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05/12/2013

Le fiasco scientifique de Séralini

 

 

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Les glaneuses de Millet


Il aura quand même fallu une bonne année pour que la « Food and chemical toxicology » se voie contrainte de retirer l’article de Mr Séralini et de ses sept colistiers !  De ma vie,  je n’ai jamais eu connaissance de pareille procédure. On imagine que les raisons qui ont conduit à son application ont du paraître assez impérieuses pour bouleverser les usages feutrés qui prévalent entre scientifiques. On voit à ce revirement combien la vigilance du comité de lecture et du directeur d’édition William Hayes a été surprise dans cette affaire. Trop souvent, quand un auteur est connu et que l’article revêt toutes les formes requises de la communication scientifique les comités éditoriaux font preuve d’une très grande bienveillance. Je me souviens qu’un même papier fut en première lecture refusé à un quidam pour être accepté ensuite d’un « patron » par une revue américaine très sérieuse. Ce qui est sans grande conséquence quand les conclusions de l’article sont consensuelles. Ce n’était hélas, pas le cas dans le travail de Séralini. Les résultats évoqués étaient tout simplement inattendus, voire révolutionnaires, et ont attiré l’attention de tous les spécialistes.  Comme de surcroît le « papier » faisait partie d’un plan de « com » délibéré (livre, film, télés), nul ne pouvait l’ignorer.

Je ne suis qu’un vieux biologiste de 75 ans à la mémoire défaillante, mais j’ai été moi-même immédiatement indigné par les résultats de Séralini (voir ma chronique Gaz de schistes du 21/09/2012 ). Alerté par la stratégie consistant à présenter des résultats aussi spectaculaires devant les médias sans plus de vérification,  j’ai été choqué par le protocole de recherche et la méthodologie expérimentale. On n’utilise pas des lignées de rats développant spontanément des tumeurs pour démontrer une éventuelle action (fort improbable par ailleurs) de carcinogénèse. J’en ai d’ailleurs piqué une grosse colère qui s’est traduite par une chronique « Séralini le bouffon ! » qui m’a valu une plainte en diffamation devant le TGI de Paris. J’ai retiré cette chronique en attendant la décision du tribunal, car je respecte le droit et la justice de mon pays. Je ne peux pas m’empêcher de penser avec ce dernier rebondissement que je ne suis pas seul dans la protestation.

J’ai été indigné par l’absolu manque de rigueur méthodologique mais je l’ai été tout autant par le mépris des règles déontologiques habituelles. Quand on se retrouve face à des résultats aussi surprenants, on commence par en discuter avec les pairs. Tout chercheur se doit d’exercer son autocritique et d’accepter de soumettre son travail à la sagacité de ses collègues qu’ils soient ou non bienveillants. Si on n’a pas le courage d’affronter cet examen habituellement tacite, c’est qu’on a quelque chose à cacher. Rappelons-nous comment Watson et Cricq ont élaboré leur double hélice dans la confrontation avec la communauté scientifique, certes ils n’ont pas toujours agi comme des modèles de vertu, mais au moins ne se sont-ils pas trompés ! L’opération Séralini ne s’est pas déroulée dans l’ouverture aux autres spécialistes, mais bien au contraire dans le secret et la paranoïa. On a même dû s’interroger sur l’endroit où avait eu lieu l’expérimentation et le suivi des élevages !

Il s’en suit que l’équipe Séralini a pu mettre en œuvre un protocole expérimental que n’importe quel biologiste de base aurait rejeté. Monsieur Séralini plaide la bonne foi et se méfiait semble-t-il de détracteurs payés par Monsanto. Ces mystères étaient bien commodes pour aller jusqu’au bout  d’une démarche scientifique incorrecte. Dans le cas présent, n’importe quel spécialiste admettant  la bonne foi du Professeur est de facto obligé de conclure à son incompétence. La  suite des évènements a parfaitement démontré la réalité de cette malheureuse alternative.

J’ai lu quelque part que la recherche scientifique devait être indépendante. Je pense pour ma part que tous les chercheurs sont motivés par une raison ou une autre qui les inspire au départ et nul n’est un pur esprit. On peut être lié bien sûr par des intérêts financiers mais on peut obéir  aussi à des raisons administratives ou idéologiques, voire de  vindicte personnelle ! L’indépendance n’est pas une condition de la qualité d’un travail de recherche, ce qui compte c’est la rigueur du raisonnement et la pertinence du protocole expérimental. La deuxième condition c’est le refus du secret (quand c’est possible) et la recherche du contrôle des pairs. Il me semble que ces conditions-là font partie de la déontologie universitaire et scientifique. Tout manquement conduit à des catastrophes, tôt ou tard.

Pour ma part j’explique le fiasco des travaux de Séralini par une volonté de démonstration non dépourvue d’idéologie, par le secret entourant la mise en œuvre du protocole et par la paranoïa attribuant aux industriels la volonté de lui nuire. Comment peut-on croire un seul instant qu’une entreprise florissante va risquer de tout perdre en se retrouvant au milieu d’un scandale sanitaire avéré ? Si j’étais actionnaire de Monsanto je proposerais illico de donner à Séralini tout l’argent qu’il veut pour aller au bout de sa démonstration, à la seule condition qu’il soumette ses protocoles expérimentaux à un comité d’experts librement choisi entre les deux parties, à la manière de celui qui vient de prononcer l’annulation du fameux article. Il y va de l’intérêt bien compris de l’entreprise, qui ne saurait se priver d’aucune compétence scientifique, mais aussi de l’avancement de la science. Cette malheureuse polémique contrarie peut-être Monsanto, mais je n’en suis pas sûr, en revanche elle provoque des dégâts sérieux dans les instituts agronomiques européens et nuit dangereusement aux capacités d’évolution de notre agriculture.

Commentaires

Les entreprises de l'agrochimie veulent gouverner le monde. Le monde n'est qu'un jeu pour elles, d'ailleurs. Elles se nomment elles-même les "global players" ...

Il suffit d'observer leurs tentatives actuelles pour "rationnaliser" la législation des pays d'amérique du sud - elles n'en sont pas á quelques délits près ... délit de manipulation de la communuauté scientifique en faveur des OGM, comme du temps de l'union soviétique et de la science communiste (Lyssenko...) avec pour conséquences les désastres que l'on sait.

L'OGM, c'est le non-respect de la vie, ainsi que de tout le travail de sélection des paysans depuis l'avénement de l'agriculture. Séralini a peut-être certes fait une étude à la rigueur contestable, mais sa cause est juste je pense. Et puis, quand on veut étudier quelquechose d'inconnu, au départ, on manque forcément de rigueur ...

Écrit par : couac | 22/12/2013

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