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30/05/2014

L'inconstance

 

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Le vaisseau de guerre de Giacomo Balla

 

 

Nous venons de vivre une terrible semaine qui n’a pas grand-chose à voir avec la fête de l’Ascension . Il s’agit plutôt d’une descente aux enfers que d’une montée au paradis. Je passe sans trop m’émouvoir sur les tribulations de l’UMP. Je n’ai pas de sympathie pour le clan Copé-Sarkozy auquel j’ai toujours reproché des méthodes frisant l’illégalité. On ne compte plus les enquêtes policières autour de ces deux-là. Imperturbables ils renvoient toujours au même système de défense utilisé d’instinct par les truands. Ils ignorent tout de la question. Ils n’étaient pas là. Et s’il est arrivé quelque chose c’est sans doute les subalternes qui sont responsables. Incroyable ! Inadmissible !

J’attache plus de prix à ce qui nous arrive à gauche ; le succès du FN, et l’échec des socialistes ne peuvent me laisser indifférent. Il me faut admettre que Hollande n’entraîne pas les foules, mais nous savons bien que ce n’est pas dans nos gènes de nous laisser bercer par les grandes tirades des chefs. L’esprit critique est cultivé à l’excès dans nos rangs. Depuis la cinquième, on doit constater qu’à peine nos leaders élus, nos militants et sympathisants qui viennent de déposer pinceaux et pots de colle, reprennent leur fusil à tirer dans les coins et commencent à canarder ceux- là même qu’ils ont portés au succès.

Je me souviens de Mitterrand pour lequel je n’avais pas vraiment d’estime qui fut l’objet dès son élection des critiques des gens de notre parti. Avec Jospin les mêmes votaient Taubira ou Chevenement. Avec Hollande le phénomène se répète en faisant diversion avec les Verts ou avec Mélanchon. Cette attitude de nos militants est complètement incohérente et stérile car elle ne mène pas à des majorités de rechange. Elle paralyse l’action et in fine conduit à l’échec politique.

Car enfin, il y a un temps pour la discussion et la communication des idées. Cela se matérialise par des votes sur les motions ou sur le choix des hommes. Il faut reconnaître  que notre démocratie dans le parti est assez souvent formelle et contournée par des gros malins qui ont des gros appétits. Par expérience je sais que ces gens prospèrent sur l’insuffisance du travail de réflexion dans les sections. Ce qui est certain c’est que les occasions ne manquent pas pour s’exprimer dans les phases préparatoires de l’action. Après qu’on soit passé au vote, il est trop tard.

Car il faut bien dire que la minorité doit se ranger derrière la majorité, sinon aucune action démocratique n’est possible. Le fait d’appartenir à un même parti entraîne ipso facto un lien de solidarité, dans le succès comme dans l’échec. Les décisions étant prises il n’y a plus de place pour les juges de paix qui continuent à distribuer à leur gré les bons et les mauvais points. Même les armées révolutionnaires obéissent à leurs chefs ! En écoutant M.N. Lienemann sur Canal+ cette semaine,  je me suis dit que nous ne devions pas appartenir au même parti. Il n’y était question d’aucune solidarité mais du malin plaisir de critiquer et de détruire qui sous-entendait quelque chose comme « Après moi le déluge ! »

La gauche du PS est pourtant clairement minoritaire et ne devrait pas s’estimer renforcée par les échecs répétés de Mélanchon  et du PC aux élections. La tendance écolo, puissante également dans le PS devrait aussi constater  que la « transition énergétique » dont on nous rebat les oreilles, ne répond à aucune des questions soulevées dans les milieux populaires qui nourrissent les bataillons électoraux du  FN.  Il n’empêche qu’on préfère chez les opposants  PS,  s’en prendre au Président Hollande que de revisiter les vieilles lunes qu’on nous ressert depuis cinquante ans : si nous ne gagnons pas c’est que notre politique n’est pas assez à gauche !

