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24/03/2012

Battre la campagne

 

 

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Le semeur , Van Gogh, 1880


J’entends dire que les gens se désintéressent de la campagne des présidentielles, qu’ils n’y trouvent pas de réponses à leurs questions ni de solutions à leurs problèmes. Souvenons nous de 2007 quand on confrontait les candidats avec des électeurs témoins : la plupart d’entre eux abordaient la politique par la lunette étroite de leur cas personnel. L’un était handicapé,l’autre au chômage, le troisième en faillite et chacun venait témoigner à la télé comme devant un étal de supermarché pour faire ses courses. C’est une tendance lourde chez nos concitoyens dépolitisés que de  rendre le gouvernement, donc le candidat,  responsable de tous leurs avatars particuliers. L’attitude consumériste déployée jusqu’au choix politique consiste à apporter sa voix au plus offrant. Méfions nous de ces gens qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, car ils ne cherchent pas l’intérêt général, celui de leur pays , celui de l’avenir. Ils cherchent la satisfaction au plus vite de leurs propres difficultés, pas toujours exemplaires et pas vraiment significatives . La somme des intérêts particuliers ne fait pas une ambition collective.

 

L’autre brouillage est orchestré par certains candidats. « Je suis le bruit et la fureur » dit Mélanchon. Je trouve la phrase très belle et bien timbrée mais politiquement nulle. La méthode est largement appliquée par la femme Le Pen et par le candidat sortant. On adore à droite tordre le bras à la vérité pour détruire l’adversaire. Il suffit de voir Copé à l’œuvre mentant sans vergogne sur les positions de Hollande concernant le nucléaire ou le quotient familial. Dans le même temps Sarko a le culot d'accuser Hollande de mensonge, de cynisme, d’indécision, …etc. Les insultes pleuvent et comme on dit dans les réunions politiques, plus c’est gros plus ça passe. C’est le carpet bombing , repris en chœur par les journalistes aux narines palpitantes. Ces candidats indélicats raisonnent ( et résonnent) comme des grosses marmites vides qu’ils frappent très fort avec une grande louche, pour faire le plus de bruit possible, non pour être compris, mais pour être bien certains qu’on les entend partout, jusqu’au fond de la France. L’objectif est d’étouffer la voix de son adversaire et si possible de l’énerver pour lui faire perdre ses moyens.  Je sais gré à François Hollande de refuser les anathèmes et les insultes et de conserver avec le plus grand calme sa dignité et sa cohérence.

 

Le plus étrange dans tout cela est le comportement de nos stars des médias dont le principal souci est de frapper un coup à droite et un coup à gauche (enfin pas toujours,  ça dépend de la clientèle cf. Le Figaro) pour avoir un maximum d’audience des deux bords. Ils ont besoin de vendre leur copie et d’assurer la bonne fortune de la chaîne ou du journal qui les emploie. Leurs analyses sont à géométrie variable pour ne pas mécontenter leur part de marché. Les candidats peuvent donc se livrer à toutes les outrances, à tous les mensonges, à tous les amalgames sans risquer de vrais retours de flamme. Bayrou répète depuis le début qu’il ne va ni à droite, ni à gauche, à chaque intervention, mille fois, cent mille fois et il ne trouve personne pour lui dire que son programme électoral est manifestement trop court ? Sarkozy et l’UMP manient l’insulte et pilonnent François Hollande sans arrêt, et personne dans les grands media n’ ose dire : «  Basta ! ce n’est pas le débat que nous voulons !!! »

 

Le vrai populisme c’est celui qui fait du marketing politique et du bombing,  et comme par hasard ces deux termes nous viennent d’outre Atlantique. Les USA ne nous donnent pas vraiment l’exemple de la finesse dans les bagarres électorales qui se déroulent là bas à coups de millions de dollars. Sarko, dépourvu de vision à long terme, mais doué d’une capacité de réaction sans limites, seraient-elles de simple décence,  est véritablement à son aise dans ce pugilat de cours d’école. Le pari de François Hollande c’est que les badauds ébahis ne peuvent se satisfaire d’un pareil spectacle. Il est convaincu comme bien d’autres citoyens attachés à la noblesse de l’action politique que son véritable rôle est avant tout pédagogique et que sa mission est de convaincre,  sûrement pas  de flatter les instincts les moins nobles des électeurs.

