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30/11/2012

Robins des bois de nulle part

 

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 Peinture rupestre de la grotte Chauvet

En s’installant dans les bois de Notre-Dame-des-Landes, les opposants à l’aéroport de Loire-Bretagne réalisent un vieux rêve, celui du retour à l’âge des cabanes et de la vie en tribu. Il en suffit de cinq cents ou mille pour donner une apparence de réalité à un mouvement qui défie toutes les lois de la démocratie et de la vie en société. Ces gens, des jeunes pour la plupart qui répondent masqués aux journalistes viennent de différents pays d’Europe et de plusieurs régions de France. Quand on les écoute, on comprend qu’ils veulent une autre société, sans aéroports, sans autoroutes, sans agglomérations urbaines, sans travail et sans argent. C’est leur droit après tout, et chacun est libre de trouver sa propre vérité. Le hic c’est que ces bandes indisciplinées et autogestionnaires, ne représentent aucune collectivité responsable et qu’elles sont heureusement très minoritaires dans notre jeu social. Elles se forment et se dispersent au gré des circonstances au point que je n’oserais même pas leur confier la garde de mon petit chien, qu’ils seraient capables d’abandonner à la première occasion

 

Le gouvernement pourrait provisoirement ignorer ces adeptes de la vie sauvage et les laisser expérimenter le retour au néolithique, en  jouant à leur guéguerre ridicule, s’ils n’utilisaient pas une forme de violence et de terrorisme qui fait tort à la majorité des citoyens. Notre société est organisée  autour de voies légales de décision, qui respectent le fait majoritaire au sein de notre démocratie républicaine. Il est impératif de protéger ces procédures du vivre ensemble par-dessus tout. Il y a hélas dans notre casting politique des gros malins  prêts à faire feu de tout bois pour  arrondir leurs bas de laine idéologique. Je parle bien entendu de nos célèbres écologistes conduits par Mamère et Bové, qui trouvent toujours de bonnes raisons de soutenir l’illégalité en prenant des poses de belle-mère outragée, quand cela sert leurs intérêts. Ces troublions manient une sorte d’outrecuidance intellectuelle qui leur permet  de démonter un snack, faucher des maïs, s’enchaîner sur des rails, détruire du soja OGM à l’huile de ricin, pénétrer par effraction dans une centrale électrique nucléaire, en se justifiant par ce qu’ils appellent la bonne cause tout en réclamant justice et démocratie !  Ils se baptisent lanceurs d’alarmes en s’employant à les mélanger avec des cocktails Molotov.

 

J’imagine ce que pourrait devenir notre société, si chacun utilisait ces méthodes-là pour défendre ses idées. Méthodes qui se propagent assez vite chez les extrémistes de tout poil, à voir les violences lors des manifestations contre le mariage gay et des contre manifestations des « Femen ». Je ne sais pas où veulent en venir les écolos, mais je ne crois pas, lorsqu’on est élu de la République et qu’on appartient à un parti qui compte des ministres dans le gouvernement, qu’on puisse impunément se livrer à de telles provocations. Nous sommes habitués depuis longtemps aux contradictions politiques des écolos, mais parfois les bornes sont franchies, à tel point que même ce vieux provocateur de Bendix ne supporte plus !

 

Pour finir, il est assez comique de voir notre gardien de chèvres du Larzac, grimé en Astérix en chef, appeler à la mobilisation et à la résistance. Le résultat  est la concentration de dizaines de tracteurs fumants et pétaradants de la Confédération paysanne, qui se précipitent pour s’enchaîner autour de trois cabanes minables. Voilà des émissions de CO2 et des  mécaniques qui devraient pourtant rebuter nos guérilleros de l’absurde. J’ignore si l’aéroport du Grand Ouest est nécessaire ou pas. Pour être franc, j’ai plutôt tendance à faire confiance aux instances démocratiques et à toutes les collectivités locales et régionales pour donner des réponses. A priori, comme beaucoup de citoyens, je soutiens les démarches de décentralisation et d’aménagement du territoire qui peuvent déconcentrer une région parisienne apoplectique…Ma conviction est que ces pouvoirs et contre-pouvoirs de la vie démocratique ont vraiment plus de légitimité que les clameurs nihilistes, certes passionnées, mais simplistes, des quelques excités que je vois courir dans les broussailles de Notre –Dame-des-Landes.

