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26/10/2013

Les gros mots et les grands maux de la République

 

 

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Lucien Freud  - La réflexion


ll  y a quelque chose de pourri au Royaume de France. Il faut peut-être revenir à la transgression du « Casse-toi, pauvre con ! » pour expliquer l’état de déliquescence des esprits et l’inflation permanente du verbe. L’intervention du Chef de l’Etat à propos de Léonarda a vraiment marqué le sommet de l’excitation inconsidérée des esprits, des commentateurs et des sous-fifres politiques de tous bords. Doit-on y voir des tentatives désespérées pour exister dans le buzz quotidien ? Doit-on suspecter une dégradation durable du civisme et de l’esprit de responsabilité de nos élites ? Samia Galhi, élue PS et choyée par la République fait huer le gouvernement et le Président qu’elle est censée soutenir. Ce moment fut  mis en scène sans aucun souci pour les dégâts collatéraux causés à la majorité de gauche qui permet à la sénatrice d’exister aujourd’hui.

L’information permanente en direct ne permet plus à la presse d’exercer sa réflexion et la mise en perspective des faits. Le même jeu avec la famille du Kosovo expulsée a donné l’impression qu’une gamine de quinze ans dialoguait avec le Chef de l’Etat, ce que la droite s’est empressée de reprocher au Président du haut des travées de l’Assemblée nationale. Les ennemis jurés de la gauche, ceux de l’UMP, qui jugent les socialistes illégitimes, s’emparent de ces sujets avec délectation et se détournent des vrais sujets. Ces responsables UMP  usent et abusent des termes d’indignité, de mensonge, d’amateurisme, d’incompétence. Tout un vocabulaire qui dispense d’argumenter sur le fond puisque le procès est terminé avant même qu’on ait pu débattre. C’est une façon idiote de polémiquer mais qui marque malgré tout,  les esprits pressés et peu soucieux de comprendre ou d’expliquer.

Jean Vincent Placé, en appelant les lycéens à manifester pour Léonarda, nous a illustré jusqu’à quel point de démagogie, les Verts pouvaient se hisser. On aurait préféré entendre ses commentaires sur l’accord France-GB, pour construire deux EPR au Royaume-Uni ! Harlem Désir, Claude Bartolone le Président de l’Assemblée nationale lui-même,      n’ont pas manqué de rajouter de la confusion dans ce qui n’était qu’un fait divers qu’on aurait dû laisser au Front national comme un os à ronger !  Il me semble que tous ces gens sur le qui-vive avec leur Iphone en permanence entre les doigts, sont devenus comme autant de bornes à réaction des réseaux sociaux. Il est impossible de réfléchir en quinze secondes. L’accumulation des petites phrases de Twetter ou de Facebook ne permet pas non plus de construire une pensée cohérente. La France entière est devenue une immense cour de récréation, d’ailleurs ce sont bien nos jeunes qui ont donné l’exemple. A défaut d’une colonne vertébrale organisant la réflexion, on finit par dire n’importe quoi. La période a été initiée par Sarkozy qu’on a vu souvent avec Dati et d’autres, manipuler fébrilement leur portable en toute circonstance, jusque devant le Pape paraît-il ! Au détriment de la moindre des politesses qui consiste à écouter l’autre, celui qui est en face de vous. Cette dégénérescence semble envahir peu à peu les esprits les mieux disposés et envoyer des métastases dans tous les recoins de notre société, qui n’a plus le temps de se regarder et de s’analyser.

Pendant ce temps-là, on passe sous silence les contrats industriels gagnés en Afrique du Sud ou ailleurs, on ne commente pas non plus l’éventuel reflux de la crise et les indices de redémarrage de la croissance. On annonce comme si ça gênait que le moral des ménages est meilleur en octobre qu’en septembre. On préfère mettre en scène les rixes entre ouvriers des abattoirs bretons  que le ralliement des ouvriers d’Amiens à la négociation avec le grand capital. On a l’impression que tous les trains arrivent en retard et que tous les emplois se détruisent un par un jusqu’au dernier, alors qu’heureusement, il s’en crée aussi tous les jours ! Le jeu favori reste bien sûr la partie de chamboule-tout avec Hollande, Ayrault et tous les ministres. J’ai même écouté pendant une heure les experts de « C dans l’air » nous expliquer que le PS était dans un tel état de décomposition et de division qu’il devait s’attendre à une catastrophe aux prochaines élections et de nous citer les « fractures » à Marseille qui signaient la décomposition de ce grand Parti. Ils ont analysé en détail les quartiers nord et sud, Gaudin, Guérini, tout y était , les communautarismes, l’historique jusqu’à Gaston Deferre, mais ces « experts » ont tu un seul fait,  pourtant évident, irréfutable, la participation massive aux primaires qui ont sélectionné Mennucci.

Aujourd’hui même les sondages donnent au coude à coude Gaudin et Menucci, pendant qu’apparemment les quartiers nord et sud ont trouvé à gauche un terrain d’entente !  Bravo à Yves Calvi et à ses invités pour autant d’aveuglement et de mauvaise foi. Ils ont oublié de mesurer   la présence humaine du gagnant des primaires,  de ce gros homme à la voix de tribun, et d’analyser son positionnement politique, qui semble particulièrement efficace. Même Hidalgo donnée gagnante à Paris ne les fait pas douter de leurs augures diaboliques. Ces « experts » se foutent du monde, ils ne sont là que pour appliquer une grille de lecture confortant les parts de marché de l’émission. Je crois bhien qu’ils sont payés pour démoraliser la Nation !!!

