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28/04/2012

Trop d'étrangers en France ?

 

 

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 Paul Gauguin 1891, Due donne a Tahiti

 

Le petit malin de Pujadas a voulu mettre François Hollande en difficulté sur France 2 par une question idiote.

 

Pensez vous qu’il y a trop d’étrangers en France ?

 

Et il a insisté avec gourmandise et pugnacité devant la non-réponse du candidat. Sachant que les journalistes vous coupent la parole quand ils le veulent et qu’ils se contentent souvent de n’écouter que le début de la réponse, FH a eu raison de ne pas entrer dans son jeu. Car enfin si vous dites la vérité en répondant non,  vous vous attirez la rage de tous ceux qui habitent les quartiers défavorisés et qui attribuent les nuisances non à la pauvreté, non au chômage, non  au manque d’éducation, non aux familles dissoutes, non aux parents dépassés, mais aux Noirs et aux Arabes. Et j’entends les clameurs, je vois les mimiques de Sarko le doigt pointé : ces socialistes coupés du peuple n’ont aucune idée de la souffrance dans les quartiers ! les campagnes ! les banlieues ! les friches industrielles !

 

Si vous répondez, malheur à vous, oui, il y en a trop ! Comment ?  Cet homme de gauche, humaniste et éclairé parle comme la Femme Le Pen en personne ? Si Pujadas avait eu en tête autre chose que de vouloir faire l’intéressant en posant cette question inepte et si il avait voulu réellement connaître la pensée du candidat sur ce point il aurait formulé sa  question autrement. Il aurait pu demander par exemple :

 

Pensez vous que dans certains quartiers, certaines cités, certains immeubles, il y ait trop d’étrangers rassemblés, trop de gens sans emploi, en proie aux trafics et  mis en coupe réglée par des petites mafias et qu’on a ainsi laissé se constituer des ghettos de la misère et de la délinquance ?

 

Il aurait eu alors une réponse circonstanciée concernant les logements sociaux, la présence de la police de proximité, et des associations d’insertion. Mais Pujadas ne pensait pas à éclairer le spectateur, il voulait seulement briller, notifier son indépendance d’esprit, ne pas laisser croire qu’il servait la soupe à l’un ou à l’autre. La petite star de la 2 devrait prendre des leçons d’interviewer chez Lapix Sophie, chez Clark Pascale et autres journalistes qui assument leur personnalité et leur point de vue sans vouloir embarrasser systématiquement. On ne peut pas mener une conversation dans les petites lucarnes sans afficher une certaine empathie avec son vis à vis quel qu’il soit. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit lui servir la soupe, bien au contraire.

 

Trop d’étrangers en France ? dans les aciéries ? dans le bâtiment ? dans les restaurants ? dans les tanneries ? dans les services de sécurité ? dans les chambres de bonnes ou dans les cuisines des bourgeois, dans les placards à balais ? dans nos hôpitaux comme médecins et soignants? dans nos stades ? dans nos studios de cinéma ? dans nos salles de spectacle ? Je pourrais continuer longtemps la liste. Pujadas en posant sa question voulait seulement dire, dans nos prisons ? dans nos  boulevards ? dans notre métro ? dans nos écoles ? dans nos pôles emploi ? dans nos assédic ?  Il n’y a jamais assez d’étrangers pour les sales boulots, mis il y en a toujours trop dans nos services de solidarité.

 

Voilà pourquoi la question de Pujadas était inepte. Je peux redire ce que j’ai écrit hier, l’ouverture sur le monde et l’accueil des forces nouvelles sont les seules ressources dont nous pouvons nous enrichir sans limites. Les migrants sont la crème des peuples ! Voyez l’Amérique, voyez l’Australie ! Rocard a cru bien dire à court terme : « Notre pays ne peut pas accueillir toute la misère du monde » Mais cette phrase demeurée fameuse repose sur un contre sens. Rocard voyait  dans les migrants des hordes de miséreux venant manger le pain des Français . C’est vrai qu’ils en ont parfois l’apparence. Mais derrière la pauvreté, il y a des êtres humains, avec leur courage, leur témérité, leur volonté, leur énergie, leur créativité. Ils sont l’énergie créatrice du monde. Un homme ou une femme qui nous arrive est comme un enfant qui naît. On voit comment se soigne la misère mais on ne peut pas imaginer ce que peut nous apporter le génie des hommes nouveaux.


