lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/03/2013

La niche est tombée sur le chien

niche et chien.jpg

La politique est un sport violent. Bon boxeur, Jérôme Cahuzac  est entraîné. Il n’empêche que sa chute,  hors du petit nuage gouvernemental où il trônait comme le plus brillant et le meilleur des ministres, l’envoie se ramasser dans le maquis des procédures. C’est un accident bête. Sans doute pas une bonne nouvelle pour le gouvernement de la France mais à coup sûr un évènement rassurant pour la République. Car il est nécessaire que chacun se sente menacé des foudres de la justice quand il a fauté. Un ministre du budget ne peut pas être soupçonné de fraude fiscale, même si il y a beaucoup de médecins qui fument un paquet de clopes par jour. La vertu de l’exemple est républicaine. Il faut quand même bien dire qu’il y eut une période sous la gauche pendant laquelle il était de bon ton de faire des affaires, même si elles n’étaient pas très réglementaires. Tapie fut le modèle populaire des affairistes et des profiteurs. Il faut ajouter à cela le pouvoir corrupteur  des firmes du médicament, habituées à circonvenir les toubibs, agents des ventes indispensables. L’assuré social n’a(vait) plus qu’à payer. La morale financière est aussi élastique que ces bracelets qui servent à empaqueter les billets de banque.

 

La cabane est donc tombée sur la tête de notre ministre du budget sans qu’il y puisse rien. Mais hier soir, il y en a un autre qui a pris son toit sur le crâne, c’est notre ex-Président. Dieu sait si je me suis montré hargneux face à Sarkozy, quitte à me faire taxer d’adversaire primaire. J’ai tout dit de lui, y compris que son clan me rappelait plus une bande de truands qu’un honorable cercle politique. Je ne suis jamais allé malgré tout, jusqu’à l’accuser d’abuser les petites vieilles pour leur soutirer de l’argent. C’est ce que vient de faire pourtant le juge bordelais. L’honneur est sur notre justice mais la honte est sur la République. Je ne sais pas si le juge Gentil, tout à son affaire Bettancourt, s’est bien rendu compte de l’énormité du scandale d’une telle mise en examen. On imagine que le juge a du biscuit, des preuves et qu’il ne fera pas d’erreurs de procédures, sinon c’est lui qui va recevoir aussi la cabane sur la tête. En petit gangster récalcitrant, notre Charlot de la politique n’a pas manqué de lui rappeler.

 

Il nous faut peut-être des évènements comme celui-ci  pour nous contraindre à regarder en arrière, à mesurer la dégradation de l’esprit civique, à prendre conscience de l’abaissement  de la morale républicaine, et comprendre comment un candidat à la Présidence de la République peut se déshonorer pour aller mendier quelque enveloppe auprès d’une  vieille dame sans mémoire, fut-elle la plus riche de France. Pour poursuivre dans le style de Pierre Salviac, nous avons eu toute une époque où « les cochons ont été lâchés dans les maïs », ils se sont goinfrés, ils ont pris de mauvaises habitudes. On a l’impression aujourd’hui que les « gorets sont rattrapés par la patrouille » et qu’il faut en finir avec la voracité, la cupidité, l’avidité sans limites et, in fine,  l’impunité,.

 

Alors allons–y  François ! Le peuple te demande de surtaxer les revenus sans queue ni tête, à 66 ou à 75% peu importe ! Le peuple te demande de stopper le cumul des mandats, le peuple te demande de punir les conflits d’intérêt et la corruption, le peuple te demande d’éradiquer les paradis fiscaux ! Faut-il  aller habiter les Cantons Suisses pour être écouté ? Qu’on en finisse avec la veulerie des Depardieu et des Sans Dieu ni Patrie, grossiers et misérables, qui ne voient que leur énorme ventre de jouisseurs hypertrophiés. Nous n’avons pas besoin de sous, nous avons besoin de leçons de morale, bien sévères, bien exemplaires, bien symboliques. Aucun génie ne peut faire pardonner cette odeur de porcherie qui règne dans nos palais et nos beaux quartiers ! Il me semble que l’heure, au clocher du village, est à la modestie, à la solidarité, à la création technique, scientifique, artistique, intellectuelle. Qu’on fasse enfin descendre du haut du trottoir de la City ou de Wall Street, les petits traders électroniques aux fesses serrées qui pompent  à la source, la moelle de la puissance humaine.