 

Pour gagner en crédibilité nos Fronts de Gauche, Communistes et Ecolos, devraient arrêter de faire de l’œil à la crémière, pour avoir le beurre et l’argent du beurre. On a compris qu’ils comptent bien récupérer les rouspéteurs de tout poil. Il y en a toujours qui trouvent qu’on en fait trop ou bien pas assez. Il y aura toujours des adeptes du « tous pourris », des révoltés et  des despérados. Il y aura toujours, comme ces Robins de bois de nulle part, des gens qui prennent leurs rêves pour des réalités et qui sont prêts à se battre becs et ongles  pour leur donner un semblant d’existence, c’est plutôt sympathique, mais leur confier l’avenir de nos enfants est tout bonnement  de l’irresponsabilité politique.

24/11/2012

Du rififi chez les tontons flingueurs

 

 

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"Quand le lion est mort, les chacals se disputent l'empire. On ne peut pas leur en demander plus qu'aux fils de Charlemagne"

J’ai toujours trouvé Sarkozy insupportable par son style suffisant et arrogant qui lui donnait une touche de vulgarité peu compatible avec sa fonction de Président. Bien sûr d’autres que moi le considéraient comme génial et louaient son énergie et sa pugnacité. Les mêmes se trouvaient rassurés par son agressivité et satisfaits de voir leurs « ennemis » de gauche passés chaque matin à la moulinette par des éléments de com,  sérieusement concoctés par l'équipe de l'Elysée. Ces attitudes de cour d’école dans laquelle c’est le garnement dominant qui a le plus de sous, les plus belles baskets et le père le plus haut placé qui fait la loi se sont prolongées pendant tout le quinquennat . Ce faisant les militants UMP se sont habitués à une certaine vindicte, une morgue faite de vulgarité à la Morano et de suffisance à la Pécresse ou à la Bruno Lemaire, cet âne savant. Grandeur et décadence, le héros des militants UMP, vaincu aux présidentielles, se trouve aujourd’hui face à un juge d’instruction, ce qui laisse ses troupes dans l’amertume et la frustration.

 

Dans l’affaire du duel Copé-Fillon, qui fait transpirer les UMP, Copé a très bien vu que le style Sarkozy était plébiscité à droite et qu’il avait tout intérêt à mettre ses pas dans la voie hargneuse tracée par l’ex-champion du cynisme décomplexé. Il a pris de vitesse les fillonistes qui malgré tout ne sont pas habitués à autant d’agressivité. Ceux-ci  ont du forcer leur nature et apparaître en porte à faux, et trop mous face à la Gauche. Ce qui est vrai,  et par malchance, c’est que la ligne de démarcation est passée au milieu de la cour de récréation. L’UMP se retrouve ainsi avec deux blocs sensiblement égaux  dont les pôles de rassemblement sont assez opposés. Comble d’ironie, cette ligne médiane est demeurée incertaine et incapable de désigner un vainqueur. Les gens de gauche dont je suis se réjouissent de voir que les amateurs, les incapables, les mauvais plaisants ne sont pas de leur côté sur ce coup ! Je pense que pas mal de ces quadras qui nous ont abreuvés de leur autosatisfaction depuis des mois vont, pendant plusieurs semaines au moins, perdre de leur superbe, à l’image de Madame Pécresse qui en est toute fripée ces jours-ci.

 

Fidèle à sa nature, Fillon a fait preuve de retenue et veillé à ne pas choquer ses partisans par des expressions outrancières et caricaturales, en particulier sur les questions identitaires. L’islamophobie n’est pas sa tasse de thé, le racisme anti-arabe non plus. Il a tenté d’agir en homme politique responsable, en élégant notable, gardant dans son esprit la nécessité de rassembler les gens sur des idées cohérentes. Il a voulu en quelque sorte se situer au centre de son parti, ce qui est un réflexe normal quand on veut gagner une élection. Contre toute attente, l’ancien premier ministre a échoué, de peu, mais il a échoué.