 

Avez vous remarqué lors d’un accident de la route ou d’une catastrophe naturelle, comment les bof vont s’agglutiner pour jouir du spectacle ? Nous voyons la même attitude en campagne électorale, les analphabètes de la pensée comptent les coups, mesurent les litres de sang répandu, dénombrent les morts et frétillent à la vue des cadavres. Les candidats et les commentateurs qui flattent ces instincts là,  feront toujours l’objet de ma désapprobation et de  mon hostilité,  car ils préfèrent leur victoire personnelle et leur ego au progrès de la France et des Français.

 

Les enjeux électoraux n’ont rien à voir avec les joutes sportives. Dans une course de vélos c’est le plus tonique qui gagne, il est d’ailleurs souvent dopé. Les débats politiques sont plutôt affaire d’intellectuels ayant l’esprit bien charpenté et s’investissant dans une vision globale du monde. La gestion des affaires du pays sur le moyen et le long terme nécessite une conception approfondie de l’état des nations et des enjeux historiques qui président à leur destin. Sarko à une capacité aigue de réagir aux évènements mais n’a aucune idée globale. Les projets de François Hollande s’inscrivent au contraire dans une vision humaniste de la nation et des citoyens impliquant toujours en arrière plan,   une action sur la durée. A nous de choisir entre les satisfactions immédiates et gratifiantes promises aux plus dégourdis et la restauration patiente d’un ordre juste dans une société qui évolue vers le mieux vivre, pour tous les citoyens.

 

Les assassinats odieux du Sud-Ouest ont inscrit des points sanglants de suspension dans la bataille politique. Je reviendrai sûrement sur la triste odyssée du tueur fou enfermé dans le labyrinthe de son djihadisme dément. A bien des égards le tueur est à ranger avec beaucoup d’autres,  comme le fou de Norvège ou le soldat américain de Kandahar. Les faits ont une coloration politique parce qu’ils s’inscrivent dans la mouvance de l’islamisme obscurantiste, mais ils sont également le résultat d’une dérive sectaire d’esprits désertés par la raison, qui autorise à les classer dans les faits divers. Je crois bien que nos compatriotes ont bien compris cela en ne cédant pas à la panique ni à l’amalgame ni à l’hystérie sécuritaire.

 

En terminant cette chronique je me dis que nos leaders politiques devraient  plus que jamais s’astreindre à donner l’exemple du respect  des personnes et de la sérénité des esprits. Nos candidats  électoraux doivent s’employer à refuser les excès de langage et s’interdire la vulgarité qui envahit nos écrans sous bien des formes. Ils ne devraient  jamais se départir du respect d’autrui et au moins savoir s’écouter. Plus que jamais l’exemple doit venir d’en haut . J’en voudrai toujours au  misérable Président Sarkozy d’avoir rabaissé sa fonction présidentielle au niveau détestable des pugilats de quartier. Qu’il soit encore soutenu par des personnes éminentes de notre société, voire par des dirigeants de la jet set bon chic bon genre,  en dit long sur le degré de civisme de ces gens là. N’est-ce pas Dame Chirac qui habitez les beaux quartiers et qui tenez tant à votre image de respectabilité ? Ces belles personnes habituées à parader dans les défilés de mode, ne voient donc pas qu’elles sèment  et légitiment d’aristocratique manière l’imbécile exemple de la loi du plus fort, comme dans une bande, comme dans un gang, comme dans une mafia ?

26/02/2012

Du Panthéon au Fouquet's

 

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Le 21 mai 1981 François Mitterrand  est allé s’incliner sur les tombes de Victor Schoelcher, de Jean Jaurès et de Jean Moulin. Par cette cérémonie filmée et passée en boucle afin que nul n’en ignore,  le Président nouvellement élu reliait clairement son futur septennat aux grands hommes de la nation et aux idées phares qui ont honoré notre République. On peut contester certains aspects de la politique mitterrandienne, en particulier lors de son second mandat, mais on ne peut lui nier sa constante dignité et une forme de grandeur, allant dans le droit fil de l’épopée gaullienne, quoiqu’en aient pensé les gens de gauche de l’époque. Le Président Miterrand était un homme de culture, ce qui le mettait à l'abri des contre sens ridicules qu'on connaît aujourd'hui.