PS/ Et voilà que par une très belle coincidence je lis dans le Monde

de ce jour :

Nous avons pu assister...  au dialogue entre le Christ en croix, chef-d'oeuvre de Grünewald, peint en 1512, les membres raidis par la torture, le cri presque audible sur ses lèvres entrouvertes, et sa réplique de même taille, d'une même force, signée Adel Abdessemed, quatre figures du Christ en fil de fer barbelé du camp de Guantanamo, lames brillantes et polies comme des pièces d'orfèvrerie.

L'artiste français, né en Algérie en 1971, a voulu, lui aussi, exprimer "le cri de ce jeune homme sacrifié comme l'agneau. Un cri à venir. Pour moi, l'avenir est fantôme, comme chez Derrida. Je ne sais pas de quoi il sera fait. Ce n'est pas le passé qui nous domine, mais les images du passé".

Cette "conversation" Grünewald-Abdessemed est-elle une coïncidence, en pleine campagne présidentielle, précisément en Alsace, où le Front national a remporté, au premier tour, 22 % des suffrages ?

François Pinault, qui organisait le déplacement à Colmar, répond tout net : "Dans le contexte actuel, c'est important, les choses sont rarement une coïncidence. C'est une façon de me révolter contre les gens qui ne savent pas pour qui ils votent. Qu'ils viennent ici devant les Christ". Le milliardaire tire ses salves en direction du président sortant dont il moque la dernière formule : "Présomption de légitime défense, c'est comme au Far West, il faut dégainer le premier ! Il perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu'il pourrait encore gagner. Il est cuit ! C'est comme dans le bunker de 1945."

Baptisée Décor, l'oeuvre d'Abdessemed, récemment exposée à New York et achetée 2 millions d'euros par François Pinault, est prêtée par le collectionneur au Musée Unterlinden de Colmar jusqu'au 16 septembre, pour le 500e anniversaire du fameux retable d'Issenheim.

Un milliardaire ça sert aussi à ça !





27/04/2012

Les digues s'effondrent...

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 Eugène Delacroix, 1830. La Liberté guidant le peuple

 

Entre la droite et l’extrême droite. On voyait ça venir depuis un bon moment. Dans l’espoir de se refaire, Sarkozy redouble de cynisme, d’ambiguïté et de proximité avec le Front. Les digues patiemment construites par la droite républicaine depuis la guerre pour éviter le pire,  sont en train de s’écrouler. Les eaux noires de la xénophobie, du racisme anti-arabe, et de l’ethnocentrisme envahissent les parties basses de l’opinion publique. Elles submergent les quais de la laïcité, du respect de l’autre et de la fraternité qui ont été longtemps la gloire de notre République. Sarkozy par son comportement irresponsable aura contribué sciemment à l’abaissement civique et moral de notre pays.

 

Je ne dis pas que les électeurs du Front National n’ont pas les mêmes droits que les autres. J’avais déjà décrit le 22/03/2011 comment « Les bedas du Plain avaient voté pour le Front… » dans nos campagnes. L’isolement, le vieillissement, la difficulté de se soigner, l’impression de ne plus compter pour rien nourrissent depuis longtemps les peurs des petits blancs et des bofs, mes frères. Ce qui pose question ce ne sont pas les causes de la désespérance, visibles dans tous les bistrots et tous les marchés du coin et sur lesquelles tout le monde s’accorde. Ce qui pose question, c’est tout au contraire les réponses qu’on apporte, quand elles visent à encourager une espèce de jacquerie assez frustre contre les Arabes, l’Europe , les Ecolos et les Institutions.

