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08/03/2014

Le progrès oui ou non ?

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Claude Monet,  Antibes vue de Salis

 

Certains et ils sont nombreux,  jugent  que toutes  nos trouvailles  technologiques  n’apportent  pas forcément  d’amélioration à la vie humaine.  Les plus convaincus  pensent que la course à l’innovation et à la croissance met notre planète et donc l’espèce humaine en danger. Cette mise en cause est singulièrement préoccupante pour  un scientifique, qui  comme moi,  se dit progressiste et a toujours pensé que la science devait être au service du peuple et améliorer ses conditions d’existence.  Le fond de ma pensée est en effet optimiste et positiviste.

Pour justifier  ma position, j’ai besoin d’une longue vue spéciale, celle du très long terme. Chacun sait  que rien n’est immobile dans notre Univers. Tout bouge, tout change. Durant toute son existence notre planète  a subi des changements considérables : les pôles eux-mêmes ont changé de place et les calottes glaciaires aussi. Les continents  ont  voyagé , des montagnes se sont érigées puis rabotées, des espèces vivantes sont nées, ont fait florès et ont disparu. Comme des millions d’autres espèces, les grands reptiles n’ont pas survécu et les ammonites non plus . Chaque fois  ces révolutions ont fait naître un nouveau monde, plus compliqué, plus évolué. Visiblement la tendance générale dans le vivant est celle de la sophistication qui mène à une adaptation de plus en plus ingénieuse au milieu. Nous nous promenons sur les épaules de Darwin comme le dit si bien Ameisen.

L’homme est un des derniers arrivés dans l’arbre généalogique. Il en est aussi l’espèce la plus remarquable. Il a su franchir  la distance merveilleuse qui sépare un galet à facettes d’une tablette    en 100 000 ans. Il lui a fallu  80000 ans pour sécuriser son alimentation par la domestication des animaux et des plantes. En six mille ans nous avons remplacé l’esclavage par la machine à vapeur.  En deux siècles l’électricité nous a sortis des ténèbres et nous avons scellé notre victoire sur les famines et les grandes épidémies. En cinquante ans les distances ont été abolies.  En vingt ans la communication entre nous  est devenue générale et immédiate. In fine  notre espérance de vie a considérablement augmenté et le bien- être matériel s’est répandu dans tous les pays, y compris ceux qu’on qualifiait il y a vingt ans de sous-développés, même si c’est de manière très inégale. Les famines ont été vaincues en Inde et en Chine.

C’est à ce stade que certains accusent le progrès matériel de nous procurer des satisfactions illusoires.  En premier,  ils pensent que ce mouvement est trop inégal et mal partagé. Il est réservé à quelques privilégiés au détriment d’un grand nombre de laissés pour compte.

Le deuxième reproche est que ce «  soi-disant » progrès s’accompagne d’une pollution généralisée et de l’épuisement des ressources naturelles. Dans cette course au développement, l’homme en réalité marcherait à sa perte en sapant les bases naturelles de son essor et il placerait notre espèce sur la voie mortelle  de son extinction.

La dernière et troisième critique rappelle que l’argent ne fait pas le bonheur et que la recherche de la consommation et du confort n’aura jamais de limites. Nous nous livrerions  en réalité  à une quête permanente du moindre effort et de la sécurité,  qui sont des leurres et affaiblissent la résistance de l’espèce sans faire le bonheur des gens.

En réponse, nous devons bien admettre que le progrès n’est pas uniforme et que la misère existe encore pour un très grand nombre de gens. Le sort de ces personnes est bien sûr loin des conditions luxueuses connues dans les pays avancés et dans les régions qui donnent le la économique et créatif. Malgré cela, même si c’est avec des dizaines d’années de retard, le progrès finit par toucher les plus défavorisés ne serait-ce que par l’aide alimentaire et  la coopération médicale.  Chaque année de nouvelles couches de population bénéficient des vaccins, des antibiotiques, de l’ordinateur et du téléphone mobile et ceci d’ailleurs avec une rapidité déconcertante. Il faut clairement dire que la misère accompagne l’obscurantisme et l’analphabétisme. L’éducation des peuples est la base du progrès et entre dans un cercle vertueux en permettant pour tous une vie meilleure. On ne peut en conclure qu’une chose : il faut accélérer  la coopération, la communication, la formation…et  lutter contre les guerres et les tyrans.

