25.11.2007
L'abbé de Fontaine-Daniel, baron de Réville
L’abbaye de Fontaine-Daniel : une vieille histoire

C’était à l’époque féodale, celle des grands seigneurs qui vivaient dans des châteaux et qui dominaient l’ordre social. En échange de leur protection, ils exigeaient des paysans toutes sortes de corvées et de taxes qui ne laissaient pas grand chose pour vivre, au petit peuple des manants et des rustres. A la fin du XII° siècle, le duché de Normandie vivait ses derniers beaux jours après la mort de Richard Cœur de Lion (1199) remplacé par Jean Sans Terre, réfugié en Angleterre après que tous ses biens furent confisqués par le Roi de France, Philippe Auguste (1204). La Couronne de France était enfin venue à bout du dernier Plantagenêt avec l’aide des seigneurs bretons et poitevins.
C’est peut-être en reconnaissance de ses services que Juhel III seigneur de Mayenne s’est trouvé en possession d’un fief à Réville avec des terres et des moulins. Quoiqu’il en soit en 1206, lorsqu’il crée une abbaye au voisinage de son château de Mayenne, à la Fontaine-Daniel, il fait venir quelques moines cisterciens et leur donne des forêts, des champs et des rivières dans cette belle région du Bas-Maine et en prime leur offre la baronnie de Réville, dont les terres fieffées s’étendaient également sur les communes d’Anneville, de Gatteville et de Tocqueville. La charte fut confirmée par Philippe Auguste en 1207. L’abbé de Fontaine Daniel était devenu légitimement le baron de Réville.
A cette époque, qui était celle des croisades et de la religion , les grands seigneurs créaient des abbayes par dévotion et pour le salut de leur âme. Mais c’était aussi un moyen bien pratique pour encadrer les pauvres serfs attelés aux travaux de défrichage, d’assèchement des marais et de mise en labour des meilleures terres. Les seigneurs partageaient les produits de l’exploitation avec les moines, dont la vie était vouée à Dieu et à la charité. Parmi ceux là, les bénédictins (soumis à la règle de Saint Benoît) étaient réputés pour leur habileté, en particulier ceux de l’abbaye de Cluny à Citeaux connue comme la meilleure école. Les moines de Fontaine Daniel qui furent plus d’une vingtaine firent de leurs possessions mayennaises un grand domaine qui se maintint jusqu’à la Révolution. Ils gardèrent leur fiel révillais jusqu’au XVI° siècle mais en 1601 Jean de Longaunay en devint propriétaire par échange avec sa seigneurie de Franqueville près d’Orbec. Le domaine fut finalement vendu à la Famille Mangon pour constituer une partie du domaine du Houguet.
L'abbaye de Fontaine-Daniel aujourd'hui
Par les chartes conservées de l’abbaye, on connaît assez bien ce domaine de Réville. Il s’agit d’un manoir appelé la Baronnie dont on a gardé le nom aujourd’hui au Mont Ferré. Ce manoir était accompagné d’un Prieuré où priaient et travaillaient une petite équipe de deux ou trois moines, bénédictins comme il se doit. Le domaine propre était limité à une douzaine de vergées de terre mais les terres fieffées étaient beaucoup plus importantes. Elles étaient divisées en vingt-quatre vavassories (fermes) et vingt quatre bordages (métairies). Le Bordage, qui est aujourd’hui un village sis non loin du presbytère de la Pernelle garde leur souvenir. Les vavasseurs, étaient des fermiers qui payaient un terme pour les terres concédées. Ils avaient en outre la charge de l’entretien des chemins, du curage des fossés, de la police des eaux et du transport des blés, et des bois de construction et de chauffage. Les bordiers étaient des métayers chargés des basses besognes comme le curage des étangs et des latrines appartenant aux moines, l’entretien de leur jardin, la cueillette des pommes, la fanaison, la moisson, le transport des fourrages et tous les travaux nécessaires au manoir. A ces corvées venaient s’ajouter les rentes, redevances, services et droits seigneuriaux les plus divers. A titre d’exemples on trouve qu’un nommé « Ferrecoq, à la place de Jean, fils de Fèvre le vieux, doit huit fers à cheval avec leurs clous » et que cet autre est chargé « de tenir en état le pignon du moulin longeant le chemin… »
Les revenus de l’abbaye de Fontaine Daniel tenaient cependant moins à son emprise foncière qu’aux profits que lui assuraient ses quatre moulins dont deux à vent (à Réville et Gatteville) et deux à eau, (à Tocqueville et Anneville ) et ses quatre colombiers. La Baronnie avait également le droit de gravage et de pêcherie, de Landemer à l’embouchure de Saire. Elle prélevait une taxe « de quatre deniers sur chacune nef, navire ou batel qui entrait et posait au havre de Réville, s’il n’était du dit lieu ». Elle possédait enfin un mystérieux marais Galichar que tout le monde aujourd’hui semble avoir oublié. D’après les historiens les aménagements côtiers dont on retrouve les traces sur les photographies aériennes, à l’image des noes débouchant sur nos plages aujourd’hui, constituaient des pêcheries, des viviers et des salines,(sur le modèle de l’étang de Gattemare à Gatteville). On retrouve aisément la trace de ces biens dans la toponymie actuelle, le Prieuré, la Saline, Landemer, le Vivier…Les produits de la mer et le sel étaient en effet indispensables aux moines de la Fontaine-Daniel. Habituellement les seigneurs se déplaçaient dans leurs possessions pour en consommer sur place les produits de saison. C’était impossible dans le cas des religieux qui vivaient cloîtrés. Il faut donc imaginer qu’une ou deux fois par an, surtout avant les temps de Carême, un convoi de charrettes chargées de tonneaux de poissons fumés et salés, tirées par des chevaux ou des bœufs, empruntait les chemins rudimentaires qui reliaient Réville à la Fontaine Daniel. La salle des cacaudières des caves de l’abbaye, demeurées intactes, servait au stockage de ces caques de harengs ou autres poissons.
Les vilains, nos ancêtres, n‘étaient pas conviés à de telles agapes, mais ils ont contribué pendant plus de cinq siècles à l’enrichissement de l’Abbaye de la Fontaine-Daniel et de ses moines. A la Révolution l’abbatiale qu’on connaît par des gravures fut détruite. Elle était aussi grande que la cathédrale du Mans. Au XIX° siècle les bâtiments restant, vendus comme biens nationaux (1796), furent reconvertis en une très belle entreprise de tissage (1806) qui a fait sa notoriété par les toiles de Mayenne, toujours fabriquées de nos jours. La Fontaine Daniel sise sur le territoire de la commune de St Georges Buttavent est maintenant plus connue pour ses toiles que pour son abbaye.
Pour me faire une idée de cette fameuse institution, je me suis rendu sur place. Il reste aujourd’hui un site superbe avec retenue d’eau et moulin, des bâtiments et un cloître qui se trouvent dans l’enceinte de la manufacture. La porterie grandiose actuellement utilisée en étable et greniers à foin mériterait d’être mieux mise en valeur. Pour un Révillais cette visite est aussi un beau voyage dans l’histoire de notre commune .
Autre vue de l'abbaye aujourd'hui
PS/ Le fief de la Baronnie était probablement le plus important de Réville, mais il faut se souvenir que l’église Saint Martin appartenait à l’abbaye de Troarn, qu’il existait également une commanderie de Templiers et plusieurs domaines appartenant aux seigneurs du lieu, celui du Château, de Cabourg, de Glatigny, de Karetot, de Maletot…Ce pourrait être le sujet d’une prochaine chronique.
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26.04.2007
La guerre de Jean Postel dit Octave
(extrait du carnet de campagne de mon grand père, né à Brix, d'une famille de dix huit enfants)
Jour de mobilisation Il était 3 heures du soir quand je vis Monsieur de Loisellerie venir me dire que la mobilisation probable s’accentuait d’heure en heure. Moi, tout gai je n’ai rien dit, incrédule, cela ne pouvait avoir lieu. Voulant soutenir ma cause, je vois Mr de Loisellerie me tourner le dos et partir furieux et je ne l’ai revu que le soir même. Entre temps je continue mon travail, quand au bout d’un moment on me dit que les cloches sonnaient le glas. Ne voulant pas encore y croire mais pensant que la chose pourrait se réaliser, je voulus me rendre compte moi même. Je montai l’escalier mon balai à la main pour avoir l’air de poursuivre le travail et je mis mon nez à la porte quand j’entendis moi même le glas sonner. Et au même instant le train de quatre heures montant vers Cherbourg emportait le comptable. Il crie en passant « ça y est, c’est vrai.... » A ce moment je sentis un instant d’effroi puis me retournant vers mon travail j’aperçus MMrs de Parfouru et compagnie faisant leurs préparatifs de fermeture de la laiterie, causant machinalement de la situation, le cœur gros, les yeux pleins d’eau.Voyant cela le courage ne m’étouffait plus, quoique j’aie eu pourtant beaucoup de travail à faire. Mais entre temps je cause aux camarades de la situation. Et chacun dit son mal mais moi toujours joliment enjoué je disais « cela n’est qu’un véritable exercice et dans 15 jours nous serons de retour », puis finalement je finis ma journée en songeant à la situation nouvelle.
En cours de route on entend qu’un mot « la guerre est déclarée ». Je passe par la ferme de GUILLY . Je vois le patron les larmes aux yeux et sa femme chialant. Il est vrai que c’est pénible de voir la mobilisation à cette saison.
