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07/09/2013

Les dix commandements des Verts. 1_ la nature ne toucheras point

 

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William Blake



Tout me prédestinait à devenir un fervent partisan du mouvement écologiste. Je suis né et j’ai grandi à la campagne, à cinq ans,  j’observais les tritons dans les mares et les taupes dans les prairies. A douze ans l’âne du Poitou, Martin, était un compagnon de travail. J’ai suivi ensuite  de bonnes études de naturaliste et fréquenté assidument  des botanistes, des zoologistes, des géographes,  des géologues, des agronomes et tous autres  tenants des sciences de l’environnement. Après avoir quitté la Normandie verte et humide, j’ai travaillé dans des pays chauds et secs. Chaque été, par transhumance j’expérimentais en une semaine ce qu’était le réchauffement climatique, non pas d’un degré en un siècle mais de 20°C en trois mois.   Le changement climatique a donc été pendant vingt-cinq ans et chaque année, une réalité très concrète.

On apprend beaucoup en comparant les extrêmes. Sur le tard, j’ai même ‘osé‘(réussi ?) un cours post-maîtrise, d’écophysiologie végétale appliquée au développement économique, absolument basé sur mon expérience de terrain. Pour vérifier, je me suis enfin essayé aux travaux pratiques, en militant pendant trois années dans un mouvement écologiste. Tout allait bien jusqu’à ce que les faits contredisent la vulgate. Ce genre de contradiction est insupportable pour un scientifique, formé par l’observation sur le champ et par les principes de la biologie expérimentale. Aujourd’hui, plus j’y réfléchis et plus  l’écologie politique me rend mal à l’aise. Je veux dire par là que les fondements mêmes de la pensée écolo heurtent mes intuitions profondes.

Quelles en sont les raisons ? C’est encore un mystère pour moi, et il le restera tant que je ne me serai pas livré à un inventaire approfondi. Ma chronique d’aujourd’hui est la première d’une série intitulée « Les dix commandements du catéchisme vert ». J’ai dans mon sac tout un ensemble de réticences, d’objurgations et de critiques pures non écrites  qu’il me faut analyser. Ce dessein est une sorte de pari que je me risque à formuler pour cette rentrée. Black Jack est mort et bien mort, place à la philosophie politique, à laquelle je n’entends pas grand-chose, puisque je lui ai toujours préféré  la morale de l’action. Sartre n’est pas loin. J’ai toute ma vie  lié le geste et la parole en répétant que la science était au service du peuple, tout en espérant ne pas me retrouver dans des contradictions inavouables. Aujourd’hui, avec les cheveux blancs, la contemplation s’est imposée et la réflexion plus statique aussi. Je demande d’avance pardon pour autant de prétention. La sénilité fait aussi partie du vieillissement.

Ce faisant, je conseille à ceux qui n’ont que des certitudes, en particulier celle de tout savoir,  de ne pas me lire,  surtout s’ils sont aptes à discourir avec  arrogance de ce qu’ils ignorent. Je ne m’adresse pas non plus aux gens de foi religieuse, qui sont à tu et à toi avec les secrets de(s) Dieu(x),  quel(s) qu’il(s) soi(en)t. En  l’absence de signes irréfutables, j’applique le principe de précaution et je parie que  Dieu n’existe pas, jusqu’à nouvel ordre. Je m’adresse seulement aux gens convaincus qu’on en apprend tous les jours, et que l’homme, en s’échappant par hasard des innombrables filières de l’évolution,  a tiré le gros lot. Notre espèce est pour de vrai, la super gagnante du grand jeu de hasard de la création ! Un miracle d’assemblage des ADN ! Le sommet de l’évolution  biologique !