Cette décomposition de l’analyse politique, due autant aux acteurs qu’aux commentateurs ne peut pas durer. Il va bien falloir que ces excès se corrigent d’une manière ou d’une autre. Je pense encore à la réforme Peillon et aux critiques de tous bords concernant une réforme que tout le monde attendait. Aujourd’hui si les municipalités organisent mal les activités périscolaires c’est encore la faute du ministre !  Après deux mois seulement de mise en place, la droite demande carrément de retirer la réforme ! L’incohérence et le paradoxe sont généralisés, on utilise partout des mots excessifs, des gros mots, définitifs, expéditifs et donc dérisoires.  Je me creuse la tête, je cherche du recul, je m’imagine des raisons d’espérer et je n’en vois pas beaucoup, sauf peut-être qu’un grand pays comme le nôtre ne peut pas sombrer ainsi dans l’invective et l’analphabétisme culturel. Il doit bien y avoir une limite à l’affaiblissement de la pensée et au pourrissement de l’esprit de responsabilité. Il paraît que Saint François s’est mis en colère et a insulté un certain nombre de gens inconséquents et foi de bedeau, il a bien raison !

Je suis confiant dans les choix de notre gouvernement, justement parce qu’ils sont critiqués par tous et qu’ils ne donnent satisfaction à aucun lobby, à aucune force dominante. Les patrons ne sont pas contents, Mélanchon non plus, l’UMP très affaiblie se ridiculise par ses outrances et Marine Le Pen se prend les pieds dans ses contradictions et celles de son entourage  incontrôlé. Les Verts eux-mêmes semblent arrivés au pied du mur : ils vont devoir  plier ou se démettre. La gauche du PS renâcle et refuse, mais elle n’a plus le choix, il lui faut voter avec la majorité ou changer de Parti. Ma raison d’espérer c’est que la courbe du chômage va s’améliorer, que les emplois aidés vont jouer leur rôle d’emplâtre économique et ajouter du pouvoir d’achat pour soulager les milieux les plus en difficulté. Les gens vont finir par s’apercevoir que la crise des impôts et des taxes se fait sentir d’abord sur les plus riches. L’opinion va parvenir à se désintoxiquer du corporatisme et de l’assistance sociale généralisée. La politique à mon sens n’est pas de travailler à son profit, de faire du fric comme disait élégamment Sarko, la politique c’est de servir l’intérêt général, qui malheureusement,  ne sert personne en particulier.

Voilà pourquoi notre Président est vilipendé et si bas dans les sondages ! Nous sommes aujourd’hui dans l’antisarkozysme parfait. Le Président précédent jouait des rapports de force et utilisait les fractures de notre société pour gouverner. Hollande recherche l’intérêt général et la pacification des esprits. Il gouverne par la synthèse et le consensus, à un point qu’on se moque de lui et de son incapacité à décider. François Hollande est convaincu qu’il peut faire vivre ensemble des gens qu’on a habitués depuis dix ans à s’entre dévorer ! Nous verrons bientôt qui a raison et quelle méthode est la meilleure. Pour ma part je n’en doute pas un seul instant que Saint François va remporter la mise, et si j’ai tort,  je mettrai un point final à ce blog ! Qu’on se le dise !

19/10/2013

Les dix commandements des Verts 7-L'agriculture bio, toujours tu glorifieras

 

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Paul Gauguin, Le repas


L’agriculture biologique est l’une des plus anciennes utopies vertes.  On peut la faire remonter aux années trente et à la disparition lente mais inexorable de la paysannerie traditionnelle, de la polyculture et de l’autoconsommation. Le concept construit en réaction à la mécanisation et à l’utilisation des  produits chimiques, est demeuré longtemps marginal avec des tendances philosophiques et sectaires. Il a fallu attendre 1970 pour le voir représenté au Salon de l’Agriculture, soutenu par des associations comme Nature et Progrès et  l’Association Française d’Agriculture biologique.

Les bases du mouvement reposent sur le retour aux cycles naturels et aux techniques traditionnelles,  avec en arrière-plan l’éloge de la petite paysannerie et de la diversité des terroirs. Après 1968 on observe un retour à la terre des hippies qui sont souvent des citadins,  tentés par la vie en communauté et  une certaine autonomie de subsistance,  coupée des circuits monétaires habituels, dans laquelle on cultive ses légumes, on fabrique des fromages et on tisse les poils de chèvre. Vingt ans plus tard, les acteurs du « bio » se sont professionnalisés et se sont dotés d’un cadre officiel, d’un logo et de cahiers des charges triant ce qui est bio de ce qui ne l’est pas.