Le succès du FN  repose sur sa défense des « Français d’abord » et sur le refus de l’immigration qui mange le pain, les médicaments et les aides qui doivent revenir d’abord aux « vrais » Français. Les Arabes et les Musulmans sont avant tout visés. Notre peuple est devenu pour un tiers des électeurs, raciste et xénophobe ! La ficelle est très ancienne et grosse comme une corde pour pendre au clou notre République ! Et avec elle toutes les vertus de l’humanisme et des droits de l’homme qui accordent la même considération à tous les êtres humains. Faute d’avoir répondu haut et fort à cette misérable femme Le Pen qui entraîne le pays vers les abîmes politiques, le FN a obtenu le succès que l’on sait.

Pendant ce temps-là on a préféré à droite et à gauche attaquer l’Union européenne et la politique économique de  Hollande que de relever le véritable défi idéologique affiché par le Front National. Au lieu de s’engager délibérément pour défendre ses valeurs républicaines la droite ne cesse de donner des gages identitaires aux frontistes . La  gauche de son côté fait semblant de ne rien voir et se contente d’une réprobation globale qu’on prend pour la défense de ses propres intérêts.  Certes le chômage, la perte de pouvoir d’achat, l’insécurité, les impôts surtout, ça compte, mais la foi humaniste est bien plus précieuse car c’est elle qui nous tirera de ce mauvais pas. Faut-il encore que ce soit dit et que nous cessions de regarder avec fascination notre carnet de cour des comptes, tellement désespérant !

Ce qui a changé aujourd’hui c’est que l’énergie est du côté du FN, on y trouve des jeunes et des militants actifs. Face à eux les vieux militants fatigués du PS ne font pas le poids. Il faut d’urgence renouveler nos rangs et redonner envie à nos jeunes de se battre. On voit bien que dans nos sections on trouve toujours les mêmes vieilles barbes . La soupe qu’on sert ici ne se renouvelle pas et c’est très inquiétant. Il faudra bien qu’on en tire les conséquences avant notre prochain congrès.  C’est une question de survie !

23/05/2014

J'irai voter Dimanche...

 

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Feu et couleurs de Yves Klein

 

Chacun a ses raisons d'aller voter dimanche, le FN pour mettre du sable dans la machine, les UMP pour que rien ne change et dire pis que pendre du Président Hollande, les centristes pour passer la pommade, les socialistes pour la croissance, les écolos contre le poulet aux hormones, les rouges contre les banques mangeuses d’hommes. Ils ont tous un peu raison mais il faut faire un choix.

Je voterai pour ceux qui voient la vie en rose, pour  les optimistes, pour ceux qui croient qu’on peut toujours faire mieux sans mettre la maison à feu et à sang. Je voterai pour la poignée d’hommes politiques idéalistes et confiants qui ont lancé l’affaire il y a cinquante ans et qui ont semé les premiers germes de la concorde. Je voterai pour ceux qui ont voulu remplacer les canons par les traités, les insultes par les négociations. Je voterai pour ceux qui ont voulu fermer définitivement les camps nazis ou staliniens et décourager les dictateurs en faisant valoir la civilisation du droit.

Certains croient que ces combats-là sont devenus inutiles qu’ils appartiennent au passé. Pas du tout ! Chaque matin nous pouvons entendre des nouvelles qui nous disent que la barbarie est présente à nos portes, en Ukraine pourtant si proche, en Syrie, en Afrique ! Voilà qu’on y enlève des centaines de filles pour les vendre. Pouvons- nous compter sur Poutine ou la Chine pour donner l’exemple, pour rappeler à l’ordre humaniste ?  Absolument pas. Si l’Europe ne le fait pas personne ne le fera. Même chez nous on voit bien que la rechute est imminente dans l’inculture politique, dans la fermeture aux autres, dans l’individualisme des beaufs ou des bofs !

