assassinats odieux du Sud-Ouest ont inscrit des points sanglants de suspension dans la bataille politique. Je reviendrai sûrement sur la triste odyssée du tueur fou enfermé dans le labyrinthe de son djihadisme dément. A bien des égards le tueur est à ranger avec beaucoup d’autres,  comme le fou de Norvège ou le soldat américain de Kandahar. Les faits ont une coloration politique parce qu’ils s’inscrivent dans la mouvance de l’islamisme obscurantiste, mais ils sont également le résultat d’une dérive sectaire d’esprits désertés par la raison, qui autorise à les classer dans les faits divers. Je crois bien que nos compatriotes ont bien compris cela en ne cédant pas à la panique ni à l’amalgame ni à l’hystérie sécuritaire.

 

En terminant cette chronique je me dis que nos leaders politiques devraient  plus que jamais s’astreindre à donner l’exemple du respect  des personnes et de la sérénité des esprits. Nos candidats  électoraux doivent s’employer à refuser les excès de langage et s’interdire la vulgarité qui envahit nos écrans sous bien des formes. Ils ne devraient  jamais se départir du respect d’autrui et au moins savoir s’écouter. Plus que jamais l’exemple doit venir d’en haut . J’en voudrai toujours au  misérable Président Sarkozy d’avoir rabaissé sa fonction présidentielle au niveau détestable des pugilats de quartier. Qu’il soit encore soutenu par des personnes éminentes de notre société, voire par des dirigeants de la jet set bon chic bon genre,  en dit long sur le degré de civisme de ces gens là. N’est-ce pas Dame Chirac qui habitez les beaux quartiers et qui tenez tant à votre image de respectabilité ? Ces belles personnes habituées à parader dans les défilés de mode, ne voient donc pas qu’elles sèment  et légitiment d’aristocratique manière l’imbécile exemple de la loi du plus fort, comme dans une bande, comme dans un gang, comme dans une mafia ?

19/03/2012

Un anniversaire qui compte

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Nous commémorons cette année le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et ça m’impressionne. Avec Benjamin Stora que j’aime bien, on parle beaucoup et sereinement à la télé, du drame des pieds noirs et des ruptures des officiers de l’Armée française à cette époque. On passe en revanche très vite sur la centaine de milliers de braves gens anonymes ou pas, qui comme Stéphane Hessel, chargé à cette époque (1963-69) de la Coopération, sont restés sur place où ont rejoint le pays,   à ce  moment crucial du passage de la guerre à la paix. L’ayant quittée tout gamin, Stora n’est retourné en Algérie qu’en 1983. Evidemment le drame des exilés fait beaucoup plus sens dans son esprit que l’action délibérée de ceux qui voulaient  tirer un trait sur les horreurs de la « pacification », cette guerre qui ne voulait pas dire son nom,  et qui avaient décidé de se mobiliser pour la reconstruction, pour la fraternisation et pour la paix. Je vois quand même une petite injustice à ne jamais parler de ces Français là.

 

Il y a cinquante ans,  j’arrivais jeune et beau à Alger,  avec mon épouse à mon bras. Le 20 novembre en tirant nos valises en carton,  nous débarquions du Ville d’Oran, vieux rafiot fatigué et chargé d’histoire. Les paysans normands que nous étions,  découvraient le Sud,  et nos étonnements avaient commencé à Marseille. Nous entrions dans un monde surprenant, plutôt  dépenaillé et  rieur mais souvent sale et insouciant. Mais peu nous importait, nous n’étions pas des touristes et nous ne serions jamais des touristes. Nous venions de quitter notre bonne université avec des études à peine terminées et nous allions  rejoindre le pays porteur de tous les espoirs et de tous les rêves de notre adolescence révolutionnaire.

 

Les gens de notre génération étaient fatigués de la guerre. Le 8 mai 1945 n’avait pas effacé le souvenir des atrocités nazies ni les deuils des morts au combat ou dans les camps. Enfant,  j’ai constitué  avec mes premiers gribouillis  un véritable arsenal, fusils, avions, chars, jeeps, bombes, canons, toute la panoplie y passait, ressemblante, vivante, vécue. Nous avions grandi dans la guerre, et nous ne connaissions le monde que par la guerre. L’Indochine n’existait que par Dien Bien Phu, l’Egypte par l’aventure du Canal de Suez, la Tunisie par l’affaire de Bizerte, l’Algérie par l'affrontement entre les fellagha des djebels et les bidasses des contingents français d’ouvriers et de paysans. Ce conflit fratricide  était  en réalité une guerre inique, asymétrique, horrible et cruelle, avec ses tortures et ses carnages.

