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29/03/2014

La cacophonie des municipales

 

 

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Kandinsky, Une allée en Bohême

 

 

En une semaine les municipales ont balayé le ciel des affaires sarkozystes. Il faut bien faire de la place aux résultats électoraux et aux commentaires. Comme prévu et contre toute évidence on proclame que c’est l’échec du gouvernement. On réclame la tête d’Ayrault, affublé du nouveau qualificatif de crépusculaire ! Pour la gauche il faut plus de gauche et pour la droite, plus de droite. Le procès ne s’arrête pas là. Pour Copé et ses amis, Hollande est responsable de la montée du Front National. Alors que  pour les socialistes l’évidence est qu’en entretenant la connivence idéologique, c’est bien la droite qui avec Sarkozy, a libéré les militants et sympathisants de l’UMP de leurs derniers scrupules. Nous avons maintenant une droite sans entraves ni soucis humanistes, une droite forte, une droite décomplexée,  soudée d’ailleurs par la haine de la gauche exprimée dans les manifs pour tous. Du côté des écolos, de Mélanchon et du PC il faut « écouter le peuple » !

Ces querelles politiques qui semblent structurer les débats municipaux et l’agitation fébrile des médias, ne sont pourtant que l’écume des choses. Le gouvernement Ayrault et le Président Hollande l’ont dit haut et fort : « Notre priorité absolue est la reprise économique et la baisse du chômage ». Cet objectif n’est rejeté que par un nombre marginal d’écolos.

En 2012 toute la droite promettait que Hollande allait à la catastrophe et qu’avant Noël, nos taux d’intérêt allaient doubler et que nous ne pourrions pas échapper à la banqueroute. Il ne s’est rien passé de tel et la crise financière dont nous étions menacés à cause d’une dette accumulée sous Sarko a pu être jugulée, pendant que nos taux d’emprunt n’avaient rien à envier à ceux des Allemands.

Ce succès n’a pu être obtenu qu’avec des mesures d’austérité fiscale laissant attendre une certaine maîtrise du déficit budgétaire qui fut en partie réalisée en 2013. La défiance de la gauche et l’augmentation des impôts ont sans doute contribué à retarder la reprise économique qu’on pouvait attendre. Cette reprise est de toute façon bien molle en Europe et il ne faut compter que sur nos propres forces. Malheureusement nos entreprises sont anémiées dans beaucoup de secteurs. La crise de l’acier, la crise de l’automobile, la crise du bâtiment, la mollesse des banques, nous enseignent que les investisseurs n’ont pas su ou pu prendre les mesures d’innovation prospective nécessaires au redémarrage de notre économie. Les oukases écolos contre les OGM, les gaz de schiste, le nucléaire et les infrastructures nouvelles ne sont pas pour rien non plus dans la montée en gamme de notre pessimisme national et de notre manque de confiance.

Le pacte de compétitivité signé par les entreprises et les syndicats commence à produire ses effets. On admet aujourd’hui que l’austérité décidée pour freiner les déficits budgétaires entraîne également une diminution de la croissance. La baisse du coût du travail, devenu depuis peu identique à celui de l’Allemagne devrait restaurer la marge des entreprises et la reprise de l’investissement , donc favoriser les offres d’emploi. De tels mécanismes exigent plusieurs mois avant de trouver leur efficacité.

Quelques indices annoncent cette semaine un regain d’optimisme. Les contrats avec la Chine renforcent cette impression.  Aujourd’hui le gouvernement est au milieu du gué. Les impatiences à gauche devant la stagnation du pouvoir d’achat et la colère à droite  devant la hausse des impôts se conjuguent pour nourrir l’impopularité affligeante du gouvernement. Les seuls à le soutenir sont les partisans, dont je suis,  de l’idéologie social-démocrate du Président et de ses méthodes, soit un petit quart de l’opinion.

Dans ces conditions le théâtre des élections municipales ne peut être que défavorable à F. Hollande, quelles qu’en soient les raisons, bonnes ou mauvaises. Et je crois bien que les motivations populaires reposent sur des attentes, des méfiances, des incompréhensions qui diffèrent beaucoup  suivant les milieux sociaux. Dans les milieux populaires qui ne payent pas d’impôt sur le revenu (50% des ménages) on voudrait des aides à l’emploi et du pouvoir d’achat. Dans les classes moyennes on veut moins d’impôt et du travail bien rémunéré. Chez les plus riches on réclame la liberté d’entreprendre et l’amaigrissement de l’Etat et on juge la fiscalité exécrable, ne servant qu’à entretenir une classe de fonctionnaires inutiles et privilégiés. Si on ajoute à cela les enjeux idéologiques, partisans et sectaires, on voit bien qu’il est difficile de contenter tout le monde, car les demandes sont contradictoires. Comme de juste le gouvernement fait le plein des mécontentements

J’en conclus, sans doute à contre-courant, que le gouvernement n’a pas vraiment intérêt à courir après les uns et les autres qui s’expriment dans une belle cacophonie. On l’a vu avec les bonnets rouges et les pigeons divers. Les syndicats  représentent d’autres corporatismes. Le gouvernement  n’a que faire des mises en demeure et des ultimatums. Il doit continuer son action précautionneuse et réfléchie. Il doit prendre son temps. Notre pays doit être gouverné par ceux qui préfèrent la balance de pharmacien à la grosse caisse. Les médias voudraient imposer les fanfares qui font vendre du papier, il faut les obliger à parler du fond plutôt que d’agiter en permanence les chiffons rouges de la discorde et de la politique du pire.

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