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08/03/2014

Le progrès oui ou non ?

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Claude Monet,  Antibes vue de Salis

 

Certains et ils sont nombreux,  jugent  que toutes  nos trouvailles  technologiques  n’apportent  pas forcément  d’amélioration à la vie humaine.  Les plus convaincus  pensent que la course à l’innovation et à la croissance met notre planète et donc l’espèce humaine en danger. Cette mise en cause est singulièrement préoccupante pour  un scientifique, qui  comme moi,  se dit progressiste et a toujours pensé que la science devait être au service du peuple et améliorer ses conditions d’existence.  Le fond de ma pensée est en effet optimiste et positiviste.

Pour justifier  ma position, j’ai besoin d’une longue vue spéciale, celle du très long terme. Chacun sait  que rien n’est immobile dans notre Univers. Tout bouge, tout change. Durant toute son existence notre planète  a subi des changements considérables : les pôles eux-mêmes ont changé de place et les calottes glaciaires aussi. Les continents  ont  voyagé , des montagnes se sont érigées puis rabotées, des espèces vivantes sont nées, ont fait florès et ont disparu. Comme des millions d’autres espèces, les grands reptiles n’ont pas survécu et les ammonites non plus . Chaque fois  ces révolutions ont fait naître un nouveau monde, plus compliqué, plus évolué. Visiblement la tendance générale dans le vivant est celle de la sophistication qui mène à une adaptation de plus en plus ingénieuse au milieu. Nous nous promenons sur les épaules de Darwin comme le dit si bien Ameisen.

L’homme est un des derniers arrivés dans l’arbre généalogique. Il en est aussi l’espèce la plus remarquable. Il a su franchir  la distance merveilleuse qui sépare un galet à facettes d’une tablette    en 100 000 ans. Il lui a fallu  80000 ans pour sécuriser son alimentation par la domestication des animaux et des plantes. En six mille ans nous avons remplacé l’esclavage par la machine à vapeur.  En deux siècles l’électricité nous a sortis des ténèbres et nous avons scellé notre victoire sur les famines et les grandes épidémies. En cinquante ans les distances ont été abolies.  En vingt ans la communication entre nous  est devenue générale et immédiate. In fine  notre espérance de vie a considérablement augmenté et le bien- être matériel s’est répandu dans tous les pays, y compris ceux qu’on qualifiait il y a vingt ans de sous-développés, même si c’est de manière très inégale. Les famines ont été vaincues en Inde et en Chine.

C’est à ce stade que certains accusent le progrès matériel de nous procurer des satisfactions illusoires.  En premier,  ils pensent que ce mouvement est trop inégal et mal partagé. Il est réservé à quelques privilégiés au détriment d’un grand nombre de laissés pour compte.

Le deuxième reproche est que ce «  soi-disant » progrès s’accompagne d’une pollution généralisée et de l’épuisement des ressources naturelles. Dans cette course au développement, l’homme en réalité marcherait à sa perte en sapant les bases naturelles de son essor et il placerait notre espèce sur la voie mortelle  de son extinction.

La dernière et troisième critique rappelle que l’argent ne fait pas le bonheur et que la recherche de la consommation et du confort n’aura jamais de limites. Nous nous livrerions  en réalité  à une quête permanente du moindre effort et de la sécurité,  qui sont des leurres et affaiblissent la résistance de l’espèce sans faire le bonheur des gens.

En réponse, nous devons bien admettre que le progrès n’est pas uniforme et que la misère existe encore pour un très grand nombre de gens. Le sort de ces personnes est bien sûr loin des conditions luxueuses connues dans les pays avancés et dans les régions qui donnent le la économique et créatif. Malgré cela, même si c’est avec des dizaines d’années de retard, le progrès finit par toucher les plus défavorisés ne serait-ce que par l’aide alimentaire et  la coopération médicale.  Chaque année de nouvelles couches de population bénéficient des vaccins, des antibiotiques, de l’ordinateur et du téléphone mobile et ceci d’ailleurs avec une rapidité déconcertante. Il faut clairement dire que la misère accompagne l’obscurantisme et l’analphabétisme. L’éducation des peuples est la base du progrès et entre dans un cercle vertueux en permettant pour tous une vie meilleure. On ne peut en conclure qu’une chose : il faut accélérer  la coopération, la communication, la formation…et  lutter contre les guerres et les tyrans.