 

Avec Copé, la méthode est toute différente, directement empruntée à Sarko en fin de campagne. Le malheureux petit blanc qui se fait voler son pain au chocolat par les cailleras arabes est allé droit au cœur des militants. La pensée de cette droite-là est  devenue raciste. Copé appelle ça, comme ses partisans, la droite décomplexée. Avant Sarko, les gens de droite éprouvaient en effet quelque gêne à s’afficher comme racistes anti-arabes. Aujourd’hui, il faut appeler un chat un chat et dire bien fort que ces musulmans envahissants viennent bouffer le pain (les petits pains) des Français. Toute honte n’est pas encore bue, et Copé pour afficher sa xénophobie,  a du employer le mode de la compassion, celle qu’on éprouve pour un malheureux gamin privé de goûter  en période de Rhamadan ! La métaphore est malgré tout suffisamment explicite pour nous signifier que le miracle accompli par le boulanger de Fernand Reynaud a été effacé par le cynisme de Brice Hortefeux et de quelques autres.

 

Les nouveaux marqueurs de la nouvelle droite militante sont donc l’arabophobie et l’islamophobie associées à la haine de la gauche considérée comme  totalement complice et anti-nationale. Nous sommes tout près des thèses du FN, le souverainisme en moins. Ces trois détestations qui tiennent lieu de fondement politique ne sont d’ailleurs pas sans lien entre elles et se nourrissent l'une l'autre. La jeune droite se trouve légitimée pour enfermer dans la même opprobre, les gens de gauche et surtout les socialistes, pour lesquels elle nourrit des griefs revanchards, et leurs protégés émigrés, ces bataillons de l’Islam qui sont les véritables ennemis de notre pays, et la cause évidente pense-t-elle, de l'insécurité, du chômage et in fine de notre déclin. Les gens de gauche sont des traîtres à la patrie et ne méritent pas de gouverner, ils sont aux commandes par erreur. Ils sont illégitimes. L’abaissement de notre pays dont parlait souvent Vincent Peillon est tout entier inscrit dans cette victoire à 28% de la motion « Droite Forte » des jeunes turcs de Copé.

Par chance, je ne crois pas malgré tout, que la droite républicaine se laisse étouffer par cette régurgitation nauséeuse de nos plus mauvais démons. Encore que ! La scission guette entre les deux lignes mais la vigilance est de mise.

Pour finir par une note plus gaie, vous avez vu que le dernier trimestre a enregistré un petit 0,2% de croissance, que nos équipes de foot et de rugby volent de victoires en victoires et qu’on ne nous parle presque plus en ce début d’hiver du réchauffement climatique ! Nous devons tout cela à la baraka de Saint François de Tulle, que les bonnes fées ne veulent pas abandonner. Les hilarants tontons flingueurs défaits, sur un terrain jonché de cadavres,  sont un ultime et somptueux cadeau de Noël offert à notre Président.

17/11/2012

L'honneur perdu des médecins

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 Thomas Diafoirus

Je n’ai pas du tout envie de m’attaquer aux excellents médecins hospitaliers ou libéraux qui ont fait que je suis encore là pour vous entretenir. Leurs qualités techniques ne sont pas en cause, généralement parlant. Je ne vais pas non plus idéaliser nos modernes Esculape en prétendant que leur réputation est au-dessus de tout. Comme dans tous les groupes humains, défauts et qualités sont distribués dans la corporation suivant la courbe en cloche dite de Gauss de telle manière qu’on ne puisse pas dire que la science des individus et leur éducation aillent de pair avec leurs qualités humaines, sociales ou politiques. J’irais même jusqu’à dire que de ce point de vue, nos médecins sont plutôt de droite et considérés comme les alliés électoraux des conservateurs. Depuis que l’ascenseur social s’est largement grippé il faut bien se dire que les études de médecine qui sont longues et difficiles ne sont pas à la portée des gens d’en bas comme dirait Raffarin. Il en résulte que l’ambiance dans les cabinets de consultation et les blocs opératoires est le plus souvent hostile à la gauche, surtout quand on est dans le secteur privé.