Nous devons contester également  l’argument écologique. Certes, beaucoup de nos activités industrielles  ou agricoles qui s’accompagnent d’une incroyable urbanisation sont la cause de nuisances et de pollutions. L’homme moderne est conscient du danger. Chaque fois que c’est possible économiquement les arbitrages se font en faveur de la planète. Le charbon a sauvé nos forêts, le pétrole a épargné ce qui restait de baleines. Nous devons tous avoir en mémoire ce qu’ont pu être les dégâts de l’agriculture sur brulis et ceux du surpâturage, avant de pointer le doigt sur les dangers  de l’agriculture intensive  moderne. On doit se rappeler les  maladies répandues par les puits infestés d’autrefois et par les aliments mal conservés. L’écologie a un coût très élevé, elle est en quelque sorte un luxe accessible aux sociétés qui  sont assurées de la satisfaction de leurs besoins de base. Pour protéger notre planète nous devons sortir de la sauvagerie et ça ne peut-être que par l’innovation et la science. L’écologie ce n’est pas moins de science c’est au contraire une connaissance de plus en plus intime  des mécanismes de notre vie, de notre conservation et des ressources de notre terre. Il ne sert à rien de sauter les étapes pour se retrouver en permanence dans l’incantation, comme dans une procession mystique et mystificatrice.

La dernière question qui est celle du bonheur des gens  nous  envoie sur une fausse piste. Le bonheur est éminemment subjectif. Beaucoup de pauvres et heureusement, vivent  avec la joie au cœur et la satisfaction d’élever leurs enfants. Tendre son visage vers les premiers rayons du soleil au printemps est un bonheur gratuit et partagé par tous. Inversement des gens riches vivent malheureux comme des pierres entre stress et déprime, problèmes familiaux et déconvenues amoureuses.  La vraie question n’est pas celle du bonheur elle est celle  de l’autonomie des hommes.  La question principale est celle de la créativité et de la responsabilité. Autrement dit, la personne humaine  ne peut accéder  à la plénitude  que dans la liberté.  Pour y parvenir on voit bien que nous sommes tributaires de l’organisation démocratique de nos sociétés, de l’accès à l’école et à la santé. On imagine quelles sont les réserves d’imagination  et de créativité politique, technologique et artistique qui nous attendent !  Songeons que s’il avait pu bénéficier de la pénicilline Molière nous aurait laissé quelques chefs-d’œuvre supplémentaires et que si, il y a un siècle, nous avions su comme aujourd’hui opérer la cataracte, Claude Monet nous aurait peint  en plus quelques tableaux de génie !

On pourrait multiplier les exemples de cette sorte. Chaque homme sauvé, nourri, éduqué, est un trésor potentiel pour notre humanité. Nos sociétés aujourd’hui connectées représentent une force d’intelligence jamais égalée, une force exponentielle incroyable de créativité  que nous sommes impuissants à prévoir. L’histoire nous dit que l’humanité n’a jamais emprunté un chemin linéaire. Des civilisations entières ont resplendi et disparu, sur les bords du Nil, à Athènes ou à Rome mais elles ont toujours servi aux hommes pour mieux  rebondir.  A défaut  d’auto contrôle la bête humaine  trouve un moyen de régulation, qui est celui de la collectivité. A la fin des fins, notre avenir dépendra de notre organisation  politique et de notre savoir-faire social. Avis aux individualistes ! Prise dans son sens collectif, je suis persuadé que  l’espèce humaine a encore des beaux jours devant elle,  le progrès sera pour tout le monde ou ne sera pas.