 

J’avais seize ans en 1954 et je suis venu à la politique par horreur de la guerre, la détestation du fait colonial, et l’amour immodéré de la liberté. A vingt ans je militais pour l’Indépendance de l’Algérie et quatre ans plus tard , il y a exactement cinquante ans ,  je vivais les accords d’Evian comme une immense guérison . Le jeune homme que j’étais, harassé depuis toujours et sans le savoir par toutes ses contradictions psychologiques et sociales,   voyait enfin l’issue de ses  tourments intimes. La pensée s’était installée dans mon esprit que l’état de guerre était un état naturel, permanent, inévitable. Mes combats personnels touchaient sans que je le sache,  à une sorte de névrose larvée, encombrante et déformante, qui faisaient de moi un révolté permanent.

 

C’est dire qu’en emménageant à Alger dans ce petit appartement du quartier des Sept Merveilles si bien nommé, à deux pas de l’Université, mon enthousiasme et ma passion me poussaient à croire que nous allions entrer dans une grande aventure d’où il ne pouvait naître qu’un monde meilleur. Ben Bella (96 ans cette année) prononçait au Forum tout proche, des discours vibrants à la gloire du peuple et de la Révolution, que nous écoutions avec ferveur. L’Algérie était un pays où les vieux disparaissaient sous des cohortes de jeunes. Les lycées et l’Université étaient pleins d’étudiantes et d’étudiants aux yeux brillants d’espérance, passionnés d’apprendre, subjugués par leur liberté nouvelle. Il n’y avait pas de place pour les petites querelles, les petits dommages personnels ou les difficultés matérielles. Nous n’avions pas un seul regard pour les ruines encore fumantes  de la bibliothèque de l’Université incendiée par l’OAS. Nous ne pensions même pas qu'il fallait venger Mouloud Feraoun et ses amis abattus par les mêmes extrémistes dans un ultime déni de  l'intelligence et de l'humanisme.

 

Nous n’avions d’ailleurs aucun regard sur le passé . Je me suis installé dans le bureau du professeur enfui, en rangeant sans état d’âme ses papiers et ses stylos épars sur la table dans un grand carton, persuadé qu’il allait revenir les chercher le lendemain ou le surlendemain. Nous ne pensions même plus aux meurtres commis quelques mois plus tôt, aux fusillades, aux bombes, aux attentats, aux exécutions sur le trottoir, en pleine rue.  On faisait mine de ne pas voir les soldats français encore stationnés, ni les soldats de l’ALN nouvellement venus, buvant un café à la terrasse de l’Automatic.  Tout l’attirail de guerre disparaissait dans une vague énorme d’espoir : réussir la paix. Botaniste, j’ herborisais par monts et par vaux, seul ou à deux ou trois, dans la montagne, dans la steppe, dans le désert, sans songer un seul instant à ma sécurité. Je me souviens d’avoir découvert la grande sebkha d’Oran avec un pharmacien pied noir, sur les lieux mêmes où des massacres d’Européens avaient été commis . Nous n’en parlions même pas. Nous avions une immense confiance dans l’avenir et rien que pour cet enthousiasme qui a duré quelques années, j’en  remercierai la Providence jusqu’à la fin.

 

Vous l’avez compris, j’étais un idéaliste, mais un idéaliste actif et je me trouve encore bien heureux de compter parmi mes amis actuels des étudiants de cette époque, devenus cadres et hauts fonctionnaires, aujourd’hui à la retraite. La politique hélas, en tout cas telle que je l’entends,  ne pouvait pas faire l’impasse sur la démocratie. Tout ne peut que dérailler quand les chefs petits ou grands mettent à profit leur position dominante pour rafler la mise, truquer les institutions et camoufler les informations. On tombe alors sans s’en rendre compte dans un système ridicule de dictature de Pieds Nickelés dans laquelle ceux qui commandent ne sont que des apprentis sorciers,  humainement incultes. Un tel système ne peut aller que de mal en pis. J’en voulais à Cornelius  Castoriadis et à ses copains de Socialisme ou Barbarie, de n’avoir rien prévu des avatars des après guerres de libération.