 

On comprend mieux ainsi la véritable hargne et le souverain mépris que nos carabins, nos pontes, nos archiatres et nos mandarins portent au gouvernement actuel. Les réseaux sociaux, dont nos médecins, habitués aux formules lapidaires, sont friands, les encouragent dans cette voie qui leur permet de donner libre cours au peu de respect qu’ils ont pour les personnes, qu’elles soient infirmières ou ministres. En accablant  Marisol Touraine du nom sinistre de MST, bien qu’elle sorte d’une négociation plutôt réussie avec leurs syndicats majoritaires, les toubibs font preuve d’une morgue qui les dessert et qui ne les prépare pas aux difficultés qui se mitonnent  dans leurs salles d’attente. Même si ça passe inaperçu, les patients sont aussi des cochons de payants, et en souffrent malgré tout.

                                                                                              

Les médecins sont dans une situation où ils dirigent le supermarché de la santé,  avec le privilège immense de remplir eux-mêmes les caddies des malades. Ils sont pratiquement  les seuls à déterminer la quantité d’analyses biologiques, de radios, de scanners, de drogues, de consultations, d’hospitalisations,  dont le patient a besoin pour guérir. A tel point que les hôpitaux sont remplis à 50% pour soigner les excès de prescriptions, allergies, indigestions, nécroses, microbes, erreurs médicales que produit une médecine qui s’emballe dans la consommation. Les généralistes ont des prescriptions longues comme le bras, les spécialistes n’ont pas de limites pour les examens, les chirurgiens rallongent leurs honoraires. Il ne faut pas s’étonner que notre santé coûte plus cher qu’ailleurs en Europe ! Il faut dire aussi qu’en amont les fournisseurs de drogues et de matériel se rétribuent confortablement (voir ma chronique, Voir loin et clair…).

 

J’entends déjà tous les cris d’orfraie des bons docteurs, en particulier de ceux qui garent leur Porsche derrière le bloc opératoire. Qu’ils le veuillent ou non, les médecins donnent une image d’eux de plus en plus éloignée des patients et semblent de plus en plus mobilisés par des émoluments qu’ils jugent trop faibles, « ridiculement » faibles !. Cette attitude que j’ai vue se déchaîner à la télévision ne peut que choquer le reste de la société qui ne baigne pas, loin de là, dans l’opulence visible de la plupart des praticiens. Pour se justifier ils se comparent aux avocats, aux artistes, aux joueurs de foot. Excusez- moi messieurs mais vous êtes loin d’être tous des vedettes, il y en a même qu’on hésiterait à faire jouer ! Les vraies stars en revanche,  qui remplissent les stades ou les salles, ne coûtent rien à l’Etat, je dirais même que souvent,  elles lui rapportent des sous.

 

L’autre motif est la durée des études. Faut-il rappeler à ces heureux bénéficiaires des services de notre Université que ces études sont gratuites et payées par la nation, c’est-à-dire par les contribuables. Ils nous parlent ensuite de 8, 10, j’ai même entendu 17 ans d’études ! Ce que ces extrémistes du compte en banque oublient de mentionner, c’est que quand on est interne ou chef de clinique, on est quand même payé et qu’on peut se considérer comme déjà entré dans la carrière. La durée des études, c’est-à-dire le temps que dure le statut strict de l’étudiant ne dure pas plus de six ans. Ce qui est comparable avec beaucoup d’autres professions !