 

En 2007 Nicolas Sarkozy ne s’est posé aucune  question sur son triomphe personnel. Il ne se trouvait redevable à personne de sa victoire, en tout cas pas aux grands hommes de notre histoire. Ceux là sont morts et enterrés et ne pèsent rien dans sa panoplie du pouvoir. Sa victoire,  il la devait à ses  puissants soutiens et à ses amis proches. Il a choisi de les remercier de la manière la plus vulgaire qui soit en leur offrant le casse-croûte, pas dans un temple de la gastronomie française ou un lieu historique qui aurait pu conférer une dignité particulière à la cérémonie, non, dans la brasserie de son copain Desseigne  (groupe Lucien Barrière), le Fouquet’s des Champs Elysées . Le choix d’un vulgaire bistrot élitiste à la mode pour gens friqués en a tout de suite dit long sur le degré de conscience historique du nouvel élu. La liste des invités, triés sur le volet,  étalait sans ambiguité l’esprit de la petite sauterie : des milliardaires,  industriels ou hommes d’affaires mélangés à des hommes de presse, du showbiz et du sport : Dassault et Hallyday, Bolloré et Clavier . La note dominante était la richesse dans toute sa vulgarité. On n'y trouvait pas  d’intellectuels, pas de grands artistes ou de créateurs, uniquement des success stories. Quoiqu’ils en pensent aujourd’hui,  Fillon et Raffarin y étaient et ont ouvertement traîné la République dans ce pince fesse mondain .

 

La couleur du sarkozysme était dès ce soir là clairement affichée pour qui voulait la voir et elle ne fut jamais démentie. L’ère du bling-bling était lancée, pour laquelle il fallut inventer le mot. Pour en rajouter une couche,  les photos de vacances sur le yacht de Bolloré firent quelques jours plus tard, le tour des rédactions. Ce qu’on ne savait pas c’est que le nouveau Président fut saisi ce soir là par un vague à l’âme incroyable. Non pas qu’il ait ressenti une émotion particulière devant l’ampleur de la tâche, la gravité de la fonction, ou l’écrasante responsabilité qui lui tombaient sur les épaules, pas du tout, Sarkozy ne pouvait jouir totalement de son triomphe parce qu’il était complètement préoccupé par ses affaires intimes, ses peines de cœur, l’infidélité de Cécilia qui n’avait pas donné de nouvelles de la journée. Il s’était le matin convaincu  que sa victoire allait lui rendre sa belle, hélas, il devait se rendre à l’évidence, Cécilia n’assisterait pas à sa parade et ne deviendrait jamais l’épouse bling-bling qu’il souhaitait.

 

L’aveu de son erreur sur France 2 aujourd’hui, nous a paru contraint et vraiment difficile à déglutir. Comment en serait-il autrement ? La folie politique du Fouquet’s n’est pas anecdotique, elle est consubstantielle de l’esprit Sarkozy. Il est l’homme des beaux quartiers qui n’a jamais douté un seul instant d’être le meilleur dans le meilleur des mondes et qu’il suffisait à son ambition politique de promettre de partager ça avec les autres citoyens. Enrichir les pauvres en les faisant travailler ne peut mener qu’au paradis pour chacun et au progrès pour tous. Il est ainsi le concepteur d’un programme politique sommaire qui a l’avantage de s’ouvrir à toutes les opportunités et toutes les démagogies pour peu qu’elles lui permettent de garder le pouvoir. Ce qui nous explique le spectacle effarant de sa campagne cette semaine.

 

Dire  aujourd’hui qu’il s’est trompé, c’est pour Sarkozy la chute brutale dans le trou du souffleur, l’explosion de la marionnette . Il n’a pas de politique de rechange, il ne connaît qu’un principe, celui des rapports de force, tout autre moteur politique lui est étranger. J’ai déjà dit que ses ressources intellectuelles et morales étaient  désespérément nulles et que son agitation multiple ne pouvait plus lui être d’aucun secours. En 2007 les Français ont commis une monstrueuse faute de casting qui a conduit à l'abaissement de la République et de la France. Je ne peux pas croire qu’ils remettent ça en 2012.

14/12/2011

L'article de la mort

la mort de Socrate

La mort de Socrate de David


C’est un bel article ! non pas de ces articles de boutiquier, funéraires en l’occurrence,  du genre bouquin de marbre avec photo du défunt, ou bien couronne en cuivre ornée  de fleurs en porcelaine, non pas  non plus, comme on pourrait aussi le penser un article de journal façon épitaphe nécrologique pour disparu célèbre, mais bien celui qui désigne ce moment court et délicat  qui vous conduit de vie à trépas. Je me souviens d’avoir prévenu un chirurgien, « votre patient est en train de passer… », je m’étais heureusement trompé, mais j’ai gâché sa croisière au praticien.


