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19/01/2014

Bravo Julie !

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 La gitane de Manet

J’ai connu un temps qui donnait la part belle aux intellectuels. On admirait Malraux, on tutoyait Sartre et on aurait tous voulu s’appeler Albert Camus ! Aujourd’hui on twouite, c’est-à-dire qu’on dit n’importe quoi en 145 signes, vitesse oblige. N’importe quel individu connu dans les médias ou bien voulant se faire connaître, peut y aller de son insipide gazouillis. Il y a des journalistes spécialisés dans le suivi de l’opinion qui maintenant s’exprime dans les « réseaux sociaux ». La vox populi donne le la, sale temps pour les philosophes et les débroussailleurs d’idées.

 

François Hollande mon héros a eu un coup de génie pour déjouer cet incroyable abaissement du débat public. Il s’est fait photographier  rue du Cirque pour laisser filtrer une invitation entre amis chez Julie. Je ne connaissais pas cette jeune femme ! Bon Dieu qu’elle est jolie et amoureuse de notre Président ! Je la propose pour l’Ordre National du Mérite, promotion 2014. Il faut le dire ce n’est pas rien d’être la Dame de Cœur du Président. Il y en a tellement qui traînent dans les couloirs que la concurrence est sévère ! On sent bien que François n’a pas eu d’hésitation pour monter sa supercherie. Il a tout de suite compris que Julie était beaucoup plus médiatique que la lutte contre le chômage. Qu’il appelle un paparazzi à minuit sonnant pour prendre un cliché avec son casque est un gag sublime, une mystification sans précédent des journaleux.

 

Je m’explique. Face à l’incurie intellectuelle des médias français et surtout internationaux, François s’est demandé comment il pouvait attirer l’attention sur sa conférence de presse annonçant une fois pour toutes qu’on était entrés en social-démocratie. Qu’est-ce que ça peut bien être que ça ? se sont demandé  les journalistes. Encore une pirouette, un mensonge, une mystification ? Pour assurer, le Président a demandé à Valérie d’entamer une procédure de spleen pour cause d’amour déçu. La tension est arrivée à son comble, la salle était pleine, on allait voir ce qu’on allait voir, c’était fin de partie,  avec un pauvre Hollande roulé dans la farine de ses frasques amoureuses !

Et on a vu tout le contraire de ça ! Quarante-cinq minutes de propos liminaire, dense, construit, irréfutable. FH était devenu une merveilleuse mécanique intellectuelle, sans une hésitation, sans un lapsus, sans un temps mort. Tout le monde guettait le faux pas, une ombre d’émotion, une vanne malencontreuse, rien de tout ça ! Il est allé au bout de son propos devant les gratte-papier médusés, confondant au passage le vieux cheval de retour Yvan Levaï croyant bien futé de réitérer une question sur le fond du propos. Etes-vous réellement social-démocrate  Président ? Question inutile, superfétatoire, mais qui mettait un point d’exclamation sur le discours.

 

Voilà mes amis, pourquoi je ne suis nullement fâché contre les femmes de mon Président, et que bien au contraire je leur dis, là où vous êtes, aimez-le ! Choyez-le ! Caressez-le ! Admirez-le ! Il en a besoin ! Sa tâche est rude ! Nos concitoyens sont formidablement moqueurs et ingrats. A toute heure du jour, faites tout ce que vous pouvez, que vous soyez la Première Dame ou la dernière souillon de l’Elysée pour lui donner du plaisir et de la satisfaction morale. Il le mérite. Mon grand âge m’autorise à mesurer tout ce qu’une femme peut faire pour le bonheur d’un homme !

30/11/2013

Le Sud, notre nouvelle frontière

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Dinet - Un jardin de Bou-Saada


Le Front National prospère sur la détestation des Arabes, certains cercles Juifs également, mais aussi tout le populaire qui se sent mal dans les quartiers et tous les bourgeois qui n’ont qu’un souci, se protéger de la chienlit. Pour tous ces gens : arabes=racailles=violence=insécurité=chômage. Le résultat de cette sinistre équation est qu’un grand nombre de citoyens est persuadé qu’en boutant dehors ces hordes de bronzés et en les  renvoyant au Maghreb ou au Machrek on fera baisser les déficits et on remboursera notre dette. Tous les calculs économiques disent le contraire mais ça ne compte pas.  A gauche on a la sinistrose écologique et à droite on a le cimeterre arabe pointé sur la carotide. Au final la France est paralysée par ses peurs et rien ne va plus.