Je continue ma route, j’arrive chez moi, tout heureux de voir ma femme m’annoncer la mobilisation d’un ton très joyeux et moi tout gai je lui réponds : « voilà ce que c’est d’avoir été fait militaire ». Puis l’on continuait le discours avec les voisins, chacun disait son mot plus ou moins gaiement et moi je suis tout heureux de leur remonter le moral, mais je n’en pense pas moins. Puis je me mets à souper avec ma femme tout en parlant de la situation et songeant à ce que nous avions à faire et tout ce baigayage[2] ( sic) nous a occupés toute la soirée. A dormir nous n’y pensions plus.
2° jour Dès la pointe du jour le baigayage recommence. Pour moi il était question de repartir au travail sans avoir le moment de penser à mon chez moi. En route pour le travail , déjà une partie des ouvriers manquaient et il fallut mettre en route tant bien que mal au gré des machines. Voilà que la roue[3] tourne et enfin nous voilà à l’œuvre pour jusqu’au soir 7 heures quand tout d’un coup la courroie de commande saute et toutes les autres à la suite sont prises du même mal. Tout s’en mêlait pour faire avorter notre travail. Mais sans perdre courage je redoublai mes efforts et l’on continua, une partie du travail se trouva faite et arrivé midi, il y avait un tiers du travail de fait. D’aucuns ouvriers s’en vont pour ne plus revenir. Et moi furieux, devant aller à la maison paternelle avec ma femme, je me trouve obligé de retourner au travail croyant encore finir vers 3 heures. Je turbinai jusqu’à 7 heures. Après avoir fait 2150 kilogs de beurre mis en petits paniers j’ai rendu compte de la vente et du reste en cave au Patron, qui est resté stupéfait car 500 grammes ne manquaient pas au total. Ce qui moi même m’a beaucoup surpris car après le mélange et le bouleversement ce n’était pas croyable de retrouver juste la quantité de beurre, sorti, fait et rentré.
Puis sans perdre de temps l’on prend la direction du bureau et l’on m’apprend .que l’on est point payé. Sans hésiter j’emporte une motte de beurre à ma femme comme paiement du mois. Cela ne pouvait point suffire. Heureusement il restait un peu de bénéfices dans mon coffre fort pour permettre de vivre pendant une partie de la guerre[4]. Enfin l’on sert la main au patron à qui l’on voit les larmes couler, certainement il avait le cœur gros, cela je le comprends, mais nous ne pouvions rien y faire. C’était aussi bien triste pour nous.
Puis alors nous voilà en route à qui marcherait le mieux, moi et Robin et Elie, quand on aperçoit déjà les garde-voie venir prendre possession des logements du château. Il faut encore leur serrer la main et je distingue parmi eux un vieux cousin LEVEQUE dont la boisson commence à lui faire couler les larmes des yeux. Puis il fallut quitter les camarades, pas vraiment tristes mais au contraire tout joyeux d’apparence. On se serre la main et l’on se dit au revoir et à qui rapportera la tête à Guillaume. Puis enfin j’arrive chez nous, je trouve notre mère et ma femme entrain de faire les préparatifs pour mon départ. Puis l’on cause et l’on fait collation ensemble et l’on change de conversation un instant sans tarder à revenir sur le même mot de guerre. Puis la mère s’en va pour divaguer[5] (sic) à ses affaires et je lui dis à demain matin. Puis je vais chercher le lait à la ferme où je trouve tout le personnel entrain de pleurer. Mais moi d’un ton bref, mais consolant je leur dis « pourquoi pleurer ainsi ? . Nous ne partons que pour quelques jours pour faire peur à ces satanés allemands.» Puis enfin nous décidâmes[6] de la situation puis je partis subitement car çà devenait une tragédie en pleurs.
Je revins chez moi et je préparai en attendant le souper mon cheval d’acier (le vélo) et baigaye avec ma femme dans la maison. Tout heureux de voir ma femme pleine de confiance en mon retour et me préparant tout ce qui pouvait m’être utile pour ma campagne, jusqu’à même me coudre des pièces d’or et d’argent sans y oublier une médaille, fixée avec l’élan du cœur. Cette attention m’avait donné confiance en elle même et à partir de ce moment je n’oubliai jamais ce souvenir placé par ma femme. Puis la soirée se termina et l’on se coucha sans trop savoir dormir car je pensais à ce que je laissais tout à coté du lit : cette petite poupée[7] âgée de trois semaines restée sur les bras de sa mère pas encore tout à fait rétablie. Puis enfin je me suis endormi dans mes songes.
Deuxième jour Je me réveillai avant l’aurore et ce fut tout de suite pour baigayer avec ma femme de choses et d’autres. Je me levai en hâte pour remiser un tas de choses restées sur mon travail des jours passés puis je me mis à déjeuner avec ma femme en disant « combien de temps serons nous sans nous revoir à partir de ce moment ?’. Je lui vis une impression d’effroi et le cœur lui grossir. Sans pouvoir trop bien manger, il fallut se quitter. Là était venu le moment le plus dur pour nous deux. Jusqu’à ce moment on ne pouvait point distinguer de peine sur nous, mais à ce moment il était bon de partir au plus vite car la tristesse s’accentuait de minute en minute. Ce fut un moment d’angoisse pour nous deux mais vite je me rétablis et l’embrassai en lui disant au revoir, sans avoir oublié auparavant d’embrasser notre petite Denise. Et je sortis ayant l’air assez gai car je ne voulais pas être triste vis à vis des voisins de ma femme. Je monte sac au dos sur ma bicyclette et en route pour la maison paternelle. En passant je dis bonjour à la famille Launey. En voyant tout le monde dans la peine je ne m’arrêtai point longtemps. J’embrasse les deux filles et je serre une cordiale poignée de main car c’était pour moi des amis intimes dont je garderai toujours le souvenir. J’arrive chez les parents, je les trouve comme tout le monde en peine. Je les comprenais car les frangins n’avaient point donné de leurs nouvelles, mais je leur dis qu’il n’y avait rien de surprenant, le temps n’était point venu. Puis la mère me couds une seconde médaille dans ma ceinture et m’offrit un acompte, mais je n’acceptai point car l’heure tournait et il se faisait huit heures. Alors je leur dis au revoir en les embrassant[8] depuis le plus petit au plus grand et en route pour Cherbourg.
Quand j’arrive à Délasse un accident survint à la chaîne de ma bicyclette. Je dus la laisser à l’auberge et je demandai à un paysan qui s’en allait au marché de m’emporter. Tout joyeux il me répondit que oui. Alors je monte dans la voiture mais c’était ce que l’on pouvait appeler la petite vitesse. En arrivant au haut des Rouges Terres je vis venir un nommé Pignol, voisin de chez moi et je lui demandai de m’emporter car je voyais qu’il allait plus vite et en un clin d’œil je fûmes à Cherbourg. Je bûmes un bon vin blanc pour nous quitter puis je lui dis au revoir, toujours gaiement car à ce moment là tout le monde était joyeux. Tout à coup en cours de route pour la caserne, j’aperçus une ancienne amie nommée Célestine Plet. Sans m’arrêter je filai la route d’un pas décidé, mais entre temps je me retournai et je vis qu’elle me ritonnait[9] ce qui ne fut pas pour moi une surprise. De là en cinq sept je fus à la caserne à 10 heures moins 10minutes. Je présente mon livret au poste et on me conduit à la 7ème compagnie. Puis je passe au magasin d’habillement et d’harnachement puis je me mets en tenue et j’attends des ordres.
Peu après je vois venir mes copains du 155éme, comme moi gais et heureux de se retrouver ensemble. Puis l’on se met à sucer[10] un canon ensemble entre deux que de se préparer. Puis la soirée arrive et chacun se faufile à ses petites affaires en ville et moi j’en profite pour aller chez mon beau frère leur dire bonjour.
De retour à la caserne on se couche sur la paille tout habillé et l’on dort plus ou moins bien car les uns songent, les autres chantent et même survident les trop plein. Finalement la nuit se passe à peu près car je suis fatigué des jours passés. 3ème jour Le jour avait fait son apparition quand je me réveillai. C’est en hâte qu’un chacun va se débarbouiller pour être prêt à tout ordre. Dès lors on attend sans cesse et la journée se passe sans avoir rien fait que de se faire du mauvais sang. A ne rien faire c’est bon pour s’ennuyer à mort. A part quelques canards[11] qui courent et que les allemands avaient déjà des pertes. Cela nous remontait le moral un peu car on y croyait fermement. La soirée arrive et je reste à la caserne car je craignais de sortir et de me faire punir.
4ème jour Comme la veille, rien de changé à notre situation que quelques camarades que je n’avais pas vus la veille. L’on s’empresse de se serrer la main et de parler de la situation. Puis entre temps j’aperçois mon beau frère qui était en corvée d’approvisionnement et un nommé Louis Travers ami intime à qui je m’empresse de dire bonjour et de baigayer un peu, car à ce moment l’on était point triste ni l’un ni l’autre. Puis nous faisons une petite corvée et la journée est finie sans pour ainsi dire rien faire. Comme la veille je ne sortis point je préférai rester au quartier.
5ème jour Comme les jours précédents on se met à la disposition des chefs pour les corvées. Quand arrive 11 heures j’aperçois mon beau frère qui vient m’apporter des vivres et surtout 2 litres qui m’ont fait plaisir car à la cantine c’était de la vraie piquette et pas moyen d’en approcher. Dans l’après midi on va chercher les armes pour la compagnie et dans le parcours je retrouve mon beau frère qui me paye une tasse de café à la sortie de la salle d’armes, ce que j’acceptai de bon cœur. Puis l’on se quitte pour jusqu’au soir. Je suis allé toucher mon arme qui devait faire campagne avec moi.