On dit  parfois de notre voisin ou de notre arrière grand mère qu’ils ont passé l’arme à gauche, c’est une façon militaire d’envisager les choses. J’ai relevé aussi dans Gilles de Gouberville, qu’il écrivait de son meunier écrasé par sa meule « qu’il labourait aux dernières extrémités », jouant sur le mode agricole et agité qui convenait bien à cette époque. Ces expressions qui désignent le passage terminal, le temps fugace de l’agonie,  ont un charme fou, et réjouissent les poètes.

 

Je n’éprouve aucune hâte ni empressement pour l‘issue fatale et si je souhaite qu’elle advienne (car je ne saurais m’y opposer) c’est bien le plus tard possible, après avoir épuisé tous les recours raisonnables. Ce n’est pas une raison pour laisser aller les choses à vau-l’eau et pour se laisser embarquer sans préparation.  Il s’agit d’ une expérience unique, sans itération possible. Le ressenti est sur l’instant définitif et indiscutable. Il faut donc convenir que si on veut rendre son dernier souffle avec un minimum de confort, il faut y penser avant,  comme disent les motards de la police aux chauffards qui refusent de payer leurs contraventions.

 

Le temps paraît révolu ou l’article de la mort s’accompagnait pour le moribond d’insupportables souffrances. On ne laboure plus aux dernières extrémités. Aujourd’hui il faut compter avec la morphine et diverses substances. Le mourant s’endort. J’essaie d’imaginer cet instant précis où on emprunte un long corridor, que je verrais bien comme un couloir d’hôpital, celui qu’on parcourt dans certains sous-sols pour se rendre  au bloc. Il y a des avantages :  vous n’avez ni le bruit du chariot ni la face hilare du brancardier qui drague les infirmières au passage. Croyez moi les brancardiers sont des bellâtres musclés qui plaisent aux dames. Il n’y a pas de portes latérales dans ces sombres coulisses, pas d’échappatoires, seulement une porte définitive, qui barre le bout de la coursive et que vous voyez se rapprocher avec une certaine curiosité, peut-être aussi avec un mélange de terreur et de fatalisme.

 

Je suppose que ce sont dans ces derniers instants que vous lâchez la rampe, engourdi par le silence ouaté à travers lequel vous parviennent  quelques notes de musique séraphique et des mots d’amour glamours, arrivant de très loin, murmurés par quelqu’un qui vous aime. Pour le coup, vous n’avez plus rien à faire, le couloir est en pente, vous vous laissez glisser par consentement à la pesanteur et à l’irrémédiable. Il vous est impossible de vous retourner et de remonter au point de départ. Vous vivez vos derniers instants d’homme entier. Car de toute évidence, dès que vous passez  la porte du fond, vous rendez l’âme. Par quel déchirement ou quel décollement ? nul ne le sait. Ce qui se passe derrière cette porte blindée est un irritant miracle, aussi funeste soit-il.  

 

Quelques instants plus tôt, on vous a changé de chambre car les personnels de santé ont vu sur vous les griffures de néant. Il n’est pas nécessaire de faire peur à votre voisin de lit. La mort des autres est déprimante, beaucoup plus que votre propre mort qui est la solution, longtemps interrogée,  d’une énigme qui dure depuis votre naissance. Rien ne doit devoir entraver le déroulement du mystère, qui est une affaire toute personnelle, à vrai dire. Quelques minutes, quelques heures plus tard, vous aurez rendu votre dernier souffle. Dans cet ultime moment,  il y a donc bien deux notions, celle du passage d’un état à l’autre et celle du dernier soupir expiré.

 

J’imagine que le changement d’état est une sublimation  identique au passage de la glace à la vapeur,  vous passez de vif à mort, directement, sans phrases. Vous êtes encore chaud et subrepticement vous sentez une sorte d’ankylose, qui annonçe la raideur cadavérique, l’immobilité, la froideur, l’absence de sentiments. Vous vous retrouvez finalement,  sans y avoir vraiment consenti, entre les mains d’improbables thanatopracteurs qui vous donnent bonne figure en adoucissant votre sourire et en ajoutant un peu de couleur à vos joues, que le sang a désertées. Vous êtes là sans y être,  puisque vous ne comprenez rien à la situation, même si vos proches ou vos voisins viennent jeter un œil et font comme si. Ils parlent bas. On vous respecte infiniment plus mort,  que vivant.