 

Au lieu de crier misère et de vouloir se faire passer pour des victimes, les gens de la droite républicains et honnête devraient en profiter pour clamer très haut et partout, que, si invraisemblables qu’ils soient, des soupçons aussi infâmants sont rédhibitoires. Nous avons à gauche exécuté DSK,  Guérini et Cahuzac, et d‘autres de moindre importance. Dans l’autre camp, ils feraient mieux de se préparer au pire et d’organiser les funérailles du mieux qu’ils le peuvent, pour ménager l'avenir et participer à l'oeuvre commune de salubrité publique..

01/03/2013

La dignité humaine

 

stephane-hessel-indignat.jpg


 

Voilà que le vieux  poète nous lâche, parti pour son dernier rêve, celui de l’au-delà. Nos routes s’étaient croisées deux fois, la première, il y a cinquante ans quand il organisait les débuts de la coopération algéro-française, avec des gens comme A. Mandouze ou Blanc-Lapierre et bien d’autres. La deuxième, beaucoup plus tard  à Ghardaïa dans un séminaire ouvert en pleine crise du terrorisme islamiste. J’étais ébahi de constater  que la question centrale n’était plus le développement économique, mais la querelle identitaire et religieuse. Plusieurs des participants algériens, collègues ou amis,  ont péri par la suite sous les coups des djihadistes. Le vieux lion était là, toujours souriant, bienveillant, accueillant, magicien d’équilibre dans un chaudron bouillonnant. Son regard suffisait pour rassurer car il voulait écouter, entendre, comprendre tous ses interlocuteurs. Comme il l’a toujours fait, je le crois, il renvoyait à chacun l’assurance de sa considération et le persuadait de sa libre existence et de sa  dignité.

 

Il n’y a pas d’autre secret pour que la vie en société soit acceptable. Il faut accorder à chacun  son véritable statut d’être humain quelles que soient ses différences, son importance, sa force et son âge. N’en déplaise aux tenants du libéralisme qui veulent que le plus fort gagne. Cette discrimination  par les rapports de force  est  contraire aux exigences de l’humanisme moderne et à l’évolution historique de la pensée de nos philosophes. J’ai cru comprendre avec « Indignez-vous ! » que c’était la leçon que S. Hessel voulait rappeler et communiquer à tous ses lecteurs. Le grand succès de son texte nous prouve tout simplement que beaucoup de gens et singulièrement les jeunes attendaient ce message et souhaitent un vrai changement dans les mentalités consuméristes et égoïstes  de notre époque. Couronnées en France par l’ère sarkozyste mais enracinées dans la chute du mur de Berlin et la déconfiture de la pensée sociale, les idées libérales de Thatcher et Reagan ont provoqué des dégâts dans les consciences.

 

Je ne suis pas sûr que les syndicats ou les partis aient saisi l’importance de l’enjeu au cours des dernières décennies. On se retrouve aujourd’hui avec des  gens fatigués de cette lutte pour la vie et du vocabulaire guerrier utilisé par les tenants de la conquête impossible du bonheur par l’argent, la puissance et le pouvoir. Ils sont harassés par la dénonciation permanente des adversaires politiques, des immigrés, des musulmans, des assistés sociaux, voire des vieux et des malades, coûteux et inutiles. Une certaine élite, dégagée des contraintes nationales et des frontières, a pris le vrai pouvoir à travers la machinerie des  affaires, la finance électronique et les paradis fiscaux. Elle nous propose aujourd’hui comme un idéal la vie de nabab, avec son consumérisme de luxe et son cinéma médiatique.

 

Nos sociétés occidentales ont plongé dans le cynisme, l’égoïsme et la communication, qu’on appelait tout bonnement hier la réclame. Les champions dela com hantent les bureaux ministériels et même l’Elysée. Les méthodes d’aujourd’hui sont perfides, on vous vend n’importe quoi, on vous trompe sur beaucoup de choses, on vous conduit patiemment dans la nasse qu’on a choisie pour vous. Seuls les intellectuels aguerris sont capables  de déjouer ces trompe-l’œil et de pointer les amalgames. Cette substitution quotidienne des vraies valeurs par celles de l’argent et des  apparences, corrompt les parties les plus vulnérables de notre tissu social. On remplace la création par la consommation, la liberté vraie par des miroirs aux alouettes. Tous nos jeunes veulent être des stars du foot ou du spectacle, des big boss à l’américaine roulant dans des limousines sorties d’Hollywood.