23/12/2013

L'âne Onyme


 

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L’âne Onyme

 

« On », pronom indéfini qui qualifie celui qui l’emploie. Ainsi s’exprimait mon instituteur, véritable hussard de la République, rigoureux et intransigeant. Il est vrai que ce « on » est le plus souvent chassé des grands textes de la littérature française. Mais de nos jours on peut dire que c’est une tournure qui fait un retour fracassant, par la porte du Web, largement ouverte à toutes sortes d’expressions, plus ou moins contradictoires et plus ou moins justifiées dans lesquelles l’anonymat devient une banalité. Cet incognito généralisé me rappelle quelque chose qu’on nomme les lettres anonymes utilisées pour embastiller son voisin ou pour se venger d’avoir été trompé par sa belle. Il m’est resté de mon maître d’école, certes le souvenir d’une règle de grammaire mais aussi et par conséquence, une condamnation morale de l’absence de signature et la conviction qu’on ne peut guère juger d’une idée ou d’un texte en ignorant sa date et son auteur.

Vous avez compris que je préfère Tonnerre, âne du Cotentin né le 20 juin 2008 de Pampa des Grèves par Milord de Thibosville,  à l’âne Onyme. La rigueur intellectuelle qui a tendance à s’échapper par tous les pores de l’actualité immédiate, commentée par twit-twit, cet infernal gazouillis d’oiseaux inconséquent en 140 signes, est la première victime des  pseudonymes et des profiteurs de l’ombre. J’ai récemment piqué une colère contre un article de mon journal préféré, du à trois journalistes qui enfilaient comme des perles les citations de milieux proches du Président, les phrases de conseillers de ministres, et les jugements définitifs de députés de la majorité, sans jamais citer aucun nom. Avec cette technique qui s’abrite derrière les milieux autorisés, Coluche n’est pas loin !   il est loisible de faire dire ce qu’on veut sans que jamais puisse être vérifiée l’authenticité ni même la vraisemblance des propos. Il s’agit d’intox, pas d’info.

Dans le domaine scientifique, la première des précautions à prendre en exposant un problème, est de citer ses sources. Il faut toujours préciser le titre de l’article, sa date, son auteur, le nom du périodique si c’est le cas, son éditeur et son lieu d’édition. Les  références bibliographiques sont peut-être ce qui doit être examiné en premier, pour juger d’un article ou d’une thèse.  C’est à partir de là que peut-être apprécié l’état de l’art et conclu que le travail de recherche a été mené avec compétence. Nous sommes bien loin de ces précautions quand il s’agit d’articles de presse ou d’une grande partie de la littérature grise, rapports, thèses et synthèses, fournis par des institutions ou des services sans qu’on sache qui est le vrai signataire. On a vu avec le rapport sur l’intégration mis en ligne par les services du premier ministre que ça peut finir par des quiproquos calamiteux.

Pour ce qui est de mon blog, entretenu par le souci principal de soumettre mes idées à la critique de mes contemporains et amis proches ou lointains, j’écarte rarement de leur publication les commentaires, dès qu’ils sont empreints d’une certaine sérénité, qu’elle soit acide, amère ou sucrée. Même s’ils sont signés d’un pseudo impénétrable, à l’instar de  Madame ou de Monsieur Couac, qui m’a fait l’obligeance de lire et commenter mes chroniques cette semaine. Malgré le plaisir que j’en ai,  je trouve que le jeu est un tantinet inégal, asymétrique. Chacune de mes chroniques est surmontée de ma photo et on peut me joindre à tout moment par mail. Elles sont tout le contraire de l’anonymat, par souci de rigueur, et non par gloriole ou par vanité (enfin je le crois). Il est tout à fait normal quand on écrit quelque chose d’en prendre la responsabilité entière. Pour ma part j’en accepte  les conséquences quoiqu’il arrive. La signature d’un texte est le premier signe nécessaire (mais loin d’être suffisant) de sa qualité.

