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14/02/2015

La droite qui nous arrive

 

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Résumé.   Le 7 février dans le Doubs,  le Front National a reçu le renfort d’une partie de la droite classique et a frôlé la victoire. La nouvelle ligne de partage à droite se fait sur la xénophobie et l’islamophobie.

L’élection du Doubs n’est que le signe avant-coureur d’un bouleversement politique à venir dans le court terme. Le 8 février le PS a sauvé les meubles de justesse face à une candidate FN. Par le passé on aurait pu s’attendre à une victoire facile de la gauche dans cette circonscription dont l’élu était P. Moscovici, un ténor du PS. Au deuxième tour, le candidat de gauche a certes mobilisé ses réserves parmi les abstentionnistes mais il a reçu aussi le concours des électeurs  dits républicains, se reconnaissant du centre droit.  Ce qui est moins habituel c’est que le FN a trouvé également des renforts au deuxième tour et pour l’essentiel parmi les électeurs de l’UMP.

On ne peut mieux constater que la droite classique est aujourd’hui très divisée. Cela s'est vu avec l’impossibilité pour le Conseil National de l’UMP de formuler une position claire pour ce deuxième tour et l’échec de Sarkozy face à une tentative de synthèse rassembleuse. Juppé et quelques autres ont appelé à apporter leurs suffrages au PS, pendant que les autres de la « droite forte », majoritaires, se sont cantonnés au « ni, ni, » sans aucune valeur politique si je puis dire. En réalité, pour ne rien casser,  on a donné l’absolution à la partie de l’électorat qui s’apprêtait à voter FN.

L’évidence aujourd’hui est que la ligne de fracture au sein de  l’opinion à droite repose sur les questions d’identité et sur le rejet des étrangers. L’hostilité aux immigrants et surtout aux  ressortissants arabes ou d’origine arabe, considérés assez indistinctement  comme musulmans, s’installe un peu partout en France (titre du « Monde » cette semaine) . Beaucoup de gens des classes moyennes ou modestes sont exaspérés par la place prise dans la société par les jeunes des quartiers et par les troubles supposés ou réels qu’ils causent à la sécurité et au bon ordre. L’amalgame est permanent entre l’insécurité, les trafics, les attentats, l’abus des aides sociales et la population  arabo-islamique.

Les gens qui votent FN se plaignent d’être abandonnés par les gouvernements successifs. On donne tout à ces jeunes disent-ils, on rénove leurs quartiers et on finance leurs associations. Ils occupent les médias en permanence et pendant ce temps personne ne s’occupe de nous. Nous, salariés, artisans et boutiquiers, chômeurs ou travailleurs au noir, nous nous battons durement pour nous en sortir. Nous souffrons du chômage et de la paupérisation avec des salaires faibles, sans perspectives d’ascension sociale, ni pour nous ni pour nos enfants. Nous avons quitté les banlieues industrielles en friche pour nous réfugier en périphérie urbaine loin des centres, là où les terrains et les maisons sont les moins chères. Nous sommes relégués dans notre propre pays.

Et dans toutes les interviews que j’ai entendues cela se termine à mi-voix avec une sorte de honte : c’est de la faute de tous ces étrangers ! On fait trop pour eux et pas assez pour nous. Le FN n’a pas besoin de longs discours pour convaincre de son hostilité aux immigrants, et de l’authenticité de ses sentiments xénophobes et antisémites. L’islamo-arabophobie fait partie de ses gènes et le démentirait-il que les gens ne le croiraient pas. D’ailleurs le vieux Le Pen les confirme de temps à autre, à sa manière brutale et provocante pour que nul ne l’ignore.

Le FN n’a donc aucun besoin de se forcer à la propagande sur le sujet. Tous les citoyens le connaissent, sa diabolisation repose là-dessus.  Les gens qui votent pour lui le choisissent pour ça et l’avouent avec mauvaise conscience. Ils savent qu’ils transgressent les valeurs républicaines d’égalité et de fraternité, mais ils sont excédés. Le discours revendicatif du Front de gauche ne peut avoir aucune prise sur ces gens,  persuadés que les étrangers mangent le pain des Français. Les efforts de Mélanchon, pourtant bien démagogiques avec ses promesses de redistribution, font flop alors que le FN cartonne. Les électeurs du FN n’ont pas comme les classes moyennes plus aisées les ressources de la culture ou de l’aisance financière pour se mettre à l’abri de cette pression sociale qui leur fait redouter le déclassement.  Ils voient trop bien aujourd’hui que la droite respectable et notable, les NKM et autres forts en thème ne viendront  pas à leur secours. Par la puissance de ce mouvement de rejet ils privent l’UMP de ses voix populaires.

En cas d’élection présidentielle, pour gagner, la droite devra courir après ces électeurs ralliés au FN, mais ce faisant elle se coupera de ses partisans de la droite modérée et du centre, indispensables eux-aussi pour une victoire.
Pour l’UMP, c’est l’alliance impossible de la carpe et du lapin. En réalité, les partisans de la droite dure se sont alliés dans le Doubs au  FN et le mouvement va s’amplifier pour les prochaines élections départementales. Nous devons nous préparer  aux  désertions vers le FN des élus locaux et des cadres moyens  de l’UMP. Les ténors suivront. Le mouvement va être facilité par un  appareil du Parti paralysé par les divisions et par les affaires.

Autrement dit, il ne reste plus pour Marine Le Pen, qu’à décider que l’Europe et l’euro, peuvent devenir acceptables, comme l’a fait Tsipras en Grèce pendant sa campagne. La droite classique se précipitera alors dans ses bras et la Présidence de la République sera à  portée de vote en 2017. Evidemment les UMP républicains vont tenter de se tenir à l’écart,  Juppé,  Raffarin et toute la droite modérée vont se regrouper dans un Centre. Pour gagner contre la Droite pure et dure, le PS devra faire une alliance avec ce centre. Une alliance assez naturelle déjà largement esquissée en 2012, mais qui en 2017 prendra la forme d’accords de gouvernement. Les gaucho-écolos pourront crier à la trahison et aux social-traîtres ! Ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils refusent de voir la réalité en face et à l’instar de Mélanchon, ils se contentent d’invoquer la Révolution et le marxisme-léninisme. Ce n’est plus le sujet. Comme d’habitude, ces camarades comprendront trop tard. Le processus est enclenché, il ne va plus s’arrêter.

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