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18/05/2013

Les hussards noirs de la République


 

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 Léonard de Vinci. La dame à l'hermine

Clarté, pureté, précision, élégance, attention, curiosité, vérité, sérénité.....

 

En 2012, une étude sur des rats, publiée sous la direction de Gilles-Éric Séralini, conclut que l'ingestion de maïs génétiquement modifié NK 603 et/ou de l'herbicide Roundup a des effets tumorigènes et toxiques. Cette étude a été fortement médiatisée, alors que de nombreux chercheurs ont critiqué la méthodologie utilisée et les conclusions qui en sont tirées. S'appuyant sur les avis des autorités sanitaires belge, allemande, danoise, française, italienne et néerlandaise, l'Autorité européenne de sécurité des aliments estime que cette étude est de « qualité scientifique insuffisante pour des évaluations de sécurité »

 (Wikipédia, 2013)

 

Ainsi se termine l’article OGM de la célèbre encyclopédie du Web. J’espère que le grand Professeur Séralini, va porter plainte contre cette institution qui argue de la qualité insuffisante de ses travaux. Je n’ai rien dit d’autre dans mes chroniques même si je l’ai raconté dans un langage un peu plus fleuri, un plus divertissant, un plus ironique, un peu plus indigné, et un peu plus exalté, celui qui convient au polémiste. A ce que je vois notre collègue universitaire veut poursuivre ses blagues de laboratoire tout en exigeant qu’on le prenne au sérieux et qu’on lui conserve toute la respectabilité et la crédibilité qui s’attachent généralement à sa fonction.

 

C’est qu’en effet la fonction de Professeur est éminemment noble et respectable et elle occupe un  niveau élevé dans  la hiérarchie sociale. Jeune étudiant j’étais pétri d’admiration pour ces intellectuels qui nous ouvraient à la connaissance avec une rudesse et une érudition infinies. C’était à un tel point que mes examens oraux étaient un supplice car j’étais intimidé au point d’en perdre la parole. Il est vrai que sortant de mon modeste collège cantonal et de mes pommiers du bocage, ces hérauts de la science représentaient pour moi une catégorie sociale hors d’atteinte, en tout cas véritablement intimidante et supérieure.

 

Ce n’est pas un hasard si, à une époque où les enfants de milieux modestes n’étaient que 5% des  étudiants, le maître qui s’est intéressé à moi était le fils d’un chauffeur de locomotive  et si lui-même était l’élève d’un grand spécialiste dont le fils était rédacteur en chef à l’Huma…Mon accès dans son laboratoire reposait sur un contrat moral de haute tenue, d’où était exclu tout favoritisme et qui reposait sur la dévotion républicaine. Nous étions encore chez les hussards noirs de la République. Cinquante ans plus tard je sais que la vie n’est pas exempte de plaies et bosses, d’avatars et de demi-mesures. J’ai rencontré en beaucoup d’occasions des exemples révoltants, prouvant que les hommes les plus respectables  sont capables de tordre le bras à la réalité quand ça les arrange, universitaires ou pas. Ils confondent le savoir et l’autorité, parfois conçue comme un privilège de classe.

 

Il n’en reste pas moins que j’ai toujours eu de la fierté à enseigner et à présenter à mes étudiants ce que j’estimais les bases d’une véritable démarche scientifique, donnant la primauté à l’intelligence et à l’honnêteté scientifiques. Je leur répétais sans cesse ma maxime favorite : « La connaissance est une richesse qu’on partage, pas un pouvoir qu’on se réserve ». La démarche scientifique doit être désintéressée et fuir la publicité douteuse. C’est dans cet état d’esprit que j’ai vécu la démarche de Séralini comme  un affront personnel, mais aussi comme une honte collective pour notre profession et un abus de la fonction renvoyant à la médiocrité et à la petitesse. Une faute déontologique majeure.

 

Comme j’ai quelques notions de la biologie et de la physiologie du végétal, j’ai immédiatement  critiqué la démarche scientifique de Séralini (voir ma chronique du 23/09/2012) et j’ai remis ça, en redoublant d’ indignation quand je l’ai vu prendre l’initiative de vanter ses résultats douteux devant les média. J’ai également été exaspéré par nos responsables politiques et nos journalistes qui se sont laissés aller jusqu’à la connivence. Il faut que cesse le scandale du silence devant le battage et l’assurance des écolos à moustache, à lunettes vertes  et à code pénal, qui font fi de la rigueur scientifique, qu’ils disqualifient comme « une science officielle » au profit d’une soi-disant vérité qu’on nous cacherait dans je ne sais quelle criminelle intention. On ne nous dit pas tout ! dit avec malice l’humoriste à la robe et au vin rouges ! Elle peut y aller la petite Roumanoff ! elle a de quoi faire et encore des beaux jours devant elle !

Il est peut être urgent de rendre à nos enseignants les missions morales et civiques qu’ils avaient reçues de Jules Ferry pour conduire les jeunes générations au certificat d’études et à l’esprit républicain. Une instruction laïque et obligatoire pour tous  qui a imprégné les meilleurs de nos concitoyens modestes, de ce que j’ai longtemps désigné comme la morale prolétarienne. Celle-ci s’érode aujourd’hui sous les coups du bling-bling, du consumérisme et de l’à-peu-près. Nous devons réagir clairement, ouvertement, constamment, sans avoir peur du ridicule et avec orgueil et fierté

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