 

Le glas de mes rêves révolutionnaires a sonné un matin du 19 juin 1965. Nous étions quatre,  Algériens et Français à mener un safari à l’Osmonde royale autour du lac des Oiseaux, à quelques dizaines de kilomètres de Bône, la vieille Hippone,  patrie de Saint Augustin, l’ Annaba d’aujourd’hui.  Nous avions un temps radieux, comme de règle en cette saison,  qui nous autorisait à bivouaquer loin de la ville et des rumeurs. Ce matin là, trop passionnés par la quête de cette magnifique fougère, nous avons tout bonnement fait naufrage dans un lac de boue, dissimulé à notre land-rover par une croûte superficielle apparemment solide, mais qui a rompu comme de la glace sous notre véhicule. Le secours nous parvint en fin de journée sous forme d’un attelage de six bœufs blancs qui nous hissa hors. Le bouvier magnifique,  impressionnant de calme et de dextérité, composa pour nous un tableau insolite où la vieille époque venait au secours de la modernité. Mais avant de nous quitter il nous informa de la nouvelle du jour : Boumedienne venait de s’emparer du pouvoir par un coup d’état.

 

Sans que j’en décide, à partir de ce jour,  mes idées folles de Révolution se sont fait la malle.  Je n’ai plus cru un mot de la logomachie propre à la République Démocratique et Populaire. En revanche j’ai conservé une fidélité déterminée à ce peuple qui avait si durement conquis sa liberté.  J’ai gardée intacte ma foi dans le développement et le progrès humain de ses fils. Je me suis imaginé en soldat de la paix et de la marche en avant. Je pense d’ailleurs que je me vois toujours ainsi mais en moins romantique. Les mythes révolutionnaires ont laissé durablement la place à une sorte de volonté têtue et patiente, qui m’a toujours convenu, et que j’essaie de conserver et de cultiver en toute circonstance. 

 

Mais mon histoire ne pouvait se réduire à cette conception linéaire de l’existence. Heureusement pour moi,  j’étais ouvert à toutes les surprises et toutes les complexités.  Mon aventure était aussi celle des grands espaces  qui ont exercé sur moi l’effet d’une drogue puissante, en me poussant à l’exploration et à la découverte. J’ai appris en douceur à jouir de l’ ivresse des horizons lointains. Une ivresse faite des senteurs incandescentes des maquis méditerranéens et peinte aux couleurs brutales de l’Afrique. Une autre vie commençait,  poétique, sensuelle et amoureuse, nourrie du bleu de la mer et du ciel, du rouge des terres nues, du violet cru des montagnes,  du moutonnement des ergs, et de l’ondulation des nappes d’alfa sous le souffle brûlant du khamsin. A mesure que je découvrais le territoire, sa géographie et son histoire,  je m’abreuvais sans cesse à ses réalités humaines, faites de pauvreté et de dignité,  toujours à la hauteur de  la générosité de ses femmes et de la bravoure de ses hommes. L’Algérie, terre farouche de liberté,  avait commencé dès cette époque de tisser à chaque instant de ma vie  un réseau de mille fibres, émotionnelles et sentimentales,  qui devait m’en rendre tributaire et captif. Aujourd’hui encore, définitivement.

 

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Photo d'époque


08/03/2012

Nos amies les bêtes...

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Moutons de la steppe en Algérie


La polémique sur la viande halal ou casher n’a qu’un intérêt, celui de soulever la question de la souffrance animale. Comme petit paysan ayant grandi dans un milieu où, comme beaucoup d’autres familles, nous pratiquions l’autosubsistance avec basse-cour et  jardin potager, je peux témoigner que nous exercions l’abattage domestique sans complexe. Nous étions de bons catholiques mais sauf exception,  la souffrance animale n’était pas tenue au rang des péchés même véniels de la panoplie ecclésiastique. Ce n’est donc pas chez les cathos que j’ai appris à ne pas faire gueuler d’épouvante le cochon gras exécuté dans l’arrière cour, ni à faire mieux que de cisailler la langue du poulet ou d’arracher l’œil du lapin. Les abattoirs de campagne étaient d’une saleté repoussante et les images de bovins maltraités dans les abattoirs ou pendant leur transport étaient et sont toujours d’une cruauté exaspérante.

 

Face à ses images qui ont nourri mon imaginaire depuis mon enfance, qu’en est-il des pratiques juives ou islamiques ? En ayant vécu vingt cinq ans dans un pays musulman, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la viande était halal ou pas. Elle l’était forcément et je peux témoigner que pendant tout ce temps, où je n’ai pas fréquenté que des palaces loin de là,  je n’ai eu à souffrir d’aucune Escherichia coli, comme disent les journalistes aujourd’hui. Voilà pour l’hygiène,  qui dépend avant tout de la perspicacité et de l’assiduité  du vétérinaire inspecteur des viandes. Mais je voudrais apporter un témoignage précis sur la souffrance animale demeuré bien clair dans ma mémoire,  et qui va au delà des impressions folkloriques.

