lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/02/2015

Le travail du dimanche

s.travert,travail du dimanche

 Le dimanche matin en rentrant de la petite messe, ma grand-mère disposait sur le lit du cabinet, des caleçons propres et une camisole, puis elle sortait de la penderie le pantalon noir à rayures grises en torsadé d’Elbeuf et la veste noire croisée avec la cravate, le gilet et la chemise blanche. Elle tirait une cruche d’eau tiède du bain-marie du fourneau émaillé et la plaçait dans la cuvette en faïence sur la petite table de toilette, au plateau de marbre blanc. Mon grand-père posait ses outils sur son établi et savait que tout était prêt pour la grande toilette du dimanche et le rasage hebdomadaire.

A onze heures moins le quart, feutre noir sur la tête et canne à la main il prenait le petit chemin de l’église et s’installait dans le chœur à la stalle qui lui était réservée. L’harmonium, les maîtres chantres, le sermon du curé, les évangiles, tout était immuable, jusqu’au rayon de soleil qui fusait du vitrail sud est quand le temps le permettait. Les mêmes gens, les mêmes places, les mêmes vêtements, pour les noces et les enterrements. Les jours de fête, mon grand-père portait la bannière de Saint Ermelan et conduisait la  procession de l’église au  Grand calvaire et retour. Il n’y avait que l’instituteur en retraite qui  se tenait à l’écart et réservait le vendredi pour commander chez le boucher un rumsteck pour deux. C’était sa manière d’être laïc. Ce n’est pas tant qu’on ne travaillait pas le dimanche, il y avait toujours les bêtes à nourrir, du bois à casser, les pommes de terre à planter ou à récolter.

Malgré tout c’était le dimanche qu’on cuisait un poulet et qu’on traînait un peu plus à table. Pourquoi je raconte ça ? Les dimanches d’autrefois sont bien loin aujourd’hui mais ils évoquent pour moi l’extraordinaire immobilisme des campagnes que seule la mort venait interrompre. Mais en même temps nous vivions une formidable liberté d’aller et de faire. On ne se demandait pas si on devait autoriser ou non le travail cinq ou douze dimanches par an.

Aujourd’hui on prend sa voiture pour un oui ou un non, quand ce n’est pas l’avion pour Bali ou Cuba. On se fiche pas mal de la messe du dimanche et du costume bien rangé avec des boules de naphtaline dans les poches. Il y a de merveilleux bricoleurs qui font leur maison le dimanche, au noir, à plusieurs. Il y a des gens qui jouent au foot ou bien d’autres qui vont voir Papie et Mamie avec les enfants et puis il y a tous ceux qui travaillent. Trente pour cent il paraît ! Comment font-ils ? On évoque souvent la situation très dure qui est faite aux caissières de supermarché. La nouvelle loi ne peut qu’améliorer leur sort, scellé dans le commerce alimentaire pour tous les dimanche matin de l’année. En réalité ce qu’on vise c’est surtout le commerce des outillages et matériaux de construction. Les artisans redoutent une concurrence accrue du travail au noir ! Mais les mêmes prêtent parfois leurs outils à leurs compagnons  en guise de compensation salariale.

Il me semble que cette histoire n’a pas besoin d’être réglementée. Franchement je me trouverais chômeur j’aimerais mieux travailler le dimanche que pas du tout. Si les gens n’y trouvent pas leur compte ils n’iront pas. De deux choses l’une si ça marche il y a de quoi payer, sinon on ferme. Partout, chaque jour, les commerces doivent s’adapter, au centre-ville, en périphérie. La sanction est immédiate, s’il y a des clients on gagne sa vie, sinon on fait autre chose.

La gauche est une malade de la protection à tel point que les syndicats sont les grands défenseurs des droits acquis et des corporations installées. Et les chômeurs ? Qu’ils attendent !  A force de protéger on paralyse. On peut quand même être étonné que Martine Aubry se lance dans cette querelle entre 5 dimanches ou douze dimanches. Heureusement notre député Stéphane Travert malin comme un Normand qu’il est, a trouvé une parade à la bisbille. Les maires pourront autoriser 5 dimanches…Pour plus il faudra une délibération du conseil municipal. La démocratie y gagne ! Bravo ! Je savais que notre député allait faire des prouesses, nous avons déjà Bernard Cazeneuve mais je suis sûr qu’au fil du temps notre jeune député va prendre du galon et marcher sur les glorieuses traces de son aîné.

Et très gentiment,  j’ai envie de lui dire à Stéphane que s’il veut encore s’impliquer, il peut nous faire  pour le dimanche le plus beau cadeau qu’on puisse imaginer, décréter que le septième jour sera dorénavant le  jour sacro-saint de la Liberté ! Un jour par semaine c’est bien le moins.

Les commentaires sont fermés.