On commence bien sûr par s’attaquer aux étrangers, bienvenus quand ils ramassent nos poubelles, indésirables quand ils ont la gale. Tous ces gens  différents, bronzés et rastaquouères divers, qui parlent mal notre  langue et écorchent nos tympans, les envahisseurs, ceux qui mangent indûment notre pain, sont les premiers à ramasser les coups. On généralise ensuite aux fainéants et aux incapables les moins bien sous tous rapports, les chômeurs, les fous, les malades ! Que deviendront mes petits-enfants s’ils n’ont pas les pattes blanches, les vestons croisés, des jupes plissées et des bandeaux  dans les cheveux ?  La différence entre êtres humains est une richesse ! Elle ne se discute pas, ne se soupèse pas, elle s’impose, elle se  respecte !  Honte à tous ceux qui la marchandent ! L’UMP en tête ! Oui monsieur Raffarin, oui monsieur Fillon ! Je n’ose même pas m’adresser aux autres.

On répète que le FN va gagner sur un programme de xénophobie et de repli sur  soi nationaliste. Comment en est-on arrivé là! Nous les Français intelligents, rouspéteurs, mélangés depuis les Huns, les Celtes et les Vikings, nous qui avons reçu et continuons de recevoir tous ces Africains qui viennent de loin, ces Chinois, ces Libanais  qui n’arrêtent pas de nous renvoyer en cadeau des Zidane et des  Césaire, nous voterions si peu que ce soit contre Schengen,  contre la liberté, contre la créativité !

Entre Junkers et Schulz mon choix est fait, mon choix est clair, ma volonté est totale. Comment des gens normaux peuvent-ils même du bout des lèvres voter comme le Borgne qui disait il n’y a pas si longtemps que la Shoa était un détail de l’histoire ? Comment tant soit peu cousiner avec la Bleue Marine qui attise les peurs et les haines en utilisant les mensonges et les amalgames ? Je dis en toute horreur et en toute conviction, horrifié par ces  droitiers de l’UMP, hypocrites à la Sarkozy ,  qui trinquent à la même table que le FN, (ce qui n’est pas nouveau et qui se répètera souvent) qu’ils sont des traîtres à la République.

Moins que jamais nous ne devons tremper les mains dans les brouets infâmes de l’égoïsme et du simplisme. Les charognes politiques même puantes, surtout puantes, attirent encore leur lot de nervis et de pervers, d’égarés et d’illuminés. Tous ceux qui ne se déplaceront pas pour voter dimanche pour la paix entre les peuples et la démocratie en Europe, prendront un risque politique majeur, en cautionnant une sorte de hold-up interne des valeurs de l’Europe par ses propres ennemis. Leur abstention  peut aboutir à la mise en panne, voir l’éclatement d’Institutions qui ne sont certainement pas parfaites  mais qui ont demandé malgré tout un demi-siècle de patience et d’efforts, tournés vers la paix  et la démocratie.

17/05/2014

Joli mois de mai ...

 

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Henri Matisse : Le bonheur de vivre

 

Sur le flanc des coteaux les chevaux dévalent en fulgurante cavalcade, à travers  le tapis des prairies fleuries et le damier des ormes  devenus de plantureux porte-étendard.

Les écrans de mon enfance s’allument comme à Las Vegas. Ils  lancent des éclairs à l'image de cette anguille qui sillonne les pierres de la rivière musicale et entêtée. Dessous les branches, les écrevisses mènent de furieuses batailles pendant que la biche boit  et que le martin-pêcheur file entre les saules.

A la sortie du bois,  les dames jacassent au lavoir en tordant les draps de leurs bras musculeux, bien campées sur leurs fesses massives. Elles dilatent leur généreux poitrail  pour mieux respirer et hausser la voix. Jean,  l’homme qui mène son percheron à l’abreuvoir leur lance des quolibets envieux qui raillent leurs attraits. L’étalon à l’unisson fume des naseaux et gratte du sabot en voyant ses femmes brasser l’eau savonneuse. Instant de grâce, il tire sur sa longe et va seul boire à l’ombre de l’aubépine rose.