La France, ce vieux pays, comme le proclamait le barde des beaux quartiers, est victime d’un énorme malentendu. Notre nouvelle identité,  dans laquelle l’islam prend toute sa place,  enrichie d’apports de civilisation arabo-orientale anciens et modernes, n’est pas un problème. C’est au contraire une chance pour l’avenir du pays, pour sa puissance et sa force d’influence dans le monde. On voit que le retrait des Américains et en tout cas leur peu d’appétit pour les affaires moyen-orientales ou africaines laisse  à la France un grand espace pour un leadership en Méditerranée. La réalité est que sans le dire, la nation dont les capitales sont Paris, Lyon et Marseille, est devenue une des premières forces au sein de ce qui fut autrefois l’Empire romain. Mais Rome n’est plus dans Rome et Paris est devenue la plus puissante des capitales arabo-africaines et moyen-orientales.  

Il est bon de rappeler à l’occasion du trentième anniversaire de la marche des beurs, que nous avançons à reculons vers cette nouvelle frontière. Car nous refusons encore ce quart méditerranéen issu de la décolonisation et de l’émigration qui fait notre force aujourd’hui. Nous sommes encore les enfants de Charles Martel, dans la continuité de la pureté ethnique et de la résistance à l’envahisseur. Imaginons ce que pourrait devenir la France si elle comprenait enfin, que Rabat, Alger ou Tunis sont des villes alliées et non pas des capitales hostiles. Que les cent millions de Maghrébins ont aujourd’hui des potentiels de développement de productivité et de croissance qui peuvent tirer l’Europe et la France de leur torpeur. Nous avons une communauté de langue, une histoire, un vécu qui nous rapprochent. Pouvons-nous un instant imaginer  ce que la France pourrait changer pour la paix du monde et sa prospérité, si nous acceptions enfin la réalité géopolitique d’aujourd’hui ? Mais nous sommes comme des apprentis du poker géostratégique, nous avons des cartes, un jeu exceptionnel, mais nous ne voulons pas y croire.

Nous refusons de voir que de l’Iran au Mali et à Israël, nous pouvons jouer un rôle unique dans la nouvelle donne démocratique de ce siècle. Nous avons un quart de notre population qui parle arabe ou qui pourrait le faire, nous avons une histoire qui commence avec Constantinople et se poursuit avec les pyramides de Napoléon et le chasse-mouches du bey d’Alger ! Par raideur, par repli sur notre arc de triomphe, par l’arrogance de nos bibliothèques, nous refusons de respecter l’étrange ou le différent. Nous avons toujours voulu soumettre au lieu de convaincre, connaître  et négocier.

Mais la puissance de feu de notre propre histoire est imparable et s’exerce malgré nous, les tirailleurs et les spahis sont morts sous la mitraille et le canon, les fellagha, les fidaînes, les chaids ont arraché leurs victoires face à notre armée, des tribus de bédouins ont construit nos routes, des générations de schleus et de kabyles ont extrait le charbon, construit des voitures, bâti nos autoroutes ! Malgré des relations exécrables de violence et de racisme, malgré les noyés de la Seine et les enfumés des Aurès, malgré les expropriations, les déportations et les injustices, la France et le Maghreb ont créé un avenir commun. Celui qui se dessine aujourd’hui. Un avenir dans lequel Mouloud Mammeri et Albert Camus auraient dialogué pour en dessiner les contours. Un avenir peint par Zidane et Saint Augustin, Brahim Asloum et Avicenne, Nasser, Bourguiba, de Gaulle, l’Institut du Monde Arabe, le couscous et…Total.

Cette nouvelle donne, ce new deal ne peut naître sans efforts, c’est-à-dire sans investissements. Nous devons mettre deux sous dans le bastringue pour faire entendre une nouvelle musique. Il faut de la générosité de cœur, de l’imagination, de la créativité pour entraîner une dynamique de coopération des bords du Nil jusqu’au littoral atlantique, il s’agit bien de coopération et non de confrontation. Arrêtons de faire les marchands de tapis. Si nous avions deux sous de confiance en nous, Tunis la blanche au lieu de plonger dans les horreurs de la guerre civile pourrait être notre nouvelle Mecque, notre nouveau ralliement, notre grande ville étape pour la reconquête des esprits et des cœurs jusqu’à Dakar et Bangui !