 

Seuls les poètes comme S. Hessel sont assez fous pour appeler à la révolte, pour proclamer à la face du monde que la vérité humaine est ailleurs, et que l’humanité vaut mieux que ça. Cet homme qui venait  de loin, de très loin, dans l’histoire du dernier siècle pouvait étaler les preuves de son courage, de son intelligence et de sa foi dans l’humanité. Il avait assez d’atouts malgré son âge et son indépendance  idéologique  pour convaincre de sa véracité et de sa solidité. Personne n’a pu le déconsidérer, le moquer ou le trahir comme il est habituel de le faire quand les marchands du temple se sentent menacés. En réalité il était plus vendeur qu’eux, il devenait un géant parlant à la foule des nains. J’ai lu quelque part que Hessel était persuadé que ses idées allaient lui survivre. Sincèrement je le souhaite, mais il faut encore que des meneurs de troupeau reprennent le flambeau, et clament partout le message de la dignité pour tous.

 

Il faut arrêter de se laisser mener par le bout du nez pour quelques euros, savoir qu’il vaut mieux apprendre à labourer plutôt que d’exiger chaque matin la multiplication des pains et leur distribution gratuite. Pour nos enfants les valeurs de l’esprit sont supérieures à toutes les autres aux chaussures Adidas et aux fringues Nike. Une société qui ne pense qu’à se remplir les poches et à sacrifier son avenir au veau d’or, sans souci ni pour les autres êtres vivants ni pour la planète qui n’en peut mais, est une société décadente, au futur interdit. Sous les cendres du vieux sage, il faut que demeure gravée son exclamation rassembleuse et prometteuse : « Indignez-vous ! »

04/01/2013

Bonne année François !

 

 

edouard-manet-moine-priere.jpg

Manet, Moine en prière

J’espère que ma lettre va te trouver en bonne santé, toi et ta famille. J’ai une petite pensée pour ta femme Valérie et je lui recommande de bien surveiller ton régime pour que tu gardes la forme et la ligne. Surtout, surtout, n’oublie pas de toujours mettre ta cravate de travers car j’ai horreur de la symétrie. En ce début d’année, je te souhaite de garder à tout moment ton calme, ton sourire et ton humour. N’écoute pas les gens qui te critiquent, ce sont des mauvais et des jaloux qui ne voudraient qu’une chose, être califes à la place du calife. Si nous avons voté pour toi et si tu as eu la majorité des électeurs avec toi, ce n’est pas par hasard, c’est parce que le peuple l’a voulu et ça personne ne peut l'empêcher. Nous autres, tes cousins de province, nous avons bien reconnu en toi le Président normal, juste et simple qu’il nous fallait. Nous en avions vraiment assez de voir ce Sarko faire son intéressant à tout bout de champ.

 

Cher François, il faut que tu restes persuadé que les bonnes fées se sont penchées sur ton berceau et que tu as bien choisi ton créneau, ta fenêtre de tir comme on dit. DSK descendu en plein vol, Sarko désarmé par ses options hasardeuses, l’UMP plongée dans un accident industriel, et pour couronner le tout, la fin de la sécheresse et la recharge abondante de nos nappes d’eau, tous ces évènements sont des signes qui ne trompent pas sur une conjonction des planètes qui t’est exceptionnellement favorable. Encore tout récemment l’épisode du gros Obélix sarkozien qui refuse de payer ses impôts tourne à ton avantage après avoir bien fait ricaner l’opposition. Depardieu devenu un  Raspoutine de Grand Guignol, c’est presque inespéré. Je ne peux pas croire qu’il puisse jamais servir de caution aux candidats à l’exil fiscal qui sont des gens autrement sérieux !