Puis je demandai une permission de sortir et viens au galop dans la ville, car c’était jour de marché et j’avais espoir de revoir des pays. Ce qui fut vrai car je trouvai le maire de Brix et Gustave Lacotte de Sottevast qui se disposait à partir chez lui. Et moi désireux d’en faire autant je vais pour chercher une bicyclette mais l’on me dit que je ne pourrais passer la garnison. Ce qui était vrai car la circulation n’était plus permise après six heures du soir sans billet.
Alors je me contente de revenir chez mon beau frère où je reprends mes effets militaires. Quand tout d’un coup j’entends une voix comme si c’était ma femme, avec notre petite Denise dans ses bras, tombant de l’eau à torrents sur eux. Alors je fais vite pour passer un instant avec ma femme. J’essayai de retrouver un camarade pour le prévenir que je ne rentrerais point avant 10 heures mais je ne le trouvai point et je dus partir à 8 heures pour la caserne, car il fallait rentrer. C’était dur car ma femme était là et j’avais peu de temps à être avec elle, c’était vraiment peinant. Enfin pour gagner du temps elle vint me reconduire jusqu’à l’entrée de l’enceinte du port et je la quittai là, certainement content de l’avoir revue.
Je rentrai à la caserne toujours dans un grand remuement, dans la chambre les uns charrient la paille du voisin pour se faire un meilleur plumard, les autres blaguent, en un mot personne n’est tranquille. 6ème jour Comme d’usage on attend les ordres des chefs et l’on se rassemble pour aller faire un petit exercice sur le remblai où l’artillerie était campée en attendant son départ. Ainsi nous avons fait un peu d’école de section et de tirailleur pendant trois heures. Puis nous sommes rentrés au quartier pour toucher le reste de nos vivres de réserve et les vivres de chemin de fer. Mais tout cela ne valait pas la sortie que je prétendais faire car je savais Emilie[12] en ville et je tenais à retourner la voir, ce que je fis aussitôt libre. Je partis sans savoir à quelle heure il fallait rentrer quand en cours de route je rencontrai un ancien sergent réserviste Lelièvre, ancien camarade du 155 qui me dit de rentrer pour 8 heures. Ce que je fis mais là était devenu le moment le plus critique car il fallait se dire au revoir pour partir par le chemin de fer droit au feu. Naturellement je ne le dis point à ma femme ni à mes amis, car je songeais bien que la peine serait encore plus grande de me voir partir au plein des balles.
C’est alors que je dis au revoir à mon beau-frère et ma belle sœur et aux enfants et j’embrassai pour la dernière fois ma femme chérie qui voulut bien venir me conduire au quartier ou plutôt à l’enceinte du port et là je lui fis mes derniers adieux sans lui dire à Dieu car je songeais revenir. Je peux le dire jamais je n’ai songé à mourir au feu. Je rentrai au Quartier et déjà le 1er Bataillon était parti et nous devions le suivre d’une heure. Il était 9 heures quand on sonne tout le monde en bas et voilà que le Bataillon se remue dans la cour. Et on fait l’appel, à la Compagnie, personne ne manque. Entre temps pendant que tout se préparait, l’on voit quelque vadrouillards, je dirais imbéciles qui se mettent à jeter par les fenêtres, cruches à eau, bancs, tables, malles, en un mot tout ce qui pouvait se décrocher, le tout faisait un boucan épouvantable . Quand on entend la sonnerie de garde à vous, tout le monde se met en route, tambours et clairons en tête jouant à pleins poumons. Et les hommes chantaient de plein cœur la Marseillaise tout le long des rues où partout l’on voyait des bouquets de fleurs tomber dans nos bras. A la gare nous voilà en colonnes de compagnies attendant la mise en place dans les wagons, des voitures et des chevaux qui devaient nous suivre. L’on poirote pendant deux heures ou j’avais un cafard terrible de me voir attendant dans la pleine nuit battant la semelle sur place. Enfin minuit arrive et on prend place dans les wagons, chacun sa place, avec grand mal, car c’est un fouillis incroyable. Tout le monde veut être à la porte. En hâte le train s’ébranle, il est 2 heures. Enfin nous voilà partis tout en chantant, mais cela ne dure pas longtemps car la fatigue prend vite et l’on s’endort les uns sur les autres. En passant à Sottevast je mets ma tête à la porte, où un silence régnait dans un brouillard froid et humide. Puis je me repose comme les camarades, mais vite je fus vanné, il fallait être assis sans bouger et le siège était dur et les ressorts étaient affaiblis. Je crois bien que c’était un vieux wagon de réforme. 7ème jour La pointe du jour venait comme nous passions à Caen. De là rien à distinguer, le train allait environ à 35 km/h et nous passîmes par Noisy le Sec au nord de Paris, distinguant très bien la Tour Eiffel sur notre droite. Par un joli soleil couchant on voyait les villageois nous pousser des hurrah, des bouquets de fleurs pleuvaient dans les portes des wagons et les chants se répétaient en cœur, au grand agrément du monde. Les uns agitaient leurs mouchoirs, les autres les bras, et beaucoup frappaient dans leurs mains. Ce fut pour jusque la nuit un véritable concert, car tout le temps on chantait. 8ème jour De bonne heure le matin je pris place assis sur le marchepied du wagon afin de respirer l’air pur du matin et reconnaître le pays de Mailly, embranchement de Troyes parcouru il y avait quatre ans de là. Nous arrivâmes à Revigny où tout le monde descend et en une heure nous sommes sur la route de Bar le Duc. Il était 8 heures du matin quand nous traversâmes le bourg de Revigny, beau paysage pittoresque et verdoyant. Là on commence à voir toutes sortes de troupes allant dans toutes les directions de l’Est. Nous pensions faire halte dans le bourg. Quoique fatigués l’on nous dit qu’il fallait aller à Fains, moi très heureux car je connaissais ce pays. Nous arrivâmes par une chaleur tropicale, heureux de pouvoir nous débarbouiller sur le bord du canal à notre portée, après avoir barricadé les routes car il était question de se mettre à couvert en cas de patrouille ennemie. Puis on se met à faire un bon repas car nous en avions besoin, car les fatigues du chemin de fer nous avaient minés. Puis on se reposa jusqu’au lendemain matin. 9ème jour Comme d’usage l’on profite de l’eau en abondance pour se laver et faire une petite missive à ma femme à qui je pensais sans cesse et puis l’on partit faire un petit exercice dans les terres labourées et les luzernes mouillées. Cela ne nous allait point des mieux mais nous avions rien à dire. Nous rentrâmes dans nos cantonnements et nous nous reposâmes jusqu’au lendemain matin. 10ème jour Réveil à 4 heures. Rassemblement pour l’exercice en campagne commandé de la veille. Nous étions aux environs du village quand l’ordre fut donné de partir pour Sermaize et rejoindre le premier Bataillon. Là je marchais avec courage, là encore je connaissais ce village, ou plutôt deux grands corps de ferme partagés d’un petit ruisseau et dominés d’une vieille église abandonnée. En cours de route nous eûmes à souffrir de la chaleur qui était tropicale. Là nous dûmes abandonner le corps de trois hommes. L’un deux mourut dans la soirée. Les deux autres sur la route, morts d’insolation. L’un deux je le vis finir à mes yeux. C’était un camarade de mes deux ans de service. Ce fut dur pour tout le monde, car pas d’eau et pas d’ombre et une route sèche et longue, surtout la faire en plein soleil. Nous nous reposâmes à la soirée sous quelques pruniers chargés de prunes. Inutile de dire que nous en mangeâmes notre content au déplaisir du propriétaire.
Je dus aussi me mettre à faire la cuisine car le cuisinier avait oublié qu’il devait faire à manger pour les camarades qui marchaient le boudin vide. Je dus de colère avec le caporal et quelques volontaires aller chercher des pommes de terre dans un champ voisin et les mettre à cuire et faire un bon jus qui nous remit debout et forts. Puis on se coucha pour partir de bon matin. 11ème jour Réveil à 3 heures et départ pour VILLERS à travers les champs par des chemins plus ou moins prononcés et cahotant bon gré malgré. Les hommes fatigués, nous arrivâmes à Villers toujours par une chaleur formidable, mais tout le monde arrive tant bien que mal à Villers et dans la soirée l’eau se mit à tomber. Là nous dûmes sortir voitures et bestiaux pour nous faire une place pour loger à l’abri de l’eau. Ensuite nous prîmes un repos mérité jusqu’au lendemain matin 3 heures.