 

Dans les années 1970 j’ai eu l’occasion d’accompagner un ami qui faisait une thèse portant entre autres, sur les circuits d’alimentation de la ville d’Alger qui devait bien compter déjà plus d’un million d’habitants, surtout consommateurs d’ovins. A cette époque les troupeaux de moutons élevés dans la Steppe et sur les Hauts Plateaux, dont la chair est  d’ailleurs délicieuse, remontaient à travers l’Atlas Tellien pour se concentrer à Boufarik à quelques dizaines de kilomètres au sud de la capitale. Les troupeaux arrivaient à pied le plus souvent,  pour se présenter à l’abattage à la nuit tombée, dans des grands hangars destinés à cet effet.

 

Nous faisions un travail d’enquête pour essayer de dénombrer les animaux, abattus chaque jour pour alimenter la grande ville. Il y en avait plusieurs milliers qui arrivaient en grands troupeaux,  par monts et par vaux,  conduits par leurs bergers. Les agneaux destinés à l’abattage pénétraient dans les hangars guidés par les bergers sans plus de contrainte évidente et s’alignaient à plus de cent,  serrés l’un contre l’autre la tête au dessus d’une longue rigole en faïence où l’eau courait. Les chargés d’exécution, les tueurs, probablement titulaires des obligations consacrées, assez patibulaires, habillés d’un lourd tablier de caoutchouc noir et d’un collier de couteaux bien affûtés, remontaient ces files d’un pas bien balancé  en tranchant les jugulaires au passage, apparemment sans effort. Sans cris, sans agitation les animaux s’affaissaient sans avoir témoigné d’aucune  souffrance. Rappelons nous que les candidats au suicide qui s’ouvrent les veines ne montrent pas davantage de panique ou de douleur.

 

Chacun sait que les animaux stressés ne font pas de la bonne viande. La même technique était utilisée pour les vaches et les chameaux. L’exécuteur passait à côté d’eux qui stationnaient sur l’aire carrelée, sans entrave ni bousculade et d’un couteau précis,  faisait pisser le sang. L’animal ne s’en apercevait pas jusqu’à ce que quelques instants plus tard, il tombe sur les genoux et passe de vie à trépas,  j’oserais dire en douceur. Ce qui m’avait frappé à l’époque c’était cette sorte de quiétude affairée, cette facilité décontractée qui faisait passer ad patres des milliers d’animaux sans qu’ils en tétanisent d’angoisse comme je l’ai vu faire dans des abattoirs dits modernes.

 

Le secret de cette pratique était qu’on prenait son temps et qu’on respectait les animaux dans leurs habitudes et leur instinct. Je témoigne que même dans cet endroit de violence et de cruauté on respectait la nature sans vouloir gagner du temps, des bénéfices et de l’efficacité comme aujourd’hui. Ma conviction c’est que la défense et le respect des animaux ne tiennent pas aux pratiques religieuses fussent-elles désuètes comme le pense F. FILLON, (une religion peut-elle devenir obsolète ?) mais à la part d’humanité qu’on peut projeter sur eux. Quand à ceux qui voudraient faire croire que la religion musulmane est faite d’outrance et de cruauté, en pratiquant l’amalgame avec des islamistes agités et violents dont le péché mortel et historique est d’instrumentaliser la religion à des fins de pouvoir, ils commettent un grave contre sens. L’islam vrai est au contraire une école de douceur,  de sang froid et de maîtrise de soi, de laquelle j’ai souvent appris, même si je n’entends rien à la foi, qu’elle soit de cette religion ou d’une autre.

 

Mais pour revenir à notre propos, je pense malgré tout que l’industrialisation de l’abattage, qui pousse les animaux à la matraque électrique pour  les faire entrer dans une sorte de chaîne de mort où ils finissent comme dans « L’aile ou la cuisse » broyés et stérilisés dans des boites de fer-blanc, est bien  l’organisation d’une véritable terreur. Celle qui fait vraiment peur. En traitant ainsi des animaux on se prépare à n’avoir pas plus de considération pour nos frères humains. J’ose à peine y penser,  mais l’ordre et la discipline germanique n’ont-ils pas déjà commis l’indicible ? C’est quand même un comble que la question soit mise sur le tapis par un Front National dont on a souvent relevé les résurgences nazies. Dans quel sens veut-on faire tourner le monde ?

 

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La  mort du cochon, fusain et pastel de François Millet (vers 1867)


 

 

05/03/2012

Est-ce que la droite bouge encore ?

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 Le doute s'installe...

