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26/10/2013

Les gros mots et les grands maux de la République

 

 

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Lucien Freud  - La réflexion


ll  y a quelque chose de pourri au Royaume de France. Il faut peut-être revenir à la transgression du « Casse-toi, pauvre con ! » pour expliquer l’état de déliquescence des esprits et l’inflation permanente du verbe. L’intervention du Chef de l’Etat à propos de Léonarda a vraiment marqué le sommet de l’excitation inconsidérée des esprits, des commentateurs et des sous-fifres politiques de tous bords. Doit-on y voir des tentatives désespérées pour exister dans le buzz quotidien ? Doit-on suspecter une dégradation durable du civisme et de l’esprit de responsabilité de nos élites ? Samia Galhi, élue PS et choyée par la République fait huer le gouvernement et le Président qu’elle est censée soutenir. Ce moment fut  mis en scène sans aucun souci pour les dégâts collatéraux causés à la majorité de gauche qui permet à la sénatrice d’exister aujourd’hui.

L’information permanente en direct ne permet plus à la presse d’exercer sa réflexion et la mise en perspective des faits. Le même jeu avec la famille du Kosovo expulsée a donné l’impression qu’une gamine de quinze ans dialoguait avec le Chef de l’Etat, ce que la droite s’est empressée de reprocher au Président du haut des travées de l’Assemblée nationale. Les ennemis jurés de la gauche, ceux de l’UMP, qui jugent les socialistes illégitimes, s’emparent de ces sujets avec délectation et se détournent des vrais sujets. Ces responsables UMP  usent et abusent des termes d’indignité, de mensonge, d’amateurisme, d’incompétence. Tout un vocabulaire qui dispense d’argumenter sur le fond puisque le procès est terminé avant même qu’on ait pu débattre. C’est une façon idiote de polémiquer mais qui marque malgré tout,  les esprits pressés et peu soucieux de comprendre ou d’expliquer.

Jean Vincent Placé, en appelant les lycéens à manifester pour Léonarda, nous a illustré jusqu’à quel point de démagogie, les Verts pouvaient se hisser. On aurait préféré entendre ses commentaires sur l’accord France-GB, pour construire deux EPR au Royaume-Uni ! Harlem Désir, Claude Bartolone le Président de l’Assemblée nationale lui-même,      n’ont pas manqué de rajouter de la confusion dans ce qui n’était qu’un fait divers qu’on aurait dû laisser au Front national comme un os à ronger !  Il me semble que tous ces gens sur le qui-vive avec leur Iphone en permanence entre les doigts, sont devenus comme autant de bornes à réaction des réseaux sociaux. Il est impossible de réfléchir en quinze secondes. L’accumulation des petites phrases de Twetter ou de Facebook ne permet pas non plus de construire une pensée cohérente. La France entière est devenue une immense cour de récréation, d’ailleurs ce sont bien nos jeunes qui ont donné l’exemple. A défaut d’une colonne vertébrale organisant la réflexion, on finit par dire n’importe quoi. La période a été initiée par Sarkozy qu’on a vu souvent avec Dati et d’autres, manipuler fébrilement leur portable en toute circonstance, jusque devant le Pape paraît-il ! Au détriment de la moindre des politesses qui consiste à écouter l’autre, celui qui est en face de vous. Cette dégénérescence semble envahir peu à peu les esprits les mieux disposés et envoyer des métastases dans tous les recoins de notre société, qui n’a plus le temps de se regarder et de s’analyser.

Pendant ce temps-là, on passe sous silence les contrats industriels gagnés en Afrique du Sud ou ailleurs, on ne commente pas non plus l’éventuel reflux de la crise et les indices de redémarrage de la croissance. On annonce comme si ça gênait que le moral des ménages est meilleur en octobre qu’en septembre. On préfère mettre en scène les rixes entre ouvriers des abattoirs bretons  que le ralliement des ouvriers d’Amiens à la négociation avec le grand capital. On a l’impression que tous les trains arrivent en retard et que tous les emplois se détruisent un par un jusqu’au dernier, alors qu’heureusement, il s’en crée aussi tous les jours ! Le jeu favori reste bien sûr la partie de chamboule-tout avec Hollande, Ayrault et tous les ministres. J’ai même écouté pendant une heure les experts de « C dans l’air » nous expliquer que le PS était dans un tel état de décomposition et de division qu’il devait s’attendre à une catastrophe aux prochaines élections et de nous citer les « fractures » à Marseille qui signaient la décomposition de ce grand Parti. Ils ont analysé en détail les quartiers nord et sud, Gaudin, Guérini, tout y était , les communautarismes, l’historique jusqu’à Gaston Deferre, mais ces « experts » ont tu un seul fait,  pourtant évident, irréfutable, la participation massive aux primaires qui ont sélectionné Mennucci.

