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20/12/2014

Deux demoiselles

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Deux fillettes bretonnes de Paul Gauguin

 

Deux oiselles

Deux hirondelles,

Deux demoiselles !

Des étincelles !

Jouent de la musique sur les fils de ma vie.

Leurs rires sont perchés hauts dans les forêts des cimes et le ciel tutélaire veille à leur portée ininterrompue pour que rien ne s’oppose, ni orage ni tremblement. Je suis toujours le vieil homme penché vers l’avant, soucieux que se succèdent les chemins sucrés des vallées heureuses. Deux oiselles, deux hirondelles, vont à tire d’aile dans mes hêtraies flétries et clairsemées de mélancoliques folies. Le printemps refleurira là,  exactement où pépient mes donzelles avec leurs facéties et leurs tours de magie.

Les deux demoiselles escaladent le bonheur de mes nuits à tire d’aile avec des espérances toujours nouvelles. Je vois partout pour elles des Rousseau et des Gauguin, des navires en fuite, ployant leurs voiles dans les tourmentes tropicales, des plages dorées aux flexibles cocotiers, des îles enchantées aux lagons tranquilles, peints à dessein, des beaux sauvages pensifs qui s’inclinent devant elles et puis en scrutant les horizons de terres inconnues font un geste de la main.

Ces deux oiselles sont ma dernière énergie, le bouquet d’étincelles de ma dernière vie. Je ne dirai jamais assez que le grand départ n’est qu’un jeu dans la forêt de vie qui féconde ma terre appauvrie, ma maison qui se vide, mon esprit qui s’alourdit chaque nuit. Qu’elles se disent bien mes petites demoiselles, quand elles feront à leur tour des petits,  qu’un vieil homme avait pensé à tout ce futur monde et déjà rêvé leur propre vie.

Plus tard, elles iront dans les vieux jardins et chercheront des inscriptions effacées,  dans des restes de bibliothèques,  des bribes de mémoire, des lambeaux de textes désuets et énigmatiques, des photos jaunies et, diront mes hirondelles,  je crois bien me souvenir que cet homme si vieux était le grand père de mes soucis.

 

13/12/2014

Que leur faut-il encore ?

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La jungle selon le bon Henri, douanier

 

 

La nouvelle est à peine connue qu’on cherche déjà la petite bête dans la libération de Lazarevic. Et si Hollande n’y était pour rien ? Et s’il avait vendu son âme (et pas seulement) au Diable ? Et s’il était en train de mentir ? Bien sûr on suppose seulement, mais supposer c’est déjà accréditer l’idée. Comment voulez-vous croire ce Président déguisé en apparatchik avec chapka et pelisse ?  Il nous a déjà fait le coup du ridicule en prononçant un discours sous la pluie à l’île de Sein ! D’ailleurs Sarkozy lui-même trouve notre Président ridicule ! Ce Sarko qui marche en canard dans le couloir de l’UMP d’où il raccompagne ses visiteurs en leur palpant les bras et les épaules, en connaît un rayon ! Pour le ridicule Sarko est un spécialiste !

Hollande s’est trompé sur le retournement de la conjoncture économique en 2013. Il a été contraint de se plier à la rigueur budgétaire alors que la croissance était en panne. Il le fallait sous peine de se retrouver avec des intérêts sur la dette tellement élevés que nous aurions risqué la banqueroute, d’ailleurs annoncée comme certaine par les économistes libéraux en 2012. Avec des socialistes rien de bon ne pouvait arriver. Hollande a donc évité le pire en osant des impôts très lourds. Personne ne lui reconnait le mérite d’avoir évité la banqueroute mais tous l’accablent du matraquage fiscal !

La rigueur budgétaire a donc gelé la croissance. L’Allemagne aujourd’hui s’en aperçoit. La BCE aussi qui prévoit de mettre de l’argent frais en circulation. Toutes choses que réclamait Hollande en 2012 et qui ne furent pas acceptées. Est-ce que des gouvernements de droite, Merkel en tête, peuvent écouter des gouvernements de gauche ? Nos capitalistes rentiers allemands avec leur morgue toute germanique, n’en avaient aucune envie. Les choses viennent tout juste de changer, avec à la clef une bonne nouvelle espérée, la baisse de l’euro qui devrait faciliter nos exportations.