La première exigence est le refus de la chimie de synthèse : exit l’ammo-nitrate fabriqué à grand renfort de gaz naturel (méthane) et adieu à la plupart des pesticides, bienvenue au purin d’ortie, au Bacillus thuringiensis  et à la lutte biologique en général. Le contrôle des mauvaises herbes se fait mécaniquement et celui des parasites est confié au cuivre, au soufre, et aux pyrêtrines d’origine végétale. Il n’est pas question non plus d’utiliser des semences de plantes génétiquement modifiées (OGM), mais en revanche les hybrides sont autorisés et on peut donner en cas de besoin des antibiotiques aux animaux. La rotation des cultures, l’entretien des sols respectant l’activité microbiologique et les cycles internes du  sol, du carbone et de l’azote, sont toujours privilégiés, en apportant des engrais verts ou des produits de décomposition organique, fumiers et composts.

 

L’agriculture, biologique présente le grand avantage de remettre le sol au centre des préoccupations : chacun sait que les plantes entretiennent une relation complexe avec leur substrat. Pour les plantes cultivées, les agronomes ont développé la notion de terre équilibrée ou franche qui offre aux racines les meilleures conditions de développement. Elles réclament bien sûr une terre meuble homogène sur quelques dizaines de cm suivant les cultures, mais elles ont également un besoin impératif d’eau, de sels minéraux et d’oxygène. Les sols sont constitués à la base de particules minérales souvent inertes, de sable plus ou moins grossier, de limons et d’argiles. Ces particules s’agrègent entre elles grâce à la présence d’une fraction colloïdale dite argilo-humique faite de grosses molécules qui leur donnent de la cohésion et de l’adhésion. Cette structure  en « miettes » permet au mieux le stockage et la circulation de l’eau, des sels minéraux ionisés  et de l’oxygène indispensables à l’assimilation et la croissance végétale, dépendant de la photosynthèse.

 

On voit tout l’intérêt de renforcer cette fraction argilo-humique pour obtenir un substrat possédant la meilleure capacité de rétention pour l’eau et les ions minéraux, tout en conservant une atmosphère gazeuse proche de celle de l’air. L’agriculteur moderne a eu tendance à négliger cet aspect de l’agronomie. L’apport de matière organique souvent coûteux a été réduit au minimum, parfois complètement oublié.  Le complexe absorbant s’est trouvé appauvri en diminuant la résistance à la sécheresse et en facilitant le lessivage des ions en particulier des nitrates très solubles et très mobiles. Ce lessivage « per descensum » est la cause de la pollution des nappes sous-jacentes.

Malgré cette attention à la restauration des sols cultivés et autant que les comparaisons aient été menées avec les garanties  scientifiques nécessaires, on constate que les rendements obtenus en bio sont inférieurs de 30 à 50% à ceux de l’agriculture intensive suivant les cultures et les précédents culturaux. Ces faibles rendements tiennent beaucoup à l’impossibilité de maîtriser certaines maladies qui provoquent parfois, avec l’aide des imprévus météo,  des pertes totales de récolte. Les faibles rendements peuvent aussi être le résultat de la concurrence des mauvaises herbes ou d’une fertilisation insuffisante. Ces difficultés expliquent les prix plus élevés des produits qui occupent une niche luxueuse dans la consommation des fruits et légumes.

En France,  où on compte un peu moins de huit cent mille hectares de cultures AB, l’objectif de 6% de la SAU, fixé en 2007 par le Grenelle de l’environnement semble difficile à atteindre. En 2011 on comptait seulement 3,5% de cette SAU (Surface Agricole Utile) qui bénéficiait du label.

Il n’y a donc pas de vrai engouement des paysans français pour le bio. Cela tient sans doute aux difficultés pratiques rendant aléatoires la rémunération du travail fourni.  En outre, les techniques bio ont des effets discutés sur la qualité des produits. Aucune enquête scientifique n’a pu démontrer leur suprématie sanitaire ou diététique. Bien sûr on va souvent trouver des quantités moindres de résidus  pesticides de synthèse, qui en agriculture classique sont de toute façon très contrôlés. On peut en revanche obtenir des effets indésirables inattendus, comme ce mélange de graines de Datura avec du sarrasin en Bretagne, qui a été à l’origine de problèmes graves de santé pour les consommateurs.

En pointant la dégradation de la fertilité en agriculture mécanisée (qui peut d’ailleurs aller jusqu’au hors sol), l’agriculture biologique ne fait que rappeler une règle de base de toute l’agronomie classique. Les « bons » agriculteurs intensifs n’oublient jamais les amendements visant à maintenir la qualité biologique de leurs sols selon l’adage tout simple : « Qui vend son fumier vend son blé ». Cela nous enseigne également que la séparation géographique entre élevage et productions végétales est souvent une hérésie agronomique. La spécialisation et la monoculture qui sont des tendances naturelles facilitant le progrès technique et la commercialisation doivent de ce point de vue être remises en cause dans l’agriculture moderne qui doit maintenir assolements et rotations.

Rappelés de manière sommaire ces faits montrent que l’agriculture biologique ne résout pas elle seule les impasses de la productivité à outrance, d’autant moins qu’elle se prive (et prive également les autres par les faucheurs volontaires) des progrès gigantesques des biotechnologies. Pratiquée par des adeptes convaincus que nos vies sont menacées par Monsanto et compagnie, l’agriculture biologique authentique  a quelque chose de sympathique, et parfois folklorique quand elle est appliquée sans réelles connaissances, mais elle ne met pas en danger l’équilibre du monde. On ne peut pas en dire autant des Olibrius militants qui font du prosélytisme et de l’activisme. A cause d’eux le « bio » prend des allures déplaisantes de pratiques sectaires ou mystiques. Il n’y a pas une agriculture bio et une agriculture hérétique, cancérogène et empoisonneuse, il y a seulement une bonne agriculture, dite raisonnée, pratiquée par des professionnels  d’un haut niveau technique. Au lieu de tourner le dos à la science et de brandir des oukases,  les militants moustachus feraient bien de retourner à l’école pour retrouver un peu de bon sens.