12ème jour Nous marchons dans la direction de St André, par un temps moins chaud, l’eau avait rafraîchi la terre. Nous marchions avec courage et un entrain de cœur. Nous sommes arrivés à St André après avoir traversé plusieurs fois des villages ou les troupes faisaient ennui aux paysans si mal gracieux, car les meusiens on peut le dire, ils n’aiment pas le soldat. Mais ça ne nous empêche pas de pousser de belles romances pour faire sonner le talon du soulier, car nous n’avions que cela comme agrément : un verre d’eau on ne nous l’aurait pas donné. Nous nous reposâmes pour reprendre la route le lendemain matin. 13ème jour Réveil à deux heures et nous partons dans la direction de Dun (Dun/Meuse). Nous traversâmes plusieurs villages où l’on nous mettait de l’eau dans des seaux sur le bord de la route, tous heureux de rencontrer du rafraichissant de fontaine, avec quelques gouttes de menthe qui la rendait si bonne. Nous arrivâmes au village de Ratripont ( ?) où nous cantonnâmes jusqu’au lendemain matin. Là je fis couper tous mes cheveux par un camarade car je souffrais de chaleur à la tête et mon mouchoir ne suffisait pas à sécher la sueur. Puis on prit un bon repas sous de grands pruniers de reine-claude et d’autres, car c’est le pays en plein, et le moment de la récolte. Là nous passâmes une revue de fusils et nous eûmes une fausse alerte par le Colonel. Et nous nous reposâmes jusqu’au lendemain matin. 14ème jour Réveil à deux heures et nous nous dirigeons toujours dans la direction de Dun mais nous eûmes ordre de rester à Ligny, devant Dun où nous avons passé une triste nuit car il tombait de l’eau à torrents et nous étions sept mille hommes de troupe dans un village de 600 habitants et très pauvres. Pas moyen de rien se procurer avec son argent, le village était épuisé par le passage des troupes successives. Là je dus passer ma nuit sur un véritable pavé froid et humide, et beaucoup comme moi à ce moment. J’étais déjà habitué à la dure, mais ce fut plus que dur, trempés comme des soupes sans pouvoir faire du feu ni se remuer. 15ème jour Nous partîmes de très grand matin et nous eûmes difficulté de marche, car l’on apercevait déjà les aéroplanes ennemis et nous dûmes rentrer sous bois. Enfin nous arrivâmes à Dun à onze heures. Un beau village, sur une montagne dominant la Meuse et son canal, ayant un cachet comme le fort du Roule sur Cherbourg. Ce village est très pittoresque et très antique, autrefois fortifié. Là je fus faire un tour à l’Eglise très antique et très belle. Là je me rappelle ma médaille et je fais une courte prière dans cet obélisque[13] (sic).
Puis à mon retour nous prîmes un bon repas que j’avais préparé par la fourniture des bonnes gens qui avaient bien voulu nous donner. Heureusement car ce jour là nous n’avons pas touché de vivres, que très tard et difficilement. Là nous commençâmes à entendre le canon dans les environs de Stenay, non loin de là. Nous eûmes alerte le soir et nous marchâmes presque toute la nuit, sombre, à ne pas voir son poing devant soi. En cours de route des camions automobiles, des omnibus, emportaient des vivres à nos soldats devant nous et les Chasseurs d'’Afrique nous devancèrent pour aller cantonner à Chauvenay ( ?) avec nous. Là je me rappelle d’avoir souffert de fatigue à marcher car nous étions chargés et surtout on apercevait de très loin les lumières de Chauvenay et on se disait tous où est donc ce village car on dormait en marchant et on ne savait plus se traîner.
Enfin nous arrivâmes sous un grand pont puis nous passâmes sur une grande rivière et nous rentrâmes dans Chauvenay bien heureux, il était deux heures du matin. Et là nous nous reposâmes jusqu’à la pointe du jour. Nous nous trouvâmes chez un boulanger-aubergiste et nous en profitâmes pour faire l’acquisition de pain et de vin. Nous fîmes un régal et on se coucha. 16ème jour Nous fûmes réveillés pas trop bonheur et nous partîmes dans la direction de la forêt où nous passâmes la journée et la nuit. Les uns firent des tranchées les autres des abris pour passer la nuit. Là je fis le cuisinier presque toute la nuit pour faire de la soupe aux camarades et je me couche deux heures sous le bord d’un abri en feuillages. 17ème jour Nous restâmes à explorer la forêt jusqu’à onze heures et nous dûmes rentrer à Chauveney avec trois blessés par nos balles tirées sur un aéroplane ennemi sans gravité et puis quelques uhlans prisonniers que les Chasseurs d’Afrique avaient pris. Je retournai tout de suite chez mon paysan qui m’avait confié sa marmite la veille. A nouveau je me mis à faire la soupe et nous fîmes un bon régal, car on avait tout ce qu’il fallait. Et là je me couchai dans un bon lit de paille jusqu’au lendemain matin. 18ème jour Repos toute la journée pour moi car je faisais le cuisinier et j’étais exempt d’exercice. Les camarades furent faire une tournée dans la campagne et moi pendant ce temps entre deux que de faire à manger j’écrivis à ma femme car je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis mon départ. Et l’après midi je fis une bonne méridienne[14] dans un bon lit de paille et finît ma journée en pensant à la situation. Là on vit plusieurs aéros ennemis et des nôtres sur la fin de la journée. On entendait le canon au lointain mais nous reposâmes toute la nuit sans alerte et le lendemain matin réveil à une heure et en route pour des villages inconnus.
19ème jour Partis de grand matin nous allâmes dans un village non loin de là garder une route. Nous n’étions qu’un peloton et là aussi nous ne fûmes pas trop mal car nous n’étions pas nombreux en troupes, mais le village était triste. Là je me permis de faire un tour en campagne avec mon copain Marie du 155 et nous fûmes manger des prunes plein notre ventre. 20ème jour Nous ne partîmes pas de grand matin car nous avions un raccourci à travers bois ce qui me permit d’aider une fermière à traire ses vaches pour avoir du lait et en même temps de lui prêter la main. Et nous partîmes vers huit heures du matin pour passer la frontière le soir.
Aussitôt notre apparition ce fut une joie chez nos amis les Belges tout heureux de nous voir. Ils nous procurent tout ce qu’ils pouvaient, ne refusaient rien au contraire et tout meilleur marché. Malheureusement le séjour était court dans les villages. Et je dus remarquer que dans les villages belges c’était d’une propreté invraisemblable. Sur toutes les maisons une petite croix dominait et toutes les maisons blanchies en dehors et de beaux espaliers fleurissaient la devanture, avec des cours pavées de moellons. Nous dûmes franchir le village où le régiment devait cantonner, car il fallait prendre les avant –postes dans un bois à 2 kilomètres. C’était regrettable car les paysans étaient si heureux de nous voir, on nous donnait de tout, même du lait à pleins seaux. Nous dûmes franchir cela pour nous mettre en garantie de la troupe qui était cantonnée là dans le village. Je ne pus faire qu’une petite soupe Maggi car l’on ne possédait rien. Et encore nous eûmes alerte car il passa une patrouille ennemie et nous dûmes lui faire face. Il y eut trois morts et un prisonnier du côté ennemi, pas un blessé du nôtre. Puis l’on est parti et on a marché toute la nuit pour aller coucher à Bellefontaine. Le 21 au soir à onze heures nous arrivions bien fatigués prendre la place des ennemis qui s’étaient reculés à notre apparition.
21ème jour Nous arrivâmes à Bellefontaine et il était onze heures du soir et il faisait nuit noire. Nous avions traversé la trouée de Virton en contre bas des terres environnantes très dangereuses. Heureusement pas d’aventures, nous couchâmes après s’être assuré qu’il n’y avait pas d’ennemi dans le village, et tant bien que mal on dormit sous la surveillance du 1er Bataillon qui était aux avant-postes et nous couvrait pendant quelques heures de sommeil. Je me couchai mon fusil à côté de moi, car l’ennemi s’était fait sentir et il était bon d’être prêt à le recevoir. 22ème jour Dès la pointe du jour tout était debout et nous commençâmes à fouiller le bois environnant et nous eûmes quelques patrouilles à expulser. Dans ce village la veille il y avait eu une bataille avec le Génie et les Zouaves. Il y avait eu trois morts pour les français et une cinquantaine d’allemands. Mais l’aurore finie nous eûmes l’ordre de nous porter en avant et nous partîmes dans la direction de Neufchateau où nous devions cantonner. C’est ainsi que nous partîmes accompagnés de Chasseurs à cheval et d’un escadron de Dragons.
A peine avions nous fait un kilomètre que les chasseurs reçurent une fusillade sur leur patrouille, mais cela n’attira point l’attention des Généraux. Sur ce l’on fit quelques prisonniers. La colonne marchait toujours difficilement. Nous dûmes nous arrêter à plusieurs reprises pour permettre aux éclaireurs de sonder un peu le terrain. Puis nous traversâmes un petit pays nommé St Vincent où l’on nous accueillit avec enchantement. Malheureusement la journée ne se passa pas ainsi, car au bout d’un instant l’on entend des coups de feu sur notre gauche. Nous continuâmes tout de même. Les chasseurs restés seuls se débrouillèrent de leur mieux, il y avait quelques uhlans dans le bois voisin. De là nous commencions à ouvrir les yeux, mais pas le temps de lever le nez et nous traversâmes le village de Rossignol, qui fut le théâtre de la bataille, au pas accéléré. Là les habitants prévinrent les chefs, mais ils n’en tinrent pas compte, que les ennemis séjournaient dans le bois à un kilomètre , sans rien gêner. Nous fonçâmes jusqu’au bois sous les yeux de l’ennemi, sans avoir un coup de feu, mais une fois la colonne engagée dans le bois, la pointe fut fusillée au bord des tranchées, faites au milieu du bois. Là commença la bataille, il était sept heures du matin. Tout d’un coup le régiment se trouva engagé aux prises avec l’ennemi qui nous tenait sur les flancs et de face. Là nous dûmes nous mettre au travail. Ce fut à partir de ce moment une fusillade jusqu’au soir.
Les compagnies s’engagèrent les unes après les autres et ma compagnie partit une des premières obliquant sur la droite ou ma section se déploya, le lieutenant en tête et moi derrière lui. Nous nous engageâmes dans un petit sentier, baïonnette au canon. Non loin de là, en plein dans le bois à trois cents mètres de la route, nous arrivâmes dans un cul de sac, en terrain couvert. En contre bas nous aperçûmes, le lieutenant et moi, les casques à pointe couchés en tas et en réserve sans doute. Aussi tôt il se retourna vers nous et nous montra la direction de l’ennemi qui se trouvait à 15 mètres de nous. Aussi tôt nous mîmes à tirer dessus, mais les premières balles ennemies furent pour le lieutenant, touché en pleine tête et il s’en vint tomber sur moi. Je me débarrassai de lui et remontai quelques mètres à quatre pattes.