Mais ce n'est pas tout. La surabondance des liquidités et la maîtrise des dettes publiques nous maintiennent des taux d’intérêts historiquement faibles ! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, le ralentissement de la demande dans le monde accompagnée de la production accrue du pétrole de schiste aux  USA provoque une baisse substantielle du baril de 30 à 40%. Incroyable ! Imprévu ! Cela devrait soulager le déficit de notre commerce extérieur et le portefeuille du tout venant . En tout cas cela rend obsolète la polémique sur l’exploitation des gaz de schistes en France devenus en effet non compétitifs.

Sur ces bonnes nouvelles, les entreprises françaises vont bénéficier à plein en janvier 2015 de la réduction des charges sur les bas salaires et peut-être aussi pourront-elles profiter des effets de la loi Macron sur la modernisation des professions protégées, sur l’assouplissement du travail le dimanche et de la réglementation du transport par autobus et diverses autres petites mesures qui pourraient enfin décider les gens à reprendre confiance et à se lancer dans les affaires. Ajoutons enfin que la suppression de la première tranche d’impôts sur le revenu devrait redonner du pouvoir d’achat aux gens modestes en contribuant à la réduction des inégalités. Ainsi donc, si on regarde les choses avec sang-froid, il se pourrait que 2015 soit enfin l’année du retournement tant attendu !

Cela explique peut-être que Gattaz met les bouchées doubles pour avancer ses réclamations. Il doit savoir que son chantage au chômage va peut-être perdre de l'acuité, voire de la pertinence. On pourrait peut-être en dire autant pour les différents corporatismes qui se manifestent. Les routiers vont être peu crédibles en pleine baisse du gaz-oil.

C’est à ce point de mon raisonnement que je me tourne vers les frondeurs, l’aile gauche des socialistes. Ils sont les premiers à accuser le gouvernement d’être le responsable des pertes aux élections par une politique trop à droite. Seulement camarades voyez les insuccès électoraux de Mélanchon ou de Duflot. La politique de gauche-gauche est loin de triompher dans les urnes. La seule condition qui nous fera reconquérir le cœur des Français c’est le recul du chômage, car celui-ci est la vraie cause de l’appauvrissement des gens et la vraie source des inégalités. Alors s’il vous plaît, avant de vous faire remarquer dans telle ou telle motion de congrès, vous feriez mieux de reprendre votre bâton d’espérance camarades et d’expliquer, expliquer aux  gens que pour distribuer des parts de gâteau, il faut d’abord le produire !

On ne peut pas compter sur la droite pour nous aider à réformer et à redémarrer la croissance, c’est le jeu politique.  Je trouve en revanche bien malvenu que des  députés de notre parti critiquent et notre Président et notre Gouvernement. Comme socialistes, ils ont été élus par tous les sympathisants, y compris les sociaux-démocrates hollandistes, et pas seulement par une fumeuse nébuleuse de « vraie gauche » qui électoralement paraît bien absente aujourd’hui, comme l’indiquent les dernières législatives partielles à Troyes !

Moi je vous le dis, Hollande sera réélu en 2017 et ceux qui lui auront savonné la planche dans le Parti devraient songer à leur reconversion politique : il y a de la place au Front de Gauche !

06/12/2014

Lettre au Père Noël

 

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Les grands-pères ont ça de bon, c’est qu’ils adorent donner le bon exemple à leurs petits-enfants, alors moi aussi j’ai écrit au père Noël pour qu’il me fasse des cadeaux.

Il faut dire qu’à mon âge on n’a plus besoin de grand-chose, ce qui compte c’est surtout de voir les gens heureux autour de soi C’est la raison pour laquelle je suggère au vénérable bonhomme de m’apporter des cadeaux que je destine aux gens des alentours.  Ce sont malgré tout des vrais cadeaux susceptibles de me procurer  un plaisir intense et qui m’aideraient à passer l’hiver en paix.

« Cher père Noël,

« Les cadeaux que je désire ne te coûteront pas un sou : juste une minute de ton attention. Si tu ne peux pas me les apporter tous, prend les dans l’ordre de ma liste. Les premiers sont les plus importants et ainsi de suite.

