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20/06/2009

Connaissez vous la Chasse à Hellequin ?

Ouvrir la porte de l'au de là !porte de l'au de là_WEB.jpg 

 

Le 14 avril 1553, Gilles de Gouberville,  notre célèbre gentilhomme campagnard écrit dans son journal : « Symmonet et Moysson furent à la chasse et prindrent un lièvre. Il estoyt toute nuict quand ilz en  revindrent et dirent qu’ilz avoyent ouy la chasse Helquin au Viel-Bosc… »

 

Les deux hommes n’avaient fait qu’ouïr et ils avaient eu de la chance, beaucoup plus de chance  que l’abbé Gaucelin qui lui, fut témoin oculaire. Cela c’était passé en revenant sur le tard d’administrer un malade aux confins de sa paroisse, et ce qu’il vit le remplit d’effroi. A la tombée de la nuit, alors qu’il se trouvait éloigné de toute habitation, l’abbé entendit derrière lui un mouvement tumultueux semblable à celui d’une armée allant à la bataille. Avant qu’il ait fait un mouvement de retraite il se sentit devancé par un pas de géant et se trouva nez à nez avec un spectre gigantesque qui lui commanda de s’arrêter immédiatement, sans faire un geste.

 

Commença alors le défilé de l’armée la plus étrange qui soit. Aux premiers rangs, il vit avec étonnement courir une multitude d’hommes et de femmes portant des hardes, des meubles et des provisions de toutes sortes comme le fait la soldatesque quand elle revient du butin ou de la maraude. Ils s’encourageaient mutuellement à grands cris et avec force gémissements, à redoubler de vitesse. Parmi eux Gaucelin reconnut plusieurs de ses voisins, morts les années passées, ou même récemment. A leur suite d’ailleurs, s’avançait une bande de porte-morts qui deux à deux, soutenaient une cinquantaine de cercueils sur chacun desquels trônait un être d’une difformité étrange, un nain grêle dont la tête était grosse et enflée comme une tonne.

 

Gaucelin était cloué de stupeur. Vinrent après,  deux Ethiopiens chargés d’un tronc d’arbre énorme servant d’échafaud à un misérable condamné qui avait été l’assassin d’un prêtre nommé Etienne. Ce faisant un horrible démon chaussé d’éperons enflammés se ruait sans relâche sur le criminel…

 

Alors apparut une troupe de femmes à cheval, superbement montées. Comme si elles avaient été prêtes à s’envoler, le vent les soulevait jusqu’à la hauteur d’une coudée, puis elles retombaient pesamment sur la pointe des clous brûlants dont la selle de leurs chevaux était garnie. Ces pauvres femmes gémissaient et s’accusaient des honteux péchés qui leur avaient valu d’aussi cruelles tortures. Non seulement Gaucelin reconnut plusieurs nobles dames décédées du voisinage mais il nota qu’en queue de peloton trottaient quelques montures de femmes qui vivaient encore.

 

Ce n’était pas tout. Il arriva une funèbre procession de moines enveloppés de capuchons noirs et de clercs revêtus  de chapes de la même couleur. Les évêques et les abbés se distinguaient par la crosse pastorale qu’ils portaient à la main. Parmi ceux ci,  Gaucelin reconnut de puissants personnages qu’on avait considérés comme les lumières du siècle et que l’opinion publique rangeait dans le ciel au niveau des saints.

 

Enfin vint le gros de la troupe. Une horde puissante de chevaliers, rangés en ordre de bataille qui s’avançait dans un cliquetis épouvantable d’armes entrechoquées. Les armures noires laissaient voir dans leur poli  un flamboyant reflet,  comme si un feu liquide circulait dans le métal . Chacun des chevaliers était monté sur un destrier d’une taille et d’une allure gigantesques. Sur le front de cette armée se déployaient une multitude de bannières noires. Là encore Gaucelin reconnut des hommes jadis puissants et respectés. Entre autres il put distinguer Richard et Beaudoin , les fils assassinés du comte Gislebert.

 

Tous ces hommes pleuraient et gémissaient et l’un deux se détacha de la troupe en s’adressant à lui. « Tu vois, toutes ces armes que nous portons sont brûlantes d’un feu qui ne ralentit point, elles exhalent une puanteur suffocante et leur poids excessif brise nos membres d’une fatigue intolérable. Je t’en prie, supplia-t-il, je suis Guillaume de Glos, fils de Baron, trouve ma femme et va lui dire qu’elle rende à mon frère tous les biens que je lui ai volés, afin que cessent mes tourments ! »

 

Gaucelin reconnut Guillaume mais ne sut que répondre, sachant qu’il ne serait jamais cru s’il allait raconter à d’autres qu’il avait été le témoin d’un pareil spectacle. A l’instant même, d’autres chevaliers s’approchèrent et lui dirent : « Ne crois pas Guillaume c’est un imposteur ! » et ils chassèrent le chevalier comme un malfaiteur.

 

A ce moment,  les clameurs et les gémissement s’étaient tus et Gaucelin n’entendit plus que le silence de la nuit. Péniblement, glacé et frissonnant, le jeune prêtre regagna en titubant son domicile. Il tomba gravement malade pendant huit jours et ne dut son salut qu’à la confession qu’il fit le mois suivant à Beaudoin son évêque à Coutances…

 

On pourrait croire que cette vision somptueuse de l’au de là est due à Amélie Bosquet  (Amélie Bosquet –Légendes de Normandie. Ed. Ouest France 2004). Il n’en est rien elle est presque mot pour mot empruntée à un moine de l’abbaye de Saint Evroult (Diocèse de Lisieux) Ordéric Vital (1075 ?-1140) auteur d’une Historia ecclesiastica .

 

Peu importe nous reviendrons là-dessus plus tard. Ce que je vois c’est que depuis longtemps les hommes ont cherché à percer les secrets d’outre-tombe. Je me sens concerné et je trouve assez piquant de donner mon avis sur la question, pourvu que ce soit avec légèreté… (voir la note précédente)

 

C’est comme ça que j’envisage une nouvelle aventure, contemporaine de la Légende du Moyne de Saire et intitulée : Une chasse à Hellequin dans la forêt de Brix.