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22/03/2014

Polichinelle ou Attila ?

 

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Le Printemps de Botticelli (1478)

 

 

Dans ma dernière chronique je décrivais  le cancre des écoles « Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et il est assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. » On assiste cette semaine à un nouvel épisode de la dramatique histoire du petit Nicolas.

Pendant son quinquennat j’ai toujours soupçonné Sarko d’employer des méthodes peu conformes avec le droit et d’afficher un style inquiétant d’activiste. Peu à peu, le microcosme de la haute fonction publique et le monde des affaires se sont mis à l’heure Sarkozy, Rolex exigée. Les média ont suivi, naturellement. Dassault, Bouygues, Lagardère, Bolloré étaient là pour y veiller. Nous n’étions qu’un tout petit nombre à protester contre l’immoralité publique, comme si il était admis une fois pour toutes que les puissants sont au-dessus des lois et que ce ne sont pas les juges à face « de petits pois » qui allaient y changer quelque chose. Je me souviens quand même que Vincent Peillon nous avait prévenus que « La République s’en trouverait durablement abaissée ».

La première confirmation vint justement de là où on n’aurait jamais dû la trouver. Le ministre du budget Cahuzac, soutenu d’ailleurs longtemps à droite (merci Médiapart) se trouva convaincu de fraude fiscale. Heureusement la justice put passer sans entraves avec diligence. Aujourd’hui ce n’est pas une seule affaire, c’est une charrette de casseroles que l’ex-Président doit traîner. On en connaît la liste. Pour le moment seuls des comparses sont mis en examen mais la justice prend tout son temps. Malgré tout, les écoutes téléphoniques pratiquées par la police et les juges, en toute légalité, rappelons- le, nous dessinent un Sarkozy sur le qui-vive et même aux abois, prêt à tout pour échapper aux mailles du filet judiciaire qui se resserre. Un innocent n’aurait aucun besoin de livrer des batailles qui le jettent dans des nouvelles infractions ! Comme un trafic d'influence et une tentative de corruption de fonctionnaire ! Ni d’utiliser un téléphone sous un faux nom !

Devant l’urgence M° Herzog qui s’en est pris aux juges dès le début de l’affaire Bettencourt, n’a pas renouvelé son système de défense et a soutenu avec l’aide de plusieurs centaines d’avocats que les écoutes pratiquées par les juges étaient illégitimes. Il n’est pas aisé de tordre le bras du droit à ce point et le clan Sarkozy a dû en prendre acte. Le droit prévoit tous les recours nécessaires dans ces cas de figure. Pourquoi ne pas les utiliser ?

Naturellement les gens de droite sont convaincus qu’il s’agit d’un complot du gouvernement Hollande. On y voit immédiatement l’abominable main noire de Christiane Taubira et, une fois n’est pas coutume «  le machiavélisme du gros mou» ! Ce nouveau Président que la droite ne cesse de vilipender comme  apathique, incapable et sans courage, retrouve d’un coup à ces yeux,  assez d’énergie pour ourdir un complot compliqué contre son principal adversaire ! L’aveuglement des gens est incroyable quand il s’agit de passion politique. La droite UMP est hystérisée par ses échecs successifs. Le duel Copé-Fillon, les écoutes du gourou Buisson dans lesquelles Sarko s’est fait avoir comme un gamin, la fuite en avant vers les idées du FN, meublent un champ de ruines politiques. La droite a mal au ventre, elle souffre d’aérophagie et éructe des borborygmes incohérents, mais répétitifs.

Dans un tel état d’énervement et d’incompréhension, les militants UMP  qui planent depuis son élection dans un état de détestation pour F. Hollande ne demandent qu’à croire l’incroyable et à imaginer l’inimaginable. Sarko l’a bien compris dans sa tribune du Figaro d’aujourd’hui. Pour lui, nous sommes dans une république bafouée qui rappelle les dictatures soviétiques, avec une police politique digne de la Stasi et du film « La vie des autres ». Il juge que nous subissons un gouvernement de menteurs et d’usurpateurs. Il considère que les juges syndiqués appliquent une justice politique, idéologique, qui veulent sa peau à lui,  l’ex-Président .  Soupçonné d’actes délictueux  qui ont donné lieu à l’ouverture d’informations judiciaires, il préfère contre-attaquer maintenant sans attendre leur issue normale. Il se décrit en victime d’un gouvernement irascible. Tout cela sans la moindre preuve.

Sarko est aux abois et nous tient un discours de faiblesse, de rage, de mauvaise foi et de peur. Une nouvelle fois il préfère contribuer à la dégradation de la vie publique par des accusations délirantes plutôt que de sortir par le haut d’affaires qui ne sont pas nécessairement criminelles et qui pourraient trouver un épilogue acceptable pour le droit et la morale. En pourrissant un peu plus la situation, l’ex-Président ne nous aura pas seulement légué six cents milliards de dettes en plus, il aura aussi durablement affaibli l’esprit civique  et donné un exemple exécrable aux jeunes générations. Nous aurons à en payer le prix encore très longtemps. Heureusement pour nous, il nous reste l’arrivée du Printemps et la méditation devant  les bourgeons qui s’épanouissent aux premiers rayons  du soleil.

 

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