Nul animal n’est comparable à l’homme, même si nous comptons des cousins ici où là et des ancêtres en grand nombre. L’homme est plus intelligent que n’importe quelle bête de notre planète. Ce n’est pas demain qu’on verra le Lion de l’Atlas nous déclamer une fable de La Fontaine, ni un bonobo nous faire un résumé de Kierkegaard. Notre supériorité  sur les pigeons- voyageurs, les ortolans et même les cracs des paddocks est totale ;  elle l’est plus encore sur les cèdres du Liban et les sequoias géants de Yellowstone. Non seulement l’homo sapiens est devenu le plus grand savant de l’Univers (jusqu’à preuve du contraire) mais il a la faculté d’emmagasiner  ses connaissances, à un point qu’on peine à imaginer. Chaque  année, nous en savons davantage, avec une  progression hyperbolique. La clé de tout, c’est que nous inventons à mesure le classement et l’exploitation  des données malgré leur multiplication quotidienne. Google est aujourd’hui notre plus grande armoire à secrets.

 Notre glorieuse destinée est inscrite dans le bagage génétique de notre espèce et aucun d’entre nous ne peut en fixer les limites. Nous avons survécu à la vie sauvage et inventé l’agriculture. En quelques milliers d’années nous avons appris à nous libérer de la  recherche de la nourriture. En mettant fin à la dictature du garde-manger nous avons trouvé du temps pour rêver, imaginer, fabriquer des outils, inventer l’écriture, la médecine, l’école, l’imprimerie, l’arme nucléaire et…l’écologie.

A son origine scientifique l’écologie désignait une science, bien complexe d’ailleurs et puissamment utile, celle qui étudie les rapports des êtres vivants avec leur milieu. Que cette science-là soit devenue une philosophie et une doctrine politique demeure encore pour moi un mystère et une misère. A sa naissance avec René Dumont, lui-même agronome, on pouvait tout en attendre. Malheureusement en quittant les laboratoires, les observatoires et les appareils de mesure, l’écologie est devenue une théorie ou plutôt un tissu de théories, non plus fondé sur des faits, mais sur les terreurs et les espoirs de tout un chacun. Comme telle, elle s’apparente aux religions et aux constructions politiques de droite et de gauche. Elle  devient une conception du monde, un système de pensée à vocation universelle. Dès lors,  on voit fleurir les associations de défense, les écoles de réflexion, les  lobbies et les partis politiques. In fine on trouve un parti de gouvernement avec ses sénateurs et ses députés  qui recherche le  pouvoir politique pour imposer à tous sa conception du futur.

Or, les dogmes verts reposent sur la dictature de l’émotion. Ils ont trouvé leurs racines dans l’opinion française avec  des émissions télévisées célèbres, celles du Commandant Cousteau, de Nicolas Hulot ou de Thalassa et beaucoup d’autres films plus ou moins militants. A longueur d’image on y développe le concept idéal de la nature intacte, celle d’avant l’homme présenté lui-même comme destructeur et pollueur. Ces documents nous proposent sans relâche d’imaginer la nature originelle comme un paradis perdu. Ils nous disent que cette œuvre admirable est en danger. La nature des origines est placée de facto sur un piédestal philosophique que personne ne songe à réfuter. II s’agit de l’œuvre de Dieu ou de quelque chose qui lui ressemble. Le fondement de la pensée écologique repose sur une certitude, voire une obsession, celle de  devoir protéger la virginité de notre Planète (d’avant l’homme) contre son prédateur le plus puissant. Il  faut donc assigner des limites à notre espèce. Tout progrès matériel humain devient un pas de plus vers la déprédation de la Nature sacralisée. L’odyssée humaine menace de dévorer toutes les « ressources » de la terre et des eaux, de ravager les forêts,  de vider le sous-sol, et de dépeupler les océans. Il ne va laisser de ce grandiose festin, qu’un vieil os tout rongé, dont il ne restera que désert et mort. On a même inventé un dicton qui est devenu une sorte de pensée unique : Nous ne sommes que de passage sur cette Terre et nous devons la transmettre intacte à nos enfants.

