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28/08/2014

Saint François, tête nue sous la pluie

 El Gréco, Le portement de la croix

 

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Chacun sait que par vent de suroît, à l’île de Sein de toute évidence, ni chapeau, ni parapluie ne résistent et qu’il faut s’en tenir au bonnet de marin ou au béret basque, enfoncés jusqu’aux oreilles. Je n’entends donc rien aux critiques des « communicants » de la télévision qui reprochent à notre Président de s’être présenté tête nue sous la pluie pour faire son discours aux Sénans, tous habitués depuis l’enfance à braver les intempéries. J’ai donc apprécié la simplicité de F.H. qui le rapprochait des îliens, dont il venait commémorer la fidélité à la patrie et à la Bretagne.

Cette tenue a beaucoup choqué nos parisiens qui ne connaissent que les vents de la scène et jouent « pour leur image » de l’écharpe rouge et de la barbe de trois jours. Comment ! se sont-ils exclamés, en bons suivistes des twitters, Hollande n’est pas capable de programmer sa visite par beau temps (sic) ? Ou à tout le moins de prévoir un auvent, un endroit protégé ! Quelle faute de goût ! Quel amateurisme (sic) ! On nous donne à voir un président seul, tout mouillé et tout triste qui donne une bien funeste  image de son gouvernement, de sa politique et de son pays (sic) !

Au même moment, Valls mettait fin aux ignobles plaisanteries du Prince de Saône et Loire qui adore faire rire les badauds aux dépens de ses petits camarades. Cela serait sans conséquence si cet irresponsable n’était qu’un bateleur, adepte du théâtre de rue ou plutôt de l’ombre chinoise, inscrit aux intermittents du spectacle. Le gros inconvénient est que ce plaisantin est (ou était) ministre et qu’il entend bien par proclamation faire encore mieux et plus fort par la suite. Merci Monsieur Valls. Du même coup la mise à pied de Montebourg a rapporté plusieurs milliards à la France en  faisant monter le CAC 40 de 2%. De l’argent facilement gagné qui va peut-être, au moins en partie, être réinvesti dans notre économie atone.

Les patrons peuvent être enfin contents, y compris le désopilant Monsieur Gattaz. Ils sont maintenant au pied du mur, celui qui fait le maçon. L’argent sonnant et trébuchant commence à tomber doucettement dans les caisses des entreprises. J’espère bien que ces messieurs vont savoir se retenir et utiliser ces fonds pour investir, innover et embaucher. On ne comprend pas d’ailleurs toutes les critiques de la gauche de la gauche qui se plaignent que les résultats ne soient pas aux rendez-vous. Les réformes commencent seulement à apparaître dans les comptes. Je ne peux admettre que des députés ou des ministres qui sont des gens informés ne soient pas conscients de cela, et ne comprennent pas qu’il est bien trop tôt pour crier à l’échec !

Je pourrais le  concéder à Mélanchon qui vient de signer sa reddition et l’abandon de son projet de rassemblement des petites gauches groupusculaires et braillardes. Eh bien oui Jean Luc, la preuve est faite que ce n’est pas en parlant plus fort que les autres qu’on prouve qu’on a raison. Sur ce point je suis rassuré. Tu en as pourtant inventé des invectives, des pédalos, des formules, des outrances, des traîtrises et de la mauvaise foi et bien tu vois le résultat !  C’est la femme Le Pen qui empoche ! Même à gauche, on ne se laisse pas toujours emporter par la magie du verbe, on est capable d’un jugement autonome. Tu prends les smicards pour des imbéciles ? C’est tout le contraire, les smicards sont polis, modestes, intelligents, cultivés et font attention à ce qu’ils font. Tu vois Jean Luc, ces gens-là contrairement à ceux qui veulent les embrigader, n’ont pas les moyens de se tromper !

Le vaniteux coq de Bresse devrait méditer l’expérience de son copain Jean Luc. La gauche du PS est habituée à toutes les surenchères, mais au gouvernement elle n’a produit que des illusions ou des Guy Mollet. Il ne faut jamais prendre ses désirs pour des réalités et les incantations pour des décisions. Les placards du PS sont remplis d’énergumènes vociférant, confondant leur Parti avec un bureau des réclamations, mais aucun n’a heureusement dépassé le collage d’affiches ou la distribution de tracts.

Avec le nouveau gouvernement Valls, le PS vient de faire le choix clair de la social-démocratie et de la modernité. Pour ceux qui croient prédire l’explosion du PS, il faut rappeler que ce courant est largement majoritaire et qu’il constitue la seule base d’appui (18%) du Président dans l’opinion. Ce qui n’est pas rien étant donné l’état de déliquescence politique du reste de la nation. Les tenants de la barre à gauche s’expriment comme si tous leurs électeurs pensaient comme eux. Ils ne doivent pas oublier que dans leur circonscription tous les socialistes et les sympathisants ont voté pour eux, y compris les hollandistes ! Ils feignent d’oublier qu’une minorité doit se ranger derrière la majorité quand le temps de l’action est venu. Ce qu’ils refusent de faire aujourd’hui : les frondeurs ne sont donc pas des vrais démocrates.

François Hollande, sous des airs modestes possède la résistance de l’enclume. Il aura essuyé tous les coups et tous les reproches, surtout de son propre camp, de Martine Aubry à Montebourg. Outre son incapacité à faire la pluie et le beau temps, voilà qu’il est devenu autiste et n’écoute plus personne, en particulier,  il a ignoré les conseils du gros poulet de Bresse gonflé d’orgueil et d’importance. On lui a reproché successivement d’être un mou, flou,  indolent et indécis,  puis d’être un coureur de femmes et un goujat, puis de ne pas savoir trancher, de ne pas dire ce qu’il pense, d’être un menteur  et de toujours cacher son jeu. Imperturbable, le Président refuse d’entrer dans les polémiques, il demeure affable, poli et courtois et recommande à ses ministres de faire de même. A ce jeu mon préféré est notre compatriote cotentinais  B. Cazeneuve. L’histoire jugera. Hollande vient en tout cas de mettre en œuvre le seul vrai gouvernement social-démocrate de la cinquième République.

Déclarer son attachement aux entreprises est bien la moindre des choses et Valls a eu bien raison de le dire aux patrons. C’est l’entreprise qui donne du travail, c’est l’entreprise qui crée les richesses. Il faut cependant rester circonspect : les patrons qui cherchent à arrondir leur pelote au détriment de leurs salariés ne sont pas rares. Sous prétexte de lutter contre la concurrence on aboutit souvent au moins disant social. Surtout dans les petites affaires. Il faut donc rester vigilant sur le déplacement du curseur entre l’assouplissement du droit du travail et la perte en ligne des « avantages acquis ». Il ne faut pas insulter l’avenir et veiller à ce que les réformes soient un progrès pour tous.

Il faudrait demander à Michel Rocard et à Jacques Delors ce qu’ils en pensent. Pour une fois fois, nous avons un Président de la République qui préfère aller au bout de sa logique plutôt que d’assurer sa réélection. Bien sûr il est aujourd’hui plus encore qu’hier moqué et vilipendé. Seul A. Juppé, dans l’opposition, a fait preuve d’intelligence et de modération. Il est tellement plus facile de hurler avec les loups que de réfléchir ! François Hollande, contre vents et marées fait preuve d’une qualité  essentielle à mes yeux pour un homme d’Etat, il refuse la démagogie ! C’est sa façon à lui de respecter les autres. La moindre des politesses serait de lui rendre la pareille.

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