 

Que la femme Le Pen développe ces thèses est dans l’ordre des fondements de son mouvement. Elle doit justement son succès à la transgression remettant en cause notre idéal social et républicain. Poussés à l’extrême les déclarations sans frein du Front nous mèneraient tout droit à la guerre civile et à la ruine. C’est exactement pour cette raison que la droite giscardienne ou chiraquienne s’est toujours bien gardée de frayer avec les thèses du FN, orchestrées d’ailleurs à l’époque par un tortionnaire borgne peu ragoûtant. En 2012 la vague marine, fille du précédent,   a pris les belles couleurs de la dédiabolisation blondasse.


Nous sommes au faîte du populisme qui consiste à adopter des idées sans issue pour flatter les passions et les peurs du petit peuple et empocher ses voix. Aveuglés par le culot inculte de leur chef, plus de soixante pour cent des électeurs de Sarkozy du premier tour sont maintenant prêts à faire cause commune avec le Front National. Tout sauf Hollande, qu’on méprise, insulte,  vilipende depuis plusieurs mois, avec une hargne constante, tout sauf Hollande,  se dit la droite qui considère l’alternance politique comme une usurpation, un crime de lèse-majesté.

 

Heureusement ils ne sont que 60% et ce sont les 40% qui restent qui peuvent encore sauver la France de la nuit rance de la xénophobie et du repli sur soi.

 

Dans la vie on rencontre en effet deux sortes de gens . Les premiers ont le culte du chef et aiment les rapports de force. Ils sont habitués depuis tout petit aux comportements égoïstes, à la méfiance, au profit sou à sou amassé, aux bagarres de préau, à la « struggle for life » comme disait Darwin. Ils n'aiment pas l'inconnu ni l'étranger. Leur intellect est braqué sur leurs petits biens chèrement acquis. Ils sont accrocs aux biens meubles et immeubles et pleins de méfiance pour les grandes idées sauf éventuellement celles de leur curé. On est dur avec soi mais souvent encore bien plus dur avec les autres. Ils  jugent que les chômeurs sont des faignants, les malades des tire au flanc, et les fonctionnaires des parasites !  Ils considèrent aussi que  seules les andouilles se laissent plumer par le fisc.  Mais par un banal retour des choses, ces mêmes personnes peuvent changer du jour au lendemain  quand l’adversité les place en situation de dépendance. Ils se retournent alors vers la solidarité nationale et ils sont les premiers à la réclamer tous azimuts avec une grande âpreté. Ils votent Sarko.

 

La deuxième catégorie aime la démocratie et l’égalité. Elle est plus insouciante, plus gaie, plus ouverte, plus curieuse du monde qui les entoure que les précédents. Ces gens là ne se lèvent pas le matin en faisant le tour de leur automobile pour voir si on ne leur a rien volé. Ils aiment les voyages et encouragent leurs enfants à faire les meilleures études sans que ce soit forcément les plus lucratives. Ils aiment explorer, découvrir, prendre des risques. Ils ne tiennent pas plus que ça à leurs patrimoines et sont souvent dépensiers. Ils aiment la culture et préfèrent la poésie aux comptes en banques. Ce qui ne les empêche pas de détester la pauvreté pour eux et pour les autres, l’inconfort et la misère. Ils savent que le chômage et l’injustice sont les deux plaies de notre société et que seule l’intelligence peut nous tirer de là. Ce sont ceux là qui vont voter pour François Hollande le 6 mai.

 

Ceux là doivent se rassembler et faire bloc contre le conservatisme et l’injustice. Il ne faut pas chercher de boucs émissaires. Il nous faut faire confiance aux forces vives du pays, aux acteurs économiques, aux animateurs sociaux, aux créateurs de tous les horizons. Notre chance et notre richesse, comme toujours dans l’histoire, seront le rassemblement et la coopération des vieux gaulois fatigués (si tant est qu’on en trouve encore) avec tout ce sang neuf qui nous a toujours nourris et qui continue à nous irriguer de partout, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Inde, de la Chine… Et franchement,  je fais des vœux pour que Sarkozy sorte de notre horizon et cesse de ternir l’image de la France. Il est temps qu’on confie les responsabilités à un homme « normal » apaisé, sûr de lui, ouvert, juste  et rassembleur.