La force de frappe française silencieuse et pacifique est là qui attend. Elle est dans nos collèges de quartiers, dans nos lycées, nos grandes écoles et nos universités. Elle attend les armes au pied, celle de la démocratie, de la liberté, de l’invention et de la créativité, pour partir, repartir pourrais-je dire dans les champs d’industrie encore balbutiants, dans les laboratoires de recherche encore juvéniles et participer aux œuvres encore incertaines de la démocratie et de la culture. Elle y apporterait de la créativité et de la novation et surtout de la liberté. Si la France peut exporter quelque chose dans ces pays, c’est la liberté, liberté politique, liberté de moeurs, liberté d’esprit et de religion. Parce que bien sûr si notre pays est encore victime de ses historiques raideurs, nos voisins du Sud le sont tout autant. Mais je gage qu’avec le temps, toutes ces rigidités vont finir par se distendre et sauter, à moyen terme.

Je voudrais dire à mes amis politiques que la nouvelle frontière est là, non pas une frontière comme le mur d’Israël hérité des ghettos de Varsovie ou de Cracovie, mais une nouvelle frontière savante et intelligente, semblable à ces membranes semi-perméables capables d’envoyer le bon et de refuser le mauvais. Pour y parvenir il faut du courage et de l’imagination. Le deuxième quinquennat de François Hollande sera celui-là. L’intérieur remis en ordre, avec les comptes apurés et la remise sur les rails d’une certaine justice sociale,  il faudra se projeter et faire tanguer pacifiquement l’Europe trop frileuse. Il va falloir bien expliquer à nos voisins de l’Est que la France à une autre main, celle du Sud, que le jeu est mûr, juteux, prometteur et qu’il profitera à toute la zone Europe et à l’Afrique du Nord et du Sud. A leur tour ces handicapés du vieux mal stalinien, les Polonais, les Allemands de l’Est et beaucoup d’autres libéraux, british ou bataves, pourront peut-être comprendre qu’il y a des générosités qui valent bien mieux que le chacun pour soi et l’égoïsme des nations.

Il faut y penser dès maintenant, il faut jeter les premières pierres. Le maintien de la France au rang des grandes nations en dépend ! Plutôt que de vouloir ériger des barrages illusoires contre quelques milliers de malheureux rêveurs d’Occident, renversons les flux et portons sur place l’emploi, la santé et l’éducation et aidons enfin et hardiment  à briser les chaînes ancestrales. Avec respect, avec générosité, avec intelligence. Agissons pour la prospérité de tous au lieu de nous retrancher dans notre vieux monde finissant !

23/11/2013

Les rastaquouères

Tamara de Lampicka, 1925  - Le docteur Bourcart

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J’aime ce mot comme un bibelot que j’aurais acheté aux Puces, avec tout ce qu’il faut de désuet et de poétique. Les rastaquouères étaient à la Belle Epoque des marchands de peau de lapin, aux revenus mal identifiés mais qui portaient beau. Ils avaient des bijoux voyants et des gilets trop neufs. Ils fréquentaient les endroits de la haute, la Côte d’Azur, les palaces et les salles de jeu. Mais surtout, pièce essentielle du dossier, ils avaient « oublié leur propre langue sans avoir eu le temps d’apprendre la nôtre ». Ils s’exprimaient donc dans un pataouète incertain qui roulait les R sans aucun respect pour la grammaire ou l’orthographe. A l’origine,  personnages hauts en couleurs d’Amérique du Sud, ils furent rejoints par les Libanais ou les Turcs et tous les Levantins au statut mal défini, renforcés enfin par les Méditerranéens de tout acabit, Majorquins, Maltais, Espagnols ou Italiens et bien sûr Juifs et Arméniens de tous les pays ! Ashkénazes et Sépharades, Stambouliotes ! Les rastaquouères sont vite devenus des étrangers sans souci et sans éducation, très voyants et mal appris, envahisseurs et parasites. Les rastaquouères étaient donc des immigrés qui nous faisaient l’insulte d’être ostensiblement riches,  en occupant  un rang trop visible dans notre société besogneuse et bourgeoise. Rastaquouère est finalement devenu un terme péjoratif, une insulte, un quolibet, qu’on applique à une sorte de bougnoule qui bénéficie de moyens d’existence conséquents, mais suspects d’illégalité et moralement douteux. Un maquereau qui ferait travailler une dizaine de  putes pourrait donner l’illusion d’être un honnête rastaquouère.

