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26/10/2013

Les gros mots et les grands maux de la République

 

 

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Lucien Freud  - La réflexion


ll  y a quelque chose de pourri au Royaume de France. Il faut peut-être revenir à la transgression du « Casse-toi, pauvre con ! » pour expliquer l’état de déliquescence des esprits et l’inflation permanente du verbe. L’intervention du Chef de l’Etat à propos de Léonarda a vraiment marqué le sommet de l’excitation inconsidérée des esprits, des commentateurs et des sous-fifres politiques de tous bords. Doit-on y voir des tentatives désespérées pour exister dans le buzz quotidien ? Doit-on suspecter une dégradation durable du civisme et de l’esprit de responsabilité de nos élites ? Samia Galhi, élue PS et choyée par la République fait huer le gouvernement et le Président qu’elle est censée soutenir. Ce moment fut  mis en scène sans aucun souci pour les dégâts collatéraux causés à la majorité de gauche qui permet à la sénatrice d’exister aujourd’hui.

L’information permanente en direct ne permet plus à la presse d’exercer sa réflexion et la mise en perspective des faits. Le même jeu avec la famille du Kosovo expulsée a donné l’impression qu’une gamine de quinze ans dialoguait avec le Chef de l’Etat, ce que la droite s’est empressée de reprocher au Président du haut des travées de l’Assemblée nationale. Les ennemis jurés de la gauche, ceux de l’UMP, qui jugent les socialistes illégitimes, s’emparent de ces sujets avec délectation et se détournent des vrais sujets. Ces responsables UMP  usent et abusent des termes d’indignité, de mensonge, d’amateurisme, d’incompétence. Tout un vocabulaire qui dispense d’argumenter sur le fond puisque le procès est terminé avant même qu’on ait pu débattre. C’est une façon idiote de polémiquer mais qui marque malgré tout,  les esprits pressés et peu soucieux de comprendre ou d’expliquer.

Jean Vincent Placé, en appelant les lycéens à manifester pour Léonarda, nous a illustré jusqu’à quel point de démagogie, les Verts pouvaient se hisser. On aurait préféré entendre ses commentaires sur l’accord France-GB, pour construire deux EPR au Royaume-Uni ! Harlem Désir, Claude Bartolone le Président de l’Assemblée nationale lui-même,      n’ont pas manqué de rajouter de la confusion dans ce qui n’était qu’un fait divers qu’on aurait dû laisser au Front national comme un os à ronger !  Il me semble que tous ces gens sur le qui-vive avec leur Iphone en permanence entre les doigts, sont devenus comme autant de bornes à réaction des réseaux sociaux. Il est impossible de réfléchir en quinze secondes. L’accumulation des petites phrases de Twetter ou de Facebook ne permet pas non plus de construire une pensée cohérente. La France entière est devenue une immense cour de récréation, d’ailleurs ce sont bien nos jeunes qui ont donné l’exemple. A défaut d’une colonne vertébrale organisant la réflexion, on finit par dire n’importe quoi. La période a été initiée par Sarkozy qu’on a vu souvent avec Dati et d’autres, manipuler fébrilement leur portable en toute circonstance, jusque devant le Pape paraît-il ! Au détriment de la moindre des politesses qui consiste à écouter l’autre, celui qui est en face de vous. Cette dégénérescence semble envahir peu à peu les esprits les mieux disposés et envoyer des métastases dans tous les recoins de notre société, qui n’a plus le temps de se regarder et de s’analyser.

Pendant ce temps-là, on passe sous silence les contrats industriels gagnés en Afrique du Sud ou ailleurs, on ne commente pas non plus l’éventuel reflux de la crise et les indices de redémarrage de la croissance. On annonce comme si ça gênait que le moral des ménages est meilleur en octobre qu’en septembre. On préfère mettre en scène les rixes entre ouvriers des abattoirs bretons  que le ralliement des ouvriers d’Amiens à la négociation avec le grand capital. On a l’impression que tous les trains arrivent en retard et que tous les emplois se détruisent un par un jusqu’au dernier, alors qu’heureusement, il s’en crée aussi tous les jours ! Le jeu favori reste bien sûr la partie de chamboule-tout avec Hollande, Ayrault et tous les ministres. J’ai même écouté pendant une heure les experts de « C dans l’air » nous expliquer que le PS était dans un tel état de décomposition et de division qu’il devait s’attendre à une catastrophe aux prochaines élections et de nous citer les « fractures » à Marseille qui signaient la décomposition de ce grand Parti. Ils ont analysé en détail les quartiers nord et sud, Gaudin, Guérini, tout y était , les communautarismes, l’historique jusqu’à Gaston Deferre, mais ces « experts » ont tu un seul fait,  pourtant évident, irréfutable, la participation massive aux primaires qui ont sélectionné Mennucci.