 

La médecine libérale fait fausse route, elle se sépare de la nation et des malades. Elle se croit intouchable, de droit divin. On connaît d’autres pays où les toubibs sont plus modestes et plus simplement proches de leurs patients. Ce n’est pas le cas en France. Je fréquente suffisamment les salles d’attente pour savoir de quoi je parle. Depuis Ambroise Paré la médecine française avait réussi à imposer une image humaniste et dévouée aux malades, à travers les épidémies et les guerres. Aujourd’hui nos Messieurs sont happés par la consommation et le bling-bling. Ils ont rompu avec l’esprit du serment d’Hippocrate. Il leur faut toujours plus de monnaie sonnante et trébuchante. A ce jeu-là, les assurés sociaux, ces cochons de payants, finiront par se révolter. Heureusement j’entends ce matin que beaucoup de docteurs se désolidarisent de la jacquerie corporatiste de ce début de semaine. Souhaitons que nos jeunes médecins en reviennent à une conception moins élitiste et plus généreuse de la « vocation » humanitaire qu’ils mettent si souvent en avant. Je voudrais pour finir leur suggérer de méditer cette maxime de mon cru que je proposais  à mes étudiants :

« La connaissance est une richesse qu’on partage,  pas un pouvoir qu’on se réserve»

 

09/11/2012

L'entreprise et les patrons

 

compétitivité, entreprises, patrons, syndicats, medef, Parisot,salariés, actionnaires

 Rouge de Joan Miro

Dans ma dernière chronique, je regrettais la confusion mentale à laquelle une presse déchaînée et des politiciens sans scrupules peuvent conduire une large fraction de notre opinion publique. Les commentaires inépuisables et le battage médiatique  déclenchés par le rapport Gallois en sont une nouvelle illustration. Il est temps qu’on comprenne à gauche et surtout du côté des syndicats et du PC qu’il ne faut pas confondre l’entreprise et les patrons. Nous avons connu sous Sarkozy une sorte d’adoubement par l’argent, une légitimité politique par l’enrichissement, une échelle de mérite liée au montant des émoluments. Comme disait le petit (par l’esprit) Président, « Si je ne suis pas réélu, j’irai faire du fric ! ». On ne peut pas mieux opposer l’intérêt collectif au cynisme individuel. Dans un même état d’esprit, pour être reconnus grands et importants, les Patrons estiment devoir être surpayés par un tas d’artifices, bonus, retraites chapeau, actions préférentielles etc….

 

Le Président élu a mis en place un gouvernement  pour, en priorité,  corriger ces excès qui révoltaient le populaire et beaucoup d’humanistes à droite et à gauche. Il me semble que plus personne aujourd’hui ne conteste le coup de barre fiscal qui va obliger les hauts revenus et les gros patrimoines à contribuer à l’effort de redressement. Bien sûr les Conservateurs après avoir prédit que les taux d’intérêt sur notre dette allaient exploser, ont de la même façon proclamé que les entrepreneurs allaient déserter et fuir en masse notre pays. Rien de tout cela ne s’est produit et cette première étape semble réussir.Ce qui n’empêche pas l’UMP en campagne électorale de continuer à dire n’importe quoi.

 

Avec le rapport Gallois, il faut bien comprendre qu’il s’agit de toute autre chose. Il ne s’agit pas d’enrichir les Patrons mais bien les Entreprises ! Nous avons tous intérêt, citoyens ordinaires, employés, cadres et patrons à rendre nos entreprises performantes en leur ménageant  un contexte  économique et social favorable. Il n’y a rien de pire pour un salarié qu’une usine ou une affaire qui périclite. Dans les situations médiocres les salaires sont toujours trop élevés, les avantages sociaux toujours hors de portée et les licenciements au bord des lèvres. Toutes les mesures qui peuvent conduire nos entreprises à gagner de l’argent, à investir et à mieux traiter leurs salariés et leurs actionnaires sont donc bonnes à prendre.

