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19/10/2013

Les dix commandements des Verts 7-L'agriculture bio, toujours tu glorifieras

 

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Paul Gauguin, Le repas


L’agriculture biologique est l’une des plus anciennes utopies vertes.  On peut la faire remonter aux années trente et à la disparition lente mais inexorable de la paysannerie traditionnelle, de la polyculture et de l’autoconsommation. Le concept construit en réaction à la mécanisation et à l’utilisation des  produits chimiques, est demeuré longtemps marginal avec des tendances philosophiques et sectaires. Il a fallu attendre 1970 pour le voir représenté au Salon de l’Agriculture, soutenu par des associations comme Nature et Progrès et  l’Association Française d’Agriculture biologique.

Les bases du mouvement reposent sur le retour aux cycles naturels et aux techniques traditionnelles,  avec en arrière-plan l’éloge de la petite paysannerie et de la diversité des terroirs. Après 1968 on observe un retour à la terre des hippies qui sont souvent des citadins,  tentés par la vie en communauté et  une certaine autonomie de subsistance,  coupée des circuits monétaires habituels, dans laquelle on cultive ses légumes, on fabrique des fromages et on tisse les poils de chèvre. Vingt ans plus tard, les acteurs du « bio » se sont professionnalisés et se sont dotés d’un cadre officiel, d’un logo et de cahiers des charges triant ce qui est bio de ce qui ne l’est pas.

La première exigence est le refus de la chimie de synthèse : exit l’ammo-nitrate fabriqué à grand renfort de gaz naturel (méthane) et adieu à la plupart des pesticides, bienvenue au purin d’ortie, au Bacillus thuringiensis  et à la lutte biologique en général. Le contrôle des mauvaises herbes se fait mécaniquement et celui des parasites est confié au cuivre, au soufre, et aux pyrêtrines d’origine végétale. Il n’est pas question non plus d’utiliser des semences de plantes génétiquement modifiées (OGM), mais en revanche les hybrides sont autorisés et on peut donner en cas de besoin des antibiotiques aux animaux. La rotation des cultures, l’entretien des sols respectant l’activité microbiologique et les cycles internes du  sol, du carbone et de l’azote, sont toujours privilégiés, en apportant des engrais verts ou des produits de décomposition organique, fumiers et composts.

 

L’agriculture, biologique présente le grand avantage de remettre le sol au centre des préoccupations : chacun sait que les plantes entretiennent une relation complexe avec leur substrat. Pour les plantes cultivées, les agronomes ont développé la notion de terre équilibrée ou franche qui offre aux racines les meilleures conditions de développement. Elles réclament bien sûr une terre meuble homogène sur quelques dizaines de cm suivant les cultures, mais elles ont également un besoin impératif d’eau, de sels minéraux et d’oxygène. Les sols sont constitués à la base de particules minérales souvent inertes, de sable plus ou moins grossier, de limons et d’argiles. Ces particules s’agrègent entre elles grâce à la présence d’une fraction colloïdale dite argilo-humique faite de grosses molécules qui leur donnent de la cohésion et de l’adhésion. Cette structure  en « miettes » permet au mieux le stockage et la circulation de l’eau, des sels minéraux ionisés  et de l’oxygène indispensables à l’assimilation et la croissance végétale, dépendant de la photosynthèse.

 

On voit tout l’intérêt de renforcer cette fraction argilo-humique pour obtenir un substrat possédant la meilleure capacité de rétention pour l’eau et les ions minéraux, tout en conservant une atmosphère gazeuse proche de celle de l’air. L’agriculteur moderne a eu tendance à négliger cet aspect de l’agronomie. L’apport de matière organique souvent coûteux a été réduit au minimum, parfois complètement oublié.  Le complexe absorbant s’est trouvé appauvri en diminuant la résistance à la sécheresse et en facilitant le lessivage des ions en particulier des nitrates très solubles et très mobiles. Ce lessivage « per descensum » est la cause de la pollution des nappes sous-jacentes.