En traitant François Hollande et son gouvernement « de bande de rastaquouères », Jean Luc Mélanchon s’est une fois encore rangé dans le camp des imprécateurs inconséquents. On pense à Léon Blum, dont on parle si peu aujourd’hui et à Pierre Mendès-France, qui ont probablement (mais je n’ai rien vérifié) représenté en leur temps les prototypes des rastaquouères politiques. L’homme à la cravate rouge a pété les plombs. En pleine tempête d’extrême-droite affichant des forcenés  brandissant des bananes devant la Garde des Sceaux, le leader du Front de gauche nous replonge dans les horreurs des Croix de Feu et des ennemis du Front Populaire. Calme-toi Camarade ! Tais-toi ! Tourne sept fois ta langue dans ta goule déboussolée ! Tes anciens amis du Parti Socialiste seraient donc maintenant du parti de l’étranger, des banquiers apatrides et du sionisme le plus vulgaire ? Car aujourd’hui nous sommes, en plein bras de fer avec l’Iran pour ouvrir en équilibristes le chemin de crête abyssal de la paix en Palestine. François Hollande, rastaquouère en chef, vient de se mettre en situation de réaffirmer bien haut la position de la France soutenant deux Etats, l’israélien et le palestinien, qui partageraient Jérusalem  comme capitale. Faut-il en faire un désopilant guignol ?

Mélanchon, toi qui viens des collines incandescentes d’Oranie, tu ne crois pas que ta place serait de t’atteler au timon plutôt que de vilipender et déconsidérer l’attelage ? Tu ne vois pas à Gauche tout ce que tu pourrais faire d’utile pour que l’opinion comprenne en France les enjeux et les drames de cette historique tragédie ? Mélanchon, tu es aveuglé par tes combats, tu es emporté par tes colères. En réalité tu es perdu pour la cause de la justice et du progrès. Les sarcasmes et les fantasmes n’ont jamais servi ceux que tu veux défendre. Et puisque tu prétends que les rastaquouères sont nuisibles au pays, alors je suis aussi un rastaquouère !  Economiquement suspect et moralement douteux. En revanche je suis  politiquement intraitable !  Nous sommes tous des citoyens ! On ne peut exclure personne ! On ne peut s’assoir à la table commune en crachant dans la soupe !

Je m’adresse à toi Mélanchon, mais je m’adresse aussi à ceux de mon Parti. Nous sommes si prompts à démolir ce que nous avons bâti. La colle des affiches n’est pas encore sèche qu’on s’empresse de descendre le candidat qui vient d’être élu ! La même chose avec notre gouvernement, les demi-sels veulent y aller de leur petite musique, changer les ministres, donner leur avis, faire les importants ! Il est vrai que dans la sphère du Parti, il y a des places à prendre, des hochets, des prébendes, chacun veut mettre son doigt dans la confiture. On le voit avec les listes de candidats pour les Européennes. Le petit chef se sent l’âme d’un cheval de course, et soutient son écurie. Les dents sont longues et les roquets visent toujours les mollets !

La chasse au Président François Hollande ne va pas s’arrêter de sitôt. Les chiens ne vont pas cesser d’aboyer avant longtemps. La réforme des rythmes scolaires et surtout les difficultés liées au périscolaire sont présentées comme le mal absolu depuis des semaines par l’UMP. Il faut chasser Ayrault du congrès des Maires de France, on met le Président au défi d’y paraître, l’explosion est programmée une fois encore ! Et puis, patatras ! Une fois encore rien ne se passe !

Les droites tentent également de dresser les Français contre l’impôt, au risque de renouveler aujourd’hui les bataillons du poujadisme pas tout à fait disparu. De fait, dans tout le pays des corporations réclament, exigent leur dù, y compris les aristocrates de l’agriculture, je parle des céréaliers, qui ont pourtant bénéficié de prix avantageux ces dernières années. Ils se plaignent des taxes mais veulent encaisser toutes les subventions !!! Surtout pas les partager un peu avec leurs frères éleveurs. On ne peut pas faire mieux dans l’égoïsme et la cécité économique ! Bravo monsieur Jacob !