 

Je ne suis pas naïf au point de penser que spontanément  les bénéfices sont  justement répartis. Les rapports de force règnent dans les processus économiques comme ailleurs, plus qu’ailleurs. L’enjeu pour notre gouvernement est de proposer un modèle moderne et juste où toutes les parties prenantes sont respectées. Le point de départ de tout pour notre système productif est le marché, auquel il est vain d’espérer échapper. Vous ne pouvez songer à produire sans savoir ce que vous allez vendre, où et combien. Vous ne pouvez remporter des parts de marché sans avantages comparatifs sur vos concurrents que ce soit par le prix ou par la qualité, ou souvent par les deux à la fois. Pour conserver cette compétitivité il faut pouvoir sans cesse investir dans la recherche et l’innovation. Il faut que les gens à gauche comprennent  bien que les cadeaux aux entreprises ne sont pas des cadeaux aux « riches patrons » mais bien des options pour l’emploi et la prospérité de tous.

 

Ce raisonnement est acceptable à condition que les richesses produites ne soient pas captées par une des parties prenantes aux seules fins de l’enrichissement individuel, que ce soit par le créateur d’entreprises même si il a des mérites à faire valoir, que ce soit par le capital investi même si il est indispensable, ou que ce soit enfin par les salariés qui sont eux-mêmes essentiels dans le processus. La quatrième part revient à l’Etat c’est-à-dire à la collectivité, qui est chargée du contexte public, transport, éducation, santé. On imagine sans peine qu’il est compliqué de concevoir une organisation harmonieuse, tant sont diverses les situations dans l’espace et dans le temps. On ne peut réussir ou tenter de réussir que par la concertation, l’information et la compréhension entre les différents acteurs.

 

Dans ce contexte, je ne sais pas si les journalistes se rendent compte que leur métier mérite une autre noblesse que celle du twit-twit, gazouillis de moineaux virtuels dans lesquels les gens pressés se laissent emporter avec délices. Ils devraient prendre conscience que l’opinion publique a besoin d’explications paisibles et pédagogiques. Les progrès de notre pays dépendent beaucoup de leur propre esprit de responsabilité qu’ils devraient opposer à leur tentation de plaire, de faire le coup de feu sur le web, ou de se laisser aller à leurs querelles idéologiques. Bien sûr avec ou sans eux, les mutations finiront par s’opérer, mais quand on est payé pour commenter l’actualité, il est honorable de la placer en perspectives intelligibles. On parle souvent de quatrième pouvoir à propos de la presse, c’est plutôt le premier des contre-pouvoirs et il est bien utile, salutaire en réalité. En contrepartie, il doit s’exercer en toute liberté, c’est-à-dire en totale responsabilité.

01/11/2012

CLAUDE BERNARD (1813-1878) m'a dit

 

 

 

Claude Bernard



L'homme de science qui se retournait dans sa tombe depuis quelque temps m’a dit l’autre nuit :

 « L'expérimenteur qui ne sait pas ce qu'il cherche ne comprend pas ce qu'il trouve. … »

 C’est bien ce qui m’intrigue chez ce bougre de falampin de professeur S.,  je ne parviens pas à savoir ce qu’il cherche. J’ai bien compris qu’il s’agit de la toxicité des Ogm et plus spécialement de celle du Maïs NK603, résistant au glyphosate. Mais l’hypothèse de son éventuelle pathogénicité ne peut se formuler que sur des cas assez  précis pour pouvoir relier le mal avec sa cause. S’agit-il de cancers et plus exactement de tumeurs ? D’altérations physiologiques (foie, rein, cœur, pancréas) ? Neurologiques (crétinisme, Alzheimer) ? Ou bien tout cela à la fois ? Et dans ce cas il faut vite ranger les Ogm au rayon des armes biologiques de destruction massive.