Aujourd’hui même les sondages donnent au coude à coude Gaudin et Menucci, pendant qu’apparemment les quartiers nord et sud ont trouvé à gauche un terrain d’entente !  Bravo à Yves Calvi et à ses invités pour autant d’aveuglement et de mauvaise foi. Ils ont oublié de mesurer   la présence humaine du gagnant des primaires,  de ce gros homme à la voix de tribun, et d’analyser son positionnement politique, qui semble particulièrement efficace. Même Hidalgo donnée gagnante à Paris ne les fait pas douter de leurs augures diaboliques. Ces « experts » se foutent du monde, ils ne sont là que pour appliquer une grille de lecture confortant les parts de marché de l’émission. Je crois bhien qu’ils sont payés pour démoraliser la Nation !!!

Cette décomposition de l’analyse politique, due autant aux acteurs qu’aux commentateurs ne peut pas durer. Il va bien falloir que ces excès se corrigent d’une manière ou d’une autre. Je pense encore à la réforme Peillon et aux critiques de tous bords concernant une réforme que tout le monde attendait. Aujourd’hui si les municipalités organisent mal les activités périscolaires c’est encore la faute du ministre !  Après deux mois seulement de mise en place, la droite demande carrément de retirer la réforme ! L’incohérence et le paradoxe sont généralisés, on utilise partout des mots excessifs, des gros mots, définitifs, expéditifs et donc dérisoires.  Je me creuse la tête, je cherche du recul, je m’imagine des raisons d’espérer et je n’en vois pas beaucoup, sauf peut-être qu’un grand pays comme le nôtre ne peut pas sombrer ainsi dans l’invective et l’analphabétisme culturel. Il doit bien y avoir une limite à l’affaiblissement de la pensée et au pourrissement de l’esprit de responsabilité. Il paraît que Saint François s’est mis en colère et a insulté un certain nombre de gens inconséquents et foi de bedeau, il a bien raison !

Je suis confiant dans les choix de notre gouvernement, justement parce qu’ils sont critiqués par tous et qu’ils ne donnent satisfaction à aucun lobby, à aucune force dominante. Les patrons ne sont pas contents, Mélanchon non plus, l’UMP très affaiblie se ridiculise par ses outrances et Marine Le Pen se prend les pieds dans ses contradictions et celles de son entourage  incontrôlé. Les Verts eux-mêmes semblent arrivés au pied du mur : ils vont devoir  plier ou se démettre. La gauche du PS renâcle et refuse, mais elle n’a plus le choix, il lui faut voter avec la majorité ou changer de Parti. Ma raison d’espérer c’est que la courbe du chômage va s’améliorer, que les emplois aidés vont jouer leur rôle d’emplâtre économique et ajouter du pouvoir d’achat pour soulager les milieux les plus en difficulté. Les gens vont finir par s’apercevoir que la crise des impôts et des taxes se fait sentir d’abord sur les plus riches. L’opinion va parvenir à se désintoxiquer du corporatisme et de l’assistance sociale généralisée. La politique à mon sens n’est pas de travailler à son profit, de faire du fric comme disait élégamment Sarko, la politique c’est de servir l’intérêt général, qui malheureusement,  ne sert personne en particulier.

Voilà pourquoi notre Président est vilipendé et si bas dans les sondages ! Nous sommes aujourd’hui dans l’antisarkozysme parfait. Le Président précédent jouait des rapports de force et utilisait les fractures de notre société pour gouverner. Hollande recherche l’intérêt général et la pacification des esprits. Il gouverne par la synthèse et le consensus, à un point qu’on se moque de lui et de son incapacité à décider. François Hollande est convaincu qu’il peut faire vivre ensemble des gens qu’on a habitués depuis dix ans à s’entre dévorer ! Nous verrons bientôt qui a raison et quelle méthode est la meilleure. Pour ma part je n’en doute pas un seul instant que Saint François va remporter la mise, et si j’ai tort,  je mettrai un point final à ce blog ! Qu’on se le dise !