1-    Envoie s’il-te-plaît un bouton sur le nez de Trierweiler pour l’empêcher de se montrer à la télé. Un bouton bien laid et bien vulgaire à l’image de sa désastreuse petite personne. Tu peux aussi lui suggérer de s’enrôler dans D.A.E.S.C.H pour faire kamikaze dans son ex- chambre à coucher de l’Elysée

2-    Pour le punir de son incroyable audace faites que les juges condamnent Nicolas Sarkozy à cinq ans de rééducation civique, culturelle et morale dans un centre spécialisé pour ex-présidents, si possible en Guinée équatoriale en pleine zone d’épidémie d’ Ebola . Il faut lui réserver un marigot où se bat depuis toujours un troupeau d’alligators hargneux et vindicatifs où seuls subsistent les plus grands et les plus  forts.

3-    Faites construire, s’il vous plaît Père Noël, une datcha en Sibérie pour Madame Marine, avec les sous que vous prendrez à son papa. Invitez Poutine et tous ceux qui pensent comme ces deux-là,  entourez un bon morceau de taïga avec des fils barbelés pour qu'ils soient bien chez eux et empêchez-les d’en sortir. Donnez-leur des armes à volonté, des fauves et du poison. Vous me direz merci, Père Noël parce qu’au réveillon 2015, tout ira beaucoup mieux.

4-    Invitez Mamère, Duflot, et Bové dans les mines de sel de Taoudéni au Sahara, au milieu de nulle part, avec une harde  de zadistes. Ils seront très heureux de vivre dans les ergs et les regs, sans pollution, sans agriculture, sans diesels, sans barrages, ni routes, ni électricité, avec juste quelques chèvres pour Bové, des chameaux (pour Duflot) et un vieux poste de télé cassé pour Mamère qui ne peut pas s’en passer.

5-    Réduisez au silence les chaînes d’information continue avec de l’eczéma sur le nez de Ruth Elkrief et un enrouement chronique d’Apolline de Malherbe.

6-    Redressez le dos de Gattaz, donnez-lui figure humaine. Faites qu’il cesse de prendre les autres pour des idiots et qu’il se rende compte qu’il n’est pas le patron de tout et de tous. Donnez-lui bonne mine au lieu de l’air d’un Pinocchio dont le nez s’allonge chaque fois qu’il prend la parole

7-    Pour le septième jour de la semaine et seulement si vous avez encore du temps, conduisez Mélanchon à Charenton et Hollande au Panthéon !

Tu vois vénéré vieillard,  que mes souhaits ne coûtent rien, juste un peu d’accointance divine, mais on m’a dit que de ce côté tu avais encore l’oreille du Père. A ce propos, dis-lui aussi deux mots sur les mabouls du Moyen Orient, ces sauvages du sabre et du lance-roquettes, sinistres barbares, sans oublier les sionistes inconditionnels qui voient partout la terre de leurs ancêtres et qui s’autorisent sans blêmir, le châtiment divin !

 Il faudrait si peu de choses pour dormir en paix après avoir secouru ceux qui ont faim et ceux qui ont soif et ouvert toutes grandes les écoles aux petits enfants qui rêvent, comme moi, du Père Noël et des Belles au bois dormant ! Merci de m’avoir écouté j’ai conscience que je n’aurai pas tout, mais le dixième serait déjà beaucoup."

25/11/2014

Ces émotions qui nous gouvernent

 

fraisse,trierweiler,florange

Picasso- Acrobate à la boule

 

Le hasard de mes nuits au sommeil instable a voulu que je me trouve mêlé, par radio interposée, à une conversation avec un savant physicien, (A. Aspect, France Culture),un spécialiste de la physique quantique et de la relativité, un émule d’Einstein, un de ceux qui ont fait fait progresser la science, un expérimentateur génial qui a démontré « l’intrication quantique ». Même si je n’étais pas en mesure de saisir toutes les nuances de sa pensée, j’en comprenais suffisamment pour admirer la rigueur du raisonnement et l’exactitude du propos. Il expliquait avec une grande simplicité comment en partant d’un objet réel, celui d’Aristote, on pouvait en analyser l’essence, à la manière de Pythagore, pour le mettre en équations.

La poursuite mathématique des déductions ultimes aboutit à des conclusions inattendues comme celle de la relativité et de l’inséparabilité des protons ou comme l’existence simultanée à deux endroits différents d’une même entité. Des choses qui dépassent l’entendement et qui dans un premier temps ne sont que des vérités abstraites, issues du raisonnement mathématique. C’est à ce stade qu’intervient notre génial physicien en entreprenant de démontrer par l’expérience, la réalité de ces abstractions. Il faut être suffisamment méticuleux disait-il pour bien mettre en scène les seuls facteurs concernés, à moins de risquer de prendre des vessies pour des lanternes. C’est à ce prix que la connaissance progresse.

