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26/01/2014

Un gourou en hiver

 

 

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 Peinture de Dominique Labadie

 

 

L’hiver va mal se terminer. Depuis des mois le soleil traîne sur l’horizon comme une limace moribonde. Les rafales de noroit jour et nuit font moutonner les landes. Elles finissent de déshabiller les saules et accrochent à leurs bras noirs des lambeaux de brume épaisse. Jusqu’aux grèves  se déroule un concert de plaintes aigues et de gémissements longs de violoncelles et de violons,  sur un fond funèbre de basses harmoniques entretenu par la mer qui gronde.

Les oiseaux muets se terrent dans les talus et la mère hérisson enrouée n’en peut plus d’appeler ses petits. Il n’y a pas de jeux de harpe dans les osiers, ni de diamants ou de verroterie chatoyante dans les houx ou les pruneliers, juste des larmes lourdes qui descendent des vieux troncs pour s’étaler en petites flaques sur les feuilles mortes en dentelles.

Silhouette fantômatique, mon âne me hèle du plus loin de sa voix de vieux druide appelant mille vierges à couper le gui dans la sombre forêt. Nous nous dévisageons comme deux inséparables troupiers. Son regard est tout en humilité frissonnante, comme un prêcheur derviche qui exige avant toute chose la sérénité fataliste.

-Tu en as de bonnes, vieil animal, la tragédie est passionnante, sauf quand elle touche à sa fin. Le dénouement sera terrible, il n’y aura pas de printemps, pas de primevères , pas de violettes !

Le bourricot placide dérogea à ses habitudes et prit la peine de me répondre. Je suis le gourou du village, chaque jour viennent me saluer des bandes de gamins ou des vieillards esseulés. Ils restent longuement bouche bée, à scruter mes grandes oreilles, parfois leur image se reflète dans le bleu de mes yeux. Ils comprennent tous la leçon. Il sera bien assez temps de s’effrayer au contact de la glaise humide et froide quand on aura sans le vouloir laisser échapper le dernier souffle, en attendant  vieux frère; tiens toi droit et continue ton chemin comme un véritable immortel. N’oublie pas ! Le troupeau des vivants n’a qu’une envie ! Piétiner allègrement la légion des morts

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