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29/03/2014

La cacophonie des municipales

 

 

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Kandinsky, Une allée en Bohême

 

 

En une semaine les municipales ont balayé le ciel des affaires sarkozystes. Il faut bien faire de la place aux résultats électoraux et aux commentaires. Comme prévu et contre toute évidence on proclame que c’est l’échec du gouvernement. On réclame la tête d’Ayrault, affublé du nouveau qualificatif de crépusculaire ! Pour la gauche il faut plus de gauche et pour la droite, plus de droite. Le procès ne s’arrête pas là. Pour Copé et ses amis, Hollande est responsable de la montée du Front National. Alors que  pour les socialistes l’évidence est qu’en entretenant la connivence idéologique, c’est bien la droite qui avec Sarkozy, a libéré les militants et sympathisants de l’UMP de leurs derniers scrupules. Nous avons maintenant une droite sans entraves ni soucis humanistes, une droite forte, une droite décomplexée,  soudée d’ailleurs par la haine de la gauche exprimée dans les manifs pour tous. Du côté des écolos, de Mélanchon et du PC il faut « écouter le peuple » !

Ces querelles politiques qui semblent structurer les débats municipaux et l’agitation fébrile des médias, ne sont pourtant que l’écume des choses. Le gouvernement Ayrault et le Président Hollande l’ont dit haut et fort : « Notre priorité absolue est la reprise économique et la baisse du chômage ». Cet objectif n’est rejeté que par un nombre marginal d’écolos.

En 2012 toute la droite promettait que Hollande allait à la catastrophe et qu’avant Noël, nos taux d’intérêt allaient doubler et que nous ne pourrions pas échapper à la banqueroute. Il ne s’est rien passé de tel et la crise financière dont nous étions menacés à cause d’une dette accumulée sous Sarko a pu être jugulée, pendant que nos taux d’emprunt n’avaient rien à envier à ceux des Allemands.

Ce succès n’a pu être obtenu qu’avec des mesures d’austérité fiscale laissant attendre une certaine maîtrise du déficit budgétaire qui fut en partie réalisée en 2013. La défiance de la gauche et l’augmentation des impôts ont sans doute contribué à retarder la reprise économique qu’on pouvait attendre. Cette reprise est de toute façon bien molle en Europe et il ne faut compter que sur nos propres forces. Malheureusement nos entreprises sont anémiées dans beaucoup de secteurs. La crise de l’acier, la crise de l’automobile, la crise du bâtiment, la mollesse des banques, nous enseignent que les investisseurs n’ont pas su ou pu prendre les mesures d’innovation prospective nécessaires au redémarrage de notre économie. Les oukases écolos contre les OGM, les gaz de schiste, le nucléaire et les infrastructures nouvelles ne sont pas pour rien non plus dans la montée en gamme de notre pessimisme national et de notre manque de confiance.

Le pacte de compétitivité signé par les entreprises et les syndicats commence à produire ses effets. On admet aujourd’hui que l’austérité décidée pour freiner les déficits budgétaires entraîne également une diminution de la croissance. La baisse du coût du travail, devenu depuis peu identique à celui de l’Allemagne devrait restaurer la marge des entreprises et la reprise de l’investissement , donc favoriser les offres d’emploi. De tels mécanismes exigent plusieurs mois avant de trouver leur efficacité.

Quelques indices annoncent cette semaine un regain d’optimisme. Les contrats avec la Chine renforcent cette impression.  Aujourd’hui le gouvernement est au milieu du gué. Les impatiences à gauche devant la stagnation du pouvoir d’achat et la colère à droite  devant la hausse des impôts se conjuguent pour nourrir l’impopularité affligeante du gouvernement. Les seuls à le soutenir sont les partisans, dont je suis,  de l’idéologie social-démocrate du Président et de ses méthodes, soit un petit quart de l’opinion.

