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10/01/2015

L'intelligence qu'on assassine

 

 

 

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Il y aura un avant et un après le 7 janvier 2015, un avant et un apès Charlie hebdo. L’assassinat des fleurons de l’équipe éditoriale du journal est un crime formidable contre l’imagination, la créativité, l’humour, l’intelligence et la liberté. Une liberté insolente et impertinente qui est l’âme de notre nation. Le cœur de notre esprit et de notre culture a été visé et il été gravement atteint dans son sang et dans ses symboles. Ce matin, les coupables sont  morts et il n’est plus l’heure d’avoir peur, le mal est fait et la blessure est béante. Partout dans nos campagnes et dans nos villes les Français pleurent, petits ou grands, et ils vont manifester dimanche pour dire qu’ils en ont gros sur le cœur.

Nous allons tous scander : plus jamais ça ! Nous devons en effet nous protéger contre de tels crimes. Hélas beaucoup de voix s’élèvent, et elles ont raison,  pour dire  que nous entrons dans une guerre de l’ombre et que nous devons nous attendre à pire encore. Il y a trop de musulmans perdus chez nous qui nourrissent dans leur sein la haine de l’Occident.  Ce sont pourtant des jeunes gens élevés dans nos écoles, et qui en ressortent avec la rage contre  les Croisés et les Juifs à qui ils attribuent les malheurs de leur propre religion. Nous voyons chaque jour des jeunes islamistes fascinés par la violence, courir au djihad sur les théâtres de guerre. Ils y reçoivent un entraînement de Rambos et apprennent l’indifférence à la cruauté et à la mort. Ils nous reviennent comme des loups décidés à mordre et à tuer. Ils sont quelques centaines mais c’est bien assez pour meurtrir, endeuiller et provoquer les plus grands drames politiques. Il y aura donc d’autres morts et d’autres attentats, peut-être plus cruels encore.

 Nous devons donc nous protéger ! Fermer les mosquées ? Réexpédier chez eux les musulmans (et les arabes) étrangers ? Mettre dans des camps tous les Français suspects de sympathies pour le djihad ? Exiger de chaque rastaquouère une preuve d’honorabilité, de probité, de patriotisme ? Interdire la langue arabe, brûler les corans, tailler les barbes, fouetter des corps, lacérer les burkas, couper des mains, lapider les femmes voilées ? Les tenants de ces solutions de forcenés existent, probablement en nombre. Ce sont les méthodes qu’utilisent les dictatures et les régimes totalitaires. On en a vu les résultats en Algérie qui a assisté dans les années 90, à l’explosion de ses journaux et aux tueries de ses poètes et de ses intellectuels ! Et plus récemment n’a-t-on pas vu un illuminé  norvégien exécuter de ses mains les jeunes socialistes soupçonnés d’abandonner la civilisation blonde du nord à l’invasion  café au lait ? Même si le djihadisme est une hideuse perversion de l’Islam, nous devons bien nous garder de faire l’amalgame avec les musulmans ordinaires qui vivent tranquillement leur foi et qui sont tout autant attachés que nous à la non-violence et à la liberté. Ne l’oublions jamais !

Nous n’avons pas le choix. Il  est hors de question de perdre notre âme en instituant une politique qui restreigne les libertés individuelles et qui deviendrait vite  illusoire. Remplacer la démocratie par la Stasi et la liberté par des stalags, ne ferait que déclarer notre reddition à l’obscurantisme et au fanatisme, religieux ou non. Nous devons malheureusement prendre le risque d’exposer nos démocraties à la violence imbécile qui nous est  assénée. Notre force tient à la seule conviction que l’intelligence dépasse la force, qu’un crayon est plus efficace qu’un fusil, qu’une vraie démocratie au bout du bout est invincible. On ne peut lutter contre ces porteurs de mort que par plus de culture,  par plus d’éducation,  et par plus de tolérance. Ce qui ne nous empêche pas de mettre de notre côté toutes les surveillances, toutes les filatures, toutes les polices que nous autorise l’état de droit, tel que défini par nos institutions.

Nous pouvons en être certains ; il n’y a que dans les démocraties que naissent chaque jour, cent Charb, mille Cabu et dix mille Wolinski ! Demain je m’abonne à Charlie. 

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