Dans le pré du bas sèche l’herbe tendre. En prenant les andins de ma fourche légère en bois de frêne je retourne les herbes odorantes de menthe et de camomille. Devant moi marche Maria, balançant du même pas. Je ne vois que sa taille souple et son beau cul qui rythme la marche, sous sa blouse légère. En bas coule la rivière et s’agitent les peupliers dans l’air tiède de l’après-midi.

Ainsi naissait le désir par une belle soirée de printemps. Je me moquais des tocsins et j’ignorais les cimetières. Je me rendais à l’église pour écouter et admirer la fille charmeuse et inoubliable qui jouait si bien de l’harmonium, en inclinant son chignon opulent. J’étais comme un grain de blé qui germe, qui grandit et qui fleurit.

Les moissons et les vendanges n’ont cessé de  se succéder dans ma longue vie. Aujourd’hui passent et repassent les charrettes de la mémoire. Elles convoient inlassablement  l'ultime  consolation des vieillards interdits et transis qui tendent leurs corps fatigués aux rayons doux du soleil de mai..

11/05/2014

J'ai fait un rêve...

 

Max Ernst Les dieux sombres

 

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C’est un  lecteur du Monde qui le remarque benoitement la semaine dernière : José Bové ne manque jamais une occasion de s’afficher dans les champs de maïs en arracheur d’ OGM, mais en revanche on ne l’a jamais vu arracher un plant de tabac. Il est pourtant avéré que les OGM n’ont jamais tué personne et tout aussi vrai que l’herbe à Nicot est une exceptionnelle pourvoyeuse de cancers. J’imagine que ce Gaulois d’opérette aurait l’air ridicule avec sa pipe au bec !  On mesure ainsi les profondeurs d’incohérence dans lesquels nagent nos écolos.

L’incongruité de la croisade anti-OGM  éclate quand on voit ces gens organiser des manifestations contre le riz doré, variété OGM destinée à combler le déficit en  vitamine A de certaines populations ou encore s’opposer à l’utilisation au Brésil d’un moustique  génétiquement modifié pour tarir les vecteurs de la dengue, en préférant prolonger une lutte chimique pourtant bien nocive pour l’environnement vu son absence de discrimination entre les bons et les mauvais insectes et l’accumulation de résidus.

Parvenir à convaincre 80% de notre opinion nationale de la nocivité des OGM sur des bases scientifiques aussi fragiles est une réelle performance. Elle témoigne d’une science de la communication  tout à fait étonnante. Alors qu’on a toutes les peines du monde à convaincre  nos compatriotes des dangers de la vitesse sur la route,  des effets désastreux de l’abus d’alcool et des méfaits du tabac, tous faits bien réels, mesurés, observés et non contestés, les écolos ont réussi  à dresser les trois quarts des Français contre le génie génétique qui va être dans notre siècle et qu’on le veuille ou non, la source de progrès révolutionnaires pour notre agriculture et notre santé.

Ma conclusion c’est qu’il est plus facile d’inquiéter nos contemporains avec un danger virtuel au nom du principe de précaution que de leur faire tourner le dos à des pratiques dangereuses concrètes et caractérisées. Ce n’est qu’une question de foi  prêchée  par des gourous et propagée par des adeptes innocents et victimes de leur ignorance. José Bové possède du gourou les caractéristiques habituelles, un air de paysan madré qu’il n’a jamais été  et un système pileux d’envergure folklorique rappelant Astérix et  des victoires contre les Romains que nous n’avons jamais remportées. José Bové en champion gaulois du petit village France  fait rêver les Français malmenés par le progrès et la mondialisation. IL développe un argumentaire  complètement hors de raison mais qui frappe loin et fort dans l’imaginaire des citoyens..

Pour compléter cet aspect du lanceur d’alerte qui a raison seul contre tous, notre petit bonhomme en mousse ne dédaigne pas quelques actions illégales comme de faucher les maïs du voisin ou de démonter le Mac Do du coin. Il est de bon ton face aux collègues de la Confédération paysanne de montrer un peu d’hostilité aux Yankees et de ranger la Monsanto parmi les ennemis publics N°1, plus honnie chez les écolos que Al Queida ! Le village est cerné ! Nous sommes ainsi presque les derniers opposants aux cultures OGM  dans le monde moderne

En réalité l’ancien gardien de chèvres du Larzac est un conservateur et un réactionnaire, à la remorque d’idées rétrogrades dont les racines se nourrissent du vieil héritage  communiste français, fils aîné du stalinisme. Ses prises de position récentes à propos de la PMA le poussent encore plus loin sous les jupes incertaines de Madame Boutin.