On voit à quel point tout raisonnement doit être débarrassé de ses leurres et de ses analogies. On comprend pourquoi toute mise en œuvre doit être soumise aux meilleurs spécialistes du moment. On imagine sans peine que tout ce processus n’est pas le fait d’un seul homme mais celui de la bataille quotidienne d’un front de la recherche, avec ses avancées et ses reculs. Finalement on constate le plaisir passionnel de ces chercheurs qui repoussent les frontières de l’ignorance. Une démarche d’imagination et de déduction où seuls les faits avérés comptent dans leurs dimensions et leur puissance. Aucune place ne peut être laissée aux passions, aux impatiences, à la jalousie, à la  haine ou à la colère, sous peine de fourvoiement et d’échec. Bien sûr tous ces gens sont des hommes comme les autres sensibles aux émotions, mais ils savent qu’ils ont le devoir de les contrôler.

Face à cette finesse de la pensée scientifique et dans notre exemple elle est accompagnée de la délicatesse extrême de la physique expérimentale, on se surprend à regretter que les évènements politiques propagés par les médias ne bénéficient pas des mêmes soins. De ce côté-là on utilise des grosses ficelles qui nous renvoient dans la triste situation des gogos et des pantins manipulés. Nous ne sommes plus dans la mesure méticuleuse et la définition des paradigmes. Peu importe que les faits soient flous ou déformés pour les besoins de la cause. Peu importe qu’ils soient vérifiés et mesurés. L’essentiel est de nous entraîner  en chemise et la corde au cou dans le domaine des grosses émotions où plus rien ne compte que les scandales, les surprises, les luttes à mort et les bas instincts.

Il suffit de voir avec quelle surprenante audace les Verts traitent de la mort du jeune Thierry Fraisse, il suffit d’assister au déballage inconvenant d’une virago mal remise de ses ambitions amoureuses, il suffit d’entendre comment la droite  démagogue, Sarkozy en tête tape sur la gauche pour s’attirer les votes des militants extrémistes, il suffit d’observer la CGT à Florange reprocher au PS de ne pas avoir nationalisé les hauts-fourneaux, pour se convaincre que ces débats sont totalement faussés par la mauvaise foi et les postures idéologiques. Peu importent la réalité et la complexité des faits pourvu qu’on emporte l’adhésion dans l’instant.

Les hommes et les femmes sont ainsi faits qu’ils sont beaucoup plus sensibles à la compassion, la pitié, la colère, l’indignation (souvenons- nous du succès d’  « indignez-vous ») qu’aux dimensions abstraites des faits vérifiés, quantifiés, et reproductibles. La lecture des commentaires qui suivent chaque article du « Monde »,sur le site web des abonnés, nous en apprend beaucoup sur les coups de cœur, les emportements, les points sensibles des lecteurs : le gauchiste renverse les tables, toutes les tables, le communiste en revient toujours aux puissances d’argent, les socialistes vont toujours au secours des pauvres et les gens de droite prennent toujours les chômeurs pour des fainéants. Quelles que soient les circonstances !

Les démagogues de tout poil savent cela par cœur. Plus c’est gros, plus ça passe !  Les « chefs » préfèrent entretenir des guerres dans l’opinion plutôt que d’expliquer patiemment où sont les limites ou les revers de telle ou telle décision. Les médias leur en laisseraient-ils le temps ? On peut en douter, tant une nouvelle chasse l’autre du jour au lendemain.  Dans ces conditions on imagine ce que valent les sondages dont on nous rebat les oreilles en les présentant comme de véritables faits politiques. Heureusement nos institutions reposent sur la démocratie représentative et le suffrage populaire ! Pour le moment nos journalistes devraient se rendre compte que nous ne sommes pas dans des jeux de cirque, et que nos responsables, ceux-là même que nous avons élus, ne sont pas des gladiateurs dont la vie se jouerait à pouce pointé vers le bas ou vers le haut !