Nous devons contester également  l’argument écologique. Certes, beaucoup de nos activités industrielles  ou agricoles qui s’accompagnent d’une incroyable urbanisation sont la cause de nuisances et de pollutions. L’homme moderne est conscient du danger. Chaque fois que c’est possible économiquement les arbitrages se font en faveur de la planète. Le charbon a sauvé nos forêts, le pétrole a épargné ce qui restait de baleines. Nous devons tous avoir en mémoire ce qu’ont pu être les dégâts de l’agriculture sur brulis et ceux du surpâturage, avant de pointer le doigt sur les dangers  de l’agriculture intensive  moderne. On doit se rappeler les  maladies répandues par les puits infestés d’autrefois et par les aliments mal conservés. L’écologie a un coût très élevé, elle est en quelque sorte un luxe accessible aux sociétés qui  sont assurées de la satisfaction de leurs besoins de base. Pour protéger notre planète nous devons sortir de la sauvagerie et ça ne peut-être que par l’innovation et la science. L’écologie ce n’est pas moins de science c’est au contraire une connaissance de plus en plus intime  des mécanismes de notre vie, de notre conservation et des ressources de notre terre. Il ne sert à rien de sauter les étapes pour se retrouver en permanence dans l’incantation, comme dans une procession mystique et mystificatrice.

La dernière question qui est celle du bonheur des gens  nous  envoie sur une fausse piste. Le bonheur est éminemment subjectif. Beaucoup de pauvres et heureusement, vivent  avec la joie au cœur et la satisfaction d’élever leurs enfants. Tendre son visage vers les premiers rayons du soleil au printemps est un bonheur gratuit et partagé par tous. Inversement des gens riches vivent malheureux comme des pierres entre stress et déprime, problèmes familiaux et déconvenues amoureuses.  La vraie question n’est pas celle du bonheur elle est celle  de l’autonomie des hommes.  La question principale est celle de la créativité et de la responsabilité. Autrement dit, la personne humaine  ne peut accéder  à la plénitude  que dans la liberté.  Pour y parvenir on voit bien que nous sommes tributaires de l’organisation démocratique de nos sociétés, de l’accès à l’école et à la santé. On imagine quelles sont les réserves d’imagination  et de créativité politique, technologique et artistique qui nous attendent !  Songeons que s’il avait pu bénéficier de la pénicilline Molière nous aurait laissé quelques chefs-d’œuvre supplémentaires et que si, il y a un siècle, nous avions su comme aujourd’hui opérer la cataracte, Claude Monet nous aurait peint  en plus quelques tableaux de génie !

On pourrait multiplier les exemples de cette sorte. Chaque homme sauvé, nourri, éduqué, est un trésor potentiel pour notre humanité. Nos sociétés aujourd’hui connectées représentent une force d’intelligence jamais égalée, une force exponentielle incroyable de créativité  que nous sommes impuissants à prévoir. L’histoire nous dit que l’humanité n’a jamais emprunté un chemin linéaire. Des civilisations entières ont resplendi et disparu, sur les bords du Nil, à Athènes ou à Rome mais elles ont toujours servi aux hommes pour mieux  rebondir.  A défaut  d’auto contrôle la bête humaine  trouve un moyen de régulation, qui est celui de la collectivité. A la fin des fins, notre avenir dépendra de notre organisation  politique et de notre savoir-faire social. Avis aux individualistes ! Prise dans son sens collectif, je suis persuadé que  l’espèce humaine a encore des beaux jours devant elle,  le progrès sera pour tout le monde ou ne sera pas.

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