 

Ainsi confortablement installé dans votre alvéole funéraire, sagement enveloppé dans votre linceul et les mains jointes, il faut bien avouer qu’il vous manque quelque chose, puisque vous avez rendu l’âme. Et ça c’est quand même le coeur du problême !  le crash s’est déroulé au moment ou la porte blindée du fond s’est ouverte devant vous  et s’est refermée dans votre dos. Bon ! soyons francs,  personne n’a vu s’envoler un dernier souffle : si il existe,  il est incolore et inodore, absolument silencieux et se déplace comme un esprit. Justement ! Nous y sommes ! ce qui s’est envolé derrière la grande porte c’est votre incoercible esprit, brutalement libéré, envolé,  qui a choisi ce moment difficile pour vous abandonner sans retour possible. Vous l'aviez cultivé rebelle et il vous le rend bien en s'éclipsant sans aucun regret.

 

Vous ne pouvez plus ni sourire, ni pleurer, ni vous poser des questions, ni taquiner vos petits enfants. C’est tout à fait ça,  le vrai malheur. François Mitterrand a mystifié son monde en disant qu’il croyait aux forces de l’esprit qui  s’éternisaient après le grand saut. Je suis comme lui,  je crois très fort à ces  forces là. Je  suis même convaincu que ce sont les seules qui vaillent et que ce sont elles  qui nous mènent au plus loin dans les manufactures de l’humanité. Mais que diable, évitons les conte-sens, il s'agit des forces de la vie, pas de celles de la mort.  Les forces de l’esprit sont  malheureusement celles qui vous abandonnent quand vous cassez votre pipe. L’esprit des morts lui, n'existe que dans le souvenir des vivants. On le voit planer dans les cimetières silencieux par les beaux matins de décembre, comme ces  nappes  de brume légère et impalpable qui survivent aux nuits glaciales des longs hivers qui s'annoncent.

15/11/2011

Les forts en gueule

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A défaut d’avoir la cote dans les sondages, les Verts font un tabac dans les médias et ça paye. La stratégie de communication des Verts n’a rien à envier à celle de la femme Le Pen ou à celle du camelot du Front de Gauche . Pour la plus grande joie des éditorialistes,  ainsi   assurés de trouver du souffle pour les clairons de la polémique et de la controverse, les extrêmistes pallient à leur marginalité par l'outrance. D’ailleurs la droite gouvernementale se laisse aller avec délices aux mêmes absurdités. Rejetée par le pays, la « majorité » essaie de se refaire une santé sur le dos du candidat de la gauche aux Présidentielles.

 

On a vu avec quel succès populaire François Hollande a été désigné par le suffrage pour défendre nos couleurs et battre Sarkozy. Ses adversaires, jaloux d’une telle aura en profitent pour tenter de tirer quelques marrons médiatiques en pratiquant l’amalgame et la caricature. Que la droite utilise ces méthodes, on pouvait le prévoir et s’y être préparé. Quand ce sont nos futurs alliés de la gauche, on peut s’étonner de les voir s’évertuer à couler l’embarcation qui doit nous mener au pouvoir. Mélanchon pourrait bien construire son propre naufrage avec son pédalo imbécile et Green Peace en sera peut-être réduit à  attaquer au Zodiac les pétroliers qu'il  aura contribué à réarmer en sabotant bien trop tôt  notre industrie nucléaire.

 

J’ai écouté Eva, le clown triste des Verts, ce matin sur France Inter. Elle manie la casuistique, la litote et le mensonge avec un aplomb incroyable. Dans sa bouche,  les centrales à charbon deviennent des  sources d’énergie modèles, pourvu qu’elles soient allemandes. Il n’est pas question de comparer les rejets de CO2 allemands à ceux des français ! ni des risques énergétiques que la précipitation des Grunen font courir outre-rhin. Le seul viatique de la critique des Socialistes et  de leur candidat,  doit suffire à la faire remonter dans les sondages pense-t-elle.  Haro sur le Hollande ! Allons-y ! La Duflot en rajoute et Bendix y va de son coup de pied de l’âne. Hollande se Ségolénise ! autant dire que le Rouquin lui prédit la défaite.