Dans leur panique électorale, les hussards de l’UMP ont donné un cours très violent à la campagne. On pilonne sans relâche le candidat du PS dans l’espoir de lui faire lâcher prise dans les sondages. Sous la houlette du petit coq usé de l’Elysée, Copé, Fillon, Baroin, Juppé, s’y adonnent à plein temps, avec un tel excès que cela finit par faire sourire les interviewers  qui n’arrivent pas à obtenir d’autres réponses que du rabâchage anti-Hollande.

 

Je voudrais quand même prévenir ces chiens de garde du sarkozysme  qu’en insultant FH, ils insultent également les 60% de Français qui se déclarent prêts à voter pour lui . Plus encore ils se font des ennemis déclarés des trois millions de sympathisants qui l’ont choisi aux primaires et ils renforcent la rage et la détermination des 200 000 militants du PS, indignés de voir ainsi traité leur champion. Il faut beaucoup de sagesse et  de sang-froid à tout ce petit monde socialiste ou simplement humaniste pour accepter sans broncher ces méthodes de voyous. Des méthodes qui sont tout à fait en contradiction avec notre philosophie politique et morale.

 

On en a vu un premier résultat à Bayonne où le candidat sortant a du faire face à la vindicte d’une foule qui m’a paru laisser percer quelque chose comme de l’emportement agressif. A défaut d’approuver,  car je suis d’évidence un non-violent, il faut bien admettre que les mots guerriers entraînent des gestes excessifs et je ne saurais trop conseiller à Sarko et à Guéant de se calmer si ils veulent poursuivre leur campagne sans histoires. Nos concitoyens  ont justement choisi FH pour sa placidité, sa bonhomie et son humour. Je suis persuadé qu’ils n’approuvent pas l’énervement actuel et l’excitation verbale des leaders de l’UMP, qui laissent ainsi percer quelque chose qui ressemble à de la panique. Tout ce qui est excessif est dérisoire.

 

Sans risquer beaucoup de me tromper, je peux prédire en conséquence que le candidat sortant va encore chuter dans les sondages cette semaine. La femme Le Pen l’a bien compris qui,  par contraste et pour la première fois dans notre pays,  donne de l’extrême droite une belle image de jeunesse et d’équilibre. Du même coup les vieilles haines recuites de l’étranger, surtout arabe,   semblent passer comme par miracle  dans le camp de l’UMP. Honte aux soi-disants héritiers du gaullisme, honte à Fillon, honte à Juppé, honte à MAM, la débile de Biarritz. Entre Guéant et Marine, je préfère Marine,   clame le bof. On le comprend. Moi même qui n’ai jamais nourri la moindre tolérance au FN,  je  supporte mieux le discours de la belle blonde à la télé qui a au moins le mérite de la sincérité, que celui des leaders du sarkozysme qui sont devenus exaspérants par leur fausseté et leur duplicité assumées. Voilà visiblement beaucoup d’eau (saumâtre) apportée au moulin de la dédiabolisation frontiste !

 

Que dire alors de Mme Bismarck et de ses collègues européens conservateurs ? Est-ce qu’ils se rendent compte qu’ils sont en train de nourrir l’hostilité de la majorité des Français à leur endroit ? Sont-ils à ce point aveuglés par leurs visions partisanes qu’ils ne puissent concevoir qu’ils jouent un mauvais coup à l’Europe ? Car enfin, même s’il est de bon ton de nier les sondages, ils devraient savoir que pour le moment François Hollande bénéficie de l’adhésion de la majorité des Français. En lui faisant le coup du mépris ces conservateurs allemands, espagnols ou anglais, voire italiens, insultent tout bonnement vingt millions de Français au moins. Voilà qui augure bien mal des explications politiques à venir à Bruxelles ou à Strasbourg. Ils peuvent rendre grâce à la placidité de FH,  qui du même coup semble le seul capable de  se hisser au niveau de responsabilité  d’un véritable homme d’Etat.

 

Dans leur rage électorale les gens de la droite sarkozyste  refusent l’évidence et préfèrent utiliser l’outrance, l’amalgame, la déformation des propos ou le mensonge pur et simple. Ce faisant,  ils manquent du respect le plus élémentaire envers ceux qui ne pensent pas comme eux…Je ne vois pas dans ces conditions qu’ils aient quelque chance d’en convaincre parmi eux de changer de camp. Ils ne peuvent que faire plaisir aux 25% qui constituent leur base électorale. A mesure que l’espoir de vaincre s’évapore, il va devenir de plus en plus difficile d’entretenir  leur  détermination,  même celle des plus convaincus. J’en vois plus d’un qui se prépare à  céder aux forces centrifuges. Cette semaine nous allons assister à un début de  sauve-qui-peut général.