19/10/2013

Les dix commandements des Verts 7-L'agriculture bio, toujours tu glorifieras

 

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Paul Gauguin, Le repas


L’agriculture biologique est l’une des plus anciennes utopies vertes.  On peut la faire remonter aux années trente et à la disparition lente mais inexorable de la paysannerie traditionnelle, de la polyculture et de l’autoconsommation. Le concept construit en réaction à la mécanisation et à l’utilisation des  produits chimiques, est demeuré longtemps marginal avec des tendances philosophiques et sectaires. Il a fallu attendre 1970 pour le voir représenté au Salon de l’Agriculture, soutenu par des associations comme Nature et Progrès et  l’Association Française d’Agriculture biologique.

Les bases du mouvement reposent sur le retour aux cycles naturels et aux techniques traditionnelles,  avec en arrière-plan l’éloge de la petite paysannerie et de la diversité des terroirs. Après 1968 on observe un retour à la terre des hippies qui sont souvent des citadins,  tentés par la vie en communauté et  une certaine autonomie de subsistance,  coupée des circuits monétaires habituels, dans laquelle on cultive ses légumes, on fabrique des fromages et on tisse les poils de chèvre. Vingt ans plus tard, les acteurs du « bio » se sont professionnalisés et se sont dotés d’un cadre officiel, d’un logo et de cahiers des charges triant ce qui est bio de ce qui ne l’est pas.

La première exigence est le refus de la chimie de synthèse : exit l’ammo-nitrate fabriqué à grand renfort de gaz naturel (méthane) et adieu à la plupart des pesticides, bienvenue au purin d’ortie, au Bacillus thuringiensis  et à la lutte biologique en général. Le contrôle des mauvaises herbes se fait mécaniquement et celui des parasites est confié au cuivre, au soufre, et aux pyrêtrines d’origine végétale. Il n’est pas question non plus d’utiliser des semences de plantes génétiquement modifiées (OGM), mais en revanche les hybrides sont autorisés et on peut donner en cas de besoin des antibiotiques aux animaux. La rotation des cultures, l’entretien des sols respectant l’activité microbiologique et les cycles internes du  sol, du carbone et de l’azote, sont toujours privilégiés, en apportant des engrais verts ou des produits de décomposition organique, fumiers et composts.

 

L’agriculture, biologique présente le grand avantage de remettre le sol au centre des préoccupations : chacun sait que les plantes entretiennent une relation complexe avec leur substrat. Pour les plantes cultivées, les agronomes ont développé la notion de terre équilibrée ou franche qui offre aux racines les meilleures conditions de développement. Elles réclament bien sûr une terre meuble homogène sur quelques dizaines de cm suivant les cultures, mais elles ont également un besoin impératif d’eau, de sels minéraux et d’oxygène. Les sols sont constitués à la base de particules minérales souvent inertes, de sable plus ou moins grossier, de limons et d’argiles. Ces particules s’agrègent entre elles grâce à la présence d’une fraction colloïdale dite argilo-humique faite de grosses molécules qui leur donnent de la cohésion et de l’adhésion. Cette structure  en « miettes » permet au mieux le stockage et la circulation de l’eau, des sels minéraux ionisés  et de l’oxygène indispensables à l’assimilation et la croissance végétale, dépendant de la photosynthèse.

 

On voit tout l’intérêt de renforcer cette fraction argilo-humique pour obtenir un substrat possédant la meilleure capacité de rétention pour l’eau et les ions minéraux, tout en conservant une atmosphère gazeuse proche de celle de l’air. L’agriculteur moderne a eu tendance à négliger cet aspect de l’agronomie. L’apport de matière organique souvent coûteux a été réduit au minimum, parfois complètement oublié.  Le complexe absorbant s’est trouvé appauvri en diminuant la résistance à la sécheresse et en facilitant le lessivage des ions en particulier des nitrates très solubles et très mobiles. Ce lessivage « per descensum » est la cause de la pollution des nappes sous-jacentes.