12/10/2013

Les dix commandements des Verts - Les OGM jamais ne consommeras

 

 


 

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Vincent Van Gogh, La moisson en Provence


Pour ma part, je ne crois pas que les OGM soient plus toxiques que les pâtes Lustucru, mais ce n’est pas demain qu’on verra le gros Gégé notre Prince des Gastronomes et du Cinéma réunis vanter sur nos écrans les mérites du soja génétiquement modifié. La plupart des gens ont fini par se laisser convaincre que ces mystérieuses créations des agronomes ont quelque chose de diabolique, contraire aux lois de la nature. On peut l’expliquer par la complexité technologique du processus d’obtention de ces nouvelles plantes qui  ne peut être appréhendée sans une certaine connaissance de la biologie et de la génétique actuelles. Comme pour le réchauffement climatique le mystère scientifique permet aux maîtres de la communication de mobiliser l’opinion. Comment expliquer autrement que 80% des gens sont hostiles aux OGM, alors que la plupart des gens ignorent tout bonnement quelle est la réalité et le contenu d’une plante génétiquement modifiée ?

L’aversion « spontanée » du public pour ces plantes « modernes » n’a d’égale que la faveur qu’il accorde au jambon et au fromage bien de chez nous et proclamés tels sur tous les écrans avec l’accent du Berry. Le mode paysan, cher à José Bové a véritablement inspiré nos habitudes alimentaires. La tradition rustique est devenue  la qualité  principale des produits. On ne vante ni la teneur en matière sèche, ni la pureté bactériologique, ni le taux de sucre, la caution du grand père en béret basque suffit. On mesure ainsi toute l’inconséquence de nos consommateurs inspirés par leurs souvenirs du jardin familial, même si les pommes de terre étaient souvent galeuses en ce temps-là  et les tomates nécrosées. J’en veux d’autant plus aux responsables politiques qui enfourchent ce cheval de bataille qu’ils sont conscients de l’ahurissant quiproquo qu’ils construisent à propos de notre agriculture, qu’on détourne ainsi de la modernité.

En attaquant l’agriculture  intensive,  au lieu de combattre ses excès, on jette le bébé avec l’eau du bain. Comme écologiste, je proclame très haut que l’agriculture devra demeurer intensive,  et encore bien plus qu’aujourd’hui. Si nous voulons partager équitablement les territoires entre forêts et cultures, entre montagnes et marais, entre villes et vergers, il faut nécessairement réduire les surfaces labourées même si le nombre de bouches à nourrir augmente. Le seul moyen est d’accroître les rendements à l’hectare et pour atteindre cet objectif les OGM figurent comme l’arme principale.

Il est totalement justifié de contrôler, de diminuer, de supprimer s’il le faut, l’utilisation des pesticides, en particulier celle des insecticides qui sont des poisons redoutables et dans une mesure moindre celle des fongicides et des herbicides. Il se trouve que justement, les plantes génétiquement modifiées sont la voie vers l’obtention de plantes résistantes aux maladies et donc la voie principale pour rendre inutiles tous ces produits dangereux. Encore faudrait-il que le commun des mortels ne range pas dans la même catégorie ces pesticides et les engrais « chimiques » . Ah ! avec chimique tout est dit. Il y a un abîme extraordinaire entre le goût immodéré des Français pour une pharmacopée médicale pléthorique et la répulsion du chimique quand il s’agit d’agriculture !

Toute plante a besoin de sels minéraux (les fameux engrais !) qui sont des sels de N, P, K, S, Ca, Mg,  aux quels il faut ajouter une liste assez longue d’oligoéléments Fe, Co, Mn, Cu…etc). Le CO2 est absorbé par les feuilles lors de la photosynthèse (en rejetant de l’O2) et les sels minéraux par les racines à partir du sol. Le CO2 est inépuisable mais les sels minéraux sont en quantité limitée dans les sols, surtout NPK et on doit les remplacer en apportant des engrais, en proportion de ce que la récolte a prélevé sur le stock. L’agriculture sans engrais nous renvoie au moyen-âge quand on récoltait deux grains pour un. Aujourd’hui nous en sommes à 100 pour un et tout retour en arrière peut déclencher la rareté, la pénurie et la famine des populations les plus exposées.

L’obtention de nouvelles plantes par le génie génétique est donc la voie de recherche indispensable vers de meilleurs produits, moins chers à produire et plus respectueux de l’environnement. On sait que l’azote est un élément indispensable pour les cultures et qu’il faut en apporter des grandes quantités sous forme de nitrates ou d’ammo-nitrates. Or ces substances sont coûteuses à fabriquer par des procédés exigeant beaucoup d’énergie. On sait depuis très longtemps que les légumineuses (luzerne, pois, soja)  sont capables de se ravitailler en utilisant l’azote de l’air avec le concours de bactéries développant sur les racines des nodules réalisant les transformations nécessaires de l’azote gazeux pour l’incorporer dans les protéines végétales.