La coutume est de se demander si on peut rire de tout. Je crois pour ma part que l’humour doit d’abord s’appliquer à soi-même, avec une bonne dose de dérision si on en a  la force. Cette attitude est nécessaire pour prendre du recul, de la distance face aux écrits et aux idées. La passion s’en mêle si vite que souvent la confrontation verbale s’emballe et donne des boutons. L’avantage de l’écrit, qui oblige à choisir ses mots et respecter l’orthographe et si possible la ponctuation, est qu’il exige du temps et un certain retour au calme. J’aime les polémiques et les controverses car elles permettent aux idées de se préciser et de s’affermir, même avec une rédaction informelle, à condition de ne pas trop se prendre au sérieux et de faire preuve de pondération et de responsabilité. On peut rire de tout, mais à l'abri des masques, doit-on pour autant dire n’importe-quoi ?

29/06/2013

Mettre les éleveurs de rats hors d'état de nuire !

 

 

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Le joueur de flûte de Rembrandt

La légende allemande, née d'un événement étant apparemment survenu le 26 juin 1284, nous a notamment été transmise par les frères Grimm sous le titre Der Rattenfänger von Hameln (L'Attrapeur de rats de Hamelin).


Le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) est un comité français d'expertise et de conseil, indépendant des producteurs d'OGM, intervenant pour les citoyens, entreprises, associations, groupements, syndicats au niveau juridique, scientifique (santé, environnement), sociologique, technique (étiquetage), notamment pour des dosages d'OGM ainsi qu'au niveau économique. Vaste programme pour une page d’accueil d’un site web extrêmement anonyme,  discret et laconique. Les images ne sont pas plus explicites que le texte, excepté la photographie d’un malheureux rat boursouflé de flamboyantes tumeurs.

On a envie de mieux connaître les responsables de ce Comité de Recherches qui se présente surtout comme en pointe dans la mise en évidence de la toxicité des OGM et des pesticides. Le CRIIGEN, fondé le 1er juin 1991 par l'ancienne Ministre de l'Environnement Corinne Lepage, aidée les professeurs Gilles-Eric Sèralini et Jean-Marie Pelt, est une association régie par la loi du 1er juillet 1901. Il est actuellement présidé par Joël Spiroux de Vendômois, médecin généraliste, homéopathe, acupuncteur et ostéopathe. Son secrétaire général est Jean-Marie Pelt et le président du conseil scientifique est Gilles-Éric Séralini.

On croit comprendre que le maître mot de l’intitulé est « indépendant » c’est-à-dire hors de contrôle des multinationales produisant des OGM. Pour le reste, cette association est tout à fait prête à mener des travaux sous la bannière (ou à la demande ?  ou sous  la protection ? ou avec les subsides ?) de Carrefour et autres sociétés commerciales pour peu qu’elles partagent ses idées.  On doit comprendre aussi que ce comité est avant tout  indépendant  des instances scientifiques  officielles,  obéissant aux règles publiques des Instituts de recherche et des Universités. On a donc affaire à un comité scientifique autoproclamé que d’aucuns, bien avisés, disent appartenir à la science parallèle, une néo-science basée sur des à priori idéologiques où se mêlent religion et paranoïa, à la manière d’une secte. Les principes de base d’une telle démarche sont « Tout le monde à tort sauf nous » et « Nous sommes victimes d’une campagne de dénigrement orchestrées par des puissances occultes, qui y puisent pouvoir et intérêt".  En l’occurrence ce comité a trouvé son ennemi avec la Monsanto, multinationale créatrice d’OGM, dont Mr le professeur Sèralini a mis au jour le « réseau mafieux » qui veut sa perte. On peut trouver beaucoup de détails concernant le CRIIGEN sur le site web imposteurs très bien informé et documenté .

Cette manière de voir est d’autant plus frappante qu’on trouve à la manœuvre une ancienne ministre de l’Environnement (1995-97,  Alain Juppé Premier Ministre) censée donner toute sa respectabilité  politique au Comité en question et qui forme avec MM Pelt et Sèralini un aéropage  associant la science et la politique,  inhabituel pour un comité scientifique. Cela nous renseigne sur les buts poursuivis  qui ne semblent pas uniquement ceux de la science universelle mais paraissent être   liés à des préoccupations idéologiques et politiques. Il suffit de parcourir la carrière de Madame Corinne Lepage pour se convaincre de la constance de son activité politique et électorale qui l’a menée de Génération Ecologie à Cap 21. En octobre 2011 elle a présenté sa candidature aux élections présidentielles de 2012 sur TF1, entourée notamment des membres éminents du bureau du CRIIGEN. Hélas pour elle C. Lepage n’a pas réussi à réunir les cinq cents signatures nécessaires à sa candidature et sa tentative a tourné court.