Malgré cette attention à la restauration des sols cultivés et autant que les comparaisons aient été menées avec les garanties  scientifiques nécessaires, on constate que les rendements obtenus en bio sont inférieurs de 30 à 50% à ceux de l’agriculture intensive suivant les cultures et les précédents culturaux. Ces faibles rendements tiennent beaucoup à l’impossibilité de maîtriser certaines maladies qui provoquent parfois, avec l’aide des imprévus météo,  des pertes totales de récolte. Les faibles rendements peuvent aussi être le résultat de la concurrence des mauvaises herbes ou d’une fertilisation insuffisante. Ces difficultés expliquent les prix plus élevés des produits qui occupent une niche luxueuse dans la consommation des fruits et légumes.

En France,  où on compte un peu moins de huit cent mille hectares de cultures AB, l’objectif de 6% de la SAU, fixé en 2007 par le Grenelle de l’environnement semble difficile à atteindre. En 2011 on comptait seulement 3,5% de cette SAU (Surface Agricole Utile) qui bénéficiait du label.

Il n’y a donc pas de vrai engouement des paysans français pour le bio. Cela tient sans doute aux difficultés pratiques rendant aléatoires la rémunération du travail fourni.  En outre, les techniques bio ont des effets discutés sur la qualité des produits. Aucune enquête scientifique n’a pu démontrer leur suprématie sanitaire ou diététique. Bien sûr on va souvent trouver des quantités moindres de résidus  pesticides de synthèse, qui en agriculture classique sont de toute façon très contrôlés. On peut en revanche obtenir des effets indésirables inattendus, comme ce mélange de graines de Datura avec du sarrasin en Bretagne, qui a été à l’origine de problèmes graves de santé pour les consommateurs.

En pointant la dégradation de la fertilité en agriculture mécanisée (qui peut d’ailleurs aller jusqu’au hors sol), l’agriculture biologique ne fait que rappeler une règle de base de toute l’agronomie classique. Les « bons » agriculteurs intensifs n’oublient jamais les amendements visant à maintenir la qualité biologique de leurs sols selon l’adage tout simple : « Qui vend son fumier vend son blé ». Cela nous enseigne également que la séparation géographique entre élevage et productions végétales est souvent une hérésie agronomique. La spécialisation et la monoculture qui sont des tendances naturelles facilitant le progrès technique et la commercialisation doivent de ce point de vue être remises en cause dans l’agriculture moderne qui doit maintenir assolements et rotations.

Rappelés de manière sommaire ces faits montrent que l’agriculture biologique ne résout pas elle seule les impasses de la productivité à outrance, d’autant moins qu’elle se prive (et prive également les autres par les faucheurs volontaires) des progrès gigantesques des biotechnologies. Pratiquée par des adeptes convaincus que nos vies sont menacées par Monsanto et compagnie, l’agriculture biologique authentique  a quelque chose de sympathique, et parfois folklorique quand elle est appliquée sans réelles connaissances, mais elle ne met pas en danger l’équilibre du monde. On ne peut pas en dire autant des Olibrius militants qui font du prosélytisme et de l’activisme. A cause d’eux le « bio » prend des allures déplaisantes de pratiques sectaires ou mystiques. Il n’y a pas une agriculture bio et une agriculture hérétique, cancérogène et empoisonneuse, il y a seulement une bonne agriculture, dite raisonnée, pratiquée par des professionnels  d’un haut niveau technique. Au lieu de tourner le dos à la science et de brandir des oukases,  les militants moustachus feraient bien de retourner à l’école pour retrouver un peu de bon sens.

12/10/2013

Les dix commandements des Verts - Les OGM jamais ne consommeras

 

 


 

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Vincent Van Gogh, La moisson en Provence


Pour ma part, je ne crois pas que les OGM soient plus toxiques que les pâtes Lustucru, mais ce n’est pas demain qu’on verra le gros Gégé notre Prince des Gastronomes et du Cinéma réunis vanter sur nos écrans les mérites du soja génétiquement modifié. La plupart des gens ont fini par se laisser convaincre que ces mystérieuses créations des agronomes ont quelque chose de diabolique, contraire aux lois de la nature. On peut l’expliquer par la complexité technologique du processus d’obtention de ces nouvelles plantes qui  ne peut être appréhendée sans une certaine connaissance de la biologie et de la génétique actuelles. Comme pour le réchauffement climatique le mystère scientifique permet aux maîtres de la communication de mobiliser l’opinion. Comment expliquer autrement que 80% des gens sont hostiles aux OGM, alors que la plupart des gens ignorent tout bonnement quelle est la réalité et le contenu d’une plante génétiquement modifiée ?