Déjà les camarades avaient reçu des balles et nous étions foutus, car une mitrailleuse était braquée sur le sentier qui dessinait une claire-voie sous les arbres. Là fut la mort de presque toute la section et je dus avec courage tenir tête à l’ennemi qui était devant moi.
Je me dissimulai au plus vite derrière un arbre mais je ne tardai pas à être la cible de l’ennemi et je reçus une balle dans le pied, pénétrant par le talon. A ce moment, j’eus un instant d’effroi mais vite je me rétablis et je me mis à tirer de plus belle, car il fallait vaincre ou mourir.
Je restai à peu près une heure à cet endroit et je brûlai plus de cent cartouches que mes camarades blessés m’avaient passées et je dus tenir tête surtout à deux casques à pointes qui me visaient avec attention. Mais c’était au meilleur tireur la force. C’est après avoir essuyé plusieurs balles que je déplante le plus à craindre, il était temps car il était à cinq mètres de moi. Mais ce ne fut pas tout, le petit sentier que j’avais remonté leur servait de passage et là j’en démolis sept, tombant l’un sur l’autre, au fur et à mesure qu’ils venaient, mais ce n’est pas sans avoir essuyé des balles ennemies. Heureusement pour moi j’étais derrière un bon abri et dissimulé par les camarades morts tout autour de moi. Mais je dois me souvenir que mon meilleur abri était mon sac. Je le mis devant moi et il fut déchiqueté par les balles.
Mais il vint un moment où les balles n’étaient plus dans ma direction et j’en profitai pour faire un bond en arrière sous une grêlée de balles mais pas une ne m’atteignit heureusement, c’était un vrai miracle pour moi. Après le premier bond que je fis, sans m’apercevoir que j’étais blessé, je marchai d’un pas de fou quand je rencontrai une ligne de tireurs qui venaient à notre secours. Mais ces braves n’avaient plus le sang froid de marcher carrément. Il est vrai que c’était une terreur de voir presque toute la compagnie couchée morte sur le sol, sans avoir pu tirer pour ainsi dire de balles. Je fais remarquer que nous avions avancé trop loin en masse, sans réserve, nous fûmes pris dans un guet-apens.
C’est ainsi que je montrai la direction de l’ennemi au chef qui venait à notre secours, mais ne pouvant maîtriser ses hommes ce fut une débandade . Ils se tiraient les uns sur les autres, car ils tiraient sans commandement et sans voir l’ennemi. Au contraire, ils ne faisaient que de cribler les malheureux camarades restés sans pouvoir bouger. C’est ainsi que je traitai le groupe d’imbéciles de tirer sur les camarades. Je fis quelques pas en avant avec le chef et je lui montrai le résultat du sentier. C’est de là que je le vis changer de couleur et ne plus savoir quoi faire. Je lui donnai courage et moi je me retirai un peu plus loin car ma blessure me faisait mal et je ne pouvais plus mettre le pied à terre. Je me servais de mon fusil comme appui et il devinait que je ne pouvais rester là.
Je me retirai jusque sur la route où je vis tout le monde dans la débandade, plus d’ordres, hommes, chevaux, voitures, tout tombait sur la route sous une grêlée de balles et d’obus. Tout le monde criait sauve qui peut. Je continuai ma route en retardataire comme beaucoup d’autres, quand j’atteignis une compagnie qui se mettait à faire face à l’ennemi pour protéger la retraite du premier et du deuxième Colonial, venus à notre secours mais aussi bien abîmés car c’était une vraie boucherie d’hommes. Partout le sang ruisselait, cela faisait frayeur mais je ne m’arrêtai point. Je pris la direction de la Croix Rouge à un kilomètre de là en arrière. C’est ainsi que je vis les allemands qui entouraient tout le village sur les hauteurs et l’artillerie ennemie donnait dans son plein. Mais je ne pus parvenir à la Croix Rouge sans peine. Ne pouvant plus marcher et plus moyen de circuler sur la route, c’est avec la volonté de quelques camarades de guerre qui me donnèrent la main un instant et je m’accrochai au derrière d’une voiture. Je fis peut-être cent mètres et plus moyen d’avancer. Je lâchai prise et je me traînai à quatre pattes comme tout le monde, car tous ceux qui ne pouvaient courir se traînaient. C’était une fourmilière en révolution. Enfin j’arrivai à la Croix Rouge, il était temps, car les routes étaient barrées par les ennemis et c’était une vraie panique. Les paysans avec tout leur sang froid portaient secours du mieux qu’ils pouvaient à tous les blessés. Les uns donnaient du sucre-menthe, les autres du confortant, mais ce fut pour eux une grande misère car les allemands envahissaient le village et brûlaient et pillaient tout, et les obus et les balles pleuvaient partout. Et pour comble nos soldats eurent la retraite coupée par un pont que les allemands firent sauter.
C’était là au dire des compétents le plus tragique moment car chevaux, voitures et hommes venaient s’abattre les uns et sur les autres par un affolement invraisemblable, ce qui empêcha notre artillerie d’effectuer un bon travail de défense. Ils durent prendre position sur la route sans couvert, mais ils tinrent toute la journée jusqu’au dernier obus. Mais à la fin de la journée ils durent se rendre, car ne pouvant se sauver, il fallut être prisonnier. Ce fut pour notre colonne une vraie défaite. Nous avons fait plus de morts que les allemands ont pu nous en infliger, seulement ils avaient la victoire et nous la défaite, ce qui nous faisait dur au cœur. Pour mon devoir, j’étais convaincu de l’avoir fait. J’arrivai à la Croix Rouge vers midi, une heure. La cour était pleine de blessés, les infirmiers et médecins travaillaient aux soins au mieux. Je fis faire mon pansement par un infirmier en attendant mieux et je me roulai sur le gazon en entendant le canon et les obus passer par dessus la Croix Rouge. C’était un spectacle que jamais je n’aurais cru, un orage épouvantable. Toute la soirée les blessés ne faisaient que de rentrer et à la fin de la soirée nous étions sept cents grièvement blessés, sans compter ceux qui avaient été dirigés sur la France dans la matinée.
Arriva six heures du soir et les allemands envahirent la Croix Rouge en hurlant et nous firent prisonniers. Ce fut pour nous un moment d’angoisse car l’on craignait qu’ils nous achèvent. Tout le monde tremblait de frayeur mais ils nous firent rendre les armes et lever et nous dirent qu’ils ne nous feraient pas de mal et nous soigneraient comme les leurs. Entre temps nous fûmes rassurés. Ils prirent toutes les armes et se mirent à les briser à nos yeux. Cela faisait horreur mais rien à dire. Ce furent les casques à pointes qui nous donnèrent les premiers soins. Pas grand chose, ils n’avaient que de l’eau à nous offrir, et bien heureux car nous avions une fièvre de cheval et l’estomac vide. Nous n’avions pas mangé depuis le 20 au soir et nous dûmes attendre quelques jours. Ce fut pour tout le monde une peine de se voir dans les mains des Allemands en un seul jour de bataille et voir tous ces blessés qui plaignaient et souffraient horriblement. On eut toutes les peines à se loger à l’abri pour passer la nuit. Nous étions les uns sur les autres sans pouvoir se remuer ni aider. Nous eûmes heureusement un Alsacien qui comprenait un peu le français et qui passait sa nuit à nous garder baïonnette au canon dans les fenêtres et à entendre les plaintes et les agonies des mourants. C’était une tristesse d’entendre toutes ces plaintes sans pouvoir porter secours. Personne ne pouvait se remuer car les blessures venaient à faire mal et le sang avait perdu sa vigueur. Pendant la nuit on entendait des craquements et une clarté au ciel se faisait voir : c’était le village qui était en feu. Et toute la nuit on entendit des coups de feu et des gémissements. La nuit fut longue pour moi car j’étais mal placé et je ne pouvais me tourner. Plusieurs s’étaient laissés aller et je baignais dans l’ordure. Il fallait supporter. C’était la guerre. 23ème jour Dès l’aurore on entendait des coups de feu de canon. Ce fut un orage comme la veille. On avait espoir que les Français allaient reprendre du chemin, mais dans la soirée le canon s’était éloigné. Toute la journée les médecins ne firent que couper jambes et bras inguérissables. C’était une frayeur, il fallait endurer tout ce mouvement. Et tout le temps les voitures et brancards rapportaient des blessés restés sans soins de la veille, et toujours sous le regard des Allemands. Nous n’étions pas fiers. Les Allemands firent un triage et emmenèrent ceux qui pouvaient marcher. Quelques uns de mes camarades s’en furent et depuis je ne les ai point revus. Ils firent une levée de sept cents blessés et autres. Mais pendant ce temps là, le temps s’écoulait et manger il n’en était point question. Ceux qui étaient comme moi souffraient de faim et pas une pomme de terre crue à manger. De l’eau, toujours de l’eau à boire et il faisait une chaleur étouffante.
Entre temps nous eûmes à remarquer la méprise d’un casque à pointe, il voulut casser un fusil sans se rendre compte qu’il était chargé et le coup lui partit en pleine poitrine. Nous ne pûmes nous empêcher d’en rire en se cachant .Les médecins voulurent lui porter secours mais la mort avait été instantanée. Ça ne paraissait guère parmi le tas, car à ce moment on en apportait toujours pour mettre dans un trou à proximité. Tous les détails je ne peux les déterminer, chose semblable s’est produite plusieurs fois, il faudrait trop de place.