 

Je vois dans cette confluence des critiques, des mots d’oiseau et des insultes un aveu de faiblesse politique et une  preuve du mépris envers les citoyens ordinaires, en particulier envers les millions de gens qui soutiennent François Hollande. Si j’enrage et si je m’irrite de ces outrances qui abaissent le niveau de la réflexion,  il me suffit de quelques instants pour retrouver mon calme. Les gens ordinaires ne sont pas dupes des tours de passe-passe de ces coupe-jarret politiciens. FH se doit de garder son sang-froid et de respecter son calendrier. Il n’a aucun intérêt à se mêler à la compétition ridicule dans  laquelle s'abîment ses adversaires.


Il n’y a aucune urgence à faire un accord avec les écolos qui se déconsidèrent chaque jour un peu plus avec l'EPR, un soi-disant  accident industriel  qui est en passe de devenir leur tombeau politique. Il n’y a pas non plus à se précipiter pour expliquer à l’UMP les plans économiques qui mûrissent actuellement dans nos cartons. Chaque semaine qui passe change la donne et rend caducs les projets de la veille. La droite ferait bien mieux de réfléchir à ses propres priorités et à ses responsabilités d’aujourd’hui,  qui sont immenses. Comment va-t-elle justifier face au pays les 500 milliards de dettes qu’elle a accumulés pendant la législature Sarkozy ?

 

Notre candidat n’a donc pas à rentrer dans le jeu brouillon de ses adversaires de tous bords. Il doit garder son calme et donner l’impression de la force tranquille dont on a connu le succès avec Miterrand. Il se doit de rassurer et de sécuriser nos concitoyens et surtout nos acteurs économiques, ouvriers et patrons. Le vainqueur de cette histoire  sera celui qui rétablira la confiance dans le pays au mlieu de cette tempête économique et financière. Ce ne sera sûrement pas une affaire de bande dessinée ou de petites phrases, mais de travail,  d'études et de concertation.  François Hollande l'a déclaré dès l'annonce de sa candidature il sera  le Président qui  redonnera  la confiance et l'espoir aux Françaises et aux Français qui ne demandent qu'à travailler et vivre en paix.

08/11/2011

Que sont nos révolutions devenues ?

revolutions.jpgQue nous avons de si près tenues...

 

La crise de la dette tourne au psychodrame planétaire. Je ne sais comment,  par quel miracle, par quel ultime tour de bonneteau (qui faisait autrefois la joie des gogos), une bande restreinte d’avocats ou d’experts, je ne sais trop, s’est mise en position de multiplier les pains comme Jésus-Christ lui-même. Sauf qu’en fait de petits pains, il s’agit de dettes. Un tour de magie facile, une saynète à l’antique qu’on peut ainsi résumer :  « Nous les Agents des Agences considérons que vous aurez le plus grand mal à rembourser vos dettes et Déclarons  en conséquence que  Nous dégradons votre note. L’argent que vous allez emprunter pour rembourser va vous coûter plus cher. Il vous faudra donc emprunter plus pour payer. Votre dette va malheureusement grimper  et votre note va vous ranger parmi les cancres. Vous êtes faits. La bourse ou la vie ?"

 

Le peuple qui n’en peut mais,  n'a plus qu'à répondre  ce qu’on répond aux usuriers habituellement. Prenez ma vie. Je n’ai plus un sou. Ma maison est vide. Je suis au chômage, ma femme fait le tapin, mes enfants sont sans travail, ma mère est Alzheimer, mon frère a le cancer, mon cousin est en prison . Je ne peux rien payer de vos taxes et de vos impôts. Envoyez les huissiers, les hallebardiers, les garde-chiourme. Le savetier vient de comprendre que le financier n’est qu’un bandit armé jusqu’aux dents  et que rien ne sert de résister. Il vaut mieux prendre le maquis. Voilà le tour pendable qu’ont joué ces messieurs aux Grecs et qu’ils s’apprêtent à répéter avec d’autres. Obama devant et les petits bonshommes qui s’abritent derrière, ne font qu’anoner ce qu’énoncent les as du triple A. Les partisans du libéralisme thatchérien sont tous d’accord. Ils laissent au peuple le choix de la couleur de la corde pour se pendre et ils ont un dogme inébranlable : le seul équilibre qui vaille est celui des marchés financiers.