L’aversion « spontanée » du public pour ces plantes « modernes » n’a d’égale que la faveur qu’il accorde au jambon et au fromage bien de chez nous et proclamés tels sur tous les écrans avec l’accent du Berry. Le mode paysan, cher à José Bové a véritablement inspiré nos habitudes alimentaires. La tradition rustique est devenue  la qualité  principale des produits. On ne vante ni la teneur en matière sèche, ni la pureté bactériologique, ni le taux de sucre, la caution du grand père en béret basque suffit. On mesure ainsi toute l’inconséquence de nos consommateurs inspirés par leurs souvenirs du jardin familial, même si les pommes de terre étaient souvent galeuses en ce temps-là  et les tomates nécrosées. J’en veux d’autant plus aux responsables politiques qui enfourchent ce cheval de bataille qu’ils sont conscients de l’ahurissant quiproquo qu’ils construisent à propos de notre agriculture, qu’on détourne ainsi de la modernité.

En attaquant l’agriculture  intensive,  au lieu de combattre ses excès, on jette le bébé avec l’eau du bain. Comme écologiste, je proclame très haut que l’agriculture devra demeurer intensive,  et encore bien plus qu’aujourd’hui. Si nous voulons partager équitablement les territoires entre forêts et cultures, entre montagnes et marais, entre villes et vergers, il faut nécessairement réduire les surfaces labourées même si le nombre de bouches à nourrir augmente. Le seul moyen est d’accroître les rendements à l’hectare et pour atteindre cet objectif les OGM figurent comme l’arme principale.

Il est totalement justifié de contrôler, de diminuer, de supprimer s’il le faut, l’utilisation des pesticides, en particulier celle des insecticides qui sont des poisons redoutables et dans une mesure moindre celle des fongicides et des herbicides. Il se trouve que justement, les plantes génétiquement modifiées sont la voie vers l’obtention de plantes résistantes aux maladies et donc la voie principale pour rendre inutiles tous ces produits dangereux. Encore faudrait-il que le commun des mortels ne range pas dans la même catégorie ces pesticides et les engrais « chimiques » . Ah ! avec chimique tout est dit. Il y a un abîme extraordinaire entre le goût immodéré des Français pour une pharmacopée médicale pléthorique et la répulsion du chimique quand il s’agit d’agriculture !

Toute plante a besoin de sels minéraux (les fameux engrais !) qui sont des sels de N, P, K, S, Ca, Mg,  aux quels il faut ajouter une liste assez longue d’oligoéléments Fe, Co, Mn, Cu…etc). Le CO2 est absorbé par les feuilles lors de la photosynthèse (en rejetant de l’O2) et les sels minéraux par les racines à partir du sol. Le CO2 est inépuisable mais les sels minéraux sont en quantité limitée dans les sols, surtout NPK et on doit les remplacer en apportant des engrais, en proportion de ce que la récolte a prélevé sur le stock. L’agriculture sans engrais nous renvoie au moyen-âge quand on récoltait deux grains pour un. Aujourd’hui nous en sommes à 100 pour un et tout retour en arrière peut déclencher la rareté, la pénurie et la famine des populations les plus exposées.

L’obtention de nouvelles plantes par le génie génétique est donc la voie de recherche indispensable vers de meilleurs produits, moins chers à produire et plus respectueux de l’environnement. On sait que l’azote est un élément indispensable pour les cultures et qu’il faut en apporter des grandes quantités sous forme de nitrates ou d’ammo-nitrates. Or ces substances sont coûteuses à fabriquer par des procédés exigeant beaucoup d’énergie. On sait depuis très longtemps que les légumineuses (luzerne, pois, soja)  sont capables de se ravitailler en utilisant l’azote de l’air avec le concours de bactéries développant sur les racines des nodules réalisant les transformations nécessaires de l’azote gazeux pour l’incorporer dans les protéines végétales.