 

Aujourd’hui encore, FH, l’incapable, le rêveur, le menteur, reçoit le renfort de Draghi le Président de la Banque Centrale Européenne. Il y a trois mois Copé et Sarko, Juppé et NKM, assuraient FH de leur mépris total, à présent ils lui courent après en faisant des mines. Maintenant c’est 700 mosquées qui votent pour François renforcées par l’illustre Tarik Ramadan. Les Croisés sont à l’œuvre !!! La droite entre en guerre de civilisation ? Bravo Juppé, ministre des Affaires Etrangères.  Honte à nous tous ! Comme le dit Bernard Cazeneuve, la droite ajoute le déshonneur à l’affolement et à la dispersion. Marine Le Pen n’aura plus qu’à ramasser les pots cassés pour en faire son lit électoral.

21/04/2012

Michel Onfray, la calotte, et moi

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 Oeuvre de Robert Combas que j'interprète

comme le portrait du philosophe

Notre philosophe bas-normand vient de se faire remarquer par une courte chronique dans le Monde du 18/04. Je ne me permettrais pas de commenter si je ne me sentais pas une grande proximité avec ses origines sociales, rurales et modestes. Avec vingt ans de décalage son parcours me rappelle beaucoup de mes propres tribulations, en beaucoup plus modeste bien entendu. Je relève malgré tout que son itinéraire scolaire  qui a débuté par un pseudo orphelinat catho, l’a conduit jusqu’à une thèse de troisième cycle dans notre commune Université. Il  enseigné ensuite la philosophie dans un lycée privé, le Sainte Ursule de Caen. Il a dit de son collège qu’il était la fournaise de tous les vices. Je mesure l’aveu. Par miracle, mon collège à moi était à l’inverse,  le lieu de toutes les libertés, républicain,  mixte et contestataire, même si il était logé dans un ancien séminaire Eudiste. J'accorde à cet établissement une grande responsabilité dans mon cheminement vers la contestation, la liberté et l’engagement .

 

Je fais cette remarque parce que je suis capable de sentir à cent lieues l’atmosphère confinée de l’éducation jésuite et catholique, qui bride les consciences et porte au plus haut l’hypocrisie, en construisant dans les âmes les plus infâmes traquenards qu’un gamin normal peut affronter. Souvent d’ailleurs ces pièges de la morale et des sens sont proportionnels à  la dimension mentale et intellectuelle de l’élève. D’évidence Michel Onfray fait partie des grosses têtes. Il est extrêmement doué pour le maniement des idées, pour l’écriture et  pour le débat médiatique. Son succès avec l’Université populaire en est la preuve. Je l’ai entendu hier encore parler avec beaucoup de sensibilité de Robert Combas, le grand peintre sétois.

 

C’est pourquoi je m’interroge sur le parcours politique d’une intelligence aussi brillante qui finalement conduit l’homme à prôner l’abstention dans une élection présidentielle, qui, quoiqu’il dise ou qu’il fasse,  influence de manière décisive sa vie et celle de tous nos compatriotes. Il suffit de considérer la déchéance républicaine, morale et intellectuelle à laquelle nous a menés le mandat qui se termine. Je veux bien croire que pour un esprit exigeant rien n’est assez bien, mais quand j’apprends qu’il a soutenu le gardien de chèvres Bové, je reste coi. Il me faut donc trouver un motif plausible à ce retrait sur la montagne déserte d’où le philosophe prêche …dans le vide

 