Dans ces conditions le théâtre des élections municipales ne peut être que défavorable à F. Hollande, quelles qu’en soient les raisons, bonnes ou mauvaises. Et je crois bien que les motivations populaires reposent sur des attentes, des méfiances, des incompréhensions qui diffèrent beaucoup  suivant les milieux sociaux. Dans les milieux populaires qui ne payent pas d’impôt sur le revenu (50% des ménages) on voudrait des aides à l’emploi et du pouvoir d’achat. Dans les classes moyennes on veut moins d’impôt et du travail bien rémunéré. Chez les plus riches on réclame la liberté d’entreprendre et l’amaigrissement de l’Etat et on juge la fiscalité exécrable, ne servant qu’à entretenir une classe de fonctionnaires inutiles et privilégiés. Si on ajoute à cela les enjeux idéologiques, partisans et sectaires, on voit bien qu’il est difficile de contenter tout le monde, car les demandes sont contradictoires. Comme de juste le gouvernement fait le plein des mécontentements

J’en conclus, sans doute à contre-courant, que le gouvernement n’a pas vraiment intérêt à courir après les uns et les autres qui s’expriment dans une belle cacophonie. On l’a vu avec les bonnets rouges et les pigeons divers. Les syndicats  représentent d’autres corporatismes. Le gouvernement  n’a que faire des mises en demeure et des ultimatums. Il doit continuer son action précautionneuse et réfléchie. Il doit prendre son temps. Notre pays doit être gouverné par ceux qui préfèrent la balance de pharmacien à la grosse caisse. Les médias voudraient imposer les fanfares qui font vendre du papier, il faut les obliger à parler du fond plutôt que d’agiter en permanence les chiffons rouges de la discorde et de la politique du pire.

22/03/2014

Polichinelle ou Attila ?

 

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Le Printemps de Botticelli (1478)

 

 

Dans ma dernière chronique je décrivais  le cancre des écoles « Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et il est assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. » On assiste cette semaine à un nouvel épisode de la dramatique histoire du petit Nicolas.

Pendant son quinquennat j’ai toujours soupçonné Sarko d’employer des méthodes peu conformes avec le droit et d’afficher un style inquiétant d’activiste. Peu à peu, le microcosme de la haute fonction publique et le monde des affaires se sont mis à l’heure Sarkozy, Rolex exigée. Les média ont suivi, naturellement. Dassault, Bouygues, Lagardère, Bolloré étaient là pour y veiller. Nous n’étions qu’un tout petit nombre à protester contre l’immoralité publique, comme si il était admis une fois pour toutes que les puissants sont au-dessus des lois et que ce ne sont pas les juges à face « de petits pois » qui allaient y changer quelque chose. Je me souviens quand même que Vincent Peillon nous avait prévenus que « La République s’en trouverait durablement abaissée ».

La première confirmation vint justement de là où on n’aurait jamais dû la trouver. Le ministre du budget Cahuzac, soutenu d’ailleurs longtemps à droite (merci Médiapart) se trouva convaincu de fraude fiscale. Heureusement la justice put passer sans entraves avec diligence. Aujourd’hui ce n’est pas une seule affaire, c’est une charrette de casseroles que l’ex-Président doit traîner. On en connaît la liste. Pour le moment seuls des comparses sont mis en examen mais la justice prend tout son temps. Malgré tout, les écoutes téléphoniques pratiquées par la police et les juges, en toute légalité, rappelons- le, nous dessinent un Sarkozy sur le qui-vive et même aux abois, prêt à tout pour échapper aux mailles du filet judiciaire qui se resserre. Un innocent n’aurait aucun besoin de livrer des batailles qui le jettent dans des nouvelles infractions ! Comme un trafic d'influence et une tentative de corruption de fonctionnaire ! Ni d’utiliser un téléphone sous un faux nom !

Devant l’urgence M° Herzog qui s’en est pris aux juges dès le début de l’affaire Bettencourt, n’a pas renouvelé son système de défense et a soutenu avec l’aide de plusieurs centaines d’avocats que les écoutes pratiquées par les juges étaient illégitimes. Il n’est pas aisé de tordre le bras du droit à ce point et le clan Sarkozy a dû en prendre acte. Le droit prévoit tous les recours nécessaires dans ces cas de figure. Pourquoi ne pas les utiliser ?

Naturellement les gens de droite sont convaincus qu’il s’agit d’un complot du gouvernement Hollande. On y voit immédiatement l’abominable main noire de Christiane Taubira et, une fois n’est pas coutume «  le machiavélisme du gros mou» ! Ce nouveau Président que la droite ne cesse de vilipender comme  apathique, incapable et sans courage, retrouve d’un coup à ces yeux,  assez d’énergie pour ourdir un complot compliqué contre son principal adversaire ! L’aveuglement des gens est incroyable quand il s’agit de passion politique. La droite UMP est hystérisée par ses échecs successifs. Le duel Copé-Fillon, les écoutes du gourou Buisson dans lesquelles Sarko s’est fait avoir comme un gamin, la fuite en avant vers les idées du FN, meublent un champ de ruines politiques. La droite a mal au ventre, elle souffre d’aérophagie et éructe des borborygmes incohérents, mais répétitifs.