Alors à mon tour je fais un rêve. José Bové est assis dans mon salon de coiffure avec serviettes chaudes et savon à barbe abondant. Comme dans les westerns,  je sors mon grand rasoir coupe-choux que je viens d’affûter avec un sourire sardonique. Sans mot dire, en deux coups secs je fais tomber les bacchantes du gourou pris au piège ! L’homme repart tout penaud les épaules tombantes vaincu comme un Samson tondu par la belle Dalila. Dans les semaines suivantes les chroniqueurs des média se relaient pour condamner puis déplorer l’attentat. Les sondages suivants montrent un fléchissement de la popularité du personnage  puis son affaissement . En six mois José Bové a disparu des médias. Cet homme sans moustaches n’est plus qu’un Pinocchio dont le nez s’allonge à chaque mot qu'il prononce.

Pour finir, j’obligerais bien en punition le gourou déchu à gagner sa vie avec pour tous outils, une faucille et un marteau, dont on sait que la productivité n’a guère augmenté depuis le servage et les kolkhozes. Il apprendrait à ses dépens que c’est plus facile de dire n’importe quoi en agitant ses belles bacchantes  que de gagner son pain à la sueur de son front. Il pourrait ainsi méditer avec les petits paysans  appauvris et trompés par ses discours, sur les duretés du travail de la terre aujourd’hui.

02/05/2014

Alerte à tous les étages

 

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 Munch - La mélancolie

 

A celui qui me dit qu’il est content de vieillir je réponds qu’il a dû vivre l’enfer dans sa jeunesse. Et quand bien même ! Je ne connais rien de plus attendrissant que ce nid de chardonnerets dissimulé dans le plus touffu de mon lilas, hors de portée de mon insupportable chatte qui vient régulièrement m’offrir des nouveaux nés tout juste emplumés. Comparez les cinq petits qui piaillent avec une maison de retraite terminale. Dans les fleurs, dix grammes de minuscules volatiles destinés à voler haut et loin. En face, dans un foyer de vieillards,  divaguent des centaines de kilos de chairs usées, d’eaux stagnantes et d’os rongés, de cerveaux mités et de visages ravagés, sans avenir aucun. Loin du soleil et à l’abri des courants d’air les personnes usées sont soignées, protégées pour durer Elles doivent épier patiemment que surviennent les premières mesures de la musique  de cavalerie que fait la mort en irruption. C’est le respect de la vie me direz-vous ! Bah ! Respect de la mort plutôt ! On abat les chênes trop vieux et on assassine les canassons exsangues. Aider les croulants à se faire la malle ? C’est une non-assistance à personne en danger ! Véridique !

On n’arrive pas dans ces mouroirs là par hasard. Il faut passer par des guichets, des centres de tri, des verdicts successifs qu’on a presque honte de voir prononcer entre deux portes par des hommes très ordinaires qu’on continue d’appeler des médecins. Il y a de la fatalité et du hasard dans le labyrinthe des coursives qui mènent à la mort. On ne voit aucune révolte dans ce compost humain. Chacun est à sa place, le rigolo avec les rigolos et le débile avec les débiles, le grabataire dans son lit barricadé, l’agité ligoté, l’alcoolique sevré et le râleur bâillonne. Au sommet de tout campe le mythomane qui affirme qu’il a tout compris. Certains d’entre eux d’ailleurs y croient encore…ils rient bêtement