La chronique en cause, qui en appelle à Spinoza,  évoque un accès dépressif. Une sorte d’humeur grise  qui ne trouve dans la campagne que des appels aux passions tristes « haine, honte, mépris, douleur, mélancolie, horreur, aversion, dérision, désespoir, dédain, crainte, humilité, déception, respect, pitié, appréhension, indignation, pudeur, envie, stupeur, colère, vengeance, blâme, cruauté, repentir, dépréciation, de soi, jalousie… »

La liste est trop belle et les mots trop charmeurs pour ne pas succomber au plaisir de transcrire cette furieuse énumération. Vraiment Michel Onfray a-t-il  vu tout cela dans les discours de nos candidats ? Parmi les dix, aucun ne trouve grâce ?  Je vois là dedans  une posture d’intellectuel gourmand de mots mais qui boude dans son coin. Au nom de la sociologie, le camarade philosophe devrait trouver la force  de choisir un impétrant, et ne pas s’ affaler  dans le pessimisme et la spéculation solitaires, Spinoza ou pas. A moins qu’en souvenir des psychoses ourdies par les jésuites de sa jeunesse il se sente  terrorisé à la perspective d’un engagement citoyen.

 

L’autre hypothèse, est que le cher philosophe soit tombé en amour et complètement aveuglé par la passion qu’il porte à sa dernière conquête féminine. Rassurez-vous cher lecteur, je ne connais pas personnellement notre héros et ma suggestion ne repose sur aucun fait qui ne serait connu que de moi. Je ne me permettrais jamais d’ailleurs,  de colporter quelque cancan que ce soit et de l’utiliser pour une chronique. Donc toute vraisemblance…serait fortuite. Néanmoins son papier d'hier me fait penser à ceux qui,  saisis par la débauche sentimentale mesurent tout, à l’aune infinie de l’être aimé. Tout le reste devient banal, vulgaire, commun, insuffisant, sans intérêt. Un état d’esprit qui permet d’écrire que pendant la campagne électorale « la grandeur a été invisible, mais pas la petitesse, la mesquinerie, la médiocrité » Je trouve bien sévère ce jugement sur la malheureuse communauté de nos hommes politiques qui, malgré tout,  se dévouent bien plus que lui même, au bon fonctionnement de notre démocratie.

 

Pour finir, mais vous l’avez deviné, je ne peux pas partager les jugements négatifs sur les élections et par voie de conséquence sur les élus et les électeurs, distillés par l’éminent philosophe. Ils sont bien trop généraux d’ailleurs pour conserver quelque vraisemblance. Il m’avait semblé, à tort semble-t-il que Michel Onfray gardait,  malgré tout son fatras philosophique et intellectuel, une solidarité bien vivante avec sa mère et son père , avec son milieu social et avec son terroir. Je suis bien déçu de comprendre que ces liens sont plus pour lui  un fardeau qu’un devoir. Il semble que le philosophe est auréolé de tels succès aujourd’hui, qu’il a versé, provisoirement sans doute, dans un excès de superbe narcissique. C’est une tare qui affecte souvent les génies inachevés.

17/04/2012

Pourquoi ne pas voter Mélanchon au premier tour ?

 

mélanchon

Pablo Picasso : Jeune fille devant un miroir

 

J’ai plusieurs amis et parfois proches, qui ont bien envie de se faire plaisir en votant Mélanchon au premier tour. Pour une personne de gauche Mélanchon est un candidat estimable. Il a convoqué au cours de la campagne les mânes de la Révolution de Spartacus à Louise Michel, de Lénine à Jaurès, jusqu’à (presque) Mao et Fidel, avec un petit coup de de Gaulle en plus, pour le style. Pour les jeunes et même les moins jeunes, en particulier ces vieux militants qui ont si longtemps guerroyé contre la droite, la musique du Front de gauche est clairement audible et flatteuse. Il veut renverser la table, il veut changer la vie. Qui ne le souhaite au fond ?