Malgré cette attention à la restauration des sols cultivés et autant que les comparaisons aient été menées avec les garanties  scientifiques nécessaires, on constate que les rendements obtenus en bio sont inférieurs de 30 à 50% à ceux de l’agriculture intensive suivant les cultures et les précédents culturaux. Ces faibles rendements tiennent beaucoup à l’impossibilité de maîtriser certaines maladies qui provoquent parfois, avec l’aide des imprévus météo,  des pertes totales de récolte. Les faibles rendements peuvent aussi être le résultat de la concurrence des mauvaises herbes ou d’une fertilisation insuffisante. Ces difficultés expliquent les prix plus élevés des produits qui occupent une niche luxueuse dans la consommation des fruits et légumes.

En France,  où on compte un peu moins de huit cent mille hectares de cultures AB, l’objectif de 6% de la SAU, fixé en 2007 par le Grenelle de l’environnement semble difficile à atteindre. En 2011 on comptait seulement 3,5% de cette SAU (Surface Agricole Utile) qui bénéficiait du label.

Il n’y a donc pas de vrai engouement des paysans français pour le bio. Cela tient sans doute aux difficultés pratiques rendant aléatoires la rémunération du travail fourni.  En outre, les techniques bio ont des effets discutés sur la qualité des produits. Aucune enquête scientifique n’a pu démontrer leur suprématie sanitaire ou diététique. Bien sûr on va souvent trouver des quantités moindres de résidus  pesticides de synthèse, qui en agriculture classique sont de toute façon très contrôlés. On peut en revanche obtenir des effets indésirables inattendus, comme ce mélange de graines de Datura avec du sarrasin en Bretagne, qui a été à l’origine de problèmes graves de santé pour les consommateurs.

En pointant la dégradation de la fertilité en agriculture mécanisée (qui peut d’ailleurs aller jusqu’au hors sol), l’agriculture biologique ne fait que rappeler une règle de base de toute l’agronomie classique. Les « bons » agriculteurs intensifs n’oublient jamais les amendements visant à maintenir la qualité biologique de leurs sols selon l’adage tout simple : « Qui vend son fumier vend son blé ». Cela nous enseigne également que la séparation géographique entre élevage et productions végétales est souvent une hérésie agronomique. La spécialisation et la monoculture qui sont des tendances naturelles facilitant le progrès technique et la commercialisation doivent de ce point de vue être remises en cause dans l’agriculture moderne qui doit maintenir assolements et rotations.

Rappelés de manière sommaire ces faits montrent que l’agriculture biologique ne résout pas elle seule les impasses de la productivité à outrance, d’autant moins qu’elle se prive (et prive également les autres par les faucheurs volontaires) des progrès gigantesques des biotechnologies. Pratiquée par des adeptes convaincus que nos vies sont menacées par Monsanto et compagnie, l’agriculture biologique authentique  a quelque chose de sympathique, et parfois folklorique quand elle est appliquée sans réelles connaissances, mais elle ne met pas en danger l’équilibre du monde. On ne peut pas en dire autant des Olibrius militants qui font du prosélytisme et de l’activisme. A cause d’eux le « bio » prend des allures déplaisantes de pratiques sectaires ou mystiques. Il n’y a pas une agriculture bio et une agriculture hérétique, cancérogène et empoisonneuse, il y a seulement une bonne agriculture, dite raisonnée, pratiquée par des professionnels  d’un haut niveau technique. Au lieu de tourner le dos à la science et de brandir des oukases,  les militants moustachus feraient bien de retourner à l’école pour retrouver un peu de bon sens.

Commentaires

Curieusement, les connaissances scientifiques utilisées en agriculture sont plus nombreuses en A.B. qu'en agriculture conventionnelle. La Bio est au contraire à la pointe de la science et des techniques. Les agriculteurs conventionnels en restent au tracteur enlisé au milieu du champ...

Écrit par : couac | 22/12/2013

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