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29/09/2012

Racisme blanc de blancs

 

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Depuis la découverte des indiens d’Amérique, l’Europe judéo-chrétienne rejoue la même scène ethno-centrique de « L’homme sauvage et nous ». Face à Christophe Colomb, des demi-animaux presque nus,  privés de Dieu,  avec des os dans les narines, campaient à la porte de notre humanité. La grande œuvre des Conquistadors de la Renaissance fut de les convertir de gré ou de force. Les « Tristes tropiques » ont rendu leur dignité aux peuples des îles, des fleuves et de la forêt.  Malheureusement Levy-Strauss arrivait un peu tard puisque dans le choc, des civilisations entières ont disparu.

 

Le besoin d’hégémonie de notre civilisation occidentale ne s’est pas pour autant apaisé. Après les grandes découvertes et la conquête des continents, on a colonisé le reste du monde tout en affrétant des cargaisons de bois d'ébène, dans un besoin d’expansion géographique continu. Comme on devait s’y attendre, nous nous sommes enfoncés ce faisant dans la confrontation directe avec la terre d’Islam, commencée pendant les croisades de l’an Mille et encore en cours aujourd’hui. La civilisation musulmane est cependant pour nous Européens, une grande compagne historique. Depuis Mahomet et la brillante période arabo-andalouse, nous nous sommes élevés et enrichis avec les multiples apports de l’Orient, dont Bagdad était la capitale symbolique et rayonnante. On voit ce que l’Occident en a fait aujourd’hui.

 

Ceci étant, nous nous sommes persuadés que nous étions les rois de la terre. L’épopée coloniale est née de notre conviction que le monde judéo-chrétien portait la suprématie blanche et qu’à ce titre les autres peuples devaient s’incliner. Le colonialisme fut le grand pourvoyeur du racisme blanc de blancs. Celui-ci a recouvert les terres d’Afrique et d’Asie dans une expression exacerbée pendant plus d’un siècle. Il suffit de voir les photographies d’époque. Elles apportent toutes les preuves des exactions commises en son nom.

 

Les peuples d’Europe se sont comportés avec une sauvagerie immonde face à des populations démunies, désarmées et désorganisées. Le nazisme est de toute évidence le sommet de cette barbarie. Il restera inscrit jusqu’à la nuit des temps sur la stèle des tares humaines. Hélas, les camps d’extermination n’étaient pas refermés et les fours n’étaient pas encore refroidis que les guerres coloniales s’allumaient, au Vietnam, en Algérie. La liste des génocides et des crimes de guerre pouvait à nouveau s’allonger. Les blancs de blancs n’avaient rien appris, on pouvait même observer des collusions directes entre les héritiers du fascisme et les tenants des guerres de « pacification » coloniales !

 

Le racisme blanc de blancs d’aujourd’hui est né pendant cette période. J’ai l’âge d’avoir entendu dans les casernes des années 50 le vocabulaire de guerre qui puisait sa richesse dans toutes les nuances du mépris raciste, de l’arabophobie et de la détestation de l’Islam. Les mêmes termes étaient employés par bon nombre des européens d’Algérie.  Ils sont toujours d’usage courant dans les milieux populaires, ouvriers ou paysans. On en use en privé,  mais avec délectation,  dans la bonne société qui vote FN ou « Droite décomplexée ».

 

Ce puissant mouvement anti-arabe a de beaux jours devant lui. Les difficultés exacerbées  par la crise économique et la mondialisation poussent les politiciens démagos à désigner des boucs émissaires. Ceux-ci se trouvent toujours du côté de l’étranger. Nos étrangers à nous sont les gens du Maghreb que nous avons ramenés dans nos valises. Les émigrés anciens ou récents sont des cibles de choix, bien visibles, faciles à dénoncer dans le contexte actuel des fièvres djihadistes, délirantes et cruelles. Depuis la Palestine et les Twin Towers les Américains sont avec nous ! Les Français,  bien élevés et bien propres sur eux-mêmes, ont identifié un ennemi à faciès oriental, parlant plus ou moins arabe et qui a le culot,  en plein Paris ! de porter une djellaba. Le plus grave est que cet ennemi n’a qu’un seul Dieu,  cet Allah tout puissant, et que ce Dieu n’est pas le nôtre. Alors  que nous désertons nos églises,  il nous est impossible d’admettre que des étrangers « non communautaires » construisent des mosquées en plein cœur de nos villes. Ce racisme-là nourrit une haine puissante, passionnelle et dévastatrice, historique, consubstantielle de notre vie sociale quotidienne.

 

Que vient faire le racisme anti-blancs là-dedans ? Copé a trouvé ce moyen pour rameuter la partie la plus rance et la plus haineuse des électeurs de droite et d’extrême-droite, en feignant d’oublier toute perspective historique et politique. Qu’il y ait une bonne fraction des jeunes des quartiers qui professent une grosse aversion contre les « Gaulois » nul ne songerait à le nier. Comment en serait-il autrement puisqu’ils sont chaque jour en réaction au mépris et à la négation de leur identité, religion comprise ?  Excités par les djihadistes en chemise de combat,  ils en arrivent à professer des âneries et à considérer Merah comme un héros ! Mais cette haine que certains jeunes nous renvoient dans les banlieues n’est que la réaction de protestation d’une minorité. On peut seulement s’étonner malgré tout qu’elle se limite à ces jeunes mal socialisés. Elle n’a rien à voir en tout cas avec le socle raciste, blanc de blancs,  majoritaire et dominant de la société française.

 

Nos racistes à nous sont bien assis dans leurs pavillons de banlieue. Ils ont choisi comme cheftaine la fille d’un tortionnaire colonial et antisémite notoire, ce qui pourtant ne semble pas la disqualifier dans le jeu de nos institutions, en particulier pour les élections présidentielles. Ce racisme-là n’est pas l’œuvre de gamins dévoyés, mais bien celle de la bonne société d’extrême droite qui n’a rien appris et n’apprendra jamais rien qui remettrait en cause leur ethno-centrisme.  Avec  Copé, ces gens viennent de recevoir le renfort de la soi-disant droite républicaine. Philippe Séguin cet amoureux du Maghreb, doit se retourner dans sa tombe en écoutant Fillon acquiescer aux propos de son concurrent,  directement copiés de la vulgate FN.  Il va falloir s’y faire, la droite de Sarkozy n’a pas fini de produire des ravages dans notre société.

 

En tournant le dos à l’histoire et en feignant d’ignorer le contexte économique et politique, la Droite porte un mauvais coup à la France. Elle contribue à remuer le couteau dans les plaies de nos quartiers que sont la tentation du communautarisme et l’attraction des extrêmes. On pourrait s’attendre à ce qu’elle reste consciente de ses responsabilités et refuse de sacrifier les liens sociaux sur l’autel d’une banale affaire de succession. Tel n’est pas le cas.

 

Nous retrouvons dans ces pénibles circonstances,  l’ennemi intact et embusqué de toujours, l’adversaire constant de la liberté, de la solidarité, de la démocratie et de la Déclaration des droits de l’homme. Heureusement pour nous, la République a été bâtie avec obstination par les esprits de justice et de progrès, comme un rempart contre la barbarie. Elle seule  permet à tous les citoyens, quelle que soit leur couleur de peau ou leur origine,  d’espérer une vie meilleure. Nous ne devons jamais oublier que le danger est toujours là, que la bête immonde comme disait Brecht n’est jamais loin, et qu’il y a encore beaucoup de combats à venir.

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