 

Il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres et nationaliser les banques pour mobiliser l’épargne. Il faut  mettre  enfin au pas tous ces financiers, tous ces hommes d’affaires, ces élites autoproclamées, tous ces gens qui ont instauré un ordre du monde à leur profit et qui en abusent avec une détestable ostentation. L’étalage des injustices dans le régime ultra-libéral est criant et frustrant, révoltant. Quand on entend le tribun Méluche tonner et fulminer avec une qualité de texte et un timbre de voix admirables, on se sent plutôt bien. Il y a de la générosité là dedans, de la fraternité et de la justice. Toutes ces valeurs sont fondatrices de  l’esprit de la gauche.

 

Malgré leur désir de renverser résolument le cours du lucre et des inégalités, Mélanchon et ses amis communistes sont des républicains qui n’envisagent à aucun moment de remettre en cause les fondements de notre démocratie et de nos institutions. La radicalité du Front de Gauche passe donc par une victoire électorale. La difficulté est que l’éventail des choix politiques des Français balaie un champ très large allant du révolutionnaire du NPA au fasciste de certains groupuscules FN, avec une grosse majorité de socialistes, de radicaux, de centristes, et de républicains libéraux décidés et militants. Pour se faire élire Président de la République il faut donc rassembler au deuxième tour cinquante et un pour cent des électeurs qui composent notre maelström politique . 

 

On comprend que les opinions les plus radicales et les plus tranchées sont aussi les moins rassembleuses. On peut réclamer l’impossible et demeurer dans l’opposition, ou bien mettre de l’eau dans son vin pour obtenir une majorité. Il n’y a pas d’autre alternative. La plupart des citoyens savent qu’on ne passe pas du jour au lendemain du possible au souhaitable, qu’une société démocratique avec ses pouvoirs et ses contre pouvoirs tous bien utiles d’ailleurs, n’évolue pas aussi vite que voudraient nous le faire croire la passion des orateurs et l’impatience des militants. L’esprit de la gauche prêchant la révolution citoyenne est bien réel chez Mélanchon, mais peut-on raisonnablement croire que c’est la méthode adéquate ?

 

François Hollande a le courage d’accepter d’être la façade gestionnaire de la gauche. Celle qui est toujours vilipendée par ceux qui surfent sur les idées généreuses et générales qui mènent la danse quand on est dans l’opposition. Mélanchon l’a méchamment rappelé en traitant FH de capitaine de pédalo, mais notre lider maximo apporte aujourd’hui calmement la réponse. Il fait  la preuve  sous nos yeux  qu’il sait pédaler aussi loin et aussi longtemps qu’il le faut pour s’assurer de la victoire. Il a maîtrisé son vocabulaire au millimètre, en évitant les excès et les amalgames. Il a réuni son camp et mis à contribution tous ses « amis » du PS.  Il a même en partie réussi , aux dires de l’Humanité à désarmer l’alacrité et la prétention du Front de Gauche, sans rebuter les centristes les plus sociaux, jusqu’à la famille Chirac ! Il a expliqué son programme dès le début de sa campagne et s’y est tenu en donnant un bel exemple de clarté, d’entêtement et de démocratie. Tout indique aujourd’hui que le soir du 6 mai il sera notre nouveau Président.

 

Je ne doute pas que lorsqu’il sera en charge des affaires il fera la preuve des mêmes qualités de conciliation et de rassemblement pour mener dans la cohésion notre société vers plus de justice et de progrès. Je suis même certain que, contrairement à Sarkozy qui a brûlé ses vaisseaux dés le début de son mandat,  pour l’accomplir tout du long en Président naufragé, François Hollande sera le plus populaire des Présidents depuis longtemps et qu’il marquera notre  Histoire. François Hollande est un anti-sarko de rêve ! Il respecte les gens et il est intellectuellement honnête, aussi peu matérialiste qu'il est possible.

 

A la suite de quoi, je demande à mes amis ce qu’ils préfèrent : l’esprit ou la méthode ? Personnellement je n’ai aucun doute. Je me plais certes,  à entendre la révolte, le bruit et la fureur, un peu comme au théâtre. Mais je ne prendrai aucun risque,  je voterai pour l’humilité devant les faits, pour la cohérence dans les choix, pour le rassemblement dans le progrès. Par conviction, par intelligence, par volonté de changement,  je voterai dimanche François Hollande sans aucune hésitation, dès le premier tour.

