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17/05/2014

Joli mois de mai ...

 

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Henri Matisse : Le bonheur de vivre

 

Sur le flanc des coteaux les chevaux dévalent en fulgurante cavalcade, à travers  le tapis des prairies fleuries et le damier des ormes  devenus de plantureux porte-étendard.

Les écrans de mon enfance s’allument comme à Las Vegas. Ils  lancent des éclairs à l'image de cette anguille qui sillonne les pierres de la rivière musicale et entêtée. Dessous les branches, les écrevisses mènent de furieuses batailles pendant que la biche boit  et que le martin-pêcheur file entre les saules.

A la sortie du bois,  les dames jacassent au lavoir en tordant les draps de leurs bras musculeux, bien campées sur leurs fesses massives. Elles dilatent leur généreux poitrail  pour mieux respirer et hausser la voix. Jean,  l’homme qui mène son percheron à l’abreuvoir leur lance des quolibets envieux qui raillent leurs attraits. L’étalon à l’unisson fume des naseaux et gratte du sabot en voyant ses femmes brasser l’eau savonneuse. Instant de grâce, il tire sur sa longe et va seul boire à l’ombre de l’aubépine rose.

Dans le pré du bas sèche l’herbe tendre. En prenant les andins de ma fourche légère en bois de frêne je retourne les herbes odorantes de menthe et de camomille. Devant moi marche Maria, balançant du même pas. Je ne vois que sa taille souple et son beau cul qui rythme la marche, sous sa blouse légère. En bas coule la rivière et s’agitent les peupliers dans l’air tiède de l’après-midi.

Ainsi naissait le désir par une belle soirée de printemps. Je me moquais des tocsins et j’ignorais les cimetières. Je me rendais à l’église pour écouter et admirer la fille charmeuse et inoubliable qui jouait si bien de l’harmonium, en inclinant son chignon opulent. J’étais comme un grain de blé qui germe, qui grandit et qui fleurit.

Les moissons et les vendanges n’ont cessé de  se succéder dans ma longue vie. Aujourd’hui passent et repassent les charrettes de la mémoire. Elles convoient inlassablement  l'ultime  consolation des vieillards interdits et transis qui tendent leurs corps fatigués aux rayons doux du soleil de mai..

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