Dans un tel état d’énervement et d’incompréhension, les militants UMP  qui planent depuis son élection dans un état de détestation pour F. Hollande ne demandent qu’à croire l’incroyable et à imaginer l’inimaginable. Sarko l’a bien compris dans sa tribune du Figaro d’aujourd’hui. Pour lui, nous sommes dans une république bafouée qui rappelle les dictatures soviétiques, avec une police politique digne de la Stasi et du film « La vie des autres ». Il juge que nous subissons un gouvernement de menteurs et d’usurpateurs. Il considère que les juges syndiqués appliquent une justice politique, idéologique, qui veulent sa peau à lui,  l’ex-Président .  Soupçonné d’actes délictueux  qui ont donné lieu à l’ouverture d’informations judiciaires, il préfère contre-attaquer maintenant sans attendre leur issue normale. Il se décrit en victime d’un gouvernement irascible. Tout cela sans la moindre preuve.

Sarko est aux abois et nous tient un discours de faiblesse, de rage, de mauvaise foi et de peur. Une nouvelle fois il préfère contribuer à la dégradation de la vie publique par des accusations délirantes plutôt que de sortir par le haut d’affaires qui ne sont pas nécessairement criminelles et qui pourraient trouver un épilogue acceptable pour le droit et la morale. En pourrissant un peu plus la situation, l’ex-Président ne nous aura pas seulement légué six cents milliards de dettes en plus, il aura aussi durablement affaibli l’esprit civique  et donné un exemple exécrable aux jeunes générations. Nous aurons à en payer le prix encore très longtemps. Heureusement pour nous, il nous reste l’arrivée du Printemps et la méditation devant  les bourgeons qui s’épanouissent aux premiers rayons  du soleil.

 

15/03/2014

La fin des truands ?

 

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 Manao Pupapau de Paul Gauguin

L’ancien Président  est-il vraiment la victime d’acharnement  de la part des juges ?  Ses amis sont horrifiés et en particulier cet imbécile  lunaire de Guaino, qui est capable  en clerc servile de défendre  l’indéfendable. Pour Guaino,  la justice doit être aux ordres de Sarko, comme elle l’a toujours été pendant son quinquennat. Ce n’est pas par hasard si celui-ci  avait confié la Garde des Sceaux à une de ses créatures, la sublime Rachida Dati, la belle aventurière prête à tout. Et devinez qui était secrétaire général du ministère de la justice à cette époque, le magistrat G. Azibert au-dessus de tout soupçon !  Qu’il puisse  renseigner l’avocat de Sarkozi , Me Herzog sur les travaux de la Cour de Cassation est bien sûr impensable ! Encore moins en échange d’un petit coup de pouce pour obtenir une prébende à Monaco !

On ne tire pas les ficelles du clientélisme sans précautions. Le bâtonnier de Paris légalement prévenu avait passé le message, vous êtes sur écoute mes chers amis ! Qu’à cela ne tienne, les truands le font bien…Il suffit de se procurer un téléphone sous un faux nom. Celui de Pierre Bismuth. Bravo, nous approchons d’Al Capone, celui que les Incorruptibles étaient incapables de prendre en flag.  Malgré l’accumulation des enquêtes et les  soupçons,  Sarko  reste insaisissable, Karachi, Tapie, Khadafi, Bettencourt, Buisson, on approche, on trouve des amis, des comparses, des Takiedine, Gaubert, Balkany, Copé, Léotard, Woerth, Hortefeux,  des lieutenants, des dévoués,  mais jamais le principal. Sarko est un juriste, il sait ce que ça veut dire d’être pris la main dans le sac !