 

Malgré tout cher cousin, il reste beaucoup à faire. Nous ne doutons pas dans la famille, que tu vas réussir à inverser la courbe du chômage, malgré les pisse-vinaigre qui jurent leurs grands Dieux que c’est impossible ! Les observateurs attentifs que nous sommes voient chaque jour les signes avant-coureurs que la conjoncture se retourne. Arrêtée la spéculation sur les dettes souveraines et l’euro, dont on disait il y a six mois qu’il serait foutu au printemps de la nouvelle année ! maîtrisées les difficultés de la BCE ! stoppé le chômage en Espagne ! remise sur les rails, l’économie grecque ! arrangé le mur budgétaire ou le précipice,  je ne sais pas trop, d’Obama ! et maintenant les bourses remontent ! Six mois de Présidence et nous sommes sortis du psychodrame, de la réunion de la dernière chance et du bluff de la droite.

 

Malgré tout mon bon François, veille bien sur le triangle des Bermudes qui rejoint Paris à Londres et à New-York. Ces gens qui sautent d’un avion dans l’autre, qui ont des affaires partout et qui planquent leur fric aux ïles Caïman sont des gens redoutables. Je peux le dire parce que je suis un pauvre ver de terre qu’ils ne voient même pas quand ils l’écrasent de leurs hauts talons vernis. Ces gens-là n’ont pas de patrie, sauf celle de leur compte en banque, leurs enfants sont dans des écoles à Londres et à New-York, leurs biens sont tous négociables à la vitesse de l’éclair, ils sont intouchables, ou en tout cas ils crient très fort dès qu'ils se sentent visés, et ils commandent nos journaux, nos radios et nos télévisions. Tu vois nos vrais ennemis ce ne sont pas le Crédit Agricole ou la Société Générale, ce sont ces gens sans foi ni loi qui se croient partout et toujours au-dessus des règles, qui roulent des épaules en Porsche et en yacht de soixante mètres. Mille cinq cents personnes qui gagnent plus d’un million d’euros par an font plus de bruit que dix millions de smicards. Cher François nous comptons sur toi, dans notre lointain Cotentin,  pour rouler ces gens- là dans leur propre farine et rendre un peu d’équité et de respect aux gens comme il faut  que nous sommes.

 

Avant d’en terminer Monsieur mon cousin et Cher Président je te prie de faire le nécessaire pour distribuer des petits pains au chocolat à tous nos enfants, leur apprendre à compter et à lire, mais aussi leur montrer le chemin de la liberté, de la responsabilité et du respect. Si vous faites tout cela cher François, je voterai encore pour vous en 2017.

28/12/2012

Le roi Ubu

ubu-roi.jpg

 

 

Au capitaine Bordure, à qui il demandait s’il avait bien dîné et qui lui répondit, « Fort bien, monsieur, sauf la merdre », le Roi Ubu déclara « Eh ! La merdre n’était pas mauvaise». Grâce à son génie d’artiste Depardieu a joué tous les rôles et en a tiré à juste titre de la gloire et de l’argent. Je ne sais pas quelle est la mauvaise mère Ubu qui l’a poussé au crime et encouragé à cultiver ses vices et à mettre en scène sa descente aux ténèbres de l’obscénité et de la veulerie, mais il a réussi à coaliser contre lui beaucoup de citoyens révoltés. Ni Gainsbourg, ni encore moins Delon ou Aznavour n’ont réussi le tour de force de notre Obélix : s’attirer les foudres d’un premier ministre et d’une bonne partie de l’opinion.

 

Quoiqu’il en dise, l’acte 1 du drame de l’acteur a commencé sur l’estrade politique de Sarkozy qu’il a soutenu plutôt maladroitement, en disant qu’il lui devait un grand merci pour les services rendus. Dans sa naïveté Depardieu avouait non pas une pensée politique mais une sorte de corruption de l’âme, un poujadisme rarement proclamé avec autant d’insolence. « Je vote pour lui, parce qu’il a facilité mes affaires ! » Nous pensions nous, voter pour celui qui rend service au Pays ! Sa menace d’exil fiscal tient de la même veine affligeante et méprisable d’une pensée cynique liée à l’argent et à l’affairisme. Il a voulu faire de son départ une sorte de provocation hostile à la gauche, à un moment où les difficultés économiques, la dette et le chômage forment une nasse qui menace le gouvernement et toutes les classes de la société. Le coup de Depardieu est une sorte de traîtrise qui prend en otage ses admirateurs et sa célébrité  pour faire approuver un comportement qui n’a rien de glorieux.

