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30/03/2013

La haine des enragés

 

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L'hiver par Arcimboldo


Les énormes bateaux-citernes qui transportent le pétrole ont eu leur période de célébrité lors des marées noires (l’Exxon Valdez, l’Amoco Cadiz, l’Erika, le Prestige, le Tasman Spirit…). On insistait dans ces moments- là sur la difficulté de modifier  la trajectoire des superpétroliers de plusieurs centaines de milliers de tonnes lorsqu’ils faisaient route. Naviguer avec de tels navires exige qu’on prévoie suffisamment la vitesse et les changements de cap, en sachant que les effets de chaque manœuvre sont largement différés. On peut dire qu’il en est de même avec les politiques économiques mises en œuvre par le gouvernement  


Ce qui n’empêche personne de plus ou moins bonne foi, de réclamer des résultats immédiats à cor et à cri. Nous sommes entrés dans les temps de la consommation politique, on veut tout et tout de suite, des résultats, des avantages, des privilèges. Chaque corporation dispose de son lobby. La vox populi a rarement été aussi puissante que cette semaine, amplifiée par tweet et facebook . Les gens de la droite et de l’extrême droite se déchaînent avec leur vulgarité et leur haine coutumière.


Les éditorialistes qui ne veulent pas se laisser déborder, vocifèrent dans les chaînes d’info continue. Pendant une journée entière on nous a rebattu les oreilles avec le chômage, qui allait atteindre le record du siècle, et puis le soir non ! c’était raté à pas grand-chose près ! On a eu l’inculpation de Sarkozy et tous ses copains qui sont venus à son secours, quarante -huit heures plus tard silence sur toute la ligne, contrordre !  Enfin nous avons le dévissage du Président dans les sondages. Depuis qu’il est élu on nous répète périodiquement qu’il est en chute libre, vertigineuse, permanente, mais ça s’arrête presque toujours au même taquet des 30% fatidiques. On nous répète que tout va mal, que les pauvres gens  se privent de manger, qu’ils ont froid, qu’ils n’ont plus les moyens d’aller au cinéma, quand à la santé n’en parlons pas. On s’étonne   ensuite de constater que le moral n’est pas bon. On escompte que comme à Chypre on va ratisser  les comptes bancaires. Pour faire bonne mesure, les journalistes cherchent des émeutes à filmer dans l’île, mais ils sont déçus, ils ne trouvent ni sang, ni violences, ni morts, ni incendies.

 

Ma situation de retraité me donne le temps de parcourir   l’avalanche des dépêches qu’on nous déverse à la radio et à la télévision. J’ai rarement constaté un tel emballement de pessimisme à la veille de l’intervention d’un  Président de la République dont une « majorité de Français trouvent qu’il n’est pas un bon Président ». En réalité il s’agit de 51 personnes sur 100. Voilà comment on fait du sensationnel  avec pas grand-chose. Tout le monde sait qu’en campagne électorale on fédère les espoirs. Dans l’exercice du pouvoir on fédère les oppositions. Les sondages de ce type, globalisateurs et indistincts ne veulent rien dire. On peut ajouter Sarkozy, Mélanchon, Le Pen et Borloo que ça ne fait pas une politique ! Voyons l'Italie ! Aujourd’hui c’est le mariage pour tous, demain  c’est un bel assassinat dans une sous- préfecture  ou encore de la neige sur les routes voire du cheval dans le Hachis Parmentier. Est-ce de la politique ? pas l’ombre du début d’une esquisse de solution à des problèmes qui n’en sont pas, comme le froid en hiver, les embouteillages et les retards de train, voire le prix du pétrole.

 

Le vrai, le seul, l’unique problème est celui du chômage et dans ce domaine les coupables ne manquent pas. A commencer par la CGT qui s’est toujours employée avec vigueur à défendre les salariés au lieu de préserver les emplois et l’entreprise. On a vu depuis cinquante ans succomber les dockers, les travailleurs du livre et tous les grands monopoles qui n’ont cherché qu’à accumuler les privilèges. On voit encore à l’œuvre les salariés d’Aulnay ou de Florange ou d’ailleurs. En réaction on a vu le patronat se murer dans le donjon des banques et des conseils d’administration. On rejoue la lutte des classes à n’en plus finir. A ce jeu-là les prolos sont toujours perdants. Une usine ne se déménage pas facilement mais sans argent c’est une ferraille inutile. Pendant ce temps- là les capitaux font des vols planés internationaux le temps d’un clic.  Donner du travail aux salariés n’a aucun intérêt pour un grand nombre d’affairistes, la seule chose qui compte c’est le rendement, si possible à deux chiffres.