Cette activité qu’on peut  qualifier d’électorale prouve que  cette équipe de choc est moins attachée à démontrer une vérité scientifique, à laquelle elle ne croit peut-être pas vraiment, qu’à  agir sur l’opinion  pour la convaincre de la toxicité  des OGM, avec les mêmes méthodes qui  ont  instillé avec succès la peur du réchauffement climatique ou l'angoisse anti- nucléaire. L’affichage sur le site Web du CRIIGEN de malheureux rongeurs déformés par des tumeurs illustre cet acharnement. Il ne s’agit pas d’une bataille scientifique mais d’une bataille d’opinion. Nous étions il y a un demi-siècle une nation de gens instruits, intelligents et positivistes, confiants dans les progrès que la science n’a cessé d’apporter au genre humain. Nous sommes devenus une nation trahie par ses élites, avilie par le consumérisme individualiste et trompée par des cinquièmes colonnes d’illuminés qui organisent le dévoiement de la pensée.

Face au CRIIGEN, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) est un organisme public français indépendant chargé d'éclairer la décision publique en matière de biotechnologies, et notamment celles qui concernent les organismes génétiquement modifiés (OGM). Il a été créé par la loi du 25 juin 2008 et placé auprès des ministères chargés de l'Environnement, de l'Agriculture, de la Recherche, de la Santé et de la Consommation, il est constitué de deux comités indépendants : le comité scientifique et le comité économique, éthique et social. Ces comités sont chargés de fournir respectivement des avis et des recommandations. L'ensemble des deux peuvent prononcer des avis dits avis du HCB. Cette configuration a été choisie pour prendre en compte les risques environnementaux et sanitaires des biotechnologies, mais aussi pour évaluer leur impact socio-économique.  

 

Nous avons donc un organisme officiel créé par nos instances démocratiquement  élues et composé de plusieurs dizaines de membres de haut niveau et de différentes spécialités.  Or, dans son avis rendu le 19 octobre 2012, à propos des rats de Sèralini, faisant suite à une expertise pluridisciplinaire, le Comité scientifique (CS) du HCB note que le dispositif expérimental, les outils statistiques utilisés et les interprétations données par les auteurs de l’étude, souffrent de lacunes et faiblesses méthodologiques rédhibitoires, qui ne permettent pas de soutenir les conclusions avancées. Le CS en conclut que l’étude n’apporte aucune information scientifique étayée quant à l’identification d’un éventuel risque sanitaire lié à la consommation de maïs NK603 , traité ou non traité avec du Roundup.

Je demande aux citoyens de bonne foi, qui ont encore la tête sur les épaules, de réfléchir trois minutes. Qui a raison ? Le CRIIGEN, sorte de triumvirat auto constitué sans responsabilité légale,  ou bien le Haut Conseil des Biotechnologies responsable devant la loi et le gouvernement ? Il faut en finir avec ces farces pseudo-scientifiques installées à coups de clairon, en  disant que plus c’est gros, plus ça passe. En faisant l’autruche, nous mettons en danger notre culture et notre civilisation, qui risquent in fine d’être avalées par ces incroyables dévoiements de la pensée.

 

 

09/02/2013

Coco au Hoggar

 

 

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Au moment où les troupes françaises pénètrent dans l’Adrar des Ifoghas, les marches montagneuses du pays touareg, il me paraît piquant de rappeler le livre «Le  Hoggar » de Claude Blanguernon. Né en 1913 à Cherbourg et élève de l’Ecole Normale d’Instituteurs à Saint Lô, ce compatriote a passé plusieurs années de sa vie professionnelle à Tamanrasset, la capitale algérienne du pays targui, pendant lesquelles il s’est efforcé de créer une école adaptée à une population nomade, qui vivait encore à cette époque sous la tente, du pastoralisme et du commerce des caravanes chamelières. « Puisque les petits touaregs ne veulent pas venir à nous, c’est notre école qui  va se déplacer avec eux » avait-il décidé.