 

Laissons là cette affaire minable pour penser à tous les Pères Ubu qui sommeillent en chacun de nous. Comment se fait-il que les gens très riches et qui à ma connaissance n’ont jamais été ruinés par les impôts et les taxes, refusent de payer ce qu’ils estiment comme une agression, une injustice, un manque de reconnaissance de la nation ? Il me semble que si j’avais des millions, je les consacrerais plus à du mécénat, des fondations, des bourses d’études, (Ah ! les bourses Zellidja !) qu’à chercher une niche à deux pas de notre frontière comme un chien exilé, cachant dans ses coffres des biens incroyablement inutiles et sans effet sur la vie ou la mort, qui sont bien les deux limites de notre passage sur la terre.

 

Ces nantis se sentent-ils si menacés de perdre leurs privilèges ? Ignorent-ils que toutes les commodités et les progrès matériels de notre existence tiennent bien davantage à notre organisation sociale qu’à leurs pauvres millions ? Que seraient-ils sans les universités, les hôpitaux, les stades, les ports et les routes,  les usines de voitures, les ingénieurs, les médecins,  les artisans du bâtiment ? Croient-ils qu’avec leurs biens, ridicules si importants qu’ils soient, ils feraient mieux qu’un Etat ? On ne peut pas demander aux épiciers de l’esprit d’avoir une pensée sociale. Ils ont souvent accumulé des capitaux sur le dos de leurs salariés, de leurs clients, de leurs collaborateurs et de leurs concurrents. L’argent n’a pas d’odeur, les affaires sont les affaires et il n’y a pas de place pour les bons sentiments. C’est bien ce qu’on reproche aux bonnes âmes qui prêchent pour la liberté, la dérégulation, les paradis fiscaux et l’individualisme. Tous ces gens-là trouveront toujours une bonne raison de payer moins d’impôts.

 

A l’honneur de la fortune, ces citoyens-là pourraient préférer l’honneur du civisme, non pas l’honneur de la notoriété ou d’être invité dans les palais de la République, qui les placerait au-dessus des lois, mais l’honneur de se ranger au premier rang de nos concitoyens, de notre commune société et de notre œuvre collective. La conscience d’être un animal social et de tout devoir à notre démocratie ne semble plus effleurer ces hommes et ces femmes du compte en banque, du taux d’intérêt et de l’évasion fiscale. Il est vrai qu’on ne peut pas sa vie durant additionner la monnaie et se souvenir tout d’un coup qu’on n’est pas seul sur la terre et qu’on doit toujours quelque chose à quelqu’un, à la chance, à son heureux destin et à l’infinie bienveillance de sa patrie. L’appétit vient en mangeant, et l’avidité en repousse toujours un peu les limites. A force de gratifications narcissiques, les nantis finissent par croire qu’ils doivent tout à leurs seuls mérites personnels.

01/11/2012

CLAUDE BERNARD (1813-1878) m'a dit

 

 

 

Claude Bernard



L'homme de science qui se retournait dans sa tombe depuis quelque temps m’a dit l’autre nuit :

 « L'expérimenteur qui ne sait pas ce qu'il cherche ne comprend pas ce qu'il trouve. … »

 C’est bien ce qui m’intrigue chez ce bougre de falampin de professeur S.,  je ne parviens pas à savoir ce qu’il cherche. J’ai bien compris qu’il s’agit de la toxicité des Ogm et plus spécialement de celle du Maïs NK603, résistant au glyphosate. Mais l’hypothèse de son éventuelle pathogénicité ne peut se formuler que sur des cas assez  précis pour pouvoir relier le mal avec sa cause. S’agit-il de cancers et plus exactement de tumeurs ? D’altérations physiologiques (foie, rein, cœur, pancréas) ? Neurologiques (crétinisme, Alzheimer) ? Ou bien tout cela à la fois ? Et dans ce cas il faut vite ranger les Ogm au rayon des armes biologiques de destruction massive.