 

D’ailleurs les gens de droite sont admiratifs. Ils pensent qu’il s’agit là de la meilleure façon de gouverner  et considèrent que les tricheries répétées avec le droit sont  autant de malices qui font de Sarko un vrai chef débrouillard, futé et « capable ». Il faudrait vraiment se poser la question. Ces gens-là ont-ils raison ?  Assistons-nous  vraiment, comme ils le clament à une chasse  à l’homme  organisée par les robins  et commanditée par des comploteurs du Parti Socialiste  au service de François Hollande? Qui d’autre peut bien tramer ce complot qui  s’apparente à une tentative de coup d’état, (même si  l’ancien Président a été battu aux élections) ? Sarko est soupçonné sans cesse de multiples manquements ! On a ouvert  des enquêtes à tout va ! Toujours innocent ! Jamais de preuves ! Quelle incurie des juges, quelle légèreté !  On veut abattre notre Nicolas. Ses adversaires politiques veulent sa peau et ce ne peut-être que les socialistes, c’est-à-dire François Hollande lui-même, CQFD.

 

Malgré l’évidence  qu’en France,  la gauche n’a jamais été l’adepte des traquenards judiciaires et des coups montés, car c’est contraire à sa culture (on ne va pas volontiers chez les flics et chez les juges), la droite continue de lui lancer à la figure ses propres turpitudes. On a beau avoir mis en examen  notre Cahuzac en un temps record, il sert toujours  de relance. De même pour les écoutes de François Mitterrand, même si celles-ci n’avaient rien de politique et étaient plutôt dictées par la protection du Président que par la volonté de nuire à ses adversaires ! Qu’on se rappelle les affaires Boulin, Pompidou, Giscard, Chirac, elles étaient  toutes  dues aux fermentations  incestueuses des Divers Droite. Et qui trouve-t-on à la manœuvre  pour orchestrer la mise en onde ? Les éditorialistes du Figaro, omniprésents ! Et le Figaro, c’est Dassault, lui-même soupçonné d’avoir acheté des électeurs ! Dont ils ne disent jamais mot, ces vendus !

Ooooh ! Ne me faites pas dire que la vertu est à gauche et que le vice est à droite. Non. Je pense seulement que nous avons à gauche nos vices propres, souvent liés à l’appétit de revanche sociale, au goût pour le pouvoir et à la cupidité. On adore les petits profits à la carte bleue et les soutiens illicites aux associations. Dans certains cas aussi des tricheries à la Cahuzac, ou bien quand on est corse, des opérations de maffiosi. On aime ainsi se cacher derrière la notion d’intérêt public pour servir ses propres intérêts.

A droite on préfère les machinations, les pièges, les coups tordus montés en y mêlant l’appareil d’état, avec la complicité des hauts fonctionnaires qui sont rarement des rouges, on les vire avant ! Voyez le magnifique combat Sarkozi-Villepin ! (Encore lui !). On aime aussi les emplois fictifs et les marchés truqués de grande ampleur, les services rendus en récompense de la complicité et de la connivence. On adore les hommes de main et les hommes de paille !

Avec un cynisme incroyable! Plus c’est gros, plus ça passe !  Depuis la campagne présidentielle, l’accusation préférée de la droite est de traiter François Hollande de menteur et tous les socialistes idem. Ça ne mange pas de pain et il n’y a pas besoin de prouver quoique ce soit tant la vérité est à géométrie variable. De plus ça ne vaut rien devant les tribunaux ! Ainsi Copé s’en va chaque matin réclamer la  démission de Christianne Taubira pour cause de mensonge ! Alors qu’il est lui-même coincé dans une information judiciaire  concernant les finances suspectes de son propre Parti, l’UMP ! Un rien de plus , on allait accuser la Ministre d’être elle-même coupable des forfaits que les juges instruisent !

Comme souvent en pareil cas, ce sont les truands qui gagnent. Ils n’ont aucun respect de la vérité et  des personnes. Ils manient l’amalgame, les calomnies et les insultes. Ils travaillent en meute. Les suicidés politiques sont à gauche  et le dernier,  emblématique,  c’est Bérégovoy ! Heureusement que notre Taubira est pleine de vie, belle, généreuse, cultivée, poète et qu’elle est devenue  l’icône  de la gauche, sinon je vois très bien comment des officines  glauques  peuvent préparer sa mort politique avec un terrible cynisme. Tenez bon Madame la Ministre, on vous aime ! Soyons vigilants, quand des parents peuvent apprendre le racisme à des enfants de sept ans, ils peuvent aussi fourbir dans les granges et les sacristies des armes plus pétantes. Il faut renforcer la garde rapprochée de la Ministre  et aussi la protéger contre elle-même. La générosité marche rarement avec  ces ennemis-là.