Depuis l’élection de F. Hollande, toutes les grandes gueules de la politique et des médias en appellent à son échec. Un échec qu’on espère, qu’on prévoit, qu’on programme à maintes et maintes reprises, l’issue fatale se compte en semaines, en mois, à la fin de cette année ou bien de la suivante ! On fait dégringoler les sondages d’opinion chaque matin. On se demande où trouver un dernier  partisan  pour soutenir le Président !  A coup sûr on va avoir le tsunami bancaire, la désertification économique, l’inondation fiscale, la montée des eaux du chômage, l’incendie social…Nous avons un gouvernement d’incapables, d’usurpateurs, de menteurs, d’amateurs, de pieds nickelés incohérents et ridicules, sans légitimité et sans majorité. On crie à la démission, à la dissolution !  Même si le budget est voté par 320 voix pour et 240 contre ! Non Messieurs le pire n’est pas toujours sûr !

Tôt ou tard, les bonnes nouvelles vont faire boule de neige. Au dehors, le Mali, les otages libérés, les nouvelles cartes en Iran et au Moyen Orient, la place faite au SPD en Allemagne avec une nouvelle donne européenne. Au-dedans, le contrat compétitivité, les retraites stabilisées, la diminution du chômage des jeunes et…l’accolade à Chirac, sans compter la qualification des Bleus. Saint François est bien seul depuis son élection. En campagne électorale on peut rassembler les espérances, mais  au gouvernement on en est réduit à fédérer les mécontents, parce que on ne peut pas tout et son contraire et qu’on doit faire des choix. Malgré tout je suis plus confiant que jamais dans les capacités politiques du Président et de Jean Marc Ayrault. Dans le camp des progressistes il faudrait bien se souvenir qu’une Présidence de gauche est un moment rare pour faire avancer la société. La combattre, la fragiliser c’est jouer contre son camp. Heureusement l’équipe au pouvoir est bien plus solide qu’on le dit et je suis sûr qu’elle marquera l’histoire. Ainsi soit-il

14/11/2013

Pas de panique François !

 

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Rubens 1620. Arrivée de Marie de Médicis à Marseille




Les chroniqueurs politiques de la télé et de la radio sont des gens prudents. Ils ont mis plusieurs jours avant de relever que les bonnets rouges n’étaient qu’une bande d’agitateurs sans expression bien tricotée. Ces gens réunis dans la revendication sont totalement dispersés et inorganisés au plan politique. Il n’y a que les anciens amis du Commandant Cousteau qui s’en émeuvent, le symbole du découvreur des mers est en passe de devenir celui de la contestation politique sauvage et poujadiste. Pas grand-chose à voir avec la générosité d’esprit et la grandeur de vue du Commandant. On peut faire valoir que ce bonnet rouge là ne veut plus rien dire.

Les quelques dizaines d’affreux qui ont conspué le Président le 11 novembre ne sont pas exactement des citoyens  estimables. Ils sont violents et même brutaux, racistes et xénophobes. Ils transpirent la haine et la bêtise. Ils détestent la République.  Ils se veulent séditieux et fascistes. Leurs modèles ont la mèche et la petite moustache de l’indicible. Vus à la télé ils ne montrent que vulgarité et agressivité.  Ils ne sont qu’une (bruyante) et minuscule minorité, honteuse et bravache à l’image de la une de « Minute ». Cela n’empêche pas les autres journaux d’en faire des gros titres et les gorges chaudes. De Gaulle lui-même eut droit à la même vindicte, Chirac  à un coup de fusil et un député-maire  hier encore à un coup de couteau. Il va sans doute être nécessaire d’embastiller ces énervés pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui les médias présentent ces activistes factieux comme des citoyens banals mais il n’en est rien :  ils mettent en danger notre sécurité en vulgarisant par l’exemple la corruption de l’esprit civique.

Le poujadisme breton de son côté,  se greffe sur la crise de l’agroalimentaire mais fleurit sur la destruction des radars. Ces instruments redoutés par tous sont destinés à freiner les forcenés du vin rouge et du volant. S’en prendre aux radars est donc d’évidence une imbécillité profonde. Ces destructions ne fourniront pas un emploi et n’amélioreront en rien la vie des gens. Elles permettront tout juste quelques accidents de la route en plus, quelques  morts d’enfants ou de parents supplémentaires, des handicapés à vie, des journées d’hôpital, des deuils et des drames. Cela n’émeut personne. On parle seulement du prix à payer par le contribuable. Les casseurs au bonnet expriment leur ras-le-bol. Ils n’ont pas d’autres mots pour s’expliquer que ceux de la frustration et de la violence. Ils n’ont pas de pensée politique, peut-être bien pas de pensée du tout, seulement de la colère : inaudible, incompréhensible, impossible à satisfaire. Comme si un gouvernement pouvait sortir de son chapeau des emplois pour tous.