24ème jour Après une nuit de souffrance terrible, une organisation de cuisine s’installa et ils commencèrent à faire un quart de bouillon chacun. Cela nous sembla bon d’avoir du chaud et dans la soirée une pomme de terre nous fut donnée à chacun. On remarqua aussi que le canon s’était de plus en plus éloigné et qu’il n’y avait plus d’espoir de nous voir délivrer. Il fallait s’accoutumer avec nos bourreaux.. La journée se passa en ayant bien faim, car plus on allait, plus la faim se faisait sentir. Nous étions d’une faiblesse incroyable et nous dûmes nous coucher en plaignant misère en ayant espoir d’avoir mieux le lendemain. Inutile de dire que nous eûmes à entendre bien des plaintes et bien des agonies, quoique moins que le jour précédent, mais avec plus de cris de souffrance. 25ème jour Comme le jour précédent on nous servit de l’eau et du bouillon comme déjeuner, mais très peu et dans la soirée quelques pommes de terre. Une expédition de blessés fut faite et nous permit de nous mettre un peu mieux et nous endurâmes la nuit plus facilement. Mais pas sans plaintes, car on était allongé sans pouvoir se remuer dans une saleté effroyable et une odeur répugnante. Ça devenait infect. 26ème jour Dès l’aurore tous se faisaient porter dehors car on ne pouvait résister dedans. Et là nous attendîmes les événements. Entre temps nous eûmes la visite du curé qui nous dit qu’il ferait parvenir toute missive confiée à lui. C’est ainsi que de mon mieux j’écrivis une lettre à ma femme pour lui dire ma situation. Ce qui nous donna un peu de courage. Et de là nous eûmes la visite de ses bons consolants et dévoués (sic) pour nous, et nous eûmes un peu plus à manger que la veille. On se trouvait un tout petit peu mieux. Je me fis un peu plus de litière pour dormir un peu et nous passâmes la nuit plus tranquillement que la veille. A part le bruit des voitures et de l’artillerie qui ne cessaient de passer depuis le jour du combat, jour et nuit. Mais on s’endormait malgré le bruit sourd des voitures roulant à toute allure vers la France. 27ème jour Après avoir passé une nuit meilleure que les précédentes nous eûmes un peu plus à manger. On nous cuit du riz à timballée et l’on mangeait avec appétit malgré le goût de brûlé, on mangeait avec faim. Moi à ma part je mangeai une gratte noire comme du charbon mais c’était bon tout de même. C’était à qui en aurait, rien ne fut perdu. On avait le dedans de la bouche noir et la salive couleur de nicotine. Enfin, à la fin de la journée nous eûmes à peu près notre content et on nous ordonna d’aller sur le gazon, à cent mètres de là. On se traînait tous, pas un seul ne pouvait marcher sans béquilles. On nous comptait et nous restions à trois cents sur sept cents, les autres étaient évacués, ce qui nous permettait d’être un peu mieux. 28-29-30-31ème jour Après avoir sommeillé un peu, on se mit à peler des pommes de terre. Chacun mettait du sien, car la faim fait tout faire et donne du courage quand il n’y a plus qu’à travailler pour manger notre content. Pas d’un mets délicat, car il fallait avoir faim pour manger ça. L’agoûtage ne se connaissait pas. Mais malgré tout on était heureux d’avoir le ventre plein. Dans la journée, il y eut plusieurs expéditions d’hommes, mais les voitures étaient vite comblées et il en restait toujours. Il ne devait point en rester le soir, mais la journée fut trop courte pour porter tout le monde à la gare. L’on vit un autobus militaire subitement s’arrêter, c’était pour en emporter encore vingt. Je montîmes (sic) avec l’aide des infirmiers et en route pour la gare de Marberau ( ?). Arrivés là on nous offrit une légère tartine de pain noir. Personne n’y faisait la grimace car on n’en avait pas mangé depuis le 20 et on le trouvait bon. Là je dûmes monter dans le chemin de fer et en route pour le pays inconnu. Il était neuf heures du soir quand nous partîmes de la gare, allongés comme des bestiaux dans les wagons et gardés par des sentinelles baïonnettes au canon, sans pouvoir mettre son nez à la porte, car ils n’étaient pas commodes. Et encore il fallait leur faire place et on ne pouvait pas se remuer. Ce fut une nuit passée mal à son aise. Quand arriva la pointe du jour on changea de sentinelle. Nous étions non loin de l’Alsace et on nous offrit comme déjeuner une tartine de pain avec du pâté par la Croix Rouge. On nous fit une mine charmante, on se serait cru en France, si ce n’est le langage. Mais parmi eux on rencontra des Alsaciens qui parlaient français et allemand et nous faisaient mieux que pour eux. On débarqua ceux qui ne pouvaient supporter de voyager plus longtemps.
Après deux heures le train se remit en route en suivant le Rhin et une belle vallée de vignes verdoyantes. A vingt kilomètres heure, le voyage fut long, la vitesse manquait surtout dans la nuit en partant de Marberau (Luxembourg-belge). Parmi les coups d’œil qu’on donnait dans l’entre-baillement de la porte on remarquait des beaux paysages et partout des drapeaux flottants et une nuée de gamins se faisaient voir dans les gares en nous montrant le poing. C’était dur pour nous d’entendre des cris féroces de vengeances envers des blessés. Sans doute ils ne pensaient pas aux leurs et pourtant ils en avaient. Ce fut toute la journée qu’on remarqua une chose semblable, par une chaleur étouffante, enfermés dans ces wagons comme de vrais bandits. Il fallait endurer. A la fin de la journée on nous servit une tasse de café, bien heureux d’en avoir, car on avait de la fièvre et l’on avait soif. Puis on débarqua à nouveau ceux qui ne pouvaient aller plus loin. Malheureusement pour eux car ils étaient vraiment bien malades. On en débarqua un de dans notre wagon qui certainement n’est plus aujourd’hui. Ce qui nous donna un peu de place pour passer la nuit un peu moins serrés, mais il fallait dormir à même le plancher. Mais enfin rien à dire, il fallait attendre. Après une heure d’arrêt nous partîmes pour toute la nuit à la même allure. On aurait voulu du 60 kilomètres à l’heure, car la fatigue se faisait sentir.
Je m’endormis pour une partie de la nuit ne songeant à rien qu’à ma femme que je voyais d’heure en heure s’éloigner et par intervalle aux camarades laissés sur le terrain. Enfin après un roulement continu, la pointe du jour vint, le train stoppa une heure et l’on nous donna un peu de café et une tartine qu’on mangea de bon cœur.
Puis on se remit en route, traversant gares et villages où on hurlait à notre passage. Sur les hauteurs dominant la voie, on voyait une foule immense de gens les uns nous montrant le poing, les autres des bâtons. C’était pitoyable de voir ces hurlements de gens fous. On aurait dit des rassemblements exprès pour notre passage.
Il était trois heures d’après midi, nous descendîmes pour prendre un casse croûte sous des tentes aménagées spécialement pour les blessés. On nous donna du café, du pain et du pâté et les dévoués de la Croix Rouge faisaient manger ceux qui ne pouvaient s’aider de leurs mains, et portaient et rapportaient ceux qui ne pouvaient marcher. Après deux heures d’arrêt nous continuâmes la route pour encore presque toute la nuit.Après avoir traversé toute la Prusse on nous débarqua comme des sacs de moules et on nous déposa sur le terrain de la gare. Il était une heure du matin et la brise était froide. Nous dûmes attendre que l’on vienne nous chercher à bras. Les uns les autres sur des camions à deux roulés par des (boches) (sic), devenus nos camarades. Là ils comprirent qu’il fallait donner la main comme pour les leurs. Les officiers y veillaient. C’était à celui qui rendrait le plus service, c’était pour nous des frères. Après avoir fait un kilomètre avec l’aide de deux casques à pointe, ils me mirent sur une paillasse dans une écurie aménagée et là on se retrouva tous ensemble, de tous les régiments, mais sans pouvoir marcher.
Il y eut tout de suite un service d’ordre et l’on nous aidait à tout ce qui pouvait nous être utile pour passer le reste de la nuit. Heureux de se retrouver sur une paillasse après avoir passé trois nuits sur la planche et secoués comme des briques on poussa un somme. Malgré les souffrances la fatigue faisait fermer les yeux et le silence nous permettait de reposer.
1er Septembre
Après avoir sommeillé un bon somme, on se mit à lever le nez autour de soi et chacun se donnait un petit renseignement et se demandait d’où il était et d’où il provenait. Je me trouvai près d’un nommé Guillou de Fierville), du 1er Colonial aussi, et de la même Compagnie que moi. Nous nous rapprochâmes et l’on prêta la main ensemble ce qui nous permit de nous désennuyer un peu. Nous avions comme valets de chambre de vieux territoriaux vacants qui s’étaient laissés prendre par les allemands sur la frontière belge. Ils étaient à notre service et on les commandait comme des serviteurs ; et eux tout heureux de nous rendre service ils se mettaient à notre disposition. Rien ne manquait à ce qu’ils pouvaient nous faire, mais tout au long de la journée, il se débarqua des blessés et le service devint de plus en plus difficile à faire. Et ce fut pour quelques jours la misère à nouveau, car le manger n’était point régulier et puis le nombre des hommes doublait tous les jours. Si bien qu’en 8 jours nous fûmes cinq mille. Ce fut un travail pour les majors et les infirmiers car l’ouvrage pour eux abondait. Heureusement le temps permettait de faire infirmerie dehors et les majors allemands, français et belges déployaient leur courage et leur dévouement. La journée se passa encore assez vite et l’ennui ne se fit pas sentir. Mais ça faisait dur pour de malheureux blessés ne pouvant marcherd’être gardés baïonnette au canon nuit et jour.