Mais la partie n’est pas finie et pourrait bien faire pschitt, comme l’avait déclaré Chirac. Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. Tous les truands utilisent la technique, accuser les autres pour se disculper. Mais on a changé  le maître d’école. La justice  peut se revendiquer d’une certaine indépendance. Je suis sûr qu’elle va avoir à cœur d’aller au bout de ses enquêtes  et qu’on finira par pincer les vrais coupables. Certains jouent déjà forfait et se font porter pâles, des Xavier Bertrand, des Lemaire, des Pécresse, des Wauquiez, Baroin et bien d’autres brillent par leur absence dans ce combat douteux. Sans doute auront-ils à cœur de présenter une autre image de la politique  que celle du clan Sarkozy. Est-ce le début d’une victoire pour tous... et surtout pour la France,  à moyen terme ?

08/03/2014

Le progrès oui ou non ?

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Claude Monet,  Antibes vue de Salis

 

Certains et ils sont nombreux,  jugent  que toutes  nos trouvailles  technologiques  n’apportent  pas forcément  d’amélioration à la vie humaine.  Les plus convaincus  pensent que la course à l’innovation et à la croissance met notre planète et donc l’espèce humaine en danger. Cette mise en cause est singulièrement préoccupante pour  un scientifique, qui  comme moi,  se dit progressiste et a toujours pensé que la science devait être au service du peuple et améliorer ses conditions d’existence.  Le fond de ma pensée est en effet optimiste et positiviste.

Pour justifier  ma position, j’ai besoin d’une longue vue spéciale, celle du très long terme. Chacun sait  que rien n’est immobile dans notre Univers. Tout bouge, tout change. Durant toute son existence notre planète  a subi des changements considérables : les pôles eux-mêmes ont changé de place et les calottes glaciaires aussi. Les continents  ont  voyagé , des montagnes se sont érigées puis rabotées, des espèces vivantes sont nées, ont fait florès et ont disparu. Comme des millions d’autres espèces, les grands reptiles n’ont pas survécu et les ammonites non plus . Chaque fois  ces révolutions ont fait naître un nouveau monde, plus compliqué, plus évolué. Visiblement la tendance générale dans le vivant est celle de la sophistication qui mène à une adaptation de plus en plus ingénieuse au milieu. Nous nous promenons sur les épaules de Darwin comme le dit si bien Ameisen.

L’homme est un des derniers arrivés dans l’arbre généalogique. Il en est aussi l’espèce la plus remarquable. Il a su franchir  la distance merveilleuse qui sépare un galet à facettes d’une tablette    en 100 000 ans. Il lui a fallu  80000 ans pour sécuriser son alimentation par la domestication des animaux et des plantes. En six mille ans nous avons remplacé l’esclavage par la machine à vapeur.  En deux siècles l’électricité nous a sortis des ténèbres et nous avons scellé notre victoire sur les famines et les grandes épidémies. En cinquante ans les distances ont été abolies.  En vingt ans la communication entre nous  est devenue générale et immédiate. In fine  notre espérance de vie a considérablement augmenté et le bien- être matériel s’est répandu dans tous les pays, y compris ceux qu’on qualifiait il y a vingt ans de sous-développés, même si c’est de manière très inégale. Les famines ont été vaincues en Inde et en Chine.

C’est à ce stade que certains accusent le progrès matériel de nous procurer des satisfactions illusoires.  En premier,  ils pensent que ce mouvement est trop inégal et mal partagé. Il est réservé à quelques privilégiés au détriment d’un grand nombre de laissés pour compte.

Le deuxième reproche est que ce «  soi-disant » progrès s’accompagne d’une pollution généralisée et de l’épuisement des ressources naturelles. Dans cette course au développement, l’homme en réalité marcherait à sa perte en sapant les bases naturelles de son essor et il placerait notre espèce sur la voie mortelle  de son extinction.

La dernière et troisième critique rappelle que l’argent ne fait pas le bonheur et que la recherche de la consommation et du confort n’aura jamais de limites. Nous nous livrerions  en réalité  à une quête permanente du moindre effort et de la sécurité,  qui sont des leurres et affaiblissent la résistance de l’espèce sans faire le bonheur des gens.