Imaginons qu’on puisse transférer et renforcer par génie génétique ce providentiel mécanisme  naturel sur des céréales, riz, blé, maïs ! Imaginons les millions de tonnes de nitrates économisées à travers le monde et la régulation qui stopperait les lessivages de nitrates intempestifs à l’origine de la pollution des nappes et des cours d’eau ! C’est donc avec un grand dépit que je vois des esprits soi-disant éclairés jouer contre le camp de la protection de la planète, au nom d’une idéologie mal digérée.

Malgré la réalité des choses observée sur des millions d’hectares de cultures OGM, produisant des centaines de millions de tonnes de céréales consommées dans de grandes parties du monde, les anti-OGM continuent de se battre pour que ces plantes soient interdites en Europe, en utilisant tous les arguments possibles. Ils accusent de conjuration les grandes firmes qualifiées d'empoisonneuses  détroussant les paysans et proclament la toxicité cachée de leurs produits. On nous joue les grands airs du complot international. On accuse Monsanto, mais Monsanto est à coup sûr le sauveur de l’humanité aujourd’hui. Qu’on attelle Bové et Lepage à l’araire de nos ânes d’antan et on verra le résultat ! Aucun de ces arguments ne résiste à l’examen mais dans l’opinion, les OGM sont réprouvés, et la recherche agronomique condamnée ! Les agriculteurs qui m’entourent ici ont vraiment une patience peu commune de se voir chaque jour vilipendés et traités en pestiférés.

Comme pour le réchauffement climatique on a quitté le terrain scientifique pour camper sur la philosophie et la politique, en jouant sur les émotions et les peurs. Pour prouver que la terre se réchauffe on prédit que les cyclones et les typhons vont être plus violents et plus nombreux, que la mer va tout envahir et que les ours blancs vont maigrir. Pour prouver la toxicité des OGM on exhibe des rats avec des tumeurs qui n’ont rien à voir !  Je ne pourrai jamais consentir à une telle dégradation de la logique et du rationnel. J’attends avec impatience un retournement de ce funeste état d’esprit, car l’avenir de nos sociétés en dépend.

03/10/2013

Les dix commandements des Verts- 5- Les gaz de schistes jamais ne puiseras


 

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Robert Delaunay, Hélice. Gouache 1923


Les gaz de schiste sont une pomme de discorde, une vraie bête à chagrin, propre à opposer et diviser les esprits, à faire de la polémique et à pousser les journalistes à dire n’importe quoi. Il est vrai que le fond de la question est principalement technique. Les USA qui réfléchissent en avançant ont amélioré nos connaissances sur le sujet. Ils démontrent chaque jour qu’il est possible d’exploiter de manière industrielle les huiles et les gaz piégés par les schistes, les roches mères constituées à grande profondeur au cours des temps géologiques. Il faut seulement libérer ces hydrocarbures et leur frayer un chemin dans la roche compacte pour pouvoir les extraire et les récupérer en surface.

La technique d’extraction est directement adaptée des méthodes traditionnelles des foreurs pétroliers. Au lieu d’un forage vertical on pratique une longue perforation oblique ou horizontale et on effectue  une fracturation avec de l’eau sous pression qui fait éclater les mini-failles de la roche en place. On maintient les espaces ouverts  en injectant du sable. Le tubage en place va remonter les gaz, essentiellement du méthane,  et les envoyer dans un réseau de collecte en surface qui les achemine jusqu’aux cuves de stockage. Ce sont des procédés simples et classiques à la portée d’entreprises quasiment artisanales comme nous le démontre l’exemple américain.

A priori il n’y a rien de dangereux pour l’homme et l’environnement. A ceci près que la fracturation demande beaucoup d’eau même si elle est  en partie recyclable malgré  l’addition de divers produits peu ragoûtants comme sables, détergents, anti mousses et antiseptiques. A ceci près aussi qu’il y a des fuites de gaz qui vont rejoindre les nappes d’eau souterraines ou bien directement l’atmosphère. Ceci arrive en particulier quand  le cimentage qui doit assurer l’étanchéité de la tuyauterie avec les roches est mal fait, ou quand on pratique des fracturations trop près des murs ou du toit des nappes aquifères. A ceci près aussi qu’on se trouve obligé de cimenter les chantiers d’extraction, de faire des routes, de construire des cuves de stockage du gaz, toute une infrastructure qui vient rogner les sols et les surfaces végétalisées du terroir d’exploitation. On participe ainsi à une perte supplémentaire d’espace agricole ou forestier qu’on peut quand même considérer comme réversible après épuisement de la ressource. De telles installations s’envisagent sans doute difficilement en zone urbaine, sauf peut-être dans des friches industrielles.