13/04/2012

La confiance

 

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Edgar Degas : Les blanchisseuses


J’entends ici ou là que la campagne électorale n’est pas intéressante et ne répond pas aux attentes de nos compatriotes. Ce qui ne se confirme pas vraiment dans les sondages, mais bon,  c’est une critique qui revient à chaque campagne. Dans un débat politique on trouve d’abord ce qu’on y apporte soi-même, en convictions, en volonté d’écouter et de comprendre, en respect des adversaires. Il y a d’évidence un Président sortant qui ne s’embarrasse pas trop de tout cela. Avec des conseillers peut-être brillants mais venus de l’extrême droite, il a décidé de faire de l’enjeu politique une bataille à couteaux tirés.

C’est ce que j’appelle la politique de la terre brûlée.

Tout vaut mieux pour lui en effet,  que de parler de son bilan qui reste en travers de la gorge de beaucoup d’électeurs. Avec cette manie de désigner des corporations ou des groupes sociaux, voire ethniques ou religieux à la vindicte, il a atomisé une société aujourd’hui complètement déboussolée. Il n’y avait pas besoin de ça. Rien de tel pour mettre un pays en panne. Chacun se méfie de l’autre, le patron des ouvriers, les gaulois des arabes, les agriculteurs des écolos, les artisans et les commerçants des profiteurs sociaux, les professions libérales des fonctionnaires, les atomistes des antinucléaires,  et ainsi de suite, la liste reste ouverte... Pour celui qui n’est pas convaincu,  il lui suffit de tendre l’oreille au zinc de son bistrot favori, ou bien d’écouter les bofs au marché local.

C’est un jeu à somme vraiment nulle !

 Car enfin, si je comprends quelque chose de commun à tous les candidats, c’est qu’il est urgent de se retrousser les manches. La dette publique a explosé et nous devons la rembourser. On peut dire chez les radicaux de gauche et de droite qu’on en a rien à fiche. Malheureusement, les gens qui décident de notre destin aujourd’hui sont une bande de sales gamins bien payés, les fameux traders,  qui peuvent nous précipiter aux enfers financiers d’un simple clic, tout en continuant à faire fortune.

 Il n’y a pas de parade à court terme.

 On va devoir augmenter les impôts, racler les fonds de tiroirs, réduire les dépenses… mais nous avons la preuve avec la Grèce et l’Espagne, que cela est insuffisant. En asséchant les fonds publics on freine l’investissement et on arrête la croissance.  Au lieu de s’en sortir, on s’enfonce. Pour apurer nos déficits, il faut que notre économie fonctionne, que nous produisions des plus values, des excédents commerciaux, il faut que le chômage régresse, que les investissements repartent.  Il faut que les taxes rentrent dans les caisses de l’Etat pour qu’on cesse d’emprunter. Tous les acteurs économiques sont concernés : agriculteurs, entrepreneurs, banquiers et investisseurs, employés et cadres, ouvriers et fonctionnaires. Nous devons fournir tous un effort de rigueur, de patience, de volonté têtue. Il n’est pas question de chacun pour soi, il s’agit d’une entreprise collective, justement répartie.

 Seul un effort de justice sociale peut redonner la confiance.

 Pour qu’il en soit ainsi, il faut que le corps social se réconcilie avec lui même et cesse ses batailles internes de jalousies et de haines. Les hyper riches ont le devoir d’adhérer et de  faire un mea-culpa au moins symbolique, sauf à scier la branche du consensus sur laquelle ils sont assis. Les évadés fiscaux qui sont souvent les mêmes, vont devoir reconnaître que la nationalité française se paye d’un sentiment de solidarité avec leurs concitoyens. Il faut que les paradis fiscaux, qui abritent toutes les grivèleries de la haute,  perdent leur impunité,  comme doivent cesser également les abus sociaux , les fraudes à la sécu, les tricheries aux assédic, le travail au noir .

