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31/01/2015

Plaidoyer pour la commune nouvelle de La-Baie-de-Saire

Thouins et clichoux.jpeg

Illustration de Do Labadie

 

 

La désertification des campagnes est une réalité qui s’affirme toujours un peu plus depuis un demi-siècle à mesure que notre société agricole cède le pas à celle des services et à l’urbanisation généralisée. Notre Val de Saire n’est pas le plus mal placé pour résister à ce mouvement de fond puisqu’il bénéficie d’atouts substantiels que sont un littoral attractif et des plaines agricoles fertiles. Malgré tout on voit bien que se dessinent ici aussi les stigmates du déclassement : une population âgée, des jeunes qui partent pour trouver du travail, des difficultés pour accéder aux soins, des écoles menacées de fermeture, pas d’investissement public, une activité culturelle fatiguée…

Pour l’heure rien n’est dramatique, mais il y a à craindre que l’immobilisme actuel nous mène au déclin. Jusqu’à présent le rôle des hommes politiques était de se tourner vers l’état et de compenser nos manques par des subventions. Le leader politique à la campagne était encore récemment le champion de la subvention. Mais aujourd’hui à force de réclamer à l’Etat, nous l’avons endetté, en s’y mettant tous, on a bien creusé le déficit et accumulé les dettes. A présent il faut tenter d’autres solutions...Elles existent et ne tiennent qu’à nous, notre force, notre imagination, notre audace.

Regardons autour de nous ! Dans la géométrie sociale, nous autres du Val de Saire,  nous sommes à la base de la pyramide républicaine, très enfouis dans la France modeste, peu visibles par ceux qui décident. Nous sommes aux marges, loin des centres, très périphériques, nous sommes ceux pour qui les géographes décrivent une nouvelle fracture sociale. Nous autres gens du bocage, nous sommes très loin de Paris qui écrase tout, encore bien loin de Caen qui nous ignore. Ceci risque de s’aggraver avec la réunification de la Normandie et la disparition plus ou moins annoncée des Conseils généraux. Le dessein du gouvernement est de susciter des grosses communautés de communes qui seraient directement en prise avec les institutions régionales de Rouen-Caen. Mais pour peser dans une grande communauté de communes comme Cotentin-Est (Valognes, Montebourg, Sainte Mère, Saint Sauveur Saint Pierre) il faut que notre petite région soit politiquement puissante. La solution existe, il faut transformer notre canton de Quettehou en commune nouvelle.

Il nous faut  devenir plus forts, plus gros, plus lourds pour peser sur les arbitrages qui se présentent à tout bout de champ dans la vie politique. Imaginons que nous ayons l’audace, le cran, l’imagination, de regrouper les 16 communes du canton de Quettehou, en profitant des facilités accordées aujourd’hui pour les communes nouvelles ainsi créées (maintien de la dotation d’Etat pendant trois ans, avec un bonus de 5% si c’est fait avant janvier 2016). Bien sûr toutes les anciennes communes demeurent sous l’appellation de communes déléguées. Elles gardent leur ancien nom et leur municipalité jusqu’en 2020. Il n’y aura aucun panneau à supprimer, il faudra juste rajouter celui de la commune nouvelle. Avec ça on ne pèse pas loin de dix mille habitants, (9246), c’est-à-dire plus lourd que Valognes (7300) ou Carentan (6500), presque autant que Coutances (10400) et pas loin de Granville (14000).

On change de braquet. On ne prend plus les querelles de clocher pour des raisons d’être, on ne se jalouse pas, on s’entraide. La population ne fait pas tout, il nous faut instaurer un patriotisme de la commune nouvelle. Notre territoire est magnifique, à la fois divers et uni, ce qui n’est pas donné à toutes les communes de France. Nous avons des paysages variés (plages, plaines cultivées, forêts, prairies du bocage) et de l’espace,  des ressources complémentaires, une  pêche active, une agriculture remarquable et un tourisme qui ne demande qu’à grandir. Nous avons tout pour être bien. Il faut seulement avoir le culot d’en profiter. Lancer des projets touristiques (piscine, voile, musées, salles de musique, pistes cyclables), des labels de qualité pour nos produits agricoles, les huîtres et le poisson. Nous pourrions encourager des  nouveaux modes de consommation, des marchés couverts, des foires d’échange avec nos voisins proches ou lointains, et faciliter les circuits courts et la commercialisation directe. On pourrait enfin rationaliser l’aménagement des zones d’activités, les tracés routiers, le désenclavement. Tout deviendrait possible, grâce à notre union, nos synergies, nos différences.

Vous allez me dire, il déménage le vieux. Mais je sais que c’est possible. C’est la voie pour améliorer et dynamiser nos écoles, nos structures de santé, les associations de solidarité et d’entraide. Regroupés dans une seule commune, nous nous  épargnerons  nos querelles ridicules entre clochers rikiki qui paralysent, découragent d’entreprendre, dévaluent nos édiles municipaux et ne mènent qu’à l’immobilisme et à la désertion des plus dynamiques. Pour aujourd’hui,  je me lance, je donne  un nom à cette commune nouvelle, par exemple commune nouvelle  de « La-Baie-de-Saire », ou bien plus joli encore « Ketil-en-Mer ». Le champ des possibles est ouvert, lançons un concours. Et pour finir,  je vous en prie ravalez un peu vos moqueries, réfléchissez, pour nos enfants et pour le 21ème siècle. Il faut prendre le virage de la modernité. Ce virage il se fera avec ou sans nous, alors autant l’organiser au profit de notre petit pays. Si nous réussissons,  alors je vous le répète, je vous le prédis, je vous l’annonce, il fera bon vivre au Val de Saire.

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