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03/10/2013

Les dix commandements des Verts- 5- Les gaz de schistes jamais ne puiseras


 

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Robert Delaunay, Hélice. Gouache 1923


Les gaz de schiste sont une pomme de discorde, une vraie bête à chagrin, propre à opposer et diviser les esprits, à faire de la polémique et à pousser les journalistes à dire n’importe quoi. Il est vrai que le fond de la question est principalement technique. Les USA qui réfléchissent en avançant ont amélioré nos connaissances sur le sujet. Ils démontrent chaque jour qu’il est possible d’exploiter de manière industrielle les huiles et les gaz piégés par les schistes, les roches mères constituées à grande profondeur au cours des temps géologiques. Il faut seulement libérer ces hydrocarbures et leur frayer un chemin dans la roche compacte pour pouvoir les extraire et les récupérer en surface.

La technique d’extraction est directement adaptée des méthodes traditionnelles des foreurs pétroliers. Au lieu d’un forage vertical on pratique une longue perforation oblique ou horizontale et on effectue  une fracturation avec de l’eau sous pression qui fait éclater les mini-failles de la roche en place. On maintient les espaces ouverts  en injectant du sable. Le tubage en place va remonter les gaz, essentiellement du méthane,  et les envoyer dans un réseau de collecte en surface qui les achemine jusqu’aux cuves de stockage. Ce sont des procédés simples et classiques à la portée d’entreprises quasiment artisanales comme nous le démontre l’exemple américain.

A priori il n’y a rien de dangereux pour l’homme et l’environnement. A ceci près que la fracturation demande beaucoup d’eau même si elle est  en partie recyclable malgré  l’addition de divers produits peu ragoûtants comme sables, détergents, anti mousses et antiseptiques. A ceci près aussi qu’il y a des fuites de gaz qui vont rejoindre les nappes d’eau souterraines ou bien directement l’atmosphère. Ceci arrive en particulier quand  le cimentage qui doit assurer l’étanchéité de la tuyauterie avec les roches est mal fait, ou quand on pratique des fracturations trop près des murs ou du toit des nappes aquifères. A ceci près aussi qu’on se trouve obligé de cimenter les chantiers d’extraction, de faire des routes, de construire des cuves de stockage du gaz, toute une infrastructure qui vient rogner les sols et les surfaces végétalisées du terroir d’exploitation. On participe ainsi à une perte supplémentaire d’espace agricole ou forestier qu’on peut quand même considérer comme réversible après épuisement de la ressource. De telles installations s’envisagent sans doute difficilement en zone urbaine, sauf peut-être dans des friches industrielles.

Il faut donc une maîtrise stricte des procédés industriels et  c’est le boulot des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens et des politiques de réglementation. Nous ne sommes pas dans des techniques épouvantables de complexité comme pour le nucléaire. Nous pouvons arrêter à tout moment le processus par le biais des permis de recherche et d’exploitation. Si le risque environnemental existe, il est réversible et ne représente sûrement  pas l’acuité d’un naufrage de tanker de 400 000 tonnes de pétrole lourd, et encore moins celle de l’implosion d’une centrale nucléaire. Aujourd’hui personne ne nie que l’exploitation des gaz de schistes nécessite un encadrement strict.

L’interdiction de l’exploration des ressources en  gaz de schistes s’est décidée en France avec les accords de Grenelle sous le gouvernement Fillon. Ce qui prouve que  vrai que les anti-pétrole ont gagné partout, à droite comme à gauche. Dans la réalité, les citoyens, verts ou pas, utilisent leurs véhicules comme d’habitude. Face à la crise, on se rend compte que le rejet absolu d’une évaluation préalable à une éventuelle exploitation dans des conditions environnementales satisfaisantes apparaît  comme un refus du réel.

A examiner sereinement les dangers de l’exploitation de ces nouvelles ressources on ne voit pas bien ce qu’elle présente de si dangereux qui  la mettrait à part des autres exploitations industrielles chimiques ou pétrolières dans l’Hexagone. Les techniques de forage utilisées sont celles de l’industrie pétrolière, connues, améliorées et sécurisées depuis un siècle. L’emprise au sol, les ingrédients utilisés, ne présentent aucun danger pour la planète, tout au plus risque-t-on des pollutions limitées et pas davantage que n’importe quelle  implantation industrielle de raffinage ou de transformation chimique. Les problèmes ne sont en aucun cas d’ordre scientifique ou technique, ils sont avant tout d’ordre réglementaire. Il faut que cette recherche et cette exploitation soient sévèrement encadrées pour éviter les entreprises non qualifiées et irresponsables.

En réalité ce que refusent les Verts c’est d’envisager d’exploiter une nouvelle source d’hydrocarbures, car une bonne part de l’idéologie verte repose sur l’épuisement des ressources pétrolières, lesquelles seraient  pour l’essentiel à l’origine de la pollution et du réchauffement climatique. Mais comment croire qu’il est moins dangereux de remplir notre réservoir avec  du pétrole d’Arabie Saoudite ou de Libye que de tenter d’utiliser éventuellement  les gaz de schistes français ? Comment peut-on mieux exprimer l’irrationnel ?

Quoiqu’il en soit, l’interdit  des gaz de schistes a pour résultat de priver notre pays d’une éventuelle ressource énergétique qui serait bien utile pour conduire la transition énergétique que les Verts réclament. Il faut innover certes, mais comment faire quand les caisses sont vides ? En attendant on fait perdre l’expertise à nos entreprises dans ce domaine  et on les pousse à investir hors de nos frontières. Au bout du compte,  on entretient un déficit commercial qui justement doit beaucoup à nos importations d’hydrocarbures.

Pour le moment il semble bien que l’embargo sur les gaz de schistes fait partie du deal entre les socialistes et les Verts, avec le nucléaire et les OGM, ce deal risque de coûter cher au pays. Je fais des vœux pour que la bulle écologique  éclate dans ce domaine et prenne des dimensions plus conformes avec la réalité d’aujourd’hui, ce qui ne doit pas nous empêcher d’explorer et d’expérimenter des énergies propres et durables, comme on va le faire dans le Raz Blanchard ! Les « Fermes pilotes » ont je l’espère un avenir prometteur mais pour le moment nous en sommes encore aux balbutiements : rendez-vous dans cinq ou dix ans !

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