 Tout ceci ne peut-être atteint que par un mouvement d’équité qui place le civisme au cœur de tout.

Nous autres les Français, et Sarkozy  est un champion, considérons  trop souvent la débrouille et les petits profits illicites, voire les grosses embrouilles, comme  une façon d’être plus intelligent que les autres, d'être plus forts et plus malins. Gagner plus d’argent que les autres, sans être trop regardant sur les moyens, c’est la philosophie bling-bling portée au plus haut par l’actuel Président. Malheureusement c’est la philosophie du bof, vulgaire, sans intérêt véritable, dépourvue d'avenir. Il suffit d’en considérer les effets sur la taille des yachts, la puissance des voitures, la dimension des diamants, la rareté des fourrures et la longueur de jambes des gonzesses, toutes sortes de luxes qui n’ont rien à voir avec ce qu’un être humain de notre temps réclame pour vivre heureux.

 La civilisation hyper matérielle est une sorte de bêtise humaine qui frappe les gens dont on dit et c’est bien vrai, qu’ils ont des couilles en or. Ce que je ne pourrai jamais considérer comme un avantage absolu.

Les véritables richesses sont intellectuelles, artistiques et morales. Les gens qui ont marqué l’histoire de notre civilisation sont les poètes, les philosophes, les écrivains, les peintres, les musiciens, les inventeurs, les découvreurs et tous ces créateurs des œuvres de l’esprit qui font avancer le monde. Christophe Colomb est mort sans un radis. On ne devrait donc pas avoir trop de scrupules à brimer quelque peu ces déboussolés de la finance et des affaires qui confondent leur niveau de prévalence sociale avec la hauteur des biens qu’ils possèdent. Contrôler les branches gourmandes de notre arbre sociétal ne veut pas dire que nous devons entrer dans la décroissance et la paupérisation, bien au contraire. Il faut seulement tenter de rétablir un équilibre en remettant au goût du jour des valeurs moins matérialistes, plus morales et plus civiques. On peut obtenir cela par les média, par les journaux,  par la culture. C’est un nouvel état d’esprit qu’il faut instaurer. Les Tapie,  ça suffit, d’ailleurs je  trouve à ce gros malin, un air de plus en plus ringard et totalement has been. On réussit assez bien à lutter contre le racisme et la violence, pourquoi ne pas tenter de discréditer l’hyper matérialisme ?

Je ne suis pas curé, je suis seulement un homme comme les autres.

Ce n’est donc pas Sarkozy qui peut faire le bonheur de la conjoncture actuelle. Qu’il aille donc, comme il le proclame tenter de faire de l’argent chez Bouygues ou chez Bolloré, si il en est capable, ce qui n’est pas non plus d’une totale évidence. Les entreprises ont souvent davantage besoin de paix sociale que de pugilats internes. Voyez Gallois chez Airbus. Exactement comme notre pays,  qui lui aussi, a besoin d’être rassuré et rassemblé,  comme le proclame François Hollande depuis le début. Notre pays  a soif de justice, de cohérence et de planification dans l’effort. Ce n'est pas Anne Lauvergeon que j'ai entendue ce matin qui va me contredire. Il ne s’agit pas de faire des coups qui font la une à court terme et qui sont aussi vite oubliés ou démentis. Nos problèmes de dette ne pourront être résolus que par la rigueur budgétaire et la croissance économique. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’en rassemblant les forces vives du pays dans la justice et la solidarité. A ce moment là seulement,  nous verrons revenir la confiance dans l’avenir.

 

François Hollande, c’est une affaire entendue aujourd'hui,  est le seul,  à ce moment présent de la campagne présidentielle, à être capable de conduire ce mouvement de résurrection économique, intellectuel et moral. Pour ma plus grande joie, les sondages de ce matin sont très prometteurs !