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21/09/2013

Les dix commandements des Verts 3- De la biodiversité, grand soin tu prendras

 

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Arcimboldo - L'homme potager

 

Je trouve là un bon terrain d’entente avec mes amis Verts. Protéger et encourager la biodiversité n’est rien d’autre que de reconnaître l’infinie richesse des combinaisons génétiques des familles, genres, espèces et sous espèces ou races. Elles sont une ressource essentielle pour la vie des hommes. Tout au cours de son évolution, l’espèce humaine s’est appuyée sur les produits de la flore et de la faune, en tant que  cueilleur et chasseur ou pêcheur, ensuite comme cultivateur et éleveur. Grâce à cette incroyable diversité naturelle, les hommes ont pu coloniser une série de milieux très différents. On peut dire que la puissance des sociétés humaines repose en grande partie sur l’infinie variété des plantes et des animaux qui l’entourent. Nous avons eu tour à tour des sociétés du cheval, du chameau, de l’éléphant, du buffle et des bovins, du blé, du maïs et du riz. J’en passe bien sûr, et il serait ridicule de ne pas reconnaître tout ce que nous devons aux autres espèces vivantes dont le cortège nous accompagne. Nous leur devons reconnaissance et protection.

Ceci étant dit,  notre espèce est capable du meilleur et du pire. Il serait vain de placer le respect de la biodiversité sur le plan moral. Il est inutile de s’attendrir sur le destin incertain des espèces les plus discrètes, les moins utiles et parfois des plus nuisibles car l’homme ne s’est jamais intéressé sur le fond qu’à la basse question matérielle de sa survie et de son profit. Le respect des autres espèces n’a été un enjeu philosophique que dans l’Arche de Noé. En réalité il n’a existé que pour servir nos intérêts immédiats.

En colonisant des parties toujours plus étendues de notre planète, l’espèce humaine met une pression incroyable sur la survie ou le développement des autres familles du vivant. L’action la plus spectaculaire est celle de la mise en culture des espaces « naturels », des forêts, des savanes et des steppes, des grands deltas, des océans, des déserts ou des montagnes. Nous canalisons, nous asséchons, nous défrichons, nous terrassons, nous reboisons, nous prélevons avec une ardeur jamais démentie. Ce faisant, les équilibres écologiques sont modifiés de manière brutale et les chaînes alimentaires en sont bouleversées. Nous chassons de ces milieux transformés la faune et la flore antérieures qui se trouvent dès lors en en porte-à-faux avec leurs capacités d’adaptation et qui n’ont plus d’autre choix que de fuir ou disparaître. En corollaire, il nous est arrivé d’introduire des espèces étrangères dans des îles ou des continents qui,  ne trouvant pas de prédateurs ou de concurrence, sont devenues envahissantes et génératrices de difficultés pour les autres espèces.

Pendant toute une période historique l’homme s’est multiplié en isolats relatifs, au cours de laquelle des communautés de paysans ont construit les terroirs génération après génération. La diversité « sauvage » fut remplacée par une autre, façonnée par l’occupation humaine. Dans leurs efforts pour tirer le meilleur parti des ressources végétales, les cultivateurs ont sélectionné, croisé, élaboré tout une gamme de plantes cultivées aux ressources génétiques prodigieuses. Le jeu des croisements a donné naissance à une liste interminable de variétés qu’on n’aurait jamais trouvée dans la nature. Pour un arbre aussi abrupt et stable que le palmier dattier certains spécialistes ont pu décrire au Maghreb jusqu’à six cents variétés différentes. Une profusion due aux sociétés oasiennes. Une explosion génétique qu’on retrouve chez les pommiers, les poiriers et les pêchers et tant d’autres arbres cultivés. Tout aussi prolifique fut le travail des obtenteurs de variétés annuelles comme les tomates, les laitues, les fraisiers, les melons, les chrysanthèmes et tant d’autres  sortes de plantes maraîchères ou ornementales. Conscients de l’importance de tous ces trésors biologiques, agronomes et généticiens ont constitué des banques de gènes sous forme de semences authentifiées, contrôlées et étiquetées, susceptibles d’être réutilisées en tant que besoin.

Du côté animal, la même éclosion de types et de races s’est produite sous la surveillance des bergers et des éleveurs. Il suffit de relire l’histoire des vaches normandes pour comprendre la somme d’efforts nécessaires à l’obtention de résultats aussi spectaculaires.  Il suffit de penser aux chiens, aux chevaux, aux moutons, pour comprendre comment l’homme, loin d’être un ennemi de la diversité, en fut au contraire un infatigable promoteur, quand cela devait servir ses intérêts.

Depuis Linné et de Buffon, la science est venue au secours de la biodiversité en décrivant, classant par familles et cataloguant inlassablement le vivant. C’est grâce à ce monumental effort qu’on commence à avoir une idée précise du cortège d’êtres vivants qui nous entoure. Depuis Watson et Crick nous sommes allés encore beaucoup plus loin en établissant que cette formidable floraison évolutive reposait sur le même modèle génétique de l’ADN, sur la reproduction sexuée et l’hérédité, ouvrant la voie vers la reconnaissance d’une infinité de recombinaisons, et vers la définition d’un gigantesque trésor biologique !

Je veux bien croire que la mondialisation et la normalisation de l’agriculture moderne mettent provisoirement en danger une certaine diversité biologique, mais nous avons créé des parcs nationaux ou régionaux, et des zoos de plus en plus performants. Nous avons entassé dans nos Museum et nos Instituts de recherche des lots de semences classées et identifiées. Nous protégeons les zones humides et les parcours de migration de nos amis les oiseaux. Au final je veux bien admettre que nos sociétés ont mis  en danger une certaine biodiversité originelle, mais je suis bien convaincu que cette biodiversité n’existe plus aujourd’hui que par notre volonté et notre technicité. Loin de l’amoindrir l’homme travaille à son expression et sa conservation.

 Là encore, les Verts, de Brigitte Bardot à Nicolas Hulot ont tort de nous culpabiliser. Nous ne sommes pas les ennemis des autres espèces, nous en sommes au contraire  les découvreurs et les alliés.  Les gesticulations autour des baleines, des phoques  ou des ortolans ne sont que pantomimes en face des efforts gigantesques que la science a déployés depuis trois siècles dans ce domaine. Je suis persuadé que les hommes sont les seuls  gardiens efficaces de la biodiversité. Les espèces sauvages sont bien en peine de résister aux accidents climatiques aux incendies, aux sécheresses prolongées, aux inondations ou aux éruptions volcaniques. Nos civilisations d’aujourd’hui sont heureusement conscientes des enjeux et ont élaboré les moyens d’y répondre. Les Verts veulent nous faire croire que les sociétés humaines sont les ennemies jurées de la biodiversité, alors qu’elles en sont au contraire les créatrices et les protectrices. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la pensée politique des écologistes !

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