Imaginons qu’on puisse transférer et renforcer par génie génétique ce providentiel mécanisme  naturel sur des céréales, riz, blé, maïs ! Imaginons les millions de tonnes de nitrates économisées à travers le monde et la régulation qui stopperait les lessivages de nitrates intempestifs à l’origine de la pollution des nappes et des cours d’eau ! C’est donc avec un grand dépit que je vois des esprits soi-disant éclairés jouer contre le camp de la protection de la planète, au nom d’une idéologie mal digérée.

Malgré la réalité des choses observée sur des millions d’hectares de cultures OGM, produisant des centaines de millions de tonnes de céréales consommées dans de grandes parties du monde, les anti-OGM continuent de se battre pour que ces plantes soient interdites en Europe, en utilisant tous les arguments possibles. Ils accusent de conjuration les grandes firmes qualifiées d'empoisonneuses  détroussant les paysans et proclament la toxicité cachée de leurs produits. On nous joue les grands airs du complot international. On accuse Monsanto, mais Monsanto est à coup sûr le sauveur de l’humanité aujourd’hui. Qu’on attelle Bové et Lepage à l’araire de nos ânes d’antan et on verra le résultat ! Aucun de ces arguments ne résiste à l’examen mais dans l’opinion, les OGM sont réprouvés, et la recherche agronomique condamnée ! Les agriculteurs qui m’entourent ici ont vraiment une patience peu commune de se voir chaque jour vilipendés et traités en pestiférés.

Comme pour le réchauffement climatique on a quitté le terrain scientifique pour camper sur la philosophie et la politique, en jouant sur les émotions et les peurs. Pour prouver que la terre se réchauffe on prédit que les cyclones et les typhons vont être plus violents et plus nombreux, que la mer va tout envahir et que les ours blancs vont maigrir. Pour prouver la toxicité des OGM on exhibe des rats avec des tumeurs qui n’ont rien à voir !  Je ne pourrai jamais consentir à une telle dégradation de la logique et du rationnel. J’attends avec impatience un retournement de ce funeste état d’esprit, car l’avenir de nos sociétés en dépend.

21/09/2013

Les dix commandements des Verts 3- De la biodiversité, grand soin tu prendras

 

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Arcimboldo - L'homme potager

 

Je trouve là un bon terrain d’entente avec mes amis Verts. Protéger et encourager la biodiversité n’est rien d’autre que de reconnaître l’infinie richesse des combinaisons génétiques des familles, genres, espèces et sous espèces ou races. Elles sont une ressource essentielle pour la vie des hommes. Tout au cours de son évolution, l’espèce humaine s’est appuyée sur les produits de la flore et de la faune, en tant que  cueilleur et chasseur ou pêcheur, ensuite comme cultivateur et éleveur. Grâce à cette incroyable diversité naturelle, les hommes ont pu coloniser une série de milieux très différents. On peut dire que la puissance des sociétés humaines repose en grande partie sur l’infinie variété des plantes et des animaux qui l’entourent. Nous avons eu tour à tour des sociétés du cheval, du chameau, de l’éléphant, du buffle et des bovins, du blé, du maïs et du riz. J’en passe bien sûr, et il serait ridicule de ne pas reconnaître tout ce que nous devons aux autres espèces vivantes dont le cortège nous accompagne. Nous leur devons reconnaissance et protection.

Ceci étant dit,  notre espèce est capable du meilleur et du pire. Il serait vain de placer le respect de la biodiversité sur le plan moral. Il est inutile de s’attendrir sur le destin incertain des espèces les plus discrètes, les moins utiles et parfois des plus nuisibles car l’homme ne s’est jamais intéressé sur le fond qu’à la basse question matérielle de sa survie et de son profit. Le respect des autres espèces n’a été un enjeu philosophique que dans l’Arche de Noé. En réalité il n’a existé que pour servir nos intérêts immédiats.

En colonisant des parties toujours plus étendues de notre planète, l’espèce humaine met une pression incroyable sur la survie ou le développement des autres familles du vivant. L’action la plus spectaculaire est celle de la mise en culture des espaces « naturels », des forêts, des savanes et des steppes, des grands deltas, des océans, des déserts ou des montagnes. Nous canalisons, nous asséchons, nous défrichons, nous terrassons, nous reboisons, nous prélevons avec une ardeur jamais démentie. Ce faisant, les équilibres écologiques sont modifiés de manière brutale et les chaînes alimentaires en sont bouleversées. Nous chassons de ces milieux transformés la faune et la flore antérieures qui se trouvent dès lors en en porte-à-faux avec leurs capacités d’adaptation et qui n’ont plus d’autre choix que de fuir ou disparaître. En corollaire, il nous est arrivé d’introduire des espèces étrangères dans des îles ou des continents qui,  ne trouvant pas de prédateurs ou de concurrence, sont devenues envahissantes et génératrices de difficultés pour les autres espèces.