Il faut donc une maîtrise stricte des procédés industriels et  c’est le boulot des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens et des politiques de réglementation. Nous ne sommes pas dans des techniques épouvantables de complexité comme pour le nucléaire. Nous pouvons arrêter à tout moment le processus par le biais des permis de recherche et d’exploitation. Si le risque environnemental existe, il est réversible et ne représente sûrement  pas l’acuité d’un naufrage de tanker de 400 000 tonnes de pétrole lourd, et encore moins celle de l’implosion d’une centrale nucléaire. Aujourd’hui personne ne nie que l’exploitation des gaz de schistes nécessite un encadrement strict.

L’interdiction de l’exploration des ressources en  gaz de schistes s’est décidée en France avec les accords de Grenelle sous le gouvernement Fillon. Ce qui prouve que  vrai que les anti-pétrole ont gagné partout, à droite comme à gauche. Dans la réalité, les citoyens, verts ou pas, utilisent leurs véhicules comme d’habitude. Face à la crise, on se rend compte que le rejet absolu d’une évaluation préalable à une éventuelle exploitation dans des conditions environnementales satisfaisantes apparaît  comme un refus du réel.

A examiner sereinement les dangers de l’exploitation de ces nouvelles ressources on ne voit pas bien ce qu’elle présente de si dangereux qui  la mettrait à part des autres exploitations industrielles chimiques ou pétrolières dans l’Hexagone. Les techniques de forage utilisées sont celles de l’industrie pétrolière, connues, améliorées et sécurisées depuis un siècle. L’emprise au sol, les ingrédients utilisés, ne présentent aucun danger pour la planète, tout au plus risque-t-on des pollutions limitées et pas davantage que n’importe quelle  implantation industrielle de raffinage ou de transformation chimique. Les problèmes ne sont en aucun cas d’ordre scientifique ou technique, ils sont avant tout d’ordre réglementaire. Il faut que cette recherche et cette exploitation soient sévèrement encadrées pour éviter les entreprises non qualifiées et irresponsables.

En réalité ce que refusent les Verts c’est d’envisager d’exploiter une nouvelle source d’hydrocarbures, car une bonne part de l’idéologie verte repose sur l’épuisement des ressources pétrolières, lesquelles seraient  pour l’essentiel à l’origine de la pollution et du réchauffement climatique. Mais comment croire qu’il est moins dangereux de remplir notre réservoir avec  du pétrole d’Arabie Saoudite ou de Libye que de tenter d’utiliser éventuellement  les gaz de schistes français ? Comment peut-on mieux exprimer l’irrationnel ?

Quoiqu’il en soit, l’interdit  des gaz de schistes a pour résultat de priver notre pays d’une éventuelle ressource énergétique qui serait bien utile pour conduire la transition énergétique que les Verts réclament. Il faut innover certes, mais comment faire quand les caisses sont vides ? En attendant on fait perdre l’expertise à nos entreprises dans ce domaine  et on les pousse à investir hors de nos frontières. Au bout du compte,  on entretient un déficit commercial qui justement doit beaucoup à nos importations d’hydrocarbures.

Pour le moment il semble bien que l’embargo sur les gaz de schistes fait partie du deal entre les socialistes et les Verts, avec le nucléaire et les OGM, ce deal risque de coûter cher au pays. Je fais des vœux pour que la bulle écologique  éclate dans ce domaine et prenne des dimensions plus conformes avec la réalité d’aujourd’hui, ce qui ne doit pas nous empêcher d’explorer et d’expérimenter des énergies propres et durables, comme on va le faire dans le Raz Blanchard ! Les « Fermes pilotes » ont je l’espère un avenir prometteur mais pour le moment nous en sommes encore aux balbutiements : rendez-vous dans cinq ou dix ans !