L’opposition UMP a entrepris de reconstruire sa popularité sur le ras-le-bol fiscal. La supposée  overdose n’est pas pour tout le monde, mais on pousse en avant les cas limites pour, en réalité,  protéger les moins fragiles, les plus  aisés , voire les plus fortunés. Prêcher la révolte face à l’impôt est démagogique et irresponsable. La droite a creusé elle-même le déficit, et augmenté la dette de 600 milliards en cinq ans. Dresser les Français contre l’impôt est une mauvaise action. Dans notre pays le service public est le seul vrai patrimoine de 90% des citoyens. Sa dégradation est ce qui peut arriver de pire aux classes modestes. Il faut être très riche pour pouvoir s’en passer, à moins que ce soit  comme Tapie pour le  gruger d’importance. Dans le même mouvement on accuse Hollande de ne pas en faire assez. Chaque fois qu’il manque un bouton de guêtre, la France entière en appelle à l’Etat. Qui va payer ? Cette tactique en est à ses débuts, l’UMP  est encore loin de représenter une force politique unie  et elle est totalement muette sur les solutions. Déshabiller l’Etat certes !  Mais ni Juppé, ni Fillon, ni Maire, ni Copé ne sont capables de dire s’il faut enlever la chemise ou le caleçon.

Les Verts de leur côté se taisent, et jouent les bons élèves tout en s’étripant dans leurs préparatifs de Congrès.. Les rois de l’écotaxe tentent de se faire oublier. Ils se gardent bien de réclamer de nouvelles mesures « écologiques ». C’est que leur programme est anti-croissance, antiéconomique et pour le principal,  anxiogène : à bas le nucléaire, à bas les diesels, à bas l’agriculture intensive. Nous sommes sous la menace permanente du réchauffement climatique. Il serait temps d’ailleurs que les médias nous servent autre chose que du Jousel à chaque repas. Il n’y a pas d’autres porte-parole du dérèglement du climat ?  Les Verts ne servent en rien le gouvernement  Ayrault. Ils vont au contraire le frapper dans le dos à la première occasion. A chacun de donner son avis : le mien c’est de virer les EELV du gouvernement à la prochaine incartade, puis d’autoriser les OGM et l’exploration des gaz de schiste, et je ne parle pas de la sanctuarisation du nucléaire ; notre principal atout industriel.

Le résultat de tout cela est que François Hollande doit gouverner dans un champ de fumerolles politiques , quotidiennement  bombardé par  une grêle de doléances corporatistes ou idéologiques. Le Président reçoit chaque jour   des quolibets et  des avanies de journalistes sans idées et de politiciens sans scrupules. On ne sait plus manier  que l’ironie, la mauvaise foi, le mépris et les à-peu-près. Chacun y va de son casse-croûte. Il ne faut pas perdre un seul lecteur. Il est impératif de caresser l’opinion dans le sens du poil,  de hurler  avec les loups, de se gonfler avec le buzz comme la grenouille avec le bœuf. Alors qu’aucun Parti,  aucune force politique, aucun brain-trust n’est capable d’avancer deux sous de philosophie  ou de projet à long terme, on reproche à Hollande de ne pas avoir de cap, d’être mou, de ne pas dicter sa loi,  en somme. Justement ce Président ne se prend pour le Pape et n’a aucune envie de proclamer son infaillibilité. Ce qu’il veut c’est aider notre société à accoucher de solutions justes et durables. Mais ce vieux pays ne met pas au monde facilement. Il est trop attaché à ses privilèges et à ses vieilles lunes pour accepter de se dépasser et de se montrer, pour une fois, généreux et sûr de lui. Il préfère compter sou par sou plutôt que d’inventer l’avenir. Notre pays est un vieil avare perclus qui ricane de son impotence tout en demeurant  fier de ses inégalités, de ses élites héréditaires et de ses notables enracinés dans la tradition conservatrice.