 

Sa longue fréquentation des gens et des lieux lui a permis de publier le seul  ouvrage grand public sur le Hoggar que je connaisse, édité chez Arthaud en 1955 et réédité jusqu’en 1973. C’est le livre d’un homme de terrain qui a patiemment recueilli les données sur les bêtes et les gens. La peuplade touarègue est d’origine berbère comme les Kabyles, les Mozabites et les Chaouis d’Algérie ou les Chleus du Maroc. Ils se désignent  souvent comme des Imaghzighen (Amazigh au singulier) et ils sont les descendants des premiers habitants de l’Afrique du Nord , qui ont connu après le Néolithique, la grande civilisation Gétule, et les influences  phéniciennes, romaines et chrétiennes puis islamiques et arabes. Rappelons que Saint Augustin était un Berbère.

 

Les tribus touarègues furent  toujours remuantes, fières de leur culture avec des chefs aristocratiques souvent enclins à la guerre. Les hommes sont connus pour se voiler avec des beaux chèches bleus, leurs femmes jouent de la musique et chantent, leurs dromadaires sont élancés et fins coursiers, leurs chiens sont très rapides et ont servi de souche pour les races de compétition (les lévriers sloughis) et leurs vaches à bosse, les zébus, sont spécialement résistantes aux conditions désertiques. Depuis tous temps les Touaregs exercent une sorte de fascination sur les Européens et surtout sur les militaires français qui ont éprouvé leur valeur guerrière, lors de la conquête du Sahara. Le Hoggar, dont l’image fut renforcée par des gens comme le Père de Foucault ou l’écrivain Frison-Roche, est resté à nos yeux nostalgiques un pays légendaire aux paysages grandioses, parcouru  par un peuple mystérieux et de fière allure.

 

Cette image conventionnelle cache bien d’autres réalités moins romantiques. Les Touaregs n’ont pas de pays propre et on les retrouve au Mali, au Niger, en Libye et en Algérie. Ils sont divisés en grandes familles qui s’entendent difficilement entre elles, au gré des intérêts des uns et des autres. Chaque groupe était dans le passé représenté par un Amenokal, chef désigné après discussions entre les groupes les plus puissants. Le fonds de l’organisation est féodal teinté d’un matriarcat original, dans lequel les femmes bénéficient d’une liberté surprenante en milieu musulman. On y connaît encore les survivances d’un esclavage ancien avec des esclaves de tente (noirs iklane) et peut être aussi des paysans assujettis dans les jardins (harattins). Le déclin du nomadisme et la toute-puissance du pickup 4x4 de l’époque moderne, ont conduit  ces  commerçants aventuriers à s’employer dans le trafic transfrontière du tabac, des armes et sans doute aussi, de la cocaïne. Il eût mieux valu les encourager au tourisme et à l’artisanat traditionnel, mais ce ne sont pas Khadafi ou Bouteflika qui étaient susceptibles de les pousser vers une pareille évolution. Le djihadisme s’est rajouté en profitant du désert administratif et de la dispersion des familles.

 

Ces dernières considérations nous ramènent à « Coco » notre spécialiste saint-vaastais, reconverti à sa retraite dans le club de tennis (où il fut le parangon de la tenue blanche, chaussettes comprises) et l’histoire locale (il a publié un Gilles de Gouberville intéressant et une histoire de Saint-Vaast-La-Hougue). J’ai pu retrouver sur le web un vieux texte dans lequel notre instituteur plaidait pour  la création de ses écoles itinérantes tout en soulignant la nécessité de respecter la culture et le mode de vie des « hommes bleus » en soulignant que peu de gens seraient capables de survivre dans des conditions de sobriété aussi effroyables. Ce genre de paternalisme avait cours dans les années cinquante du siècle dernier. La réponse aujourd’hui est évidente : nulle civilisation, si brillante soit-elle, ne peut résister à la misère et à l’obscurantisme. La seule façon de la sauver c’est de lui donner les outils de la modernité. Ce que les écoles nomades de Claude Blanguernon n’ont pas eu le temps ni la volonté de faire. L’école française là aussi,  a échoué à former des cadres indépendants, créatifs et responsables. Ce que nous vivons aujourd’hui en est quelque part une conséquence assez logique.