J’ai rarement entendu pareille ineptie. Il y a belle lurette que nous ne transmettons plus la nature intacte à nos enfants mais que tout au contraire nous leur léguons le fruit de nos efforts constants, pas toujours réussis d’ailleurs. En colonisant notre planète, l’homme, plus puissant que tous les autres êtres vivants a continuellement modifié la terre à son profit, autant qu’il l’a pu. Ce qu’on appelle un milieu artificiel n’est en fait que le globe plié à notre convenance. L’homme n’a jamais aimé la nature primaire. Il a tout de suite préféré sa survie et sa prospérité aux moustiques des marais  et  aux loups des Carpates. L’homme aime s’abriter du froid et de la pluie, il aime les routes et les ponts, les terrasses et les digues, les villes et les théâtres. Et cela aucune bête, pas même les termites les plus organisés n’ont jamais ébauché un semblant de ce qu’on appelle une civilisation.

Depuis cent mille ans, l’homme a inlassablement déployé son génie, que ce soit  sur les bords du Nil, dans les collines guatémaltèques ou dans les prairies de France et de Navarre. L’homme est une espèce unique, encombrante, conquérante, et envahissante. En quatre milliards d’année rien d’autre d’approchant n’est arrivé sur notre terre même si on peut penser qu’il y eut des tentatives avortées.  La nature des origines n’existe plus nulle part. La terre nous appartient en propre, on en connaît aujourd’hui presque chaque mètre carré, on la surveille jalousement des hauteurs, elle ne peut pas nous échapper, elle est la planète de l’Homme, unique dans l’Univers, jusqu’à preuve du contraire. Nous sommes les merveilleux héritiers d’un glorieux hasard, qui pour le moment est le seul à se déployer dans notre galaxie.

Alors je ris quand Brigitte Bardot défend les attendrissants bébés phoques, ou quand Greenpeace s’attaque aux derniers baleiniers. Voilà bien des animaux qui ont réchappé à l’inéluctable, non pas grâce aux écolos mais par les miracles de la cherté  de l’huile de cétacés face aux hydrocarbures et par la commodité des fourrures polaires de synthèse. Je parie que le viagra signera le salut des rhinocéros. Mais je ris encore d’observer que la houille a sauvé nos forêts à l’agonie et que le nucléaire nous a peut-être épargné des guerres d’extermination pour la possession des puits de pétrole. Les bannières si constamment brandies par les écolos sont ridiculement anecdotiques face à la destinée humaine. L’avenir de l’homme est cosmique et les écolos ne lui opposent  que de misérables gesticulations théâtrales et vaines, bien souvent en retard sur les faits. 

Parmi toutes ses qualités, plus que toute autre,  l’homme possède  l’instinct de conservation. Il apprend de ses erreurs collectives. Après avoir vécu dans des villes étouffées par leurs propres déchets, il a appris à les gérer ;  après avoir succombé aux eaux pestilentielles, il a appris à les purifier. Il a vaincu la malnutrition, la peste et le vieillissement prématuré. Nos sociétés sont chaque jour un peu plus solides, un peu plus nombreuses, un peu plus éduquées, un peu plus créatives. Ces vérités-là ne sont pas des inventions, ni des espoirs, ce sont des observations et des faits. Et c’est justement à ce moment-là que nos écologistes ont inventé le principe de précaution,  dont la  principale vocation est de ligoter l’aventure humaine, pour laquelle nous sommes biologiquement équipés et programmés ! Personne ne peut nier que le principe de précaution est l’antithèse absolue de l’aventure ! Par définition .

Parmi les dix commandements du catéchisme vert, le retour à la nature des origines conçu comme une ardente obligation,  est bien le fondement de mon premier désaccord ! Nous ne sommes pas les conservateurs nostalgiques d’une nature des origines idéalisée, nous sommes et nous nous comportons depuis toujours, comme les jardiniers aventureux du futur. Nous avons commis des erreurs ? Qui pourrait le nier ? Mais nous avons chaque fois survécu et corrigé le cap dans la phase d’après. Magellan n’est pas revenu de son tour du monde mais il a ouvert la voie, pour des siècles et des siècles…

 

 

Commentaires

Ce n'est pas bien grave mais les séquoias géants sont plutôt à Yosemite, Yellowstone restant le plus ancien parc naturel d'Amérique du Nord et peut-être même du monde.

Écrit par : Denis | 08/09/2013

L'homme a tort de se croire le centre de l'univers, il n'en est qu'un élément .

Écrit par : Chela Toussaint | 09/09/2013

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