A ce niveau d’exaspération bien entretenue par les chaînes d’info continue, on tait les contradictions les plus évidentes. On clame partout que les socialistes sont dans les choux mais pour le moment Hidalgo fait beaucoup mieux que NKM dans les sondages et Menucci fait jeu égal avec Gaudin à Marseille. Hérault et Hollande sont à 20% d’opinions favorables, mais Valls est à 75%. Le ministre de l’intérieur est pourtant du même parti et du même gouvernement. Ceci relativise grandement la signification politique des sondages de popularité. Pour moi Valls ou Hollande c’est la même chose. Comment expliquer de tels paradoxes ? Mon interprétation, mais elle n’est peut-être pas la bonne, est que les citoyens d’aujourd’hui n’ont pas une pensée politique structurée. Les gens  sont devenus des consommateurs au jour le jour, qui s’inquiètent plus de l’emballage que du contenu. Ils veulent de la neige à Noël et être rasés gratis en rentrant de Méribel.  Avec une bonne dose d’égocentrisme et de goût pour les rapports de force, qui ont fait la fortune du sarkozysme au cours du précédent mandat. Il est clair que le gouvernement Hollande est en rupture totale avec cette conception.

Tout cela n’est pas très gai, mais je vois quand même des raisons d’espérer. François Hollande et son gouvernement sont des gens intelligents et dévoués à la cause publique. Ils n’ont certainement pas l’impudence de l’équipe précédente qui maniait avec brio le dédain  des opposants  et de leurs responsables. Les sociaux-démocrates  sont persuadés que les réformes doivent se faire dans le dialogue et la concertation. Ils savent aussi que la baguette magique n’existe pas et que l’économie du paquebot France doit être dirigée avec prudence et mesure. Ils savent comme le disait F. Mitterrand « qu’il faut donner du temps au temps ». Ils s’adressent aux Français comme à des adultes et des gens responsables, suffisamment informés pour être conscients des difficultés.Ils demandent à être jugés sur les résultats et s’interdisent toute démagogie.  On ne peut pas mieux dire. La méthode est respectable mais il n’est pas sûr qu’elle soit comprise. Nous n’avons pas  la garantie de voir gagner les forces de l’esprit sur celles de l’impatience, de l’égoïsme et du chacun pour soi. Si échec il y a, ce que je ne saurais souhaiter ce sera l’échec de l’intérêt collectif, le recul  du lien social et l’abaissement  de notre pays. Nous n’en sommes pas là, il faut tenir bon et se souvenir que d’autres Présidents ont traversé des épreuves terribles mettant des millions de gens dans la rue. Pour le moment nous ne voyons pas cela venir, pas de panique Saint François !

 

02/11/2013

Parlons-en entre nous...

 

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Peinture de Jérôme Bosch



J’adore Nicolas Le Floch, Monsieur de Sartine et ses perruques, Louis XV, madame de Pompadour, les chevaux au galop dans la forêt, les carrosses, le château de Versailles. Je ne sais qui a inventé cette série télévisée. Le jeune  Nicolas sourit si bonnement, ses aides sont si compétents et si amicaux, qu’ils vous font oublier pour une heure ou deux les pires affres. Les pires affres c’est  de se sentir tout doucement un vieillard, un vieux douloureux et fragile, à moitié aveugle et englué dans ses vieux démons…

Il n’empêche que pour un demi-weekend, Quimper est devenu le centre du monde. Jusqu’à ce que tombe une nouvelle affreuse, celle de l’assassinat des deux journalistes de RFI qui ont payé de leur vie leur témérité et leur courage. Je pleure pour eux et leur famille. Ce sont des combattants, des soldats de l’info qui ignorent le principe de précaution. Que tous les ramollis du cerveau, de Notre Dame des Landes et d’ailleurs sachent où gîtent le vrai courage et la vraie dignité de la condition humaine.

Il n’empêche qu’à Quimper les cassures de tous bords se donnent rendez-vous. Une conjonction des victimes et des imbéciles qui préfèrent pointer des boucs émissaires plutôt que de rechercher leur propre faille. Le bonnet rouge est une trouvaille formidable, il suffit de s’en coiffer pour s’exprimer : pas besoin de manier les mots ni exprimer sa pensée. On cogne et puis c’est tout. Allez savoir comment répondre à une manifestation qui régurgite une bouillie de gaz lacrymogènes et de jets de pierre ou de feux de palette ? Admettons qu’on pende haut et court François Hollande et les membres de son gouvernement, vous croyez que la femme Le Pen, Monsieur Copé, madame Duflot, Mélanchon et l’illustrissime Poutou, puissent faire mieux ? Tous des Guillotins.