 

Face à cette mentalité libérale, souvent cynique et prédatrice, on a pu se rendre compte qu’un volant d’inertie de chômeurs ne pouvait qu’aider à domestiquer les salariés, freiner les salaires et dispenser de protections sociales exagérées. Nous sommes dans le revers de la médaille. Les patrons ont les poches pleines et les salariés en ont marre d’être  les dindons d’une farce qu’ils sont impuissants à maîtriser. On peut rejouer cent fois la scène avec les commentaires grandiloquents de Mélanchon et des autres, le résultat sera toujours le même. L’usine ferme et l’ouvrier n’a plus que ses yeux pour pleurer ! Qui va enfin comprendre que les perdants sont toujours les mêmes ? Les révolutionnaires n’ont jamais sauvé un chômeur !

 

On attend de savoir si François Hollande va pouvoir expliquer que le tanker est lancé, qu’on a corrigé la trajectoire par quelques coups de barre, mais qu’il faut encore attendre six mois pour constater le succès ou l’échec de la manœuvre.  Le pays est plongé dans une marmite d’impatiences contradictoires. Que peut-t-il en sortir ? Le Président saura-t-il expliquer qu’il n’y a pas de grand soir, pas de baguette magique, pas d’homme providentiel ? Pourra-t-il faire comprendre que nos sociétés complexes ne peuvent être violentées, retournées, malmenées ? Que les moyens à utiliser sont tout en nuances et en finesse, pour éviter les effets d’aubaine et les contre coups négatifs ?

 

Je finis ce post au lendemain de l’intervention du Président sur Fr2.suivie par huit millions d’auditeurs.  On peut dire que ça s’est bien passé, calmement, clairement, longuement. Ceux qui voudraient encore démontrer que FH est confus et ne sait pas où il va, vont devoir faire preuve de beaucoup de mauvaise foi. Ceux qui voudraient  voir chez lui les signes d’une politique idéologique et révolutionnaire ne seront pas plus crédibles .

Le Président se dit comptable devant tous les Français d’une seule politique : le retour à l’emploi par l’incitation à la croissance économique. Cette croissance doit se faire par une politique de l’offre, c’est-à-dire par l’encouragement de l’entreprise et de la production. Cette politique est nouvelle à gauche. Ceux qui refusent de comprendre cette cohérence économique font preuve d’aveuglement. Le prochain rendez-vous politique est à la fin 2013 au cours de laquelle la courbe du chômage doit plafonner et s’inverser.

 

Le pari du Président est clair et honnête. Il sera facile à chacun de mesurer  le succès ou l’échec dont les termes sont assumés et clairement définis. Sarkozy voulait aller chercher  la croissance avec les dents ; ses promesses se sont dissoutes dans la crise. Chanceux depuis le début, François Hollande verra-t-il ses ambitions et son programme  victorieux dans la sortie tant attendue d’une crise cyclique ? L’hypothèse est controversée mais on ne voit pas de salut ailleurs…

 

Malheureusement l’opposition n’est pas seulement politique, économique et réfléchie. Elle est aussi faite du ressentiment des légions excitées de la droite et de l’extrême droite qui veulent se faire les pédés, les juifs, les arabes et les bobos. Hollande est pour elles un symbole, l’ennemi à abattre, le clou dans leurs mauvaises godasses de spadassins. Va-t-on devoir se battre, descendre dans la rue, répondre aux invectives ? Ces gens-là sont des adeptes de la force, de la violence et des mauvais coups. Les socio-démocrates ne sont pas forcément  des agneaux qu’on égorge. Ne nous faisons aucune illusion : contre tout espoir, la rage de ces excités augmentera avec les  succès du gouvernement.