Du 1er au 30 septembre
Par de beaux jours d’automne, nous nous roulâmes avec un soleil tropical, sur le sable qui nous servait de gazon.. Malheureusement il nous manquait bien des choses, car on ne possédait rien. On était venus bras pendants, ne possédant même pas une cuillère pour manger. Il fallut acheter une cuillère qu’on nous vendait le triple et le double dans une cantine improvisée. On y vendait un peu de tout mais à un prix fou, et encore pas moyen d’y aller nous-mêmes faute de savoir marcher. On était volé deux fois car on retenait pour le change et les commissionnaires faisaient aussi leur boni, c’était stupide. Cela dura trois semaines car aussi tôt que j’eus deux béquilles je fis mes commissions moi même et je me trottai tant bien que mal à prendre l’air.
Je fus[1] contempler les paysans qui faisaient le tour du camp et qui nous riaient au nez. Puis nous eûmes à remarquer[2] la construction de baraques qui en quelques jours furent sur pied. En trois mois de temps on a vu faire cent baraques confortablement aménagées, pouvant loger trois cents poilus sur paillasse par terre et en plus tous les bâtiments d’accession, donnant aujourd’hui un coup d’œil d’une petite ville.
Entre temps je me faisais soigner mon pied et ce fut au bout de trois semaines qu’on me retira la balle qui m’empêchait de dormir. Ce fut une journée de soulagement pour moi. Mais entre deux j’avais des cafards terribles. Et quoi faire pour les passer ? pas moyen d’écrire, tout pour nous ennuyer . Il fallut du courage pour supporter avec patience tous ces petits ennuis. Entre temps il arrivait des blessés, des prisonniers de toutes sortes de régiments, ce qui nous donnait quelques nouvelles.
C’est de là que je vis des soldats du 36ème de ligne et que je m’informai des frangins. Mais personne ne savait ce qu’ils étaient devenus. A maintes reprises je fis des promenades pour trouver quelques copains nouveaux. C’est là que
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24.04.2007
Pié de palo
dit Jambe de bois de Réville
François Le Clerc fut la plus grande gloire maritime de notre commune. Cinquante ans après Christophe Colomb, en plein XVI° siècle, François Le Clerc naviguait sur l’Atlantique, des Canaries au Brésil, des Caraïbes à la Floride. Sous François 1er et Henri II il fut pour le royaume de France un des plus grands défenseurs de l’influence maritime française, contre les Espagnols et contre les Portugais qui dominaient les mers à cette époque.
On ignore sa date de naissance exacte (1510-1515 ?) et on peut supposer qu’il a vu le jour au Mont es Clercs (le Mont Eclair de certaines cartes). Il nous a laissé La Crasvillerie , un des plus beaux manoirs du Val de Saire. Grâce au Journal de Gilles de Gouberville dont il fut le contemporain et l’ami, on a quelques notations sur sa vie au Val de Saire. Mais c’est surtout par les archives espagnoles et portugaises qu’on connaît ses faits d’armes. A cette époque la concurrence était rude pour le commerce des épices des Indes orientales et de l’or d’Amérique. Les conflits se résolvaient dans une extraordinaire et cruelle violence. La capture et le piratage des navires étaient la règle.
Il faut rappeler qu’en 1550, les marins normands étaient au cœur de l’épopée maritime. A Dieppe, Jean Ango un riche et flamboyant armateur finançait des armadas de navires armés au commerce et à la guerre. Il recrutait des capitaines audacieux et il entretenait à grands frais des cartographes et des pilotes disputés aux Portugais. Ces traversées exigeaient une science nautique que seuls possédaient quelques navigateurs passionnés et instruits. André Thévet (1503-1592) historiographe du roi Henri II et un des grands géographes de l’époque rappelle qu’il a navigué avec F. Le Clerc dont il dit qu’il « qu’il est homme vaillant et accort en la marine ».
Avec Thévet, notre cappitaine était forcément au courant des derniers acquis de la science cartographique et nautique. Il était d’ailleurs officier royal ayant la charge des défenses côtières du Val de Saire et en particulier de Tatihou. Mais il avait également le commandement d’un ou plusieurs navires dont la Fécampoise avec lequel il participa à la prise de Serq en 1549.
C’est en 1551 qu’il est anobli par Henri II. Celui-ci le remercie dans une lettre royale, notant au passage qu’il est « toujours des premiers à l’abordage, [.et..] grandement mutilé de ses membres et un de ses bras fortement endommagé ». A partir de cette date, François Le Clerc marche avec un pilon et sera connu comme Jambe de Bois. En 1552 il est à Madère, en 1553 aux Antilles et aux Canaries, à la tête d’une flottille de six vaisseaux en compagnie de deux lieutenants, Robert Blondel et Jacques de Sores, lequel 15 ans plus tard, se retrouva vice amiral de la flotte de Guyenne (Atlantique) et un des principaux lieutenants de Coligny.
Gaspard de Coligny avait été élevé au grade d’Amiral de France par Henri II et commandait la marine sur les côtes de la Manche. Il fut comme on le sait, un des chefs les plus influents de la Réforme. Il ne faut donc pas s’étonner que ses principaux lieutenants aient été d’ardents calvinistes. Le 29 mars 1555 François Le Clerc reçoit l’Amiral dans son manoir de la Crasvillerie à Réville, au cours d’une inspection des défenses de la côte.
Comme beaucoup de « cappitaines » de la marine, Le Clerc s’engagea quelques années plus tard dans la querelle entre ligueurs catholiques et protestants, qui connut des événements dramatiques dans notre région. Les gains fabuleux des pillages dans les Caraïbes ou des captures de galions espagnols, flamands et portugais servirent certainement à financer les armées protestantes.
Les conflits religieux vont accaparer les dernières années du Cappitaine, en 1562, il renforce les rangs protestants au cours du siège du Château de Valognes, confisquant à leur profit l’artillerie de Tatihou. Mais il va plus loin : une année plus tard, il « collabore » avec les anglais qui occupaient Le Havre. A la tête de sept cents hommes et d’une douzaine de navires il va mener la lutte contre le roi « très catholique » d’Espagne Philippe II, et contre la marine bretonne. Il trouvera la mort dans des circonstances non élucidées au mois d’août 1563.
François Le Clerc était un homme hors du commun, menant sa vie loin des cours princières et des honneurs. Il demeura toute sa vie simple et généreux. Il était très pieux comme l’étaient les gens de cette époque. Malgré tous ses mérites et toutes les batailles qu’il a livrées il est vite tombé dans l’oubli à cause de son appartenance à l’Eglise Réformée. Ces querelles oubliées, nous pouvons être fiers aujourd’hui de compter dans notre passé un tel marin connu et cité dans tous les ouvrages se rapportant à l’histoire maritime de la Renaissance. Et si nous les Révillais, on se cotisait pour lui offrir une plaque rappelant son souvenir ?
Daniel Dubost
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Des ancêtres barbares à Réville
Elles durèrent sept ans et mirent à jour plus de cent cinquante sépultures avec des épées, des haches, des couteaux, des boucles de ceinture, des fibules, des bijoux, des pièces de monnaie, de rares poteries, toute une collection d’objets et de squelettes remontant au VI° et au VII° siècle. En ce temps là, Clovis est déjà mort et enterré (511) et une période troublée commence avec Childebert, Clotaire (558) et Chilpéric. En 613, Clotaire II devient le seul roi des Francs, puis son fils Dagobert lui succède et meurt en 639. C’était au temps des Mérovingiens, mais bien loin du pouvoir central et bien avant les premières incursions normandes, qui commenceront seulement en 836. Ce site est qualifié par J.A. Quellien* de plus important du Cotentin pour cette époque.
Il fallut beaucoup de patience et de méthode aux archéologues pour reconnaître dans l’enchevêtrement des tombes enfouies dans la dune, deux cimetières superposés. Le plus ancien date de 550-600 et comporte beaucoup d’incinérations partielles ou totales, alors que le plus récent n’aurait été utilisé qu’après 600, tout au cours du VII° siècle. Les incinérations sont alors remplacées par des inhumations, avec de nombreux dépôts votifs de coquillages marins (huîtres, bigorneaux, porcelaines) et terrestres ( escargots). Ces cimetières prouvent qu’à cette époque un village existait sur un site proche, probablement installé sur les bords du ruisseau (le no actuel) et en arrière de la plage de La Loge. Il était habité par des gens venus par la mer, d’origine germanique et entretenant des rapports culturels et commerciaux avec d’autres peuples des côtes de la Manche, de la mer du Nord et peut-être même de la Baltique. Sur le tard, des influences occidentales sont devenues perceptibles, en provenance de Bretagne et d’Irlande. Cette évolution serait l’indice de nouveaux arrivés et/ou l’instauration de nouvelles alliances assorties de nouveaux échanges.
Ce village a du être abandonné vers le milieu du VII° siècle, peut-être en raison de sa position trop littorale et menacée par la mer, peut-être aussi à cause de la christianisation qui aurait été à l’origine de la désaffection du site. A Gatteville, un cimetière identique a servi pour la construction de la Chapelle des Marins dont les fondations recoupent les tombes barbares, montrant bien que l’évangélisation fut postérieure à ces types de sépultures. Il faut rappeler que Saint Lô (525-565) le plus connu des évêques de Coutances et Briovère, fut impuissant à convertir le Cotentin. Il a surtout résidé à Briovère (l’actuel StLô). Il a fallu attendre la fin du VII° ou même le début du VIII° pour que des paroisses soient partout établies dans notre région.