 L’agro-alimentaire français des années 70, fleuron de notre agriculture et particulièrement de la Bretagne est en train de sombrer, comme en leur temps les charbonnages du Nord ou plus près de nous la sidérurgie lorraine. On voit bien que nos agriculteurs et leurs plateformes de transformation des produits ne peuvent résister à la concurrence des productions de masse à faible valeur ajoutée. Que le danger nous soit venu d’Allemagne est un pied de nez. Après avoir été client vorace,  ce pays mangeur de cochon, est devenu producteur avec une puissance capitalistique extraordinaire. Echelle de production multipliée par dix, salaires hors des contraintes sociales, agriculture étrangère aux paysans et aux terroirs… Pour tout dire,  en catimini, l’Allemagne a procédé à l’installation d’un secteur industriel, répondant aux normes environnementales et sanitaires mais bien éloigné des rêveries écologiques à la Bové et plus encore des illuminations à la  Pierre Rabi.

Une fois de plus, les écolos nous ont traînés dans une impasse qui  a désarmé notre agriculture si brillante il y a vingt ans, devant la concurrence,  le changement, le progrès et la créativité. Nous ne sortirons rien de nouveau des moustaches de Mamère ou de Bové. La créativité s’exprime  dans la technologie, les laboratoires, la recherche et la science. La  critique tous azimuths de l’agriculture intensive des années 70, qui s’est  bornée  aux oukases anti-chimiques, a tout simplement chassé les chercheurs de leurs laboratoires et ruiné les tentatives d’innovation. L’arrêt des OGM, l’interdiction des gaz de schistes,  le freinage des camions, l’écotaxe aux effets incertains, mènent la France à la ruine. L’économie de marché est remise en question par pans entiers, par idéologie, par ignorance.. Voilà les résultats. Le pauvre F. Hollande qui n’y est pour rien est pris à partie par tous. Comment nos citoyens ont-ils bien pu apprendre que dès que quelque chose se déréglait c’était de la faute du gouvernement ? Ce n’est pas compliqué : la démagogie est permanente et la fuite devant les responsabilités est  quotidienne. N’est-ce pas NKM, Borloo, Pécresse ? Même les patrons qui, par définition, sont détenteurs du pouvoir et de l’initiative, coiffent des bérets rouges de la protestation !

En introduisant dans notre société la défiance de la science et de la technologie, nos écolos ont littéralement « infecté » 75% des esprits. Le résultat  dans les cas les plus caricaturaux produit les agités de Notre Dame des Landes, mais aussi le catastrophisme du changement climatique, de la fonte des glaciers, de la hausse du niveau de la mer, de la disparition de la biodiversité. Pendant ce temps-là on laisse péricliter nos industries, on déstabilise notre production énergétique et on joue aux apprentis sorciers avec le solaire et l’éolien. La décroissance envahit partout les esprits, le goût du risque déserte notre jeunesse qui n’a plus qu’une ambition : voyager pour le farniente et le plaisir, si possible aux frais du contribuable.

Pendant ce temps, on abreuve d’injures les émigrés qui font les sales boulots dans la ferraille et le béton,  ou bien dans  les arrière-cuisines des restaus de luxe. Si toutefois ces malheureux ne sont pas morts de soif dans les sables sahariens ou péris en mer sur les côtes de Malte ou de Lampedusa. On promet le goudron et les plumes aux patrons toujours coupables d’avoir trop d’argent. Alors Mélanchon ? tu crois qu’on fait des emplois sans entreprises et des entreprises sans patrons ? De l’extrême-gauche à l’extrême droite on promet de raser gratis, d’augmenter les petites retraites, d’avoir de l’embauche au prix qu’on veut et à sa porte, de vendre des voitures au monde entier et du jambon de Paris à Munich. En attendant on boit de l’excellente bière belge, mais nous n’en avons pas pour autant plus d’humour. La Toussaint est une bien triste période. Il n’y a pas plus muet que les morts, si sagement alignés sous leurs sinistres pierres tombales. Espérons que pour Noël, nous apprendrons avec nos enfants et nos petits enfants à rire aux éclats.  Le rire de mes petites filles me console de toutes les colères du monde.