Aujourd’hui même les sondages donnent au coude à coude Gaudin et Menucci, pendant qu’apparemment les quartiers nord et sud ont trouvé à gauche un terrain d’entente !  Bravo à Yves Calvi et à ses invités pour autant d’aveuglement et de mauvaise foi. Ils ont oublié de mesurer   la présence humaine du gagnant des primaires,  de ce gros homme à la voix de tribun, et d’analyser son positionnement politique, qui semble particulièrement efficace. Même Hidalgo donnée gagnante à Paris ne les fait pas douter de leurs augures diaboliques. Ces « experts » se foutent du monde, ils ne sont là que pour appliquer une grille de lecture confortant les parts de marché de l’émission. Je crois bhien qu’ils sont payés pour démoraliser la Nation !!!

Cette décomposition de l’analyse politique, due autant aux acteurs qu’aux commentateurs ne peut pas durer. Il va bien falloir que ces excès se corrigent d’une manière ou d’une autre. Je pense encore à la réforme Peillon et aux critiques de tous bords concernant une réforme que tout le monde attendait. Aujourd’hui si les municipalités organisent mal les activités périscolaires c’est encore la faute du ministre !  Après deux mois seulement de mise en place, la droite demande carrément de retirer la réforme ! L’incohérence et le paradoxe sont généralisés, on utilise partout des mots excessifs, des gros mots, définitifs, expéditifs et donc dérisoires.  Je me creuse la tête, je cherche du recul, je m’imagine des raisons d’espérer et je n’en vois pas beaucoup, sauf peut-être qu’un grand pays comme le nôtre ne peut pas sombrer ainsi dans l’invective et l’analphabétisme culturel. Il doit bien y avoir une limite à l’affaiblissement de la pensée et au pourrissement de l’esprit de responsabilité. Il paraît que Saint François s’est mis en colère et a insulté un certain nombre de gens inconséquents et foi de bedeau, il a bien raison !

Je suis confiant dans les choix de notre gouvernement, justement parce qu’ils sont critiqués par tous et qu’ils ne donnent satisfaction à aucun lobby, à aucune force dominante. Les patrons ne sont pas contents, Mélanchon non plus, l’UMP très affaiblie se ridiculise par ses outrances et Marine Le Pen se prend les pieds dans ses contradictions et celles de son entourage  incontrôlé. Les Verts eux-mêmes semblent arrivés au pied du mur : ils vont devoir  plier ou se démettre. La gauche du PS renâcle et refuse, mais elle n’a plus le choix, il lui faut voter avec la majorité ou changer de Parti. Ma raison d’espérer c’est que la courbe du chômage va s’améliorer, que les emplois aidés vont jouer leur rôle d’emplâtre économique et ajouter du pouvoir d’achat pour soulager les milieux les plus en difficulté. Les gens vont finir par s’apercevoir que la crise des impôts et des taxes se fait sentir d’abord sur les plus riches. L’opinion va parvenir à se désintoxiquer du corporatisme et de l’assistance sociale généralisée. La politique à mon sens n’est pas de travailler à son profit, de faire du fric comme disait élégamment Sarko, la politique c’est de servir l’intérêt général, qui malheureusement,  ne sert personne en particulier.

Voilà pourquoi notre Président est vilipendé et si bas dans les sondages ! Nous sommes aujourd’hui dans l’antisarkozysme parfait. Le Président précédent jouait des rapports de force et utilisait les fractures de notre société pour gouverner. Hollande recherche l’intérêt général et la pacification des esprits. Il gouverne par la synthèse et le consensus, à un point qu’on se moque de lui et de son incapacité à décider. François Hollande est convaincu qu’il peut faire vivre ensemble des gens qu’on a habitués depuis dix ans à s’entre dévorer ! Nous verrons bientôt qui a raison et quelle méthode est la meilleure. Pour ma part je n’en doute pas un seul instant que Saint François va remporter la mise, et si j’ai tort,  je mettrai un point final à ce blog ! Qu’on se le dise !

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