 

13/04/2012

La confiance

 

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Edgar Degas : Les blanchisseuses


J’entends ici ou là que la campagne électorale n’est pas intéressante et ne répond pas aux attentes de nos compatriotes. Ce qui ne se confirme pas vraiment dans les sondages, mais bon,  c’est une critique qui revient à chaque campagne. Dans un débat politique on trouve d’abord ce qu’on y apporte soi-même, en convictions, en volonté d’écouter et de comprendre, en respect des adversaires. Il y a d’évidence un Président sortant qui ne s’embarrasse pas trop de tout cela. Avec des conseillers peut-être brillants mais venus de l’extrême droite, il a décidé de faire de l’enjeu politique une bataille à couteaux tirés.

C’est ce que j’appelle la politique de la terre brûlée.

Tout vaut mieux pour lui en effet,  que de parler de son bilan qui reste en travers de la gorge de beaucoup d’électeurs. Avec cette manie de désigner des corporations ou des groupes sociaux, voire ethniques ou religieux à la vindicte, il a atomisé une société aujourd’hui complètement déboussolée. Il n’y avait pas besoin de ça. Rien de tel pour mettre un pays en panne. Chacun se méfie de l’autre, le patron des ouvriers, les gaulois des arabes, les agriculteurs des écolos, les artisans et les commerçants des profiteurs sociaux, les professions libérales des fonctionnaires, les atomistes des antinucléaires,  et ainsi de suite, la liste reste ouverte... Pour celui qui n’est pas convaincu,  il lui suffit de tendre l’oreille au zinc de son bistrot favori, ou bien d’écouter les bofs au marché local.

C’est un jeu à somme vraiment nulle !

 Car enfin, si je comprends quelque chose de commun à tous les candidats, c’est qu’il est urgent de se retrousser les manches. La dette publique a explosé et nous devons la rembourser. On peut dire chez les radicaux de gauche et de droite qu’on en a rien à fiche. Malheureusement, les gens qui décident de notre destin aujourd’hui sont une bande de sales gamins bien payés, les fameux traders,  qui peuvent nous précipiter aux enfers financiers d’un simple clic, tout en continuant à faire fortune.

 Il n’y a pas de parade à court terme.

 On va devoir augmenter les impôts, racler les fonds de tiroirs, réduire les dépenses… mais nous avons la preuve avec la Grèce et l’Espagne, que cela est insuffisant. En asséchant les fonds publics on freine l’investissement et on arrête la croissance.  Au lieu de s’en sortir, on s’enfonce. Pour apurer nos déficits, il faut que notre économie fonctionne, que nous produisions des plus values, des excédents commerciaux, il faut que le chômage régresse, que les investissements repartent.  Il faut que les taxes rentrent dans les caisses de l’Etat pour qu’on cesse d’emprunter. Tous les acteurs économiques sont concernés : agriculteurs, entrepreneurs, banquiers et investisseurs, employés et cadres, ouvriers et fonctionnaires. Nous devons fournir tous un effort de rigueur, de patience, de volonté têtue. Il n’est pas question de chacun pour soi, il s’agit d’une entreprise collective, justement répartie.

 Seul un effort de justice sociale peut redonner la confiance.

 Pour qu’il en soit ainsi, il faut que le corps social se réconcilie avec lui même et cesse ses batailles internes de jalousies et de haines. Les hyper riches ont le devoir d’adhérer et de  faire un mea-culpa au moins symbolique, sauf à scier la branche du consensus sur laquelle ils sont assis. Les évadés fiscaux qui sont souvent les mêmes, vont devoir reconnaître que la nationalité française se paye d’un sentiment de solidarité avec leurs concitoyens. Il faut que les paradis fiscaux, qui abritent toutes les grivèleries de la haute,  perdent leur impunité,  comme doivent cesser également les abus sociaux , les fraudes à la sécu, les tricheries aux assédic, le travail au noir .