Frédéric Scuvée qui a décrit en détail ses fouilles et ses observations dans un livre épais** note que « Le cimetière de Réville n’a été fouillé que partiellement ; nous sommes certains que plusieurs dizaines de tombes sont encore cachées sous les dunes…. Nous nous permettons de suggérer un classement provisoire de la zone non fouillée afin d’éviter des travaux ou constructions intempestifs dans le futur » Comme souvent, cet archéologue n’a pas été entendu. Pour l’instant les caravanes et les mobile homes ne semblent pas redouter les plaintes d’outre tombe de nos ancêtres barbares.
Daniel Dubost * QUELLIEN J.A. 1983. Histoire des populations du Cotentin, 197 p., éditions Montfort à Brionne. **SCUVEE F., 1973. Le cimetière barbare de Réville (Manche), 205 p., 57 fig. dans le texte, 154 photos, 8 plans sous pochette. Caen, 1973
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On naît toujours quelquepart
Quand on changeait de contrée c’était une autre histoire. Un événement Un vrai voyage. On ne partait jamais seul. On avait laissé les jours d’avant se reposer la haquenée blanche, qui marchait l’amble. On préparait l’itinéraire pour passer au bon moment le gué des Veys et faire halte à l’hostellerie pour la repue des hommes et des chevaux.. Gilles se rendait à Russy en Bessin visiter son oncle à héritage le vieux et riche curé, ou à Caen consulter les hommes de loi, ou à Rouen soigner sa vérole. Changement de pays, changement d’habitudes, de nourriture, de paysages. Un changement de pays , c’était un grand voyage. Les pays existaient pour la simple raison qu’ils portaient un nom, comme une ville ou un fleuve. Aujourd’hui on voyage tout autant, mais presque toujours de ville en ville, ou plutôt de zone urbaine à zone urbaine. On voyage beaucoup de gare en gare, ces tristes bâtisses qu’on dirait aujourd’hui abandonnées et qui se ressemblent toutes. Alors on glisse sa carte bleue dans la billetterie automatique de la gare de Valognes et on s’endort en traversant les marais de Carentan. Les plus téméraires s’installent au volant de leur cheval de fer. Seul souci : emprunter l’itinéraire le plus rapide et éviter les bouchons. Les moins conditionnés essaient de ne pas voir les panneaux publicitaires et les temples déprimants de la consommation que sont les hypermarchés, nouvelles cathédrales trônant au centre d’ échangeurs et de parkings terrifiants. Le pays de nos ancêtres aurait-il disparu sous les voies ferrées, les autoroutes et les lignes à haute tension ? De San Francisco à Tokyo ou Francfort c’est le même décor ou presque. Avec le cinéma et la télévision on n’a même plus de sentiment d’étrangeté en guettant des images de l’autre bout du monde. Si vous en avez le loisir et si vous êtes fatigué de ce monde si monotone et si peu humain vous pouvez choisir de rester chez vous, mais alors c’est le monde qui vient à vous et vous submerge par ses étranges lucarnes, ses téléphones portables et les électrons voyageurs d’Internet... . Et pourtant... On peut être citoyen du monde et se sentir un misérable et microscopique grain de poussière sur notre planète. Il faut alors se pelotonner dans sa niche écologique. Tous les êtres vivants ont leur niche, leur terreau. Beaucoup n’en peuvent sortir sous peine de mort. Nous en faisons le pari : plus la mondialisation banalise le monde, plus le retour aux relations humaines de proximité se fera sentir. Le Web n’offre qu’un monde virtuel . Nous avons besoin du regard des autres, de leurs rires et de leurs chants, nous avons besoin des herbes et des oiseaux petits ou grands, nous avons besoin d’un horizon familier, de la terre et de la mer. Tout cela nous ne le trouvons qu’au Pays qui est la niche des hommes quand ils y sont nés, et on naît toujours quelque part dit la chanson, mais aussi de tous ceux qui auraient aimé y naître et qui voudraient bien y mourir.
Savoir reconnaître ce pays est un long travail : travail de géographe, de naturaliste, de sociologue pour les gens de science. Travail de sensibilité pour les poètes. Travail d’économie pour les entrepreneurs. Travail de poignées de main pour les politiciens. Travail de curiosité pour les touristes. Travail d’amour pour les passionnés. Le travail du cœur c’est pour tous et ça ne trompe pas. A ces aunes là on voudrait s’essayer à dire le Val de Saire. Le pays c’est de Bretteville à la Sinope, du Rabey à Gatteville, de Quettehou à Saint Pierre, en passant par St Vaast, Réville,Barfleur et Fermanville. C’est la mer et la terre, c’est la rivière de Saire et Gattemare, la baie somptueuse de Tatihou et la Hougue avec ses tours qui se répondent comme des points d’orgue, la pointe de Barfleur avec son beffroi St Nicolas comme une offrande indestructible, le raz de Gatteville et son feu en vigie. On ne finirait pas de camper le décor panoramique vu de la Pernelle, d’égrener les richesses, le manoir d’ici, le château de là, les pierres levées, les fontaines à guérir, les iris dans les prés, les choux marins, les Tadornes de Belon...On parlera de tout ça. Mais notre pays c’est encore bien plus ; les bateaux de StVast, matelots brûle- vent, capitaines intrépides et courageux armateurs ; les harnoys maraîchers de 150 Chevaux Vapeur, avec leurs belles paysannes et leurs rudes gaillards ; les huîtres de la Hougue, les tourteaux de Cosqueville, le persil de Montfarville, les carottes de Jonville ; Barfleur et sa banque, Réville et ses médecins, Saint Pierre et son horloger, Le Vast et son pain ; des entrepreneurs, des mécaniciens,des boulangers, pâtissiers, charcutiers, bouchers, épiciers, merciers, bonnetiers, quincailliers, médecins, dentistes, vétérinaires, cyclistes, sportifs, chiens et chats, anglais, horzains tentés par le charme d’ici. C’est notre pays. On peut y vivre sans en sortir pour ainsi dire. Alors il faut penser aux églises, aux mairies, aux écoles, à la D1, à la D128 et aux cimetières, aux souvenirs effacés, aux amours mortes. On parlera aussi de ça !. Notre pays c’est du granite, des plages, des prairies, des champs cultivés, des hameaux et des gens qui vivent là. Ces gens ont forcément plus de liens entre eux qu’ils n’en ont avec ceux des autres pays. Ils n’échangent pas seulement des nouvelles des morts et des vivants, ils échangent des biens et des services, des projets et des valeurs. J’aime les villages qui affichent à l’entrée pour les autos trop pressées : Pensez à nos enfants ! Les valeurs partagées sont le vrai capital d’un pays, du pays ou on vit. Un pays c’est la première collectivité après la famille petite ou grande. Les enfants du pays ce sont nos enfants, il faut leur apprendre la curiosité, la tolérance, le respect des autres, le sens de la beauté, les mystères merveilleux de la nature. Mieux que leurs aînés, il leur faut connaître leur histoire, la guerre et la paix, et surtout moins que les armes, les arts et les lettres. Angélisme ? paroles de pédagogue incorrigible ? Nous avons besoin d’utopie, en particulier celle du progrès humain, du développement humain comme on dit dans la politique mondiale. Nous essaierons d’expliquer cela. Du temps de Gilles notre sire emblématique, notre Pays était souvent menacé par nos cousins anglais, les Godons. Mais enfin c’est Guillaume le Conquérant qui semé le vent et à cette époque on a récolté beaucoup de furieuses tempêtes allant de batailles en batailles, détruisant nos maisons et nos fortifications médiévales, à Cherbourg et à Barfleur. Sans compter les ravages locaux des guerres de religion . L’histoire contemporaine nous a été beaucoup plus douce, c’est la raison pour laquelle on a conservé des belles demeures et des vieilles églises.
Miraculeusement échappé aux bombardements intensifs de la dernière guerre, épargné par les grandes industries lourdes et les excès de l’urbanisation, notre pays présente aujourd’hui un visage apaisé que beaucoup de gens nous envient. Nous sommes mêmes les premiers en Europe à tenter de réparer les atteintes plus sournoises de l’agriculture intensive. Le Val de Saire est notre capital collectif, et notre Blog sera sa défense et son illustration pour le faire grandir et fructifier. Beau programme, non ? Pas de progrès sans richesses spirituelles mais aussi sans biens matériels. Ces biens viennent de la production agricole, marine et artisanale bien sûr mais aussi du commerce, des échanges et de l’aménagement de l’espace. Aujourd’hui la qualité de la vie est la première richesse qu’une collectivité peut partager , effaçant ainsi pour une bonne part les inégalités sociales. Les réseaux, routes, électricité, eau potable, le ramassaqg des déchets sont des richesses partagées, mais aussi les plages, les campings, les stades et les monuments. Ce sont nos biens, il faut les protéger, les améliorer. La politique s’en mêle bien sûr et donc nous dirons notre mot la dessus, sans fiel mais avec indépendance et liberté. Avec liberté et lucidité dans le respect absolu des gens. Vive la politique d’ambition collective. Ami lecteur, cd blog c’est le nôtre, c’est un lien entre nous. Ce lien ne peut réussir qu’avec ton adhésion et ta participation active. Ecris nous, un poème, un dessin, un portrait, un mot qui t’intéresse, un arbre, une colère, une passion, un fou-rire, une beauté, une angoisse, un amour. Ce sera notre moelle, ce sera le rire de la terre et de la mer, ce sera notre vie qui nulle part ne devrait être plus douce qu’au Val de Saire.
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