Pendant toute une période historique l’homme s’est multiplié en isolats relatifs, au cours de laquelle des communautés de paysans ont construit les terroirs génération après génération. La diversité « sauvage » fut remplacée par une autre, façonnée par l’occupation humaine. Dans leurs efforts pour tirer le meilleur parti des ressources végétales, les cultivateurs ont sélectionné, croisé, élaboré tout une gamme de plantes cultivées aux ressources génétiques prodigieuses. Le jeu des croisements a donné naissance à une liste interminable de variétés qu’on n’aurait jamais trouvée dans la nature. Pour un arbre aussi abrupt et stable que le palmier dattier certains spécialistes ont pu décrire au Maghreb jusqu’à six cents variétés différentes. Une profusion due aux sociétés oasiennes. Une explosion génétique qu’on retrouve chez les pommiers, les poiriers et les pêchers et tant d’autres arbres cultivés. Tout aussi prolifique fut le travail des obtenteurs de variétés annuelles comme les tomates, les laitues, les fraisiers, les melons, les chrysanthèmes et tant d’autres  sortes de plantes maraîchères ou ornementales. Conscients de l’importance de tous ces trésors biologiques, agronomes et généticiens ont constitué des banques de gènes sous forme de semences authentifiées, contrôlées et étiquetées, susceptibles d’être réutilisées en tant que besoin.

Du côté animal, la même éclosion de types et de races s’est produite sous la surveillance des bergers et des éleveurs. Il suffit de relire l’histoire des vaches normandes pour comprendre la somme d’efforts nécessaires à l’obtention de résultats aussi spectaculaires.  Il suffit de penser aux chiens, aux chevaux, aux moutons, pour comprendre comment l’homme, loin d’être un ennemi de la diversité, en fut au contraire un infatigable promoteur, quand cela devait servir ses intérêts.

Depuis Linné et de Buffon, la science est venue au secours de la biodiversité en décrivant, classant par familles et cataloguant inlassablement le vivant. C’est grâce à ce monumental effort qu’on commence à avoir une idée précise du cortège d’êtres vivants qui nous entoure. Depuis Watson et Crick nous sommes allés encore beaucoup plus loin en établissant que cette formidable floraison évolutive reposait sur le même modèle génétique de l’ADN, sur la reproduction sexuée et l’hérédité, ouvrant la voie vers la reconnaissance d’une infinité de recombinaisons, et vers la définition d’un gigantesque trésor biologique !

Je veux bien croire que la mondialisation et la normalisation de l’agriculture moderne mettent provisoirement en danger une certaine diversité biologique, mais nous avons créé des parcs nationaux ou régionaux, et des zoos de plus en plus performants. Nous avons entassé dans nos Museum et nos Instituts de recherche des lots de semences classées et identifiées. Nous protégeons les zones humides et les parcours de migration de nos amis les oiseaux. Au final je veux bien admettre que nos sociétés ont mis  en danger une certaine biodiversité originelle, mais je suis bien convaincu que cette biodiversité n’existe plus aujourd’hui que par notre volonté et notre technicité. Loin de l’amoindrir l’homme travaille à son expression et sa conservation.

 Là encore, les Verts, de Brigitte Bardot à Nicolas Hulot ont tort de nous culpabiliser. Nous ne sommes pas les ennemis des autres espèces, nous en sommes au contraire  les découvreurs et les alliés.  Les gesticulations autour des baleines, des phoques  ou des ortolans ne sont que pantomimes en face des efforts gigantesques que la science a déployés depuis trois siècles dans ce domaine. Je suis persuadé que les hommes sont les seuls  gardiens efficaces de la biodiversité. Les espèces sauvages sont bien en peine de résister aux accidents climatiques aux incendies, aux sécheresses prolongées, aux inondations ou aux éruptions volcaniques. Nos civilisations d’aujourd’hui sont heureusement conscientes des enjeux et ont élaboré les moyens d’y répondre. Les Verts veulent nous faire croire que les sociétés humaines sont les ennemies jurées de la biodiversité, alors qu’elles en sont au contraire les créatrices et les protectrices. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la pensée politique des écologistes !

07/09/2013

Les dix commandements des Verts. 1_ la nature ne toucheras point

 

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William Blake



Tout me prédestinait à devenir un fervent partisan du mouvement écologiste. Je suis né et j’ai grandi à la campagne, à cinq ans,  j’observais les tritons dans les mares et les taupes dans les prairies. A douze ans l’âne du Poitou, Martin, était un compagnon de travail. J’ai suivi ensuite  de bonnes études de naturaliste et fréquenté assidument  des botanistes, des zoologistes, des géographes,  des géologues, des agronomes et tous autres  tenants des sciences de l’environnement. Après avoir quitté la Normandie verte et humide, j’ai travaillé dans des pays chauds et secs. Chaque été, par transhumance j’expérimentais en une semaine ce qu’était le réchauffement climatique, non pas d’un degré en un siècle mais de 20°C en trois mois.   Le changement climatique a donc été pendant vingt-cinq ans et chaque année, une réalité très concrète.

On apprend beaucoup en comparant les extrêmes. Sur le tard, j’ai même ‘osé‘(réussi ?) un cours post-maîtrise, d’écophysiologie végétale appliquée au développement économique, absolument basé sur mon expérience de terrain. Pour vérifier, je me suis enfin essayé aux travaux pratiques, en militant pendant trois années dans un mouvement écologiste. Tout allait bien jusqu’à ce que les faits contredisent la vulgate. Ce genre de contradiction est insupportable pour un scientifique, formé par l’observation sur le champ et par les principes de la biologie expérimentale. Aujourd’hui, plus j’y réfléchis et plus  l’écologie politique me rend mal à l’aise. Je veux dire par là que les fondements mêmes de la pensée écolo heurtent mes intuitions profondes.