 

Le vieux sage m’a encore confié :

« On ne peut pas donner d’hypothèse sans avoir posé le problème à résoudre, puisqu’une hypothèse est une réponse possible à une question suscitée par une observation »

Sans en avoir l’air, le vénérable ancien nous place ainsi  au cœur du problème. Quelle est l’observation précise qui a pu mettre notre Sherlock Holmes de laboratoire sur la piste du diabolique maïs de la Monsanto ? J’entends bien que tout cela est trop abstrait et difficile à comprendre pour un gardien de chèvres ou une avocate bretonne, mais un Professeur éminent de notre Université est toujours persuadé qu’il a une grosse tête. Comme tel,  il se doit de ne jamais renoncer devant la difficulté. Si j’osais,  je m’adresserais à lui comme à mes étudiants. Ne faites pas de chichis, allez directement au fait, aux faits. Trouvez-moi un cas précis, exemplaire, bien parlant, d’un rat, d’un poulet, d’une vache qui s’est trouvée mal d’un repas d’OGM, décrivez moi son cas de manière détaillée. Il me faut la date, le lieu, le nom, la race, la variété, les lésions, la durée de l’agonie qu’est-ce que je sais ? N’omettez rien ! Si vous trouvez un cas, trouvez en deux, trois, pour assurer. Sur ces millions de bestiaux, ça doit être possible.

Le grand Professeur  n’a peut-être même pas tenté d’enquêter, en tout cas il ne nous a jamais fait part de ses observations sur le terrain.  Le risque patent est de rentrer bredouille et penaud. Qu’est-ce qu’il peut raconter à ses amis ? Que toutes les preuves des méfaits des OGM ont été dissimulées par les multinationales qui ont soudoyé les chercheurs de tous les pays ? Ces puissances financières sans visage se sont livrées à des tests expérimentaux bidon. On ne nous dit pas tout ! Des ministres ont été achetés, des crédits ont été coupés !

Le vénérable académicien en a ressenti un certain agacement. Il a lourdement insisté :

« L’expérience teste la conséquence vérifiable de l’hypothèse. »

La foi sauve les croyants, mais quelles que soient ses convictions, le pauvre chercheur  qui ne peut élaborer une hypothèse vraisemblable ne peut pas non plus concevoir un protocole expérimental destiné à vérifier sa validité. En se rongeant les ongles, après beaucoup d’hésitations, le James Bond des manipulations génétiques imagine  une astuce imparable. Les essais officiels qui ont permis l'homologation sont peu transparents, discrets et secrets. Ils sont en réalité machiavéliques. Son hypothèse de recherche va être la suspicion. Il suffit de démontrent une fausse innocuité en répliquant en plus grand et en plus long ces tests fallacieux réalisés à la va-vite. On croit que des rats qui mangent les graines pendant trois mois sans être malades prouvent qu’il n’y a rien qui cloche dans le produit ? C'est faux !  Il suffit de poursuivre le régime  pendant deux ans et  les pauvres bêtes se couvrent de tumeurs grosses comme  des balles de ping-pong !

C’est une idée de génie. Spontanément ces rats-là en devenant des vieillards sont prédisposés aux tumeurs. Ogm ou pas, le succès est garanti. Nimbus a découvert une martingale inouïe ! Il compte, il photographie, il expose, il déclame dans les petites lucarnes et le tour est joué ! Je suis le premier à tester des vieux rats face aux Ogm ! peut-il tranquillement asséner devant les journalistes baba.

Comme Galilée devant l’Inquisition, il s’expose devant des parterres écolo et ignares. Sa maison est lancée, gros succès d’estime. Malheureusement pour lui les institutions et l’opinion scientifique ne sont pas encore complètement déboussolées. Oui monsieur, vous avez raison, bravo, répondent les Cinq Académies, personne ne l’a jamais fait avant vous et de ce point de vue vous franchissez le mur du çon, (pour paraphraser le Canard). Car tout bien considéré votre expérience ne vaut pas tripette. On ne peut pas donner une maladie à une bestiole qui en souffre déjà. Refaites nous ça avec des bons et gros, gras rats qui vieillissent bien !

On attend la suite.

Je remercie les personnes qui se sont intéressées à ma chronique précédente, les pour et les contre. Il me suffit pour être heureux de savoir que la révolte gronde dans les rangs des personnes normalement intelligentes et cultivées. Qu’on arrête de nous opposer l’amiante et l’augmentation du nombre des cancers qui sont sans lien direct avec le sujet, comme d'ailleurs l'augmentation de l'espérance de vie. La confusion mentale, c’est bien de cela que nous souffrons !