 

Le vieux sage m’a encore confié :

« On ne peut pas donner d’hypothèse sans avoir posé le problème à résoudre, puisqu’une hypothèse est une réponse possible à une question suscitée par une observation »

Sans en avoir l’air, le vénérable ancien nous place ainsi  au cœur du problème. Quelle est l’observation précise qui a pu mettre notre Sherlock Holmes de laboratoire sur la piste du diabolique maïs de la Monsanto ? J’entends bien que tout cela est trop abstrait et difficile à comprendre pour un gardien de chèvres ou une avocate bretonne, mais un Professeur éminent de notre Université est toujours persuadé qu’il a une grosse tête. Comme tel,  il se doit de ne jamais renoncer devant la difficulté. Si j’osais,  je m’adresserais à lui comme à mes étudiants. Ne faites pas de chichis, allez directement au fait, aux faits. Trouvez-moi un cas précis, exemplaire, bien parlant, d’un rat, d’un poulet, d’une vache qui s’est trouvée mal d’un repas d’OGM, décrivez moi son cas de manière détaillée. Il me faut la date, le lieu, le nom, la race, la variété, les lésions, la durée de l’agonie qu’est-ce que je sais ? N’omettez rien ! Si vous trouvez un cas, trouvez en deux, trois, pour assurer. Sur ces millions de bestiaux, ça doit être possible.

Le grand Professeur  n’a peut-être même pas tenté d’enquêter, en tout cas il ne nous a jamais fait part de ses observations sur le terrain.  Le risque patent est de rentrer bredouille et penaud. Qu’est-ce qu’il peut raconter à ses amis ? Que toutes les preuves des méfaits des OGM ont été dissimulées par les multinationales qui ont soudoyé les chercheurs de tous les pays ? Ces puissances financières sans visage se sont livrées à des tests expérimentaux bidon. On ne nous dit pas tout ! Des ministres ont été achetés, des crédits ont été coupés !

Le vénérable académicien en a ressenti un certain agacement. Il a lourdement insisté :

« L’expérience teste la conséquence vérifiable de l’hypothèse. »

La foi sauve les croyants, mais quelles que soient ses convictions, le pauvre chercheur  qui ne peut élaborer une hypothèse vraisemblable ne peut pas non plus concevoir un protocole expérimental destiné à vérifier sa validité. En se rongeant les ongles, après beaucoup d’hésitations, le James Bond des manipulations génétiques imagine  une astuce imparable. Les essais officiels qui ont permis l'homologation sont peu transparents, discrets et secrets. Ils sont en réalité machiavéliques. Son hypothèse de recherche va être la suspicion. Il suffit de démontrent une fausse innocuité en répliquant en plus grand et en plus long ces tests fallacieux réalisés à la va-vite. On croit que des rats qui mangent les graines pendant trois mois sans être malades prouvent qu’il n’y a rien qui cloche dans le produit ? C'est faux !  Il suffit de poursuivre le régime  pendant deux ans et  les pauvres bêtes se couvrent de tumeurs grosses comme  des balles de ping-pong !

C’est une idée de génie. Spontanément ces rats-là en devenant des vieillards sont prédisposés aux tumeurs. Ogm ou pas, le succès est garanti. Nimbus a découvert une martingale inouïe ! Il compte, il photographie, il expose, il déclame dans les petites lucarnes et le tour est joué ! Je suis le premier à tester des vieux rats face aux Ogm ! peut-il tranquillement asséner devant les journalistes baba.

Comme Galilée devant l’Inquisition, il s’expose devant des parterres écolo et ignares. Sa maison est lancée, gros succès d’estime. Malheureusement pour lui les institutions et l’opinion scientifique ne sont pas encore complètement déboussolées. Oui monsieur, vous avez raison, bravo, répondent les Cinq Académies, personne ne l’a jamais fait avant vous et de ce point de vue vous franchissez le mur du çon, (pour paraphraser le Canard). Car tout bien considéré votre expérience ne vaut pas tripette. On ne peut pas donner une maladie à une bestiole qui en souffre déjà. Refaites nous ça avec des bons et gros, gras rats qui vieillissent bien !

On attend la suite.

Je remercie les personnes qui se sont intéressées à ma chronique précédente, les pour et les contre. Il me suffit pour être heureux de savoir que la révolte gronde dans les rangs des personnes normalement intelligentes et cultivées. Qu’on arrête de nous opposer l’amiante et l’augmentation du nombre des cancers qui sont sans lien direct avec le sujet, comme d'ailleurs l'augmentation de l'espérance de vie. La confusion mentale, c’est bien de cela que nous souffrons !