Je réclame un ordre des choses différent. Révolutionnaire ! Cet ordre sera organisé autour d’un Comité Cantonal de Départ, présidé par un Président assisté de trois assesseurs  A partir de quatre-vingt ans chacun pourra postuler de plein droit et présenter son dossier, avec quitus fiscal et exeat de la sécu, extrait de casier judiciaire, vaccins à jour, actes de succession en règle et facture acquittée des Pompes Funèbres. Le Président dont les services devront vérifier l’authenticité de tous les documents, sera sommé de répondre dans les trente jours et ne pourra  refuser l’Autorisation de Départ sans le motiver par un avis circonstancié d’au moins deux pages contresigné par les Assesseurs. Le tout sur imprimé spécial numéroté et enregistré par les Services compétents

Muni de ce viatique (si on peut dire)  timbré noir sur fond rose, vous vous présenterez alors chez votre médecin principal, celui qui est spécialisé dans les expéditions définitives et vous prendrez  rendez-vous, jamais pour le jour même mais toujours dans un délai requis de quarante-huit heures minimum ! Bien entendu il faut tenir compte des réalités, il y a parfois surchauffe, le médecin d’obsèques peut être débordé, ou même tout simplement le brancardier qui doit dispatcher les corps. En aucun cas vous ne pourrez essuyer un refus sec. Si ce n’est pas pour aujourd’hui, ce doit-être pour demain !

Mais les moyens ? Vous allez me dire,  histoire de jouer les méfiants et les grognons comme d’habitude ! Aurez-vous les moyens d’envoyer ad patres tous ces candidats sur simple demande ? Mon idée que dans ce domaine nous avons expérimenté un tas de méthodes, des pires violences aux manœuvres les plus douces et les plus insidieuses. Point n’est besoin d’avoir recours aux anthropophages ou aux assassins, nazis, djihadistes ou staliniens. Notre industrie officielle du médicament a réalisé un catalogue d’une ampleur inégalée dans l’histoire. Au médecin de choisir la voie qui lui octroie le meilleur séjour dans le meilleur hôtel  pour faire progresser la science. Une seule obligation pour le candidat : il n’y a pas de retour, pas de repentir !  Une fois choisi et signé, le protocole autorise la contrainte sans contestation possible. Vous êtes saisi, ligoté, ficelé, expédié.

La solution est à portée de main. Il s’agit de choisir la liberté de sa mort en toute légalité avec une aide médicale pour ce faire. Droit à sa propre fin assistée, remboursée par la Sécu ! Un renversement des vieilles valeurs qui nous ont été dictées par des générations de papes et des processions interminables d’ecclésiastiques, des anciens et des nouveaux testaments, en sanscrit, en persan ! Des valeurs d’autrefois, quand on mourait de faim, de soif, par inondation, la syphilis ou le choléra. La nature car c’était elle aussi, prenait son dû largement, sans se gêner. A cette époque on pouvait dire qu’un vieillard qui mourait c’était une bibliothèque qui brûlait. Aujourd’hui nous n’avons même plus le temps d’apprendre  les nécessités de l’instant. Tout est enregistré, entassé, polycopié, classé. Dans ce monde, nous ne sommes plus que des souris épouvantées par nos propres archives. Même jeunes, toniques, dominants nous ne sommes que les appendices d’un système de communication tentaculaire et auto-générateur. Alors un vieux vous pensez !  Il est temps pour nous autres d’apprendre la modestie ! L’humilité !

Je veux dire par là qu’une petite famille de chardonnerets même menacée par les félins, renferme toutes les richesses et toutes les promesses que la vie offre. Des cours d’amours galantes et pétillantes ! Des maternités nombreuses et  si somptueuses qu’elles consolent des maladies et des guerres les plus cruelles ! La nature n’aime pas la mort. D’ailleurs elle se débrouille pour tout recycler. Je devrais dire qu’elle se débrouillait, car c’était avant que notre médecine et le bon clergé décident  de maintenir en vie quoiqu’il arrive les vainqueurs et les vaincus, les forts et les faibles. Aujourd’hui nous sommes assez forts : supprimons l’obligation de vivre et n’en  gardons que l’envie ! Les chardonnerets ne s’en porteront que mieux.