 

Le premier béotien venu comprend pourtant que cette voie est sans issue. A toujours siphonner les richesses dans les mêmes poches on finit par stériliser les capitaux qui disparaissent dans le puits sans fond des dépenses somptuaires et improductives. Le résultat est l’installation du chômage, le véritable cancer de nos sociétés. Les nantis considèrent que tous ces sans-emploi sont des fainéants et des  parasites qui vivent à leurs dépens. Pas question de supporter ces assistés.  Si nous souffrons du chômage disent-ils, c’est qu’on paye trop d’impôts. Supprimons les taxes et les droits et nous allons investir pour vous sortir de là. Et qui va payer l’Armée ? la Justice ? l’Ecole et les Hôpitaux ? La dette ! A la fin du parcours on emprunte sur les marchés spéculatifs. Et le noeud de la corde se resserre.  Toujours le bonneteau.

 

J’ai bien compris que les riches s’inquiètent du remue-ménage que cela provoque. On voit des indignés s’installer un peu partout. Il faut stopper cette gangrène. Les Messieurs  rêvent donc de limiter l’abcès aux rives du Parthénon, pour conserver leurs comptes en banque intacts,  aux Caïman, à Jersey, en Suisse et dans plein de petits endroits à l’abri de la vindicte populaire. Mais voilà que déjà des relents infectieux  s’échappent de la botte italienne et qu’on ne sait pas très bien jusqu’à quel point les Espagnols et les Français vont avaler la pilule censée les sauver. Berlusconi sent le vent du boulet. Il se pourrait que la septicémie  ou le scepticisme comme vous voulez, s’installent pour de bon. Les cochons payeurs risquent de renâcler, de grogner, de dissimuler, de faire du noir, de se détourner de la morale civique.

 

 

Malgré leurs diplômes et leurs prestigieux CV, tous ces champions du triple A sont des ânes. Il y a bien longtemps déjà qu’un ami, qui sortait lui-même de là, me répétait : si tu veux couler une boite donne là à un polytechnicien. Nous y sommes et  les financiers n’y voient pas plus loin que leur nez. Leurs plans sont toujours à courte vue, mono clonaux, mono factoriels, transposés sans nuances aux intérêts immédiats d’une seule catégorie de population, celle des possédants et des rentiers. Ils oublient que pour rembourser les dettes, il faut d’abord du travail et du travail partagé, utile, solvable, bénéfique.

 

Nos dettes sont sociales et seules la société peut les rembourser. Il faut d’abord que les jeux financiers soient revus et corrigés par nos démocraties politiques. Pour avoir trop longtemps laissé la bride sur le cou aux prédateurs de l’économie dérégulée, nous en sommes arrivés à un point d’éclatement, de rupture. Une vraie celle-là. Tôt ou tard les indignés vont finir par comprendre que le remède est entre leurs mains, que c’est à eux d’inventer les solutions, de choisir les voies et les moyens d’y parvenir. Il faut un vrai pouvoir politique indépendant de la Haute Finance et des hordes de prédateurs. Un pouvoir qui fasse peur aux profiteurs de la dérégulation.

 

Il n’y a pas d’hommes ni de partis providentiels. Rien de tout cuit ne peut nous sortir de là. François Hollande lui-même, mon héros, mon préféré, ne pourra rien du tout,  si le peuple ne prend pas lui-même la cause, Notre Cause en main. Je le dis tout net aux adeptes du camping sur les  places publiques qu’ils vont devoir faire autre chose que de la com. A eux de bosser, de réfléchir, de proposer des pistes.

 

Les jeunes d’aujourd’hui, la génération Internet,  ne peuvent se satisfaire  du Faceboock et du Twitter. Ils doivent  d’urgence se lancer dans l’action démocratique pour la justice et l’équité. Les lieux et les moyens existent pour se faire comprendre et entendre, ce sont nos vieux partis politiques, qui sont devenus vieux parce que les jeunes les boudent depuis trop longtemps. Tout décriés qu’ils soient les Partis politiques  sont la seule issue honorable à l’action civique. La nouvelle génération doit en venir aux vrais combats. A moins qu’elle ne préfère en toute naïveté redécouvrir le fil à couper le beurre, refaire mai 68, le Front Populaire, La Commune, 1789 ? Des fois,  je vous jure,  on aimerait voir ça, pour qu’enfin ça change.