Quelles en sont les raisons ? C’est encore un mystère pour moi, et il le restera tant que je ne me serai pas livré à un inventaire approfondi. Ma chronique d’aujourd’hui est la première d’une série intitulée « Les dix commandements du catéchisme vert ». J’ai dans mon sac tout un ensemble de réticences, d’objurgations et de critiques pures non écrites  qu’il me faut analyser. Ce dessein est une sorte de pari que je me risque à formuler pour cette rentrée. Black Jack est mort et bien mort, place à la philosophie politique, à laquelle je n’entends pas grand-chose, puisque je lui ai toujours préféré  la morale de l’action. Sartre n’est pas loin. J’ai toute ma vie  lié le geste et la parole en répétant que la science était au service du peuple, tout en espérant ne pas me retrouver dans des contradictions inavouables. Aujourd’hui, avec les cheveux blancs, la contemplation s’est imposée et la réflexion plus statique aussi. Je demande d’avance pardon pour autant de prétention. La sénilité fait aussi partie du vieillissement.

Ce faisant, je conseille à ceux qui n’ont que des certitudes, en particulier celle de tout savoir,  de ne pas me lire,  surtout s’ils sont aptes à discourir avec  arrogance de ce qu’ils ignorent. Je ne m’adresse pas non plus aux gens de foi religieuse, qui sont à tu et à toi avec les secrets de(s) Dieu(x),  quel(s) qu’il(s) soi(en)t. En  l’absence de signes irréfutables, j’applique le principe de précaution et je parie que  Dieu n’existe pas, jusqu’à nouvel ordre. Je m’adresse seulement aux gens convaincus qu’on en apprend tous les jours, et que l’homme, en s’échappant par hasard des innombrables filières de l’évolution,  a tiré le gros lot. Notre espèce est pour de vrai, la super gagnante du grand jeu de hasard de la création ! Un miracle d’assemblage des ADN ! Le sommet de l’évolution  biologique !

Nul animal n’est comparable à l’homme, même si nous comptons des cousins ici où là et des ancêtres en grand nombre. L’homme est plus intelligent que n’importe quelle bête de notre planète. Ce n’est pas demain qu’on verra le Lion de l’Atlas nous déclamer une fable de La Fontaine, ni un bonobo nous faire un résumé de Kierkegaard. Notre supériorité  sur les pigeons- voyageurs, les ortolans et même les cracs des paddocks est totale ;  elle l’est plus encore sur les cèdres du Liban et les sequoias géants de Yellowstone. Non seulement l’homo sapiens est devenu le plus grand savant de l’Univers (jusqu’à preuve du contraire) mais il a la faculté d’emmagasiner  ses connaissances, à un point qu’on peine à imaginer. Chaque  année, nous en savons davantage, avec une  progression hyperbolique. La clé de tout, c’est que nous inventons à mesure le classement et l’exploitation  des données malgré leur multiplication quotidienne. Google est aujourd’hui notre plus grande armoire à secrets.

 Notre glorieuse destinée est inscrite dans le bagage génétique de notre espèce et aucun d’entre nous ne peut en fixer les limites. Nous avons survécu à la vie sauvage et inventé l’agriculture. En quelques milliers d’années nous avons appris à nous libérer de la  recherche de la nourriture. En mettant fin à la dictature du garde-manger nous avons trouvé du temps pour rêver, imaginer, fabriquer des outils, inventer l’écriture, la médecine, l’école, l’imprimerie, l’arme nucléaire et…l’écologie.

A son origine scientifique l’écologie désignait une science, bien complexe d’ailleurs et puissamment utile, celle qui étudie les rapports des êtres vivants avec leur milieu. Que cette science-là soit devenue une philosophie et une doctrine politique demeure encore pour moi un mystère et une misère. A sa naissance avec René Dumont, lui-même agronome, on pouvait tout en attendre. Malheureusement en quittant les laboratoires, les observatoires et les appareils de mesure, l’écologie est devenue une théorie ou plutôt un tissu de théories, non plus fondé sur des faits, mais sur les terreurs et les espoirs de tout un chacun. Comme telle, elle s’apparente aux religions et aux constructions politiques de droite et de gauche. Elle  devient une conception du monde, un système de pensée à vocation universelle. Dès lors,  on voit fleurir les associations de défense, les écoles de réflexion, les  lobbies et les partis politiques. In fine on trouve un parti de gouvernement avec ses sénateurs et ses députés  qui recherche le  pouvoir politique pour imposer à tous sa conception du futur.

Or, les dogmes verts reposent sur la dictature de l’émotion. Ils ont trouvé leurs racines dans l’opinion française avec  des émissions télévisées célèbres, celles du Commandant Cousteau, de Nicolas Hulot ou de Thalassa et beaucoup d’autres films plus ou moins militants. A longueur d’image on y développe le concept idéal de la nature intacte, celle d’avant l’homme présenté lui-même comme destructeur et pollueur. Ces documents nous proposent sans relâche d’imaginer la nature originelle comme un paradis perdu. Ils nous disent que cette œuvre admirable est en danger. La nature des origines est placée de facto sur un piédestal philosophique que personne ne songe à réfuter. II s’agit de l’œuvre de Dieu ou de quelque chose qui lui ressemble. Le fondement de la pensée écologique repose sur une certitude, voire une obsession, celle de  devoir protéger la virginité de notre Planète (d’avant l’homme) contre son prédateur le plus puissant. Il  faut donc assigner des limites à notre espèce. Tout progrès matériel humain devient un pas de plus vers la déprédation de la Nature sacralisée. L’odyssée humaine menace de dévorer toutes les « ressources » de la terre et des eaux, de ravager les forêts,  de vider le sous-sol, et de dépeupler les océans. Il ne va laisser de ce grandiose festin, qu’un vieil os tout rongé, dont il ne restera que désert et mort. On a même inventé un dicton qui est devenu une sorte de pensée unique : Nous ne sommes que de passage sur cette Terre et nous devons la transmettre intacte à nos enfants.

J’ai rarement entendu pareille ineptie. Il y a belle lurette que nous ne transmettons plus la nature intacte à nos enfants mais que tout au contraire nous leur léguons le fruit de nos efforts constants, pas toujours réussis d’ailleurs. En colonisant notre planète, l’homme, plus puissant que tous les autres êtres vivants a continuellement modifié la terre à son profit, autant qu’il l’a pu. Ce qu’on appelle un milieu artificiel n’est en fait que le globe plié à notre convenance. L’homme n’a jamais aimé la nature primaire. Il a tout de suite préféré sa survie et sa prospérité aux moustiques des marais  et  aux loups des Carpates. L’homme aime s’abriter du froid et de la pluie, il aime les routes et les ponts, les terrasses et les digues, les villes et les théâtres. Et cela aucune bête, pas même les termites les plus organisés n’ont jamais ébauché un semblant de ce qu’on appelle une civilisation.

Depuis cent mille ans, l’homme a inlassablement déployé son génie, que ce soit  sur les bords du Nil, dans les collines guatémaltèques ou dans les prairies de France et de Navarre. L’homme est une espèce unique, encombrante, conquérante, et envahissante. En quatre milliards d’année rien d’autre d’approchant n’est arrivé sur notre terre même si on peut penser qu’il y eut des tentatives avortées.  La nature des origines n’existe plus nulle part. La terre nous appartient en propre, on en connaît aujourd’hui presque chaque mètre carré, on la surveille jalousement des hauteurs, elle ne peut pas nous échapper, elle est la planète de l’Homme, unique dans l’Univers, jusqu’à preuve du contraire. Nous sommes les merveilleux héritiers d’un glorieux hasard, qui pour le moment est le seul à se déployer dans notre galaxie.

Alors je ris quand Brigitte Bardot défend les attendrissants bébés phoques, ou quand Greenpeace s’attaque aux derniers baleiniers. Voilà bien des animaux qui ont réchappé à l’inéluctable, non pas grâce aux écolos mais par les miracles de la cherté  de l’huile de cétacés face aux hydrocarbures et par la commodité des fourrures polaires de synthèse. Je parie que le viagra signera le salut des rhinocéros. Mais je ris encore d’observer que la houille a sauvé nos forêts à l’agonie et que le nucléaire nous a peut-être épargné des guerres d’extermination pour la possession des puits de pétrole. Les bannières si constamment brandies par les écolos sont ridiculement anecdotiques face à la destinée humaine. L’avenir de l’homme est cosmique et les écolos ne lui opposent  que de misérables gesticulations théâtrales et vaines, bien souvent en retard sur les faits. 

Parmi toutes ses qualités, plus que toute autre,  l’homme possède  l’instinct de conservation. Il apprend de ses erreurs collectives. Après avoir vécu dans des villes étouffées par leurs propres déchets, il a appris à les gérer ;  après avoir succombé aux eaux pestilentielles, il a appris à les purifier. Il a vaincu la malnutrition, la peste et le vieillissement prématuré. Nos sociétés sont chaque jour un peu plus solides, un peu plus nombreuses, un peu plus éduquées, un peu plus créatives. Ces vérités-là ne sont pas des inventions, ni des espoirs, ce sont des observations et des faits. Et c’est justement à ce moment-là que nos écologistes ont inventé le principe de précaution,  dont la  principale vocation est de ligoter l’aventure humaine, pour laquelle nous sommes biologiquement équipés et programmés ! Personne ne peut nier que le principe de précaution est l’antithèse absolue de l’aventure ! Par définition .

Parmi les dix commandements du catéchisme vert, le retour à la nature des origines conçu comme une ardente obligation,  est bien le fondement de mon premier désaccord ! Nous ne sommes pas les conservateurs nostalgiques d’une nature des origines idéalisée, nous sommes et nous nous comportons depuis toujours, comme les jardiniers aventureux du futur. Nous avons commis des erreurs ? Qui pourrait le nier ? Mais nous avons chaque fois survécu et corrigé le cap dans la phase d’après. Magellan n’est pas revenu de son tour du monde mais il a ouvert la voie, pour des siècles et des siècles…