En réponse, nous devons bien admettre que le progrès n’est pas uniforme et que la misère existe encore pour un très grand nombre de gens. Le sort de ces personnes est bien sûr loin des conditions luxueuses connues dans les pays avancés et dans les régions qui donnent le la économique et créatif. Malgré cela, même si c’est avec des dizaines d’années de retard, le progrès finit par toucher les plus défavorisés ne serait-ce que par l’aide alimentaire et  la coopération médicale.  Chaque année de nouvelles couches de population bénéficient des vaccins, des antibiotiques, de l’ordinateur et du téléphone mobile et ceci d’ailleurs avec une rapidité déconcertante. Il faut clairement dire que la misère accompagne l’obscurantisme et l’analphabétisme. L’éducation des peuples est la base du progrès et entre dans un cercle vertueux en permettant pour tous une vie meilleure. On ne peut en conclure qu’une chose : il faut accélérer  la coopération, la communication, la formation…et  lutter contre les guerres et les tyrans.

Nous devons contester également  l’argument écologique. Certes, beaucoup de nos activités industrielles  ou agricoles qui s’accompagnent d’une incroyable urbanisation sont la cause de nuisances et de pollutions. L’homme moderne est conscient du danger. Chaque fois que c’est possible économiquement les arbitrages se font en faveur de la planète. Le charbon a sauvé nos forêts, le pétrole a épargné ce qui restait de baleines. Nous devons tous avoir en mémoire ce qu’ont pu être les dégâts de l’agriculture sur brulis et ceux du surpâturage, avant de pointer le doigt sur les dangers  de l’agriculture intensive  moderne. On doit se rappeler les  maladies répandues par les puits infestés d’autrefois et par les aliments mal conservés. L’écologie a un coût très élevé, elle est en quelque sorte un luxe accessible aux sociétés qui  sont assurées de la satisfaction de leurs besoins de base. Pour protéger notre planète nous devons sortir de la sauvagerie et ça ne peut-être que par l’innovation et la science. L’écologie ce n’est pas moins de science c’est au contraire une connaissance de plus en plus intime  des mécanismes de notre vie, de notre conservation et des ressources de notre terre. Il ne sert à rien de sauter les étapes pour se retrouver en permanence dans l’incantation, comme dans une procession mystique et mystificatrice.

La dernière question qui est celle du bonheur des gens  nous  envoie sur une fausse piste. Le bonheur est éminemment subjectif. Beaucoup de pauvres et heureusement, vivent  avec la joie au cœur et la satisfaction d’élever leurs enfants. Tendre son visage vers les premiers rayons du soleil au printemps est un bonheur gratuit et partagé par tous. Inversement des gens riches vivent malheureux comme des pierres entre stress et déprime, problèmes familiaux et déconvenues amoureuses.  La vraie question n’est pas celle du bonheur elle est celle  de l’autonomie des hommes.  La question principale est celle de la créativité et de la responsabilité. Autrement dit, la personne humaine  ne peut accéder  à la plénitude  que dans la liberté.  Pour y parvenir on voit bien que nous sommes tributaires de l’organisation démocratique de nos sociétés, de l’accès à l’école et à la santé. On imagine quelles sont les réserves d’imagination  et de créativité politique, technologique et artistique qui nous attendent !  Songeons que s’il avait pu bénéficier de la pénicilline Molière nous aurait laissé quelques chefs-d’œuvre supplémentaires et que si, il y a un siècle, nous avions su comme aujourd’hui opérer la cataracte, Claude Monet nous aurait peint  en plus quelques tableaux de génie !

On pourrait multiplier les exemples de cette sorte. Chaque homme sauvé, nourri, éduqué, est un trésor potentiel pour notre humanité. Nos sociétés aujourd’hui connectées représentent une force d’intelligence jamais égalée, une force exponentielle incroyable de créativité  que nous sommes impuissants à prévoir. L’histoire nous dit que l’humanité n’a jamais emprunté un chemin linéaire. Des civilisations entières ont resplendi et disparu, sur les bords du Nil, à Athènes ou à Rome mais elles ont toujours servi aux hommes pour mieux  rebondir.  A défaut  d’auto contrôle la bête humaine  trouve un moyen de régulation, qui est celui de la collectivité. A la fin des fins, notre avenir dépendra de notre organisation  politique et de notre savoir-faire social. Avis aux individualistes ! Prise dans son sens collectif, je suis persuadé que  l’espèce humaine a encore des beaux jours devant elle,  le progrès sera pour tout le monde ou ne sera pas.