18/11/2014

La sobriété heureuse

Pierre Rabhi, décroissance,jardinage,soupe de légumes

 

Giuseppe Arcimboldo, Les quatre saisons dans une tête

 

 

On entend de plus en plus des grands esprits nous suggérer que la croissance économique est un leurre et qu’à ce rythme il va nous falloir deux planètes. Nous sommes menacés de laisser à nos enfants un désert et un désastre. Pierre Rabhi est la figure emblématique de ce courant de pensée qui professe la sobriété heureuse avec le retour à la frugalité paysanne et aux valeurs de la terre, une terre mère de toutes les vertus. Cette paysannerie n’a jamais existé, sauf contrainte et forcée. Elle a en effet toujours été la dernière à bénéficier des « bonheurs » de la modernité, pour sa santé, pour son éducation et pour son confort. Aujourd’hui elle a rattrapé une partie de ses retards, mais elle s’est contractée au point de ne plus représenter que quelques pour cent de notre population active. Malgré cela, elle est rongée à ses marges par des poches de pauvreté qui touchent les agriculteurs n’ayant pas pu ou pas su évoluer avec leur temps. Le recours à la terre avec des techniques à l’ancienne est une question dépassée. Personne aujourd’hui ne peut gagner sa vie avec une pelle et une pioche.

La décroissance signifie la stagnation de la vie économique et de la production de richesses. A l’échelle internationale comme à celle de la France, elle supposerait que tout le monde soit satisfait de son sort et qu’il n’y a aucune raison de produire de nouveaux biens. Elle supposerait également que l’état des techniques et des sciences  ne mérite pas qu’on s’y intéresse. Comment imaginer que nos sociétés urbaines organisées aujourd’hui en métropoles  n’ont plus besoin tout soudainement de progrès ? C’est bien sûr impossible ! Aujourd’hui comme hier, nous voulons de meilleures écoles  et des crèches plus nombreuses, nous voulons toujours plus de chercheurs et de savants, nous prions pour  la fin du cancer et le contrôle  de la maladie d’Alzheimer, nous réclamons des transports propres et des routes sûres, nous considérons comme un dû la paix et la sécurité ! Le progrès est bien la motivation profonde de nos démocraties qui aspirent  sans cesse à faire reculer les frontières de la connaissance et du bien-être .

Personne ne  peut nous faire croire que nous obtiendrons tout cela sans produire les ressources nécessaires. Que les adeptes de la sobriété aillent vivre dans les pays pauvres et ils ne se poseront plus la question ! Le respect de l’environnement, ou plus exactement,  l’engagement écologique a un coût, il exige plus de recherches, plus de gestion, plus de culture. L’écologie est le grand  luxe des pays riches ! En professant moins de croissance, on prêche contre le progrès de l'humanité. La protection de l’eau et des paysages n’est pas  gratuite, le recyclage des déchets a un coût,  la reconversion à des sources d’énergie moins polluantes que le nucléaire et plus durables que le pétrole ou le charbon exige de lourds investissements !

On entend souvent dire que nous laissons une dette publique colossale à nos enfants. On peut aussi avancer qu’on leur lègue  des actifs considérables qui se traduisent par un confort d’existence jamais égalé dans le passé et une espérance de vie constamment  améliorée, sans compter un capital scientifique qui sera leur opulent viatique. La sobriété heureuse n’est qu’un passe- temps  pour philosophe monomaniaque. L’alimentation, la santé, l’éducation, la sécurité doivent être assurées pour des dizaines de millions de personnes qui vivent dans nos mégapoles en gestation. Nous ne sommes pas dans des villages de l’Ardèche où se réfugient tranquillement les babacools partageant avec bonheur et subtilité leurs fromages et leurs salades. Ces gens ont le droit de se mettre en marge des grands flux économiques mais ils doivent savoir que nonobstant, ils bénéficient comme tout le monde et c’est bien ainsi, des acquis et des secours dispensés par un Etat solidaire qui tente de n’abandonner personne, en aucun lieu. Gagnant peu, ils paient peu d’impôts. La sobriété heureuse  et autarcique des gourous m’apparaît comme un exercice cynique d’individualisme.

On voit bien que la décroissance réduisant l’activité humaine à la satisfaction des besoins essentiels de se nourrir voire de se soigner (bien sûr avec des plantes médicinales) n’est pas transposable à nos sociétés d’aujourd’hui. Le vieux sage Pierre Rabhi n’est en réalité qu’un marchand de rêve que nos médias et nos politiciens adorent. Il entraîne aujourd’hui des millions d’hommes et de femmes qui passent des heures à gratter la terre dans les petits jardins de leurs jolis pavillons. Après l’habitat à énergie positive, on s’organise en autonomie potagère. Bravo si la soupe est bonne, mais je doute qu’elle suffise aux besoins de nos contemporains !