23/03/2013

La niche est tombée sur le chien

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La politique est un sport violent. Bon boxeur, Jérôme Cahuzac  est entraîné. Il n’empêche que sa chute,  hors du petit nuage gouvernemental où il trônait comme le plus brillant et le meilleur des ministres, l’envoie se ramasser dans le maquis des procédures. C’est un accident bête. Sans doute pas une bonne nouvelle pour le gouvernement de la France mais à coup sûr un évènement rassurant pour la République. Car il est nécessaire que chacun se sente menacé des foudres de la justice quand il a fauté. Un ministre du budget ne peut pas être soupçonné de fraude fiscale, même si il y a beaucoup de médecins qui fument un paquet de clopes par jour. La vertu de l’exemple est républicaine. Il faut quand même bien dire qu’il y eut une période sous la gauche pendant laquelle il était de bon ton de faire des affaires, même si elles n’étaient pas très réglementaires. Tapie fut le modèle populaire des affairistes et des profiteurs. Il faut ajouter à cela le pouvoir corrupteur  des firmes du médicament, habituées à circonvenir les toubibs, agents des ventes indispensables. L’assuré social n’a(vait) plus qu’à payer. La morale financière est aussi élastique que ces bracelets qui servent à empaqueter les billets de banque.

 

La cabane est donc tombée sur la tête de notre ministre du budget sans qu’il y puisse rien. Mais hier soir, il y en a un autre qui a pris son toit sur le crâne, c’est notre ex-Président. Dieu sait si je me suis montré hargneux face à Sarkozy, quitte à me faire taxer d’adversaire primaire. J’ai tout dit de lui, y compris que son clan me rappelait plus une bande de truands qu’un honorable cercle politique. Je ne suis jamais allé malgré tout, jusqu’à l’accuser d’abuser les petites vieilles pour leur soutirer de l’argent. C’est ce que vient de faire pourtant le juge bordelais. L’honneur est sur notre justice mais la honte est sur la République. Je ne sais pas si le juge Gentil, tout à son affaire Bettancourt, s’est bien rendu compte de l’énormité du scandale d’une telle mise en examen. On imagine que le juge a du biscuit, des preuves et qu’il ne fera pas d’erreurs de procédures, sinon c’est lui qui va recevoir aussi la cabane sur la tête. En petit gangster récalcitrant, notre Charlot de la politique n’a pas manqué de lui rappeler.

 

Il nous faut peut-être des évènements comme celui-ci  pour nous contraindre à regarder en arrière, à mesurer la dégradation de l’esprit civique, à prendre conscience de l’abaissement  de la morale républicaine, et comprendre comment un candidat à la Présidence de la République peut se déshonorer pour aller mendier quelque enveloppe auprès d’une  vieille dame sans mémoire, fut-elle la plus riche de France. Pour poursuivre dans le style de Pierre Salviac, nous avons eu toute une époque où « les cochons ont été lâchés dans les maïs », ils se sont goinfrés, ils ont pris de mauvaises habitudes. On a l’impression aujourd’hui que les « gorets sont rattrapés par la patrouille » et qu’il faut en finir avec la voracité, la cupidité, l’avidité sans limites et, in fine,  l’impunité,.

 

Alors allons–y  François ! Le peuple te demande de surtaxer les revenus sans queue ni tête, à 66 ou à 75% peu importe ! Le peuple te demande de stopper le cumul des mandats, le peuple te demande de punir les conflits d’intérêt et la corruption, le peuple te demande d’éradiquer les paradis fiscaux ! Faut-il  aller habiter les Cantons Suisses pour être écouté ? Qu’on en finisse avec la veulerie des Depardieu et des Sans Dieu ni Patrie, grossiers et misérables, qui ne voient que leur énorme ventre de jouisseurs hypertrophiés. Nous n’avons pas besoin de sous, nous avons besoin de leçons de morale, bien sévères, bien exemplaires, bien symboliques. Aucun génie ne peut faire pardonner cette odeur de porcherie qui règne dans nos palais et nos beaux quartiers ! Il me semble que l’heure, au clocher du village, est à la modestie, à la solidarité, à la création technique, scientifique, artistique, intellectuelle. Qu’on fasse enfin descendre du haut du trottoir de la City ou de Wall Street, les petits traders électroniques aux fesses serrées qui pompent  à la source, la moelle de la puissance humaine.

 

Au lieu de crier misère et de vouloir se faire passer pour des victimes, les gens de la droite républicains et honnête devraient en profiter pour clamer très haut et partout, que, si invraisemblables qu’ils soient, des soupçons aussi infâmants sont rédhibitoires. Nous avons à gauche exécuté DSK,  Guérini et Cahuzac, et d‘autres de moindre importance. Dans l’autre camp, ils feraient mieux de se préparer au pire et d’organiser les funérailles du mieux qu’ils le peuvent, pour ménager l'avenir et participer à l'oeuvre commune de salubrité publique..

16/03/2013

Blanc comme neige

 

 

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L’épisode malheureux du blizzard nous a fait comprendre la légèreté de notre existence, l’instabilité de nos sentiments, la fragilité de notre survie. Prenez deux jours de tempête, secouez bien, mélangez avec une ou deux bouteilles de Bordeaux et laissez mariner quelques heures. Dans l’obscurité. Dans la solitude. Dans une fraîcheur relative et un long silence. Vous serez surpris du résultat. Les branches des arbres ployées sous la neige finissent par casser. Les animaux viennent se ranger près du poêle et dans le ciel obscurci toutes les étoiles sont retournées. Vous ne comprenez plus rien.

 

Il n’y a aucun ordre dans l’agitation du désespoir. Les cerveaux désertés restent opaques, murés sur le vide, suspendus dans le néant, comme des ballons sonde dans l’espace sidéral. Vos doigts ne servent plus à rien, crispés sur des objets désespérément muets, les fenêtres sur le monde sont closes, les voix étrangères sont lointaines. Vous sentez sur vos épaules le manque, le froid, l’absence, la déconfiture généralisée de votre appétit de vivre. Vous vous reversez un verre dans l’espoir de réchauffer l’atmosphère, de redonner vie aux fantômes, de convoquer le ban et l’arrière-ban de vos compagnies de l’arrière. Celles qui ne vous ont jamais fait faux bond, toujours prêtes à surgir dans la tristesse et la détresse. Un coup de vent dans la cheminée balaie vos espoirs aussi sûrement qu’une compagnie de dragons prussiens.

 

Ces compagnies de l’arrière, vous les avez entraînées une vie entière pour pouvoir garder votre sang-froid, vous garantir de la peur, franchir des cols, vaincre des tempêtes, dérouler les pistes, et in fine survivre. Pour la première fois, la neige, élément météo magique que les enfants entassent en bonhommes rigolos est entrée dans ma vie comme une menace, celle qui recouvre tout, qui inonde, qui amortit, qui immobilise, qui isole, qui sépare. Vous sentez bien que votre pied est au bord de la tombe et qu’il ne faudrait qu’un tout petit rien pour décrocher et vous faire choir. Vous avez le vertige de celui qui est tenté par un plongeon libérateur, tête la première. Le plongeon grandiloquent de celui qui n’a rien à perdre et qui se persuade que toute autre solution vaudra mieux qu’une résistance de bête.

 

La fatigue vous étreint. La mémoire vous fait faux bond. Vous n’avez plus faim, vous ne ressentez plus votre arthrite ni votre lumbago, vous n’avez plus d’envie. Vous êtes seulement fatigué. La vie ne peut pas se résumer à tenir tête à la sénilité et à la paralysie. Il va bien falloir que l’homme, les hommes et les femmes trouvent d’autres solutions que celles qui consistent à éviter la mort, à maintenir en vie. Qu’est-ce que c’est que cette blague qui consiste  à garder allumée la moindre flamme, à guetter le plus petit souffle, l’infime battement  pour pousser ensuite des carcasses hideuses et lamentables dans les couloirs puants des mouroirs à 100 € la nuit ?

 

Par une nuit sans lune pendant laquelle la campagne s’enfouit dans la neige, vous avez le temps d’écouter les battements de votre cœur et de vous imaginer comme le passeur  sombre, au feutre noir, celui qui parcourt les cimetières et les paysages enfouis, non pas pour rappeler à la vie ou à la résurrection, mais pour compter les tertres et les croix de tous ceux qui avant vous ont embarqué pour le grand, le mystérieux et l’ultime voyage. Vous pouvez faire le compte, ils sont tous là, placidement rangés au bord des allées, répertoriés avec leurs dates et leurs noms, gravés dans la pierre. Inutilement. Derrière eux ne subsiste qu’un champ mutilé que chaque génération fouille et retourne avec une incroyable inconscience, cette naïveté immuable, qui fait que chacun notre tour, nous nous sentons imperturbablement blancs comme neige, prêts à recommencer la sombre histoire de la vie.

 

Vous ajoutez encore un verre ou deux et vous bourrez le fourneau avec ce qui reste de bûches. Vous mettez à l’abri du froid tout ce qui respire encore et vous plongez vous-même dans votre lit glacé, en position fœtale, celle de la résistance ultime. Les miracles ont lieu la nuit, propice à la magie et aux fric-frac mystico-religieux. Le pape François est sorti de la fumée blanche . Le monde entier chante ses louanges. Va pour la prière, la miséricorde et la paix universelle. L’avenir est à construire pour nos petits…Doit-il passer par le Mali, la Syrie et les sinistres barbecues de chair humaine ?

09/03/2013

De l'inutilité des coqs en démocratie

 

 

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J’ai cru entendre, mais,  Grands Dieux ! je l’ai réellement entendu, l’honorable journaliste Catherine Nay, proférer que « Saint François ne pourrait être un bon Président parce qu’il n’est pas un mâle dominant ». La journaliste ne sera pas la première à être fascinée par les hommes de pouvoir, on en voit tous les jours qui répètent le même scénario et qui se couchent devant les hommes politiques et les grands patrons, façon DSK ou apparentée. C’est humain. Sexuellement, beaucoup de femmes prennent plaisir à être abusées et dominées. Et tant pis pour moi si beaucoup de mes amies se jettent à ma figure  toutes griffes dehors. Qu’elles se rassurent, je n’entends pas juger leurs comportements amoureux qui ont le réel avantage de cumuler le plaisir et l’ambition. Après tout,  les poules de nos basse-cours cèdent toujours aux  coco-rico les plus sonores et aux queues les plus empanachées..

 

Ce que je conteste à ces adeptes du complexe d’Œdipe qui recherchent toujours un père, un tuteur, un garant masculin pour les libérer des frustrations qui les torturent depuis la petite enfance, c’est leur propension inouïe à ramener la politique sur le mont de Vénus Quand le sort de millions de gens est en jeu, on ne peut confondre  la complexité de l’art de gouverner avec une partie de jambes en l’air. Il ne s’agit de rien de moins que de l’exercice très élaboré de la démocratie, qui n’a rien à voir avec les manigances, oh combien estimables,  de l’érotisme et du plaisir. Les catins de la République ont toujours existé mais je doute qu’elles aient grand-chose à voir avec les droits de l’homme.

 

Je m’affiche donc clairement en faux face à cette créature journalistique. François Hollande est justement un bon Président parce qu’il se garde bien de se comporter comme un chef de meute !

La madame Margot qui fut longtemps la compagne d’un ténor de la giscardie confond les jeux de pouvoir des beaux quartiers avec l’exercice de la responsabilité politique. Il faudrait qu’elle se persuade que la démocratie est le seul idéal politique à atteindre pour nos sociétés actuelles et qu’elle n’a rien à voir avec sa pauvre culture élitiste et bourgeoise. Il me paraît juste  d’assumer  que les formes les plus abouties d’organisation politique sont malgré tout celles de nos vieux pays occidentaux, qui sont des pays de droit, de contre-pouvoirs et de libre-opinion, mais nous sommes encore loin du compte. L’expérience Chavez ou Castro, et celles des pays d’Afrique ou du Moyen Orient nous prouvent chaque jour combien il est difficile de réaliser l’équation de la justice sociale et du développement humain sans la démocratie. Mon expérience, à ma microscopique échelle, n’a abouti qu’à une conclusion :  pour progresser il faut à un jeune pays une pincée de dollars, une poignée d’organisation institutionnelle et une bonne brassée de démocratie, de libertés civiques si vous préférez. Que Mélanchon s’étouffe avec sa loghorrée incantatoire et bolivarienne !

 

Je suis inconditionnellement le bedeau de Saint François parce qu’il ne se prend pas pour le plus cruel des des loups ou pour la meilleure petite frappe du quartier. François Hollande pense qu’il doit expliquer et convaincre. Pour lui les seuls rapports de force sont intellectuels. François ne joue pas sur les tares humaines, la jalousie, la domination, l’hypocrisie, la lâcheté, le cynisme, la cupidité, toutes qualités éminentes, et j’en passe, généreusement accordées aux hommes politiques en témoignage d’efficacité. Il compte au contraire sur l’intelligence de ses concitoyens et je le dis tout net,  je préfère qu’il échoue plutôt que de revenir aux méthodes détestables de son prédécesseur. Laissons encore aujourd’hui le petit coq gratter son fumier avec sa vindicte et sa détermination, qui sont admirables je vous l’accorde, mais dont nous n’avons que faire.

Que Madame Margot, habituée aux jeux d’influence de sa profession et de sa micro-société ultra-bourgeoise,  n’y trouve pas son compte, il n’y a rien de plus conforme. Les sociétés modernes n’ont rien à gagner des allégations télévisées d’une vieille bourgeoise confite dans l’estime bien exagérée qu’elle se porte.

 

Cette nécessité d’entraîner avec lui l’élite de la société pour des bonnes raisons et non pas par réaction émotionnelle,  explique le rapport au temps qu’entretient le Président , qu’on accuse du coup de mollesse et d’indécision. Une bonne décision est rarement utile si elle n’est pas partagée avec les citoyens. On voit comment il est en train de réussir un pas tout à fait significatif dans l’exercice des négociations sociales, on voit comment Vincent Peillon va devoir aller lentement et progressivement s’il veut réussir sa réforme de l’école. Le mariage pour tous va finalement passer dans les faits sans trop de drames. Il est vrai que le dur de l’opposition se trouve sur sa gauche avec la CGT, les communistes et le Front de gauche. On verra le résultat aux élections municipales ! In fine le mâle non dominant va surmonter avec une infinie douceur la douche froide qui attend notre vieux pays après des années dépensières et consuméristes.

 

 Madame Nay ! Vaquez sans gêne à vos occupations, à vos salons et à vos bureaux de presse, vous n’avez rien à craindre, vous êtes  protégée de de presque tout, mais cessez de nous donner des leçons et de mélanger Freud, Marx et Jaurès ! François Hollande est  un bon président parce qu’il n’est pas un chef de meute et parce que nous ne sommes plus des chiens, ni des chiennes,  depuis déjà très longtemps. 

01/03/2013

La dignité humaine

 

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Voilà que le vieux  poète nous lâche, parti pour son dernier rêve, celui de l’au-delà. Nos routes s’étaient croisées deux fois, la première, il y a cinquante ans quand il organisait les débuts de la coopération algéro-française, avec des gens comme A. Mandouze ou Blanc-Lapierre et bien d’autres. La deuxième, beaucoup plus tard  à Ghardaïa dans un séminaire ouvert en pleine crise du terrorisme islamiste. J’étais ébahi de constater  que la question centrale n’était plus le développement économique, mais la querelle identitaire et religieuse. Plusieurs des participants algériens, collègues ou amis,  ont péri par la suite sous les coups des djihadistes. Le vieux lion était là, toujours souriant, bienveillant, accueillant, magicien d’équilibre dans un chaudron bouillonnant. Son regard suffisait pour rassurer car il voulait écouter, entendre, comprendre tous ses interlocuteurs. Comme il l’a toujours fait, je le crois, il renvoyait à chacun l’assurance de sa considération et le persuadait de sa libre existence et de sa  dignité.

 

Il n’y a pas d’autre secret pour que la vie en société soit acceptable. Il faut accorder à chacun  son véritable statut d’être humain quelles que soient ses différences, son importance, sa force et son âge. N’en déplaise aux tenants du libéralisme qui veulent que le plus fort gagne. Cette discrimination  par les rapports de force  est  contraire aux exigences de l’humanisme moderne et à l’évolution historique de la pensée de nos philosophes. J’ai cru comprendre avec « Indignez-vous ! » que c’était la leçon que S. Hessel voulait rappeler et communiquer à tous ses lecteurs. Le grand succès de son texte nous prouve tout simplement que beaucoup de gens et singulièrement les jeunes attendaient ce message et souhaitent un vrai changement dans les mentalités consuméristes et égoïstes  de notre époque. Couronnées en France par l’ère sarkozyste mais enracinées dans la chute du mur de Berlin et la déconfiture de la pensée sociale, les idées libérales de Thatcher et Reagan ont provoqué des dégâts dans les consciences.

 

Je ne suis pas sûr que les syndicats ou les partis aient saisi l’importance de l’enjeu au cours des dernières décennies. On se retrouve aujourd’hui avec des  gens fatigués de cette lutte pour la vie et du vocabulaire guerrier utilisé par les tenants de la conquête impossible du bonheur par l’argent, la puissance et le pouvoir. Ils sont harassés par la dénonciation permanente des adversaires politiques, des immigrés, des musulmans, des assistés sociaux, voire des vieux et des malades, coûteux et inutiles. Une certaine élite, dégagée des contraintes nationales et des frontières, a pris le vrai pouvoir à travers la machinerie des  affaires, la finance électronique et les paradis fiscaux. Elle nous propose aujourd’hui comme un idéal la vie de nabab, avec son consumérisme de luxe et son cinéma médiatique.

 

Nos sociétés occidentales ont plongé dans le cynisme, l’égoïsme et la communication, qu’on appelait tout bonnement hier la réclame. Les champions dela com hantent les bureaux ministériels et même l’Elysée. Les méthodes d’aujourd’hui sont perfides, on vous vend n’importe quoi, on vous trompe sur beaucoup de choses, on vous conduit patiemment dans la nasse qu’on a choisie pour vous. Seuls les intellectuels aguerris sont capables  de déjouer ces trompe-l’œil et de pointer les amalgames. Cette substitution quotidienne des vraies valeurs par celles de l’argent et des  apparences, corrompt les parties les plus vulnérables de notre tissu social. On remplace la création par la consommation, la liberté vraie par des miroirs aux alouettes. Tous nos jeunes veulent être des stars du foot ou du spectacle, des big boss à l’américaine roulant dans des limousines sorties d’Hollywood.

 

Seuls les poètes comme S. Hessel sont assez fous pour appeler à la révolte, pour proclamer à la face du monde que la vérité humaine est ailleurs, et que l’humanité vaut mieux que ça. Cet homme qui venait  de loin, de très loin, dans l’histoire du dernier siècle pouvait étaler les preuves de son courage, de son intelligence et de sa foi dans l’humanité. Il avait assez d’atouts malgré son âge et son indépendance  idéologique  pour convaincre de sa véracité et de sa solidité. Personne n’a pu le déconsidérer, le moquer ou le trahir comme il est habituel de le faire quand les marchands du temple se sentent menacés. En réalité il était plus vendeur qu’eux, il devenait un géant parlant à la foule des nains. J’ai lu quelque part que Hessel était persuadé que ses idées allaient lui survivre. Sincèrement je le souhaite, mais il faut encore que des meneurs de troupeau reprennent le flambeau, et clament partout le message de la dignité pour tous.

 

Il faut arrêter de se laisser mener par le bout du nez pour quelques euros, savoir qu’il vaut mieux apprendre à labourer plutôt que d’exiger chaque matin la multiplication des pains et leur distribution gratuite. Pour nos enfants les valeurs de l’esprit sont supérieures à toutes les autres aux chaussures Adidas et aux fringues Nike. Une société qui ne pense qu’à se remplir les poches et à sacrifier son avenir au veau d’or, sans souci ni pour les autres êtres vivants ni pour la planète qui n’en peut mais, est une société décadente, au futur interdit. Sous les cendres du vieux sage, il faut que demeure gravée son exclamation rassembleuse et prometteuse : « Indignez-vous ! »