 Tout ceci ne peut-être atteint que par un mouvement d’équité qui place le civisme au cœur de tout.

Nous autres les Français, et Sarkozy  est un champion, considérons  trop souvent la débrouille et les petits profits illicites, voire les grosses embrouilles, comme  une façon d’être plus intelligent que les autres, d'être plus forts et plus malins. Gagner plus d’argent que les autres, sans être trop regardant sur les moyens, c’est la philosophie bling-bling portée au plus haut par l’actuel Président. Malheureusement c’est la philosophie du bof, vulgaire, sans intérêt véritable, dépourvue d'avenir. Il suffit d’en considérer les effets sur la taille des yachts, la puissance des voitures, la dimension des diamants, la rareté des fourrures et la longueur de jambes des gonzesses, toutes sortes de luxes qui n’ont rien à voir avec ce qu’un être humain de notre temps réclame pour vivre heureux.

 La civilisation hyper matérielle est une sorte de bêtise humaine qui frappe les gens dont on dit et c’est bien vrai, qu’ils ont des couilles en or. Ce que je ne pourrai jamais considérer comme un avantage absolu.

Les véritables richesses sont intellectuelles, artistiques et morales. Les gens qui ont marqué l’histoire de notre civilisation sont les poètes, les philosophes, les écrivains, les peintres, les musiciens, les inventeurs, les découvreurs et tous ces créateurs des œuvres de l’esprit qui font avancer le monde. Christophe Colomb est mort sans un radis. On ne devrait donc pas avoir trop de scrupules à brimer quelque peu ces déboussolés de la finance et des affaires qui confondent leur niveau de prévalence sociale avec la hauteur des biens qu’ils possèdent. Contrôler les branches gourmandes de notre arbre sociétal ne veut pas dire que nous devons entrer dans la décroissance et la paupérisation, bien au contraire. Il faut seulement tenter de rétablir un équilibre en remettant au goût du jour des valeurs moins matérialistes, plus morales et plus civiques. On peut obtenir cela par les média, par les journaux,  par la culture. C’est un nouvel état d’esprit qu’il faut instaurer. Les Tapie,  ça suffit, d’ailleurs je  trouve à ce gros malin, un air de plus en plus ringard et totalement has been. On réussit assez bien à lutter contre le racisme et la violence, pourquoi ne pas tenter de discréditer l’hyper matérialisme ?

Je ne suis pas curé, je suis seulement un homme comme les autres.

Ce n’est donc pas Sarkozy qui peut faire le bonheur de la conjoncture actuelle. Qu’il aille donc, comme il le proclame tenter de faire de l’argent chez Bouygues ou chez Bolloré, si il en est capable, ce qui n’est pas non plus d’une totale évidence. Les entreprises ont souvent davantage besoin de paix sociale que de pugilats internes. Voyez Gallois chez Airbus. Exactement comme notre pays,  qui lui aussi, a besoin d’être rassuré et rassemblé,  comme le proclame François Hollande depuis le début. Notre pays  a soif de justice, de cohérence et de planification dans l’effort. Ce n'est pas Anne Lauvergeon que j'ai entendue ce matin qui va me contredire. Il ne s’agit pas de faire des coups qui font la une à court terme et qui sont aussi vite oubliés ou démentis. Nos problèmes de dette ne pourront être résolus que par la rigueur budgétaire et la croissance économique. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’en rassemblant les forces vives du pays dans la justice et la solidarité. A ce moment là seulement,  nous verrons revenir la confiance dans l’avenir.

 

François Hollande, c’est une affaire entendue aujourd'hui,  est le seul,  à ce moment présent de la campagne présidentielle, à être capable de conduire ce mouvement de résurrection économique, intellectuel et moral. Pour ma plus grande joie, les sondages de ce matin sont très prometteurs !