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06/07/2013

Le bal amoureux des tapis et des carpettes

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Avec l’été viennent des temps plus légers portés par des zéphyrs infiniment doux. Je n’ai pas l’âme d’un Robespierre ni d’un Saint-Just et je me sens plutôt enclin à la bonhommie et au pardon, mais j’ai assez pesté contre l’avidité et l’égoïsme de nos grands patrons et de nos gouvernants au cours du mandat de Sarkozy pour me rendre compte qu’aujourd’hui, la donne a changé.

L’affaire Tapie et de ses millions a copieusement occupé notre début de semaine. Je me demande encore comment ce bateleur a pu bénéficier d’une demi- heure de télé pour plaider sa cause et crier au complot devant un Poujadas admiratif face à tant d’abattage. Ayant acheté Adidas avec  de l’argent emprunté au Crédit Lyonnais, il prétend qu’on l’a volé alors que la banque  parvient à revendre l’affaire plus cher que ce qu’il en avait demandé. Une embrouille incroyable propice au déploiement des qualités propres de Bernard Tapie, toutes en entregent, en carnet d’adresses et en « empapaoutage ». Cette partie de bonneteau  n’aurait certainement pas pu voir le jour avec une banque privée qui aurait su faire la part des gains et des arrosages à tout va..

On comprend le mépris avec lequel la bande à Tapie a cherché à organiser une véritable arnaque sous la forme d’une procédure d’arbitrage. L’argent étant celui du contribuable est joliment anonyme,  indolore, pour ainsi dire vacant, bon à vendanger malgré les réticences de quelques fonctionnaires plutôt subalternes, mais croyant encore au service public. Il ne faut donc pas s’étonner que sous l’ère de Nicolas Sarkozy, lequel est  toujours  fasciné par quelqu’un qui peut faire mieux que lui dans le genre, on ait pu donner corps à un montage que les juges qualifient  aujourd’hui d’ « escroquerie en bande organisée », malgré toute la notabilité et la notoriété des personnes en cause : Estoup et ses deux autres comparses, avec leurs serviteurs complaisants Richard et Lagarde. La lettre à Sarko qu’on a retrouvée dans les classeurs de la superbe patronne du FMI en dit long sur l’état d’esprit de l’équipe qui a supervisé l’opération disant en gros : « fais de moi ce que tu veux mon Nicolas ! »  Ca c’est le respect du chef ou je ne m’y connais pas !

On retrouve le même mépris pour la règle publique avec les comptes de campagne du candidat Sarkozy. Notre ex-ministre de gauche Dumas et ex-Président du Conseil Constitutionnel, avait donné l’exemple de la duplicité à propos de Balladur, prompt à sauvegarder la bonne société plutôt que le scrupule civil et républicain. On voit la suite survenir avec les confrontations  Bazire-Takiédine allant à la recherche de  l’argent caché de la campagne. Faut-il vraiment s’étonner qu’on retrouve à la manœuvre le même Sarkozy, si peu regardant pour les comptes de sa propre campagne de 2012 .  A l’époque l’opposition de gauche n’avait pas manqué d’alerter sur les pratiques  border line  qui consistaient à confondre dans certains cas les ressources présidentielles avec les fonds électoraux. Aujourd’hui l’ex-président prend des airs de victime et crie lui aussi au complot.

 

Une des caractéristiques des bandits en col blanc est de ne jamais douter d’eux –mêmes. Ils ne font même pas semblant d’ admettre avoir pris des risques avec les règles démocratiques de l’état de droit. Les truands nient l’évidence et se tiennent  quoiqu’il arrive comme des membres  honorables  de la bonne société, quittes à accuser les juges de partialité ou d’esprit de vengeance. On remarquera que les deux protagonistes des affaires de la semaine ont opté pour le même système de défense. Ils préfèrent   accuser  des « ennemis anonymes » que de reculer. Mais il me semble qu’aujourd’hui  la justice se sent un peu libérée du carcan des  amis du Président  sortant et des complicités en tous genres. Maître Cahuzac lui-même ne peut plus se porter caution involontaire  et Madame Taubira ne me paraît pas femme à se compromettre dans ce genre d’exercice, quand à notre ministre du budget B. Cazeneuve, j’en réponds !

On voit ainsi se reformer sous nos yeux des couples improbables  comme DSK-Cahuzac et Tapie-Sarkozy. Je propose à ces deux derniers de s’installer à bord d’un Phocéa quelconque et de finir leur très passionnante existence dans les marina pour milliardaires. Comme tous les